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Paul McCartney et sa taille dans les films sur les Beatles : “Ne fais pas ça !”, le SMS envoyé à Sam Mendes, de Nowhere Boy à Paul Mescal

Par Clive Helday
Paul McCartney et sa taille dans les films Beatles : “Ne fais pas ça !” à Sam Mendes

Il a tout connu, tout vécu, tout gagné. Mais à 84 ans, Paul McCartney garde une petite susceptibilité : sa taille à l’écran. Dans le podcast Good Hang d’Amy Poehler, mis en ligne le 13 octobre 2026, l’ex-Beatle raconte, mi-amusé mi-vexé, que les films consacrés aux Beatles le font paraître plus petit que John Lennon. C’était déjà le cas dans Nowhere Boy, en 2009. Et c’est encore le cas, selon lui, dans les quatre films de Sam Mendes attendus en avril 2028, où Paul Mescal l’incarne face à Harris Dickinson. Il en a même averti le réalisateur par SMS : “Ne fais pas ça !” Derrière la plaisanterie, une vraie question : comment le cinéma raconte-t-il les Beatles, et quelle place laisse-t-il à McCartney ? Enquête, mètre ruban et sources à l’appui.

En bref

  • La confidence : dans Good Hang, McCartney affirme que John, George et lui faisaient la même taille, et que Ringo était un peu plus petit. Mais les films le montrent systématiquement plus petit que Lennon.
  • Nowhere Boy : dans le film de Sam Taylor-Wood, en 2009, son personnage est “un peu chétif”, et John le jette à terre. “Sam, ce n’est pas vrai”, lui a-t-il dit.
  • Sam Mendes : le réalisateur lui a envoyé une photo du tournage sur le passage piéton d’Abbey Road, le 16 août 2026. Le Paul y est “nettement plus petit”. McCartney lui a écrit : “Sam, plus petit, ne fais pas ça.”
  • La réponse : “Ce n’est qu’une question de foulée”, a répondu Mendes, avant d’envoyer une autre photo où les deux acteurs apparaissent à égalité.
  • Les films : The Beatles, A Four-Film Cinematic Event, quatre longs métrages de Sam Mendes, avec Harris Dickinson, Paul Mescal, Joseph Quinn et Barry Keoghan, attendus en salles en avril 2028.

Ce que McCartney a raconté chez Amy Poehler

L’anecdote occupe à peine trois minutes d’un entretien d’une heure et quart, que nous avons raconté en détail dans notre compte rendu de l’épisode de Good Hang. Elle en est pourtant l’un des moments les plus drôles. Amy Poehler l’avait annoncée dès l’introduction : on saurait enfin “si Paul était plus grand que John”.

“Qui était le plus grand ?”

La conversation porte d’abord sur la hiérarchie au sein du groupe. Amy Poehler demande à McCartney s’il se sentait le frère cadet de John, et si George se sentait le sien. Puis elle pose la question annoncée : qui était le plus grand ? McCartney ne se fait pas prier :

“We were all the same height, and Ringo was a bit smaller.”

Nous faisions tous la même taille, et Ringo était un peu plus petit. Il insiste : sur les photos, on le voit bien, les trois guitaristes sont à la même hauteur. Le problème, c’est le cinéma.

Nowhere Boy, ou “le petit Paul”

McCartney raconte alors son premier grief. En 2009, la réalisatrice Sam Taylor-Wood signe Nowhere Boy, un film sur la jeunesse de John Lennon. Le rôle de John est confié à Aaron Johnson, que la réalisatrice épousera plus tard. Dans le film, dit McCartney, “mon personnage est un peu chétif, plus petit que John. John me jette à terre.” Il s’en est ouvert à la réalisatrice : “Sam, ce n’est pas vrai.” Sa seule explication, “bénie soit-elle”, car elle reste une bonne amie : “C’est un film, ce n’est pas un documentaire.”

McCartney n’a pas été convaincu : “Je n’aime pas cette explication.” Mais il ne pouvait plus rien faire : le film était terminé. Il résume l’image qu’il en garde par une formule qui fait rire le studio :

“There was I, little Paul, and John the great big hero. And it’s like, no.”

Il y avait moi, le petit Paul, et John, le grand héros. Et c’est non.

“Et devinez quoi ?”

Amy Poehler évoque alors les films de Sam Mendes, dans lesquels Paul Mescal l’incarne. Ce doit être étrange, dit-elle, de voir d’autres personnes vous jouer. “Oui, ça l’est”, répond McCartney. Puis il ajoute, en ménageant son effet :

“And guess what? He’s smaller than the guy who plays John.”

Et devinez quoi ? Il est plus petit que celui qui joue John. McCartney explique qu’il avait pourtant prévenu Sam Mendes : il lui avait dit qu’il n’avait qu’une seule demande, que Paul ne soit pas représenté plus petit que les autres. “Je ne sais pas comment Sam va s’en sortir”, poursuit-il.

La photo d’Abbey Road

Le réalisateur lui a ensuite envoyé une image du tournage : la scène du passage piéton d’Abbey Road, reconstituée en août 2026. Le verdict de McCartney est sans appel : “Le Paul est nettement plus petit.” C’est alors qu’Amy Poehler fait remarquer que, sur la pochette originale, Paul traverse pieds nus. Impossible, donc, de tricher avec des talonnettes. “C’est vrai. Peut-être que c’est ça”, concède McCartney.

“Ne fais pas ça”

La suite tient du sketch. McCartney raconte avoir envoyé un SMS au réalisateur :

“Sam, smaller, don’t do this. You said you wouldn’t do it.”

Sam, plus petit, ne fais pas ça. Tu avais dit que tu ne le ferais pas. La réponse de Mendes : “Non, c’est bon, ce n’est qu’une question de foulée”, “just a stride pattern”. Et le réalisateur lui envoie une deuxième photo, prise à un autre moment de la traversée, où les deux acteurs apparaissent à égalité. Le studio éclate de rire.

Précision : une plaisanterie, pas une colère

Far Out Magazine écrit que McCartney a envoyé son message à Sam Mendes “in anger”, en colère. Le ton de l’épisode ne laisse aucun doute : McCartney raconte l’histoire en riant, sous les éclats de rire d’Amy Poehler et de l’équipe, et présente lui-même l’affaire comme une petite susceptibilité. Rien n’indique une brouille avec le réalisateur ou avec Paul Mescal, avec qui il a tourné un entretien filmé en mai 2026. Il est plus juste de parler d’un message faussement indigné, dans le registre de la taquinerie qu’il entretient avec Sam Mendes.

Une affaire de famille

Amy Poehler voit dans ces chamailleries ce que les Américains aiment chez les Beatles : une relation de famille, où l’on se taquine comme personne d’autre ne pourrait le faire. McCartney approuve : les Beatles ont grandi ensemble, à Liverpool et à Hambourg, et sont devenus “comme une famille”. La question de la taille, c’est aussi une affaire de frères : qui est le plus grand, qui est le petit dernier, qui protège qui. À 84 ans, McCartney n’a visiblement pas renoncé à défendre sa place dans la fratrie.

Les Beatles mesuraient-ils vraiment la même taille ?

McCartney a-t-il raison ? La question semble futile, mais elle a passionné des générations de fans. Les réponses ne sont pas si simples, car les tailles des célébrités sont souvent arrondies, exagérées ou mal mesurées.

Les estimations les plus courantes

Les sources disponibles, documents officiels, témoignages et comparaisons photographiques compilées par des sites spécialisés, donnent des estimations assez proches.

Beatle Estimations les plus citées Remarques
John Lennon Environ 1,78 m Souvent donné à 5 pieds 10 pouces
Paul McCartney Entre 1,77 m et 1,80 m Les estimations varient selon les sources
George Harrison Environ 1,78 m 5 pieds 10 pouces sur son passeport, selon les compilations de documents
Ringo Starr Entre 1,68 m et 1,73 m Nettement le plus petit des quatre

Ces chiffres confirment l’essentiel du propos de McCartney : John, Paul et George mesuraient à peu près la même taille, à un ou deux centimètres près, et Ringo était le plus petit. Sur les photos de groupe, en particulier sur la pochette d’Abbey Road ou sur les clichés de 1963-1964, les trois guitaristes apparaissent en effet presque alignés.

Précision : des estimations, pas des mesures officielles

Il n’existe pas de mesure officielle et incontestable de la taille des quatre Beatles. Les chiffres qui circulent proviennent de documents d’époque partiels, de déclarations et surtout de comparaisons photographiques. Certaines compilations placent même McCartney un ou deux centimètres en dessous de Lennon et de Harrison, d’autres légèrement au-dessus. La seule conclusion solide est celle de McCartney lui-même : les trois guitaristes avaient une taille très proche, et Ringo était le plus petit. Il est donc exagéré de représenter Paul comme sensiblement plus petit que John.

Des postures différentes

Ce qui différencie les Beatles sur les images, ce n’est pas tant leur taille que leur posture. George avait tendance à se voûter légèrement, Lennon se tenait souvent de manière plus raide, et McCartney adoptait volontiers une attitude détendue, la tête légèrement inclinée. Ces nuances suffisent à modifier l’impression de taille sur une photo, et elles ont pu nourrir l’idée d’un Paul plus petit, ou d’un John plus imposant.

L’effet de personnalité

Il y a aussi un effet plus subtil : celui de la personnalité. Lennon, le fondateur des Quarrymen, l’aîné, le rebelle, était souvent perçu comme le chef. Cette autorité morale a pu se traduire, dans l’imaginaire collectif, par une stature physique plus imposante. C’est précisément ce que McCartney reproche aux films : transformer une hiérarchie supposée en différence de taille.

Quinze ans contre seize ans et demi

Il faut pourtant ajouter une nuance, que McCartney n’évoque pas. Le 6 juillet 1957, jour de la rencontre à la fête paroissiale de St Peter, à Woolton, Paul a 15 ans et John 16 ans et demi. À cet âge, vingt mois d’écart peuvent faire une vraie différence de croissance. Il n’est donc pas absurde qu’un film sur l’adolescence de Lennon montre un Paul légèrement plus frêle au début de l’histoire. Ce qui est discutable, c’est que l’écart persiste à l’écran, comme si la hiérarchie de 1957 avait été gravée une fois pour toutes. À 20 ans, à Hambourg, les deux garçons étaient à égalité, et les photos d’Astrid Kirchherr ou de Jürgen Vollmer le montrent bien. Nous avons raconté cette époque dans notre enquête sur la naissance de la coupe des Beatles.

Le passage piéton d’Abbey Road, une photo sous la loupe

Si Sam Mendes a choisi d’envoyer à McCartney une image de la traversée d’Abbey Road, ce n’est pas un hasard. C’est sans doute la photo la plus célèbre de l’histoire du rock, et l’une des plus analysées. Chaque détail y a été disséqué, des pieds nus de Paul à la plaque d’immatriculation de la Coccinelle garée sur le trottoir. Alors, forcément, la taille des quatre hommes aussi.

Le 8 août 1969, dix minutes de séance

Le vendredi 8 août 1969, vers 11 h 30, la police bloque brièvement la circulation devant les studios EMI, au nord-ouest de Londres. Le photographe écossais Iain Macmillan, ami de John et Yoko, grimpe sur un escabeau installé au milieu de la chaussée. L’idée vient de McCartney, qui en a fait un croquis quelques jours plus tôt : les quatre Beatles traverseront le passage piéton, en file indienne, devant les studios où ils enregistrent leur album. La séance dure une dizaine de minutes. Macmillan prend six clichés, pendant que les Beatles traversent dans un sens puis dans l’autre. Le cinquième est retenu pour la pochette.

L’ordre est resté gravé dans les mémoires : John en tête, en costume blanc ; Ringo, en noir ; Paul, en costume sombre, pieds nus, une cigarette à la main ; George en jean, fermant la marche. C’est ce que reconstitue le tournage de Sam Mendes, et c’est cette image que les fans compareront avec l’original, centimètre par centimètre.

Pourquoi Paul est-il pieds nus ?

Amy Poehler l’a rappelé avec malice : sur la pochette, Paul ne porte pas de chaussures. Il était arrivé en sandales, et la journée était chaude. Sur certains clichés de la séance, il les a aux pieds ; sur d’autres, il les a ôtées. C’est l’un de ceux-là qui a été choisi. Ce détail anodin a eu des conséquences inattendues. En octobre 1969, quelques semaines après la sortie de l’album, une rumeur venue des campus américains affirme que McCartney est mort en 1966 et qu’il a été remplacé par un sosie. La pochette d’Abbey Road devient alors une pièce à conviction : John en blanc serait le prêtre, Ringo en noir le croque-mort, George en jean le fossoyeur, et Paul, pieds nus comme on enterre les morts dans certaines traditions, le défunt. La rumeur a été lancée en grande partie par l’animateur Russ Gibb, sur la radio WKNR-FM de Detroit, et par un article parodique de l’étudiant Fred LaBour dans le journal de l’université du Michigan.

Le magazine Life a envoyé une équipe en Écosse pour retrouver McCartney, bien vivant, dans sa ferme de Kintyre. Le magazine titre en couverture que Paul est toujours parmi nous. Quant aux pieds nus, l’explication la plus simple est la bonne : il faisait chaud ce jour-là. Plus tard, il s’est amusé de la rumeur, au point d’intituler un album live Paul Is Live, en 1993, avec une pochette qui reprend le passage piéton. Les pieds nus de Paul, en tout cas, sont devenus un symbole, et l’argument d’Amy Poehler tombe juste : sans chaussures, impossible de tricher. Le Paul de Sam Mendes ne peut pas porter de talonnettes.

Le pas décalé

Autre détail célèbre de la photo : Paul n’est pas au pas. Sur le cliché retenu, John, Ringo et George ont le pied gauche en avant ; Paul, lui, avance le pied droit. Les amateurs de théories y ont vu un signe de plus. Mais c’est surtout un rappel de ce que McCartney a entendu de la bouche de Sam Mendes : sur une photo de marche, tout dépend du moment où l’obturateur se déclenche. Un homme saisi en pleine foulée, jambes écartées, paraît plus petit que le même homme saisi à l’instant où ses deux jambes se croisent. Et sur la pochette originale, déjà, les quatre hommes ne sont pas tous au même point de leur pas.

La Coccinelle et les figurants

Les fans connaissent aussi la Volkswagen Coccinelle blanche garée à gauche de l’image, immatriculée LMW 281F, dont la plaque a été volée à plusieurs reprises après la sortie du disque. La voiture a été vendue aux enchères en 1986 et se trouve aujourd’hui au musée Volkswagen de Wolfsburg, en Allemagne. Derrière les Beatles, on distingue trois hommes en blanc, des décorateurs, et à droite un touriste américain, Paul Cole, qui a découvert des mois plus tard qu’il figurait sur la pochette la plus célèbre du monde.

Le 16 août 2026, la reconstitution

Cinquante-sept ans plus tard, le dimanche 16 août 2026, le carrefour de Grove End Road et d’Abbey Road a été fermé pour le tournage de la scène. Harris Dickinson, Barry Keoghan, Paul Mescal et Joseph Quinn ont traversé dans l’ordre de la pochette, costumes identiques, devant des dizaines de figurants et sous les objectifs de nombreux curieux. Nous avons raconté cette journée en détail dans notre article sur la sortie des films de Sam Mendes et l’accord entre Sony et Netflix. Les photos prises par les passants ont aussitôt circulé sur les réseaux sociaux. Mais c’est une image transmise par Sam Mendes lui-même qui a fait réagir McCartney, comme il l’a raconté deux mois plus tard : sur ce cliché, le Paul de Mescal lui a semblé nettement plus petit que le John de Dickinson.

Ironie de l’histoire : la photo qui, en 1969, a prouvé à des millions de fans que les trois guitaristes faisaient la même taille est aussi celle qui, en 2026, a réveillé la vieille susceptibilité de McCartney.

“Just a stride pattern” : ce que la foulée change sur une photo

La réponse de Sam Mendes, “ce n’est qu’une question de foulée”, peut sembler une pirouette. Elle est pourtant fondée, et les biomécaniciens la confirmeraient sans hésiter.

La tête monte et descend

Quand on marche, on ne glisse pas à hauteur constante. Le centre de gravité du corps, et donc la tête, monte et descend à chaque pas. Il est au plus haut au milieu de l’appui, quand la jambe porteuse est verticale et que l’autre la croise. Il est au plus bas au moment du double appui, quand les deux pieds touchent le sol, l’un devant l’autre, jambes écartées. Chez un adulte qui marche normalement, cette oscillation verticale atteint couramment 4 à 5 centimètres. Elle augmente avec la longueur du pas.

Autrement dit, deux hommes de même taille, photographiés au même instant mais à deux moments différents de leur foulée, peuvent présenter un écart apparent de plusieurs centimètres. C’est exactement ce que Mendes a voulu démontrer en envoyant à McCartney une deuxième photo, prise quelques fractions de seconde plus tard, où Mescal et Dickinson sont à égalité.

Les grandes enjambées de Paul

Sur la photo de 1969, Paul semble faire un pas un peu plus long que les autres, ce qui accentue ce phénomène. Les quatre hommes marchent vite, la séance est brève, et Macmillan doit saisir le bon moment. Sur le cliché retenu, le pas de Paul est ample, celui de John aussi. Mais il suffit de comparer les six photos de la séance pour constater que la hauteur relative des quatre Beatles varie d’une image à l’autre. Sur l’une, Paul est au niveau de John ; sur une autre, un peu en dessous.

La perspective et l’objectif

Il faut ajouter un deuxième facteur : la position de l’appareil. Un sujet légèrement plus proche de l’objectif paraît plus grand qu’un sujet placé un peu plus loin. Sur un passage piéton, les quatre hommes ne marchent pas exactement sur la même ligne. Une différence de quelques dizaines de centimètres en profondeur, combinée à la focale de l’objectif et à la hauteur de l’escabeau, suffit à modifier la taille apparente. Pour le tournage, l’équipe de Sam Mendes a utilisé des caméras de cinéma et des appareils photo de plateau, dont les objectifs ne reproduisent pas forcément la perspective exacte de 1969. Les images volées par les passants, prises au téléphone sous d’autres angles, sont encore moins fiables.

Pourquoi la plaisanterie fait mouche

McCartney le sait sans doute très bien. Il a passé sa vie devant les objectifs, et il connaît mieux que personne les pièges de la photographie. Sa réaction tient moins à l’analyse technique qu’à l’effet produit : quand la photo du tournage circulera, et que des millions de spectateurs la compareront à l’original, la première impression comptera plus que n’importe quelle explication biomécanique. Et la première impression, sur le cliché envoyé par Mendes, était celle d’un Paul plus petit.

Précision : ce que l’on sait vraiment de la taille des acteurs

Les tailles des acteurs circulent sur Internet avec la même incertitude que celles des Beatles. Harris Dickinson est généralement donné quelques centimètres plus grand que Paul Mescal, mais aucune mesure officielle n’a été publiée, et les estimations varient d’une source à l’autre. Rien n’indique non plus que la production ait cherché à “rapetisser” McCartney. McCartney lui-même ne dit pas cela : il constate un écart sur une photo, et Mendes lui répond par une explication technique et une autre image. Il serait donc faux d’affirmer que les films représenteront Paul plus petit que John. On ne le saura qu’en avril 2028.

Nowhere Boy, le film qui a lancé la querelle

Le premier grief de McCartney remonte donc à 2009. Il vise un film de qualité, qui reste l’un des plus réussis consacrés aux Beatles, et une réalisatrice qu’il considère comme une amie. C’est ce qui rend l’anecdote si savoureuse.

Un film sur John, sa tante et sa mère

Nowhere Boy est le premier long métrage de Sam Taylor-Wood, plasticienne et photographe issue de la génération des Young British Artists. Le scénario de Matt Greenhalgh, déjà auteur de Control, le film d’Anton Corbijn sur Ian Curtis, s’inspire des souvenirs de Julia Baird, la demi-sœur de John, publiés sous le titre Imagine This. Le film raconte l’adolescence de Lennon à Liverpool, entre sa tante Mimi, qui l’élève avec une rigueur toute bourgeoise, et sa mère Julia, fantasque et joyeuse, qu’il redécouvre à l’adolescence et qui lui fait aimer le rock’n’roll.

Kristin Scott Thomas incarne Mimi, Anne-Marie Duff joue Julia, et David Threlfall l’oncle George, mort brutalement en 1955. Le rôle de John est confié à Aaron Johnson, alors âgé de 19 ans. Thomas Brodie-Sangster, découvert dans Love Actually, joue Paul. Le film a été présenté en clôture du Festival du film de Londres, le 29 octobre 2009, avant de sortir au Royaume-Uni le lendemain de Noël. Il a valu à Anne-Marie Duff et Kristin Scott Thomas des nominations aux BAFTA, et le film a été nommé pour le meilleur film britannique.

Il faut rappeler un fait souvent oublié : Nowhere Boy est avant tout l’histoire d’un adolescent blessé, partagé entre deux femmes, et non celle des Beatles. McCartney n’y apparaît qu’au deuxième tiers du film, au moment de la fête de Woolton. Le film s’achève en 1960, avec le départ pour Hambourg. Nous avons évoqué ce film dans notre article sur la dernière rencontre entre John Lennon et son père, Alf, et dans celui consacré à l’héritage de Lennon à l’occasion de ses 86 ans.

Le “petit Paul” de Thomas Brodie-Sangster

Thomas Brodie-Sangster a 19 ans au moment du tournage, mais il paraît bien plus jeune, ce qui convient au rôle d’un Paul de 15 ans. Son visage enfantin, sa silhouette fine et sa voix douce construisent un personnage attachant mais fragile, face à un John bagarreur, insolent, immense. Aaron Johnson le dépasse visiblement à l’écran. C’est ce contraste qui a frappé McCartney : le Paul du film est un gamin talentueux, que John prend sous son aile, et parfois sous ses coups.

Dans une scène célèbre, après la mort de Julia, renversée par une voiture en juillet 1958, John, ivre de chagrin, s’en prend à Paul. La scène dit aussi le deuil que les deux garçons partagent : Paul a perdu sa propre mère, Mary, en octobre 1956. C’est l’un des moments les plus forts du film, mais McCartney retient surtout l’image du “petit Paul” jeté à terre. Il en a parlé à la réalisatrice, qui lui a donné cette réponse : “C’est un film, ce n’est pas un documentaire.”

Sam Taylor-Wood, une amie de la famille

Sam Taylor-Wood, devenue Sam Taylor-Johnson après son mariage avec Aaron Johnson en 2012, connaît bien McCartney. Avant Nowhere Boy, elle avait photographié de nombreuses personnalités britanniques, et elle est restée proche de la famille McCartney. McCartney prend soin de le dire dans Good Hang : “Bénie soit-elle”, elle est “une bonne amie”. Le reproche est formulé avec affection, et il ne l’a pas empêché d’apprécier le film dans son ensemble.

Le couple formé par la réalisatrice et son acteur principal a fait couler beaucoup d’encre à l’époque, en raison de leur différence d’âge. Aaron Taylor-Johnson est depuis devenu une star internationale, de Kick-Ass à Bullet Train, et son nom a souvent été cité dans la course au rôle de James Bond. La carrière de Thomas Brodie-Sangster a suivi un chemin différent : Game of Thrones, la série Le Jeu de la dame, et, ironie du sort, le rôle de Malcolm McLaren, le manager des Sex Pistols, dans la série Pistol, en 2022.

McCartney et les films sur sa propre vie

Ce n’est pas la première fois que McCartney commente un film qui le met en scène. Il est l’un des rares artistes à pouvoir comparer sa propre mémoire avec la vision d’un réalisateur. Il a toujours accepté le principe de la fiction, tout en exprimant ses réserves sur les détails. Avec Nowhere Boy, sa critique porte sur un point précis : l’impression que le film donne d’une relation déséquilibrée, où John serait le grand frère protecteur et Paul le petit suiveur. Or, pour McCartney, ce n’était pas ainsi. Il insiste depuis des décennies sur le fait que l’écriture des chansons, puis la direction du groupe, se faisaient à deux, “les yeux dans les yeux”.

Paul McCartney à l’écran : qui l’a joué, et comment ?

Avant Paul Mescal, une petite dizaine d’acteurs ont incarné McCartney dans des films de fiction ou des téléfilms. Leur liste dit beaucoup de la manière dont le cinéma a raconté les Beatles, et de la place qu’il a laissée à Paul.

Année Titre Interprète de Paul Interprète de John Période racontée
1979 Birth of the Beatles (Richard Marquand) Rod Culbertson Stephen MacKenna Liverpool et Hambourg, jusqu’en 1963
1994 Backbeat (Iain Softley) Gary Bakewell Ian Hart Hambourg et Stuart Sutcliffe
2000 Two of Us (Michael Lindsay-Hogg) Aidan Quinn Jared Harris Une journée à New York en 1976
2000 The Linda McCartney Story (téléfilm) Gary Bakewell — La vie de Linda
2009 Nowhere Boy (Sam Taylor-Wood) Thomas Brodie-Sangster Aaron Johnson L’adolescence de John, 1955-1960
2010 Lennon Naked (BBC) Andrew Scott Christopher Eccleston John de 1964 à 1971
2028 The Beatles, A Four-Film Cinematic Event (Sam Mendes) Paul Mescal Harris Dickinson L’histoire du groupe, un film par Beatle

Un constat s’impose : sur sept fictions, quatre sont centrées sur Lennon ou sur son entourage (Backbeat raconte l’histoire de Stuart Sutcliffe, l’ami de John). Une seule, The Linda McCartney Story, place la vie de Paul au premier plan, et encore à travers celle de sa femme. Le projet de Sam Mendes est le premier à donner à chaque Beatle un film entier.

Backbeat, le Paul raisonnable

Backbeat, sorti en 1994, est un film sur la jeunesse à Hambourg, centré sur l’amitié entre Lennon et Stuart Sutcliffe, et sur l’histoire d’amour entre Stuart et la photographe Astrid Kirchherr. Ian Hart y reprend le rôle de Lennon, qu’il avait déjà tenu dans The Hours and Times, en 1991. Stephen Dorff joue Stuart, Sheryl Lee incarne Astrid. Gary Bakewell, qui joue Paul, compose un personnage rangé, appliqué, un peu jaloux de Stuart, qui veut faire du groupe une affaire sérieuse.

Le film a été salué pour sa bande-son, enregistrée par un “supergroupe” de musiciens du rock alternatif américain, dont Dave Grohl à la batterie, Thurston Moore à la guitare et Greg Dulli au chant. Mais le portrait de Paul a laissé un goût amer à McCartney. Dans plusieurs entretiens des années 1990, il a regretté que le film fasse de lui le garçon sage du groupe, alors qu’à Hambourg, c’est lui qui hurlait les morceaux de Little Richard. Long Tall Sally, en particulier, était son morceau de bravoure, celui qu’il chantera encore au dernier concert des Beatles, à Candlestick Park, en 1966. Dans la vraie histoire, le rockeur le plus déchaîné du groupe n’était pas toujours celui qu’on croit.

Nous avons raconté la vie de Stuart Sutcliffe et de sa sœur dans notre portrait de Pauline Sutcliffe, la gardienne du “Beatle perdu”.

Two of Us, l’hypothèse new-yorkaise

Two of Us, téléfilm réalisé en 2000 par Michael Lindsay-Hogg, le réalisateur du film Let It Be, imagine une journée passée par Paul chez John, au Dakota, le 24 avril 1976. Ce jour-là, les deux hommes regardaient bien ensemble l’émission Saturday Night Live, au cours de laquelle le producteur Lorne Michaels a proposé aux Beatles 3 000 dollars pour se reformer sur son plateau. Lennon et McCartney ont raconté plus tard qu’ils avaient envisagé de s’y rendre, avant de renoncer.

Le film, porté par Aidan Quinn et Jared Harris, est l’un des rares à montrer les deux hommes sur un pied d’égalité, comme deux amis blessés qui se retrouvent. Il n’a pas laissé de trace profonde dans la mémoire collective, mais il est plutôt bien accueilli par les fans pour sa délicatesse. Aidan Quinn, acteur américain, était alors âgé d’une quarantaine d’années, et son Paul est un homme mûr, ironique, sûr de lui.

Lennon Naked, Andrew Scott avant Fleabag

En 2010, la BBC diffuse Lennon Naked, un téléfilm qui suit John de 1964 au départ pour New York en 1971. Christopher Eccleston y joue un Lennon tourmenté, en conflit avec son père et avec ses camarades. Le rôle de Paul est tenu par Andrew Scott, alors peu connu, qui deviendra le Moriarty de Sherlock, puis le prêtre de Fleabag. Son McCartney est un personnage secondaire, souvent présenté en opposition à John, au moment où le groupe se déchire.

Le Paul des documentaires

Les fictions ne sont pas seules en cause. Pendant longtemps, la représentation de McCartney dans la culture populaire a été influencée par Let It Be, le documentaire de Michael Lindsay-Hogg sorti en 1970, qui le montre en train de diriger ses camarades avec insistance, et par la célèbre dispute avec George Harrison. Il a fallu attendre Get Back, la série documentaire de Peter Jackson diffusée en novembre 2021, pour qu’une autre image s’impose : celle d’un Paul certes moteur, mais drôle, attentif, et surtout complice de John. La scène où il compose Get Back en quelques minutes, en grattant sa basse, a fait le tour du monde.

Plus qu’une question de centimètres

Si l’anecdote de la taille fait sourire, elle touche à une question que McCartney soulève depuis plus de cinquante ans : la place qu’on lui accorde dans la légende des Beatles.

John le héros, Paul le gentil

Après la séparation, puis surtout après l’assassinat de Lennon, le 8 décembre 1980, un récit s’est imposé dans une partie de la presse et de la critique rock. John serait le génie, l’artiste radical, le poète engagé, le martyr ; Paul serait l’artisan doué, l’auteur de ballades sentimentales, le gentil garçon du groupe. McCartney a souvent exprimé sa frustration face à ce partage des rôles. Il l’a fait avec une franchise particulière dans un entretien au magazine Esquire, en 2020, puis dans la série McCartney 3, 2, 1, en 2021, avec le producteur Rick Rubin.

La taille, dans ce contexte, est un symbole. Représenter Paul plus petit que John, c’est traduire visuellement l’idée que John était le chef et Paul son second. C’est exactement ce que McCartney a résumé dans Good Hang : “le petit Paul, et John le grand héros”. Sa protestation porte autant sur les centimètres que sur le récit.

L’ordre des noms

Cette question de hiérarchie a déjà pris d’autres formes. En 1976, sur l’album live Wings Over America, plusieurs chansons des Beatles sont créditées “McCartney-Lennon”, et non “Lennon-McCartney”. En 2002, McCartney renouvelle l’opération sur l’album Back in the U.S., ce qui provoque un vif désaccord avec Yoko Ono. Pour lui, il s’agissait de signaler, pour les chansons qu’il avait écrites seul ou presque, comme Yesterday, sa part de paternité. L’affaire a été largement commentée à l’époque, et McCartney a fini par y renoncer.

Les frères et la fratrie

McCartney a toujours décrit sa relation avec Lennon comme celle de deux égaux, mais il reconnaît volontiers que John, plus âgé, impressionnait. Il raconte souvent qu’il voulait avoir l’air plus vieux à l’époque des Quarrymen, et qu’il avait dû faire ses preuves en jouant Twenty Flight Rock devant John, le jour de leur rencontre. George, encore plus jeune, avait dû passer son audition sur l’impériale d’un bus, en jouant Raunchy. Il y avait donc bien une hiérarchie d’âge, au début. Mais elle s’est dissoute très vite, dès Hambourg, et plus encore à partir de 1963, quand Paul est devenu un compositeur et un chanteur aussi important que John.

Une question de récit, pour Sam Mendes aussi

C’est là que le projet de Sam Mendes prend tout son sens. En consacrant un film à chacun des quatre Beatles, il s’engage à raconter l’histoire de quatre points de vue différents. Le film consacré à Paul sera donc, par définition, celui où McCartney occupe le centre de l’image. La question de la taille relative des acteurs pourrait sembler secondaire, mais McCartney, qui a l’œil, sait qu’elle comptera dans les trois autres films, où Paul sera un personnage parmi d’autres.

Les quatre films de Sam Mendes : ce que l’on sait

Le projet est sans doute le plus ambitieux jamais consacré aux Beatles au cinéma. Il a été présenté au salon CinemaCon de Las Vegas, au printemps 2025, en présence des quatre acteurs principaux.

Le casting

Rôle Acteur Rôles marquants
John Lennon Harris Dickinson Sans filtre (Triangle of Sadness), Babygirl
Paul McCartney Paul Mescal Normal People, Aftersun, Gladiator II, Hamnet
George Harrison Joseph Quinn Stranger Things, Les Quatre Fantastiques
Ringo Starr Barry Keoghan Les Banshees d’Inisherin, Saltburn

Autour d’eux, la presse spécialisée a annoncé plusieurs rôles féminins importants, dont Saoirse Ronan dans le rôle de Linda McCartney, Anna Sawai dans celui de Yoko Ono et Aimee Lou Wood dans celui de Pattie Boyd. La distribution complète n’a pas encore été dévoilée officiellement.

Une première : les droits accordés par les Beatles

Le projet est produit par Sam Mendes et Pippa Harris, avec leur société Neal Street Productions, et distribué par Sony Pictures. Pour la première fois, Apple Corps, Paul McCartney, Ringo Starr et les familles de John Lennon et George Harrison ont accordé à un projet de fiction les droits sur leur histoire et sur leur musique. C’est ce qui explique la proximité entre McCartney et le réalisateur, et la liberté avec laquelle il lui envoie des SMS. Nous avons présenté les enjeux de cet accord dans notre article sur l’accord entre les Beatles et Universal Music, et l’économie du groupe dans notre enquête sur les revenus d’Apple Corps.

Le tournage

Le tournage a commencé en 2026, au Royaume-Uni, avec des scènes à Londres et à Liverpool. La reconstitution d’Abbey Road, le 16 août, en a été l’un des moments les plus médiatisés. Les quatre films sont conçus comme un ensemble, portés par la même équipe. Chaque film adopte le point de vue d’un des quatre musiciens, et les mêmes événements pourront être vus sous des angles différents.

La sortie en avril 2028

Les quatre films sont attendus en salles en avril 2028. La date du 7 avril circule depuis 2025 dans la presse spécialisée. Le mode de sortie, en revanche, n’est pas encore arrêté. Le 12 octobre 2026, au Festival du film de Londres, la productrice Pippa Harris a évoqué deux hypothèses : un film par semaine, ou deux films le même week-end. Nous avons rendu compte de ses propos dans notre article sur la sortie des quatre films en avril 2028.

Précision : “en même temps”, vraiment ?

Far Out Magazine écrit que les quatre films sortiront “at the same time”, en même temps. Ce n’est pas exactement ce qu’a dit Pippa Harris au Festival du film de Londres. La productrice a expliqué que les films sortiraient sur une même période, en avril 2028, et que l’équipe hésitait entre une sortie à raison d’un film par semaine et une sortie de deux films le même week-end. Une sortie simultanée des quatre films, le même jour, n’a pas été annoncée. Le calendrier précis reste à confirmer.

Et en France ?

En France, la question est compliquée par la chronologie des médias et par l’accord conclu entre Sony et Netflix. Nous avons détaillé ce que cela implique pour les spectateurs français dans notre article sur les films de Sam Mendes et Netflix.

Paul Mescal et Paul McCartney, une relation de travail

La plaisanterie sur la taille ne vise pas Paul Mescal, que McCartney connaît et apprécie. Les deux hommes se sont longuement rencontrés au cours de l’année 2026.

Une conversation filmée

Au printemps 2026, autour de la sortie de l’album The Boys of Dungeon Lane, Amazon a mis en ligne une conversation filmée entre McCartney et son interprète, réalisée par Charlotte Wells, la réalisatrice d’Aftersun, le film qui a valu à Mescal une nomination à l’Oscar. Les deux hommes y parlent de Liverpool, de la musique et du métier d’acteur. Pour Mescal, c’était l’occasion d’observer de près l’homme qu’il doit incarner. Il a décrit cette rencontre comme “l’un des plus grands privilèges personnels et professionnels” de sa vie. Nous avons évoqué cette conversation dans notre article sur l’édition spéciale de The Boys of Dungeon Lane.

Un gaucher de plus

L’un des défis les plus visibles du rôle tient à un détail : McCartney est gaucher. La basse Höfner en forme de violon, tenue “à l’envers”, manche vers la droite, est l’un de ses signes distinctifs sur scène, et les spectateurs attentifs ne laisseront rien passer. Comme la taille, la posture, la manière de bouger la tête en chantant ou de lever les sourcils feront partie des détails que les fans scruteront dès les premières images.

Un Irlandais pour un Liverpudlien

Mescal est irlandais, originaire du comté de Kildare. Il a dû travailler l’accent de Liverpool, le scouse, qui a beaucoup varié chez McCartney au fil des décennies. Le choix d’un acteur irlandais n’est pas sans écho : les quatre Beatles avaient des ancêtres irlandais, et McCartney a souvent rappelé les origines irlandaises de sa famille, notamment par sa mère, Mary Mohin.

Les trucs du cinéma pour gagner quelques centimètres

Si Sam Mendes voulait satisfaire McCartney, il ne manquerait pas de solutions. Le cinéma a une longue expérience de la question.

La caisse à pommes

Le premier outil des plateaux est l’“apple box”, la caisse à pommes : une boîte en bois de dimensions standard, sur laquelle on fait monter un acteur pour le grandir. L’acteur Alan Ladd, dans les années 1950, en est resté le symbole : on raconte que ses partenaires féminines devaient parfois se tenir dans une tranchée creusée dans le sol, pour qu’il paraisse plus grand qu’elles. L’anecdote a fait le tour d’Hollywood.

Les talonnettes et les chaussures compensées

Les talonnettes, glissées dans les chaussures, permettent de gagner quelques centimètres. Les Beatles eux-mêmes ont popularisé les bottines à talon cubain, les fameuses “Beatle boots”, fabriquées par les bottiers londoniens Anello & Davide, qui leur donnaient un peu de hauteur sur scène. Mais pour la scène d’Abbey Road, la solution est exclue : Paul est pieds nus.

L’angle et la perspective

Les chefs opérateurs jouent aussi avec la perspective : placer un acteur légèrement plus près de la caméra, filmer en contre-plongée, choisir une focale qui écrase ou accentue la profondeur. Peter Jackson a poussé cette technique à l’extrême dans la trilogie du Seigneur des anneaux, pour faire paraître les hobbits minuscules à côté de Gandalf. L’inverse est possible : quelques centimètres suffisent pour rétablir l’égalité entre deux acteurs.

La correction numérique

Enfin, le numérique permet aujourd’hui de corriger la taille relative de deux personnages en postproduction, au moins dans certaines scènes. Rien n’indique que l’équipe de Mendes y recourra, mais la plaisanterie de McCartney, devenue publique, pourrait inciter la production à soigner ce détail. Si le Paul de Mescal apparaît, en avril 2028, exactement à la hauteur du John de Dickinson, on saura pourquoi.

Quand les Beatles jouaient leur propre rôle

Avant les biopics, il y a eu les films où les Beatles se jouaient eux-mêmes. Et ces films, justement, offrent la meilleure réponse à la question de la taille, puisque personne n’y triche.

A Hard Day’s Night, quatre garçons à égalité

En 1964, Richard Lester tourne A Hard Day’s Night, sur un scénario d’Alun Owen, qui raconte trente-six heures de la vie du groupe, entre un train, un hôtel et un studio de télévision. Les quatre Beatles y apparaissent côte à côte dans presque chaque scène, et l’image est sans ambiguïté : John, Paul et George ont la même stature, Ringo est un peu plus petit. Le film joue d’ailleurs sur ce point. Ringo, le plus discret, le plus mélancolique, y a droit à une longue promenade en solitaire au bord de la Tamise, l’une des scènes les plus célèbres du film. Les critiques de l’époque ont salué sa présence à l’écran, et c’est lui qui a été le plus souvent sollicité, ensuite, pour faire l’acteur.

Help!, l’égalité jusque dans la maison

Dans Help!, en 1965, toujours réalisé par Richard Lester, les quatre Beatles partagent une maison dont les portes d’entrée, alignées, donnent sur un unique grand appartement. Le gag dit tout de l’image que le groupe voulait donner à l’époque : quatre égaux, interchangeables en apparence, mais chacun avec son caractère. Là encore, la taille ne fait pas débat. C’est Ringo qui est au centre de l’intrigue, puisque c’est sa bague que convoite une secte fantaisiste.

Yellow Submarine, la taille dessinée

En 1968, le dessin animé Yellow Submarine, réalisé par George Dunning avec les dessins de Heinz Edelmann, présente des Beatles stylisés, prêtés à des comédiens pour les voix. Les quatre personnages y ont des silhouettes différentes, mais ce sont les caractères qui priment : John le poète, Paul le séducteur, George le mystique, Ringo le rêveur. Personne, à l’époque, ne s’est plaint de sa taille. Les Beatles, d’abord peu impliqués, ont fini par apprécier le film, au point d’apparaître en personne dans sa courte séquence finale.

Les images de 1969

Les dernières images filmées des quatre Beatles ensemble, pendant les séances de janvier 1969 restaurées par Peter Jackson dans Get Back, puis lors de la séance photo de Tittenhurst Park, le 22 août 1969, confirment ce que montrait la pochette d’Abbey Road deux semaines plus tôt : trois guitaristes de même taille, et un batteur légèrement plus petit. Quand McCartney affirme que les photos parlent pour lui, il a donc de quoi étayer son propos. C’est même la dernière séance photo du groupe au complet, et l’une des plus belles.

Ce que dit l’anecdote de McCartney à 84 ans

On pourrait ne voir dans cette histoire qu’une coquetterie de star. Elle dit pourtant beaucoup de l’homme, et du rapport qu’il entretient avec sa propre légende.

Le gardien de sa propre histoire

McCartney est le dernier, avec Ringo Starr, à pouvoir témoigner de l’intérieur de l’aventure des Beatles. Depuis la mort de George Harrison en 2001, il s’est fait le gardien attentif de cette mémoire. Il a publié The Lyrics en 2021, un livre où il raconte l’histoire de 154 de ses chansons. Il a accompagné la série Get Back de Peter Jackson, puis la chanson Now and Then, en 2023, dernier titre des Beatles, achevé grâce à une technologie de séparation des voix. Il a ouvert ses archives photographiques avec l’exposition et le livre 1964: Eyes of the Storm. À chaque fois, il veille à ce que sa part de l’histoire soit racontée avec précision.

La question de la taille s’inscrit dans cette démarche. McCartney ne veut pas qu’une image fausse s’installe, fût-elle anodine. Il sait que les films de Sam Mendes seront vus par des millions de spectateurs qui n’ont jamais vu les Beatles en vrai, et pour qui l’image de Mescal et de Dickinson deviendra l’image des Beatles.

L’humour comme arme

Mais McCartney le fait avec humour. C’est sa marque de fabrique depuis les conférences de presse de 1964, quand les quatre Beatles répondaient aux journalistes américains par des pirouettes. Dans Good Hang, il joue l’indignation, mime le SMS, imite la réponse de Mendes, et laisse Amy Poehler porter l’estocade avec l’argument des pieds nus. Le message passe d’autant mieux qu’il fait rire. Et il est probable que Sam Mendes, qui a reçu le SMS, en a ri lui aussi.

Une humilité paradoxale

Il y a aussi, dans cette anecdote, une forme d’humilité. McCartney, l’un des musiciens les plus célèbres de l’histoire, admet qu’il reste sensible à un détail aussi minuscule que sa taille à l’écran. Il ne s’en cache pas. Il le raconte même devant des millions d’auditeurs. Le fan qui l’écoute y retrouve le garçon de Liverpool qui voulait paraître plus vieux devant John, en 1957, et qui n’a jamais tout à fait cessé de vouloir être à sa hauteur.

Le regard des autres Beatles

On ignore ce que Ringo Starr pense de la question. McCartney l’a rappelé sans détour : Ringo était le plus petit des quatre, et personne n’a jamais songé à le contester. Sa biographie, que nous avons retracée dans notre portrait complet de Ringo Starr, montre un homme qui a toujours su faire de sa différence une force. Barry Keoghan, qui l’incarne, n’aura pas ce souci : il est le seul des quatre acteurs à ne pas avoir à rivaliser de centimètres avec ses partenaires.

À écouter et à voir

Disques, livres et films pour aller plus loin

Chronologie

Date Événement
6 juillet 1957 Rencontre de John (16 ans) et Paul (15 ans) à la fête de St Peter, à Woolton
8 août 1969 Séance photo d’Iain Macmillan sur le passage piéton d’Abbey Road
26 septembre 1969 Sortie d’Abbey Road au Royaume-Uni
Octobre 1969 La rumeur “Paul is dead” se répand aux États-Unis
1976 Wings Over America crédite plusieurs chansons “McCartney-Lennon”
1979 Birth of the Beatles, premier film de fiction sur le groupe
1994 Sortie de Backbeat
2000 Two of Us, avec Aidan Quinn en Paul
29 octobre 2009 Nowhere Boy clôt le Festival du film de Londres
Novembre 2021 Diffusion de Get Back, de Peter Jackson
Printemps 2025 Présentation des quatre films de Sam Mendes et de leurs acteurs au CinemaCon
Printemps 2026 Conversation filmée entre Paul McCartney et Paul Mescal
16 août 2026 Tournage de la traversée d’Abbey Road
12 octobre 2026 Pippa Harris évoque la sortie des films au Festival du film de Londres
13 octobre 2026 McCartney raconte l’histoire de la taille dans Good Hang
Avril 2028 Sortie prévue des quatre films de Sam Mendes

Questions fréquentes

Paul McCartney était-il plus petit que John Lennon ?

Non, selon McCartney lui-même et selon les estimations les plus courantes. John, Paul et George mesuraient environ 1,78 m, à un ou deux centimètres près. Ringo était le plus petit des quatre.

Qu’a dit McCartney à Sam Mendes ?

Après avoir reçu une photo du tournage d’Abbey Road, il lui a envoyé un SMS : “Sam, plus petit, ne fais pas ça. Tu avais dit que tu ne le ferais pas.” Mendes lui a répondu que ce n’était “qu’une question de foulée” et lui a envoyé une autre photo où les deux acteurs sont à égalité.

Qui joue Paul McCartney dans les films de Sam Mendes ?

L’acteur irlandais Paul Mescal, révélé par la série Normal People et nommé à l’Oscar pour Aftersun. Harris Dickinson joue John Lennon, Joseph Quinn George Harrison et Barry Keoghan Ringo Starr.

Quand sortent les films de Sam Mendes sur les Beatles ?

En avril 2028. Le calendrier précis n’est pas arrêté : la productrice Pippa Harris a évoqué un film par semaine ou deux films le même week-end.

Pourquoi McCartney reproche-t-il quelque chose à Nowhere Boy ?

Parce que le film de Sam Taylor-Wood le montre “un peu chétif”, plus petit que John, qui le jette à terre. McCartney résume : “le petit Paul, et John le grand héros”.

Pourquoi Paul est-il pieds nus sur la pochette d’Abbey Road ?

Il faisait chaud le 8 août 1969. Paul était venu en sandales et les a ôtées pour certains clichés. Ce détail a alimenté la rumeur “Paul is dead”.

Glossaire

  • Good Hang : le podcast d’Amy Poehler, actrice et humoriste américaine, révélée par le Saturday Night Live et la série Parks and Recreation.
  • Stride pattern : le “schéma de foulée”, c’est-à-dire la succession des phases de la marche. Le terme employé par Sam Mendes.
  • Oscillation verticale : la montée et la descente du centre de gravité du corps à chaque pas, de l’ordre de 4 à 5 cm chez l’adulte.
  • Apple box : caisse en bois utilisée sur les plateaux pour surélever un acteur ou un objet.
  • Paul is dead : la rumeur, apparue en 1969, selon laquelle McCartney serait mort en 1966 et aurait été remplacé par un sosie.
  • Neal Street Productions : la société de production fondée par Sam Mendes et Pippa Harris.

Sources

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