Friar Park x Niwaki : du sécateur de Dhani au jardin secret de George Harrison, l’histoire d’un Beatle devenu jardinier
Friar Park x Niwaki : du sécateur de Dhani au jardin secret de George Harrison, l’histoire d’un Beatle devenu jardinier
Un sécateur japonais, une veste de méditation couleur érable d’automne, une scie d’élagage et une casquette brodée : la collection que la marque britannique Niwaki lance avec Friar Park, le domaine de George Harrison à Henley-on-Thames, ressemble à première vue à une collaboration de mode de plus. Elle raconte en réalité l’une des histoires les moins connues de la vie d’un Beatle. Car avant d’être un décor de pochette, Friar Park fut une ruine rachetée en janvier 1970 par un guitariste de 27 ans, qui passa ensuite trente ans à la débroussailler, à la replanter et à y jardiner jusqu’à minuit. Partons de la news d’octobre 2026 pour remonter, pas à pas, jusqu’à Sir Frank Crisp, au Cervin miniature, aux grottes inondées et à la passion qui fit dire à George Harrison qu’il s’était trompé de métier.
En bref
- La news : Niwaki, spécialiste britannique des outils de jardin japonais fondé par Jake Hobson, lance une collection limitée Friar Park x Niwaki, imaginée avec Dhani Harrison. Lancement le 12 octobre 2026, magasin éphémère à Tokyo les 14 et 15 octobre.
- Le contenu : une Meditation Jacket à capuche (800 livres), une Kojima Work Jacket, des cisailles avec étui, un sécateur Higurashi, une scie Moku, un hori hori, une casquette, un sac à déjeuner, un sac à dos et un vinyle exclusif de George Harrison.
- Le domaine : Friar Park, manoir néogothique de 120 pièces construit à partir de 1889 pour l’avocat Sir Frank Crisp, avec l’un des plus grands jardins de rocaille artificiels de Grande-Bretagne et une réplique du Cervin.
- L’achat : George Harrison acquiert le domaine en janvier 1970, pour environ 140 000 livres selon le Garden History Blog, et s’y installe le 12 mars 1970.
- La restauration : trente ans de travail avec Pattie Boyd puis surtout Olivia Harrison, des broussailles au lance-flammes jusqu’au jardin de topiaires aujourd’hui considéré comme l’un des plus remarquables d’Europe.
- Quatre correctifs factuels : la démolition annoncée, le surnom Crackerbox Palace, les dimensions du Cervin et l’auteur réel des vers de Ding Dong, Ding Dong.
La news : ce que contient la collection Friar Park x Niwaki
Une collaboration née d’une amitié de boutique
L’histoire commence au 38 Chiltern Street, à Londres, dans la boutique que Niwaki tient à deux pas de Marylebone. Dhani Harrison, le fils unique de George et d’Olivia, y est un habitué. Il y achète bien sûr des outils de taille, mais aussi des ciseaux à bois, des rabots, des couteaux à sculpter, des haches, des échelles, des guêtres et même des chaussures tabi, ces bottines japonaises à orteil séparé. Il le raconte lui-même au magazine Wallpaper, qui a révélé la collaboration : à force de passer des heures dans le magasin, il est devenu ami avec l’équipe, puis avec le fondateur de la marque, Jake Hobson. Le projet est né de là, d’une conversation entre deux hommes qui partagent la même fixation pour le Japon et pour les jardins.
Le choix du nom n’est pas anodin. La collection ne s’appelle pas George Harrison x Niwaki, mais Friar Park x Niwaki. C’est le jardin qui signe, pas le Beatle. Jake Hobson résume l’enjeu en une formule frappante : Friar Park est selon lui “un jardin très connu, mais complètement invisible”. Tout le monde en a entendu parler, presque personne ne l’a vu. Le domaine est privé, il n’ouvre pas au public, et la famille Harrison en protège jalousement l’accès depuis plus d’un demi-siècle.
Huit pièces, un hori hori et un vinyle
La page officielle de Niwaki présente la collection comme une édition limitée d’outils et de vêtements de travail inspirés par un jardin hors du commun. Voici ce qu’elle contient, avec les prix britanniques communiqués par Wallpaper lorsqu’ils sont connus.
| Pièce | Ce que c’est | Prix indicatif |
|---|---|---|
| Meditation Jacket | Veste longue à capuche, dérivée de la Kojima Work Jacket, pensée pour méditer au jardin | 800 £ |
| Kojima Work Jacket | Veste de travail en toile, coloris de la collection | Non communiqué en livres |
| Garden Shears + étui Karikomi | Cisailles de jardin japonaises avec holster | 250 £ |
| Hori Hori Pro + étui toile | Couteau-transplantoir japonais, disponible à partir du 12 octobre | 70 £ |
| Sécateur Higurashi + holster | Sécateur en acier au carbone forgé | Non communiqué en livres |
| Scie Moku | Scie d’élagage pliante | Non communiqué en livres |
| Casquette, sac à déjeuner, sac à dos Nizyu Kano | Accessoires brodés aux couleurs de Friar Park | Non communiqué en livres |
| Vinyle exclusif George Harrison | Disque réservé à la collection, contenu non détaillé à ce jour | Non communiqué |
Sur le site américain de Niwaki, les mêmes pièces sont affichées hors taxes en dollars : 875 dollars pour la Meditation Jacket, 430 pour la Kojima, 270 pour les cisailles et leur étui, 130 pour le sécateur, 98 pour la scie, 350 pour le sac à dos, 44 pour la casquette et 40 pour le sac à déjeuner. Jake Hobson pose lui-même pour le photographe Josh Giröux avec une échelle tripode Niwaki sur l’épaule, l’outil emblématique des tailleurs de haies japonais, qui tient debout sur trois pieds même sur un sol en pente.
La Meditation Jacket, un vêtement pour le jardin japonais
La pièce la plus étonnante de la collection est la Meditation Jacket. Elle reprend la coupe de la Kojima Work Jacket, la veste de travail de Niwaki, mais l’allonge de deux pans arrière et lui ajoute une capuche, ce qui lui donne l’allure d’une cape. Elle est née, explique Wallpaper, de l’habitude de Dhani Harrison de méditer dans le jardin japonais de Friar Park. La capuche n’est pas un détail de style : elle sert à couper le regard du monde extérieur, à se tourner vers l’intérieur. Dans une famille où la méditation est une pratique quotidienne depuis la fin des années 1960, l’objet a du sens.
Dhani raconte aussi un rituel singulier. Il écoute la même musique, encore et encore, au fil des saisons, en traversant le jardin chaque jour, qu’il pleuve ou qu’il fasse beau. L’idée est de sentir, à travers la répétition d’une œuvre qui le touche, la permanence de l’esprit pendant que le temps passe. Le disque qu’il cite en ce moment est Canyon Trilogy du flûtiste amérindien R. Carlos Nakai, que Dark Horse Records a publié en vinyle pour la première fois cette année. Le label fondé par George en 1974 sert désormais aussi à cela : rééditer les disques que la famille écoute dans son jardin.
Une palette volée à l’érable du Japon
La couleur dominante de la collection est un bordeaux profond. Elle vient d’un arbre précis : l’Acer palmatum, l’érable du Japon, très présent à Friar Park. Dhani explique qu’il existe une semaine, chaque automne, où ces arbres prennent feu, passant du bordeaux au rouge vif puis au jaune. C’est cette semaine-là que la collection a voulu fixer. Les outils, eux, gardent l’acier nu et le bois de hêtre qui font la signature de Niwaki.
Tokyo, 12, 14 et 15 octobre
La collection est lancée le 12 octobre 2026, puis présentée dans un magasin éphémère au Light Box Studio de Minami-Aoyama, à Tokyo, les 14 et 15 octobre. C’est la première étape d’un mois d’octobre japonais que Dark Horse Records consacre à George Harrison, avec ensuite une opération Fender à Harajuku et un pop-up chez Tower Records Shibuya. Nous avons détaillé ce programme dans notre article sur le mois d’octobre de Dark Horse Records au Japon, et le coffret audiophile qui l’accompagne dans notre enquête sur All Things Must Pass en quatre LP à 45 tours. Ici, nous laissons de côté la guitare et le disque pour suivre le fil que tire Niwaki : celui du jardin.
Jake Hobson et Niwaki : l’Angleterre qui taille à la japonaise
Un sculpteur devenu tailleur d’arbres
Jake Hobson n’est pas jardinier de formation. Il a étudié la sculpture à la Slade School of Fine Art, à Londres, avant de remporter une bourse de voyage qui l’emmène au Japon. Il y découvre l’art des niwaki, littéralement les arbres de jardin, mais le mot désigne beaucoup plus que cela : toute une manière de conduire un pin, un érable ou une azalée pour qu’ils deviennent la miniature d’un paysage. Il travaille un an dans une pépinière de la région d’Osaka, apprend à tailler, à pincer, à ligaturer, puis rentre en Angleterre avec une conviction : les outils japonais qu’il a appris à utiliser n’existent pas en Europe.
En 2004, il fonde Niwaki avec son épouse Keiko pour les importer. La petite affaire devient une marque. Elle s’installe dans une grange de Semley, près de Shaftesbury, ouvre la boutique de Chiltern Street, puis un showroom à Aoyama, à Tokyo. En 2007, Hobson publie chez Timber Press Niwaki: Pruning, Training and Shaping Trees the Japanese Way, un manuel devenu une référence chez les jardiniers anglophones, que l’on trouve en édition reliée. Il y explique les principes de la taille en nuage, du karikomi, cette taille en masses arrondies qui donne son nom à l’étui des cisailles de la collection.
Pourquoi Niwaki et pas une maison de luxe
Les collaborations de Niwaki ne sont pas des coups de marketing isolés. La marque a déjà travaillé avec The Newt in Somerset, un domaine horticole du Somerset, avec la maison japonaise B:MING by BEAMS ou avec la marque britannique YMC. Le principe est toujours le même : un outil réellement utilisé, réinterprété avec un partenaire qui a une histoire de jardin à raconter. Friar Park coche toutes les cases. Le domaine possède depuis l’époque victorienne un jardin japonais aménagé au-dessus d’un réseau de grottes, au bord du lac inférieur. Et l’homme qui l’a sauvé était obsédé par le Japon comme par l’Angleterre.
Hobson le dit à Wallpaper : la collection est une sorte de fusion entre le Japon et l’Angleterre. Friar Park juxtapose en effet un jardin de topiaires très anglais, d’une intensité presque baroque, et, à quelques minutes de marche, un jardin japonais d’une grande douceur. C’est ce contraste, selon lui, qui rend le lieu unique. Il en a fait le cahier des charges de la collection : des outils japonais pour un jardin anglais.
Dhani Harrison, le fils qui croyait que son père était jardinier
Né à Friar Park, élevé au jardin
Dhani Harrison est né le 1er août 1978. Il a grandi à Friar Park, sur le domaine où son père vivait depuis 1970. Il a souvent raconté une anecdote qui dit tout de l’homme que George était devenu à la fin des années 1970 : pendant les premières années de sa vie, il pensait que le métier de son père était jardinier. Ce n’est que plus tard, à l’école, qu’il découvre que ce père qui rentrait les mains pleines de terre avait été l’un des quatre Beatles.
L’anecdote est touchante, mais elle n’a rien d’une coquetterie. Au moment où Dhani grandit, George a ralenti sa carrière. Il publie George Harrison en 1979, se lance dans la production de films avec HandMade Films, s’éloigne de l’industrie musicale qu’il juge de plus en plus hostile. Nous avons raconté cette période dans notre enquête sur la traversée du désert de George Harrison. Pendant ces années, son activité la plus constante, la plus quotidienne, celle qu’il ne lâche jamais, c’est le jardin.
Le fils, gardien du lieu
Aujourd’hui, Dhani partage sa vie entre Los Angeles et Friar Park. Il dirige Dark Horse Records avec David Zonshine, supervise les rééditions du catalogue paternel et a obtenu en 2025 l’autorisation de construire sur le domaine une maison à ossature de chêne, à l’emplacement d’un ancien court de tennis, avec une pièce consacrée à la botanique. Nous avons suivi ce projet dans notre article sur la maison de Dhani à Friar Park.
En 2021, lors de la réédition des cinquante ans d’All Things Must Pass, un court documentaire mis en ligne sur la chaîne officielle de George montrait Dhani à Friar Park, expliquant que le lien de son père avec la nature était sa manière de méditer et de prier. La collection Niwaki prolonge exactement cette idée : on ne vend pas un souvenir de Beatle, on vend les outils d’une pratique.
Avant George : Sir Frank Crisp et le jardin le plus fou d’Angleterre
Un avocat, un microscope et soixante-deux acres
Pour comprendre ce que George Harrison a acheté en 1970, il faut remonter au premier propriétaire du domaine. Frank Crisp naît à Londres le 25 octobre 1843. Avocat d’affaires, associé du cabinet Ashurst, Morris, Crisp and Co., il fait fortune dans le droit des sociétés, conseille le Parti libéral et devient baronnet en 1913. C’est aussi un homme de science amateur, passionné de microscopie : il est l’un des piliers de la Royal Microscopical Society, rassemble une collection réputée de microscopes anciens et devient le trésorier de la Linnean Society, la vénérable société londonienne d’histoire naturelle.
En 1889, il achète deux villas voisines à l’ouest de Henley-on-Thames, Friar Park et Friar’s Field, pour un total de 18 000 livres, selon le Garden History Blog du Gardens Trust. Il réunit leurs terrains en un domaine d’environ 62 acres, soit à peu près 25 hectares, détruit la maison de Friar’s Field et fait construire près de l’ancienne Friar Park une demeure gigantesque, confiée à l’architecte M. Clarke Edwards. Le chantier s’étend de 1889 au milieu des années 1890. Le résultat compte 120 pièces, des tours, des pinacles, des fenêtres à remplages, de la brique, de la pierre et de la terre cuite. La Victoria County History, l’encyclopédie historique des comtés anglais, y voit un mélange coloré et excentrique de gothique flamboyant à la française.
Le nom du domaine, Friar Park, le parc du frère, n’a aucune origine religieuse. Crisp s’en amuse. Il remplit la maison de moines en pierre, en terre cuite et en peinture, multiplie les jeux de mots sur le mot friar et les trompe-l’œil qu’il appelle lui-même des illusions d’optique. C’est un farceur, un esprit victorien qui adore les devinettes, les inscriptions à double sens et les surprises cachées au détour d’une allée.
Le Cervin de Henley
Mais ce qui rend Friar Park célèbre dès la fin du XIXe siècle, ce n’est pas la maison, c’est le jardin. Et dans le jardin, c’est la rocaille. À partir de 1896, Crisp fait construire au nord de la maison un jardin alpin d’environ un hectare et demi, que l’inventaire officiel des parcs et jardins historiques d’Angleterre décrit comme le plus grand jardin de rocaille artificiel de Grande-Bretagne. Il y rassemble environ 4 000 variétés de plantes alpines. Pour la roche, il fait appel à la maison James Backhouse and Son, de York, la grande spécialiste de l’époque, dont le contremaître vient conseiller sur place le jardinier en chef du domaine, un certain Knowles.
Au sommet de la composition trône une réplique miniature du Cervin, le Matterhorn des Alpes suisses. La perspective est truquée : vu depuis l’entrée du jardin, à travers ce qui ressemble à un col de montagne, le sommet semblait se dresser au loin, sur la ligne d’horizon. Crisp pousse la plaisanterie jusqu’à peupler les pentes de chamois en porcelaine ou en fer-blanc. Les critiques de l’époque sont partagés. Le grand théoricien du jardin naturel, William Robinson, salue la plus belle rocaille en pierre naturelle qu’il ait jamais vue. D’autres trouvent le Cervin franchement ridicule. Crisp, lui, publie en plusieurs éditions un Guide for the Use of Visitors to Friar Park, dont la version de 1914 est conservée dans les collections royales, en partie pour répondre à une longue querelle avec le jardinier E. A. Bowles sur ce que devait être une vraie rocaille.
Correctif factuel n° 1 — Combien mesure le Cervin de Friar Park ?
On lit très souvent que la réplique du Cervin de Friar Park mesure 20 pieds, soit environ six mètres, et qu’elle a été bâtie avec 23 000 tonnes de roche. Les deux chiffres circulent ensemble, mais ils ne viennent pas de la même source et les autres sources disent autre chose. Les six mètres viennent des notices biographiques de Frank Crisp. La presse horticole de 1899, citée par le Garden History Blog, parle d’un relief de 30 à 40 pieds, soit neuf à douze mètres, construit avec plus de 7 000 tonnes de grès meulier du Yorkshire. Les 23 000 tonnes, enfin, sont le chiffre de la fiche officielle de Historic England, mais il s’applique à l’ensemble de la rocaille, et pas au seul sommet. La prudence s’impose donc : le Cervin de Henley est une petite montagne de quelques mètres posée au cœur d’une rocaille de plusieurs milliers de tonnes, et personne n’a publié de relevé moderne de ses dimensions.
Grottes, lacs souterrains et jardin japonais
Sous la montagne, Crisp creuse. Une galerie censée évoquer une grotte de glace du glacier du Géant, au-dessus de Chamonix, court sous le Cervin. Plus bas, un réseau de grottes artificielles relie les lacs du domaine. On les visitait en barque, une sorte de grande plate que l’on halait le long de cordes fixées aux parois, selon le souvenir transmis par une visiteuse des années 1920. Dans la pénombre brillaient des grappes de raisin en verre, éclairées de l’intérieur, et des stalactites. Au-dessus des grottes, entre le lac supérieur et le lac inférieur, Crisp fait aménager un jardin japonais, avec une cascade sur une paroi rocheuse. C’est ce jardin, vieux de plus d’un siècle, que Dhani Harrison traverse aujourd’hui pour méditer.
Le reste du domaine est à l’avenant. À l’est de la rocaille, le Topiary Garden, aussi appelé Dial Garden, dessine dans le gazon des massifs d’ifs et de buis taillés selon le plan du labyrinthe de Versailles, avec autrefois trente-neuf cadrans solaires. Plus loin, un jardin médiéval et un jardin d’herbes élisabéthain, avec pergolas et murets de brique, illustrent l’autre passion savante de Crisp : l’histoire des jardins du Moyen Âge, à laquelle il consacre un ouvrage monumental, Mediaeval Gardens, publié à titre posthume en 1924. George Harrison s’en amusera plus tard en présentant son prédécesseur comme une autorité en matière de jardins médiévaux.
Un jardin ouvert à tous
Le détail le plus surprenant de l’ère Crisp est peut-être celui-ci : ce jardin extravagant n’était pas réservé à son propriétaire. Dès 1891, alors que les travaux commencent à peine, Crisp l’ouvre au public pour des occasions spéciales. À partir de 1898, il l’ouvre chaque semaine, pour des œuvres de charité ou contre un droit d’entrée modique. Les voisins de Henley sont scandalisés. La polémique devient nationale, au point que Crisp doit écrire au Times en 1913 pour démentir que les visiteurs abîment les lieux.
C’est un point capital pour la suite de l’histoire. Friar Park a été conçu comme un spectacle partagé, un jardin-théâtre pour les promeneurs du dimanche. Quand George Harrison l’achète, il hérite d’un lieu pensé pour émerveiller le public, mais il en fait le jardin le plus privé d’Angleterre. Toute l’ambiguïté de la collection Niwaki est là : c’est la première fois depuis très longtemps que Friar Park, sous une forme ou une autre, se laisse partager.
Les mots sur les murs
Crisp était aussi un homme de mots. Partout dans la maison et dans le jardin, il fait graver ou sculpter des maximes, des vers, des avertissements facétieux. Certains invitent le visiteur à ne pas rester sur les allées et à marcher sur le gazon, à rebours de tous les panneaux de parcs publics. D’autres l’exhortent à l’indulgence envers ses amis, à la patience devant les énigmes de la vie. D’autres encore marquent le passage du temps sur l’horloge d’une tour. Crisp, homme de science, était aussi spiritualiste : comme Arthur Conan Doyle, il crut en 1917 aux célèbres photographies des fées de Cottingley, l’un des premiers grands canulars photographiques de l’histoire.
George Harrison passera des années à lire ces inscriptions. Elles finiront dans ses chansons.
1919-1969 : cinquante ans de déclin
Sir Percival David et les visites du mercredi
Frank Crisp meurt à Friar Park le 29 avril 1919, à 75 ans. Sa veuve ne souhaite pas rester. Le domaine est mis en vente en quelques semaines, la bibliothèque de botanique et de jardinage est dispersée, le mobilier seul rapporte 22 000 livres. L’acheteur est Percival David, héritier d’une grande famille de la diaspora juive de Bagdad installée en Inde, qui paie 46 500 livres. Collectionneur passionné de céramique chinoise, il réunira l’une des plus importantes collections d’Occident, aujourd’hui conservée au British Museum.
Sir Percival, anobli en 1926, maintient la tradition de Crisp : le jardin reste ouvert au public le mercredi après-midi, au moins jusqu’en 1930. En 1922, il reverse 457 livres à des œuvres de charité, l’équivalent de plus de 18 000 entrées à six pence. À partir de septembre 1939, la maison accueille des enfants évacués de Londres. Mais le couple David divorce au début des années 1950, et le domaine est vendu par morceaux.
Les sœurs salésiennes et la jungle
La maison et le parc sont achetés par un ordre enseignant, les Filles de Marie Auxiliatrice, aussi appelées sœurs salésiennes de saint Jean Bosco. Elles y installent un centre de formation et une école, la Sacred Heart School. Les religieuses ont plus d’ambition que de moyens. L’entretien d’une maison de 120 pièces et d’un jardin conçu pour une armée de jardiniers dépasse rapidement leurs ressources. Les sculptures irrévérencieuses de Crisp sont recouvertes ou repeintes. Les allées s’effacent. Pour gagner un peu d’argent, les sœurs laissent même des entrepreneurs locaux utiliser les terrains, et jusqu’aux lacs, comme décharge.
Olivia Harrison décrira plus tard ce qu’il restait de la rocaille : seul le sommet du Cervin émergeait d’un filet de broussailles et de jeunes arbres. Le jardin le plus visité d’Angleterre au début du siècle était devenu une jungle.
Correctif factuel n° 2 — Friar Park allait-il vraiment être rasé ?
Presque tous les récits de l’achat affirment que George Harrison a sauvé Friar Park d’une démolition imminente, parfois à une semaine près. La réalité est plus nuancée. Il est exact que les religieuses, à court d’argent, ont tenté de valoriser le terrain : selon le Garden History Blog, qui s’appuie sur la presse locale de l’époque, elles ont déposé sur cinq ans sept projets différents, allant de quelques constructions ou d’un immeuble sur une partie du domaine jusqu’à la démolition complète et à la construction de 221 maisons. Mais tous ces projets ont été refusés par les autorités, puis refusés de nouveau en appel. Le conseil municipal de Henley a même tenté de racheter le domaine pour un usage collectif. Il n’existait donc aucun permis de démolir et aucune date de destruction. L’encyclopédie Wikipédia qualifie la rumeur d’une démolition programmée de remarque sans fondement factuel. George a bien sauvé Friar Park, mais d’un déclin lent et d’un avenir incertain, pas d’un bulldozer déjà en route.
Janvier 1970 : pourquoi George Harrison achète une ruine
Un Beatle de 27 ans qui cherche un territoire
Au tout début de 1970, George Harrison vit encore à Kinfauns, le bungalow d’Esher, dans le Surrey, qu’il avait acheté en juillet 1964 pour 20 000 livres et que Pattie Boyd et lui avaient peint de motifs psychédéliques. La maison est devenue trop petite pour ses ambitions, et trop chargée de souvenirs Beatles. C’est là qu’en mai 1968 les quatre avaient enregistré les maquettes de l’Album blanc, comme nous le rappelions dans notre histoire de Not Guilty.
Le groupe, lui, est en train de mourir. Les réunions chez Apple tournent aux règlements de comptes, et George sort d’une année 1969 où il a claqué la porte des séances de Get Back. Il a des dizaines de chansons en stock, que Lennon et McCartney ont laissé dormir, un phénomène que nous avons décrit dans notre enquête sur la guerre silencieuse des chansons. Il veut un lieu à lui, loin de Londres, assez grand pour y construire un studio et y vivre selon ses propres règles.
En janvier 1970, il achète Friar Park aux religieuses. Le prix le plus souvent cité est de 140 000 livres, pour la maison, les pavillons d’entrée et environ 32 à 33 acres de terrain, une partie seulement du domaine de Crisp. Derek Taylor, l’attaché de presse des Beatles devenu l’ami et le confident de George, résumera l’achat d’une formule restée célèbre : un rêve sur une colline, arrivé au bon moment entre les mains du bon homme. George a 27 ans.
Une ruine que personne ne voulait
George ne s’est jamais raconté d’histoires sur l’état du lieu. Il l’a dit lui-même, des années plus tard : quand il a acheté Friar Park, “tout pourrissait et personne ne s’y intéressait”. Il ajoutait avec une ironie gourmande que le domaine était depuis devenu un bâtiment classé, que les sociétés historiques voulaient toutes le visiter et qu’on lui avait même envoyé des certificats de valeur historique pour les grilles qu’il avait lui-même restaurées.
Sa belle-sœur, Irene Harrison, se souvient de sa première visite avec un cri du cœur : mon Dieu, qu’est-ce qu’il a fait ? Des voitures avaient été abandonnées dans le jardin, les ronces les avaient recouvertes, on ne pouvait pas se promener sans une machette. Dans la maison, l’herbe poussait à travers certains planchers. Mais elle ajoutait aussitôt que George avait eu la clairvoyance de voir le lieu pour ce qu’il était, et de le faire.
Les premières semaines : sans chauffage ni lits
George et Pattie s’installent officiellement à Friar Park le 12 mars 1970. Les premières semaines, les Harrison et leurs invités vivent sans chauffage, sans meubles et sans lits, campant dans un manoir glacé. Cela n’empêche pas George d’y organiser le 17 mars une fête pour les 26 ans de Pattie, à laquelle assistent, selon les souvenirs de leur amie Chris O’Dell, les trois autres Beatles. C’est l’une des dernières fois que les quatre se retrouvent dans un cadre privé avant l’annonce du départ de Paul, le 10 avril.
Ce jour-là, justement, John Lennon est à Friar Park, selon le même témoignage, et se promène dans le jardin avec George pendant que les journaux annoncent la fin des Beatles. Lennon n’a jamais aimé le lieu. Il le trouvait un peu lugubre et le surnommait, d’un jeu de mots moqueur, Henley-on-Toast, selon le biographe Graeme Thomson. George, lui, est tombé amoureux.
Ce qu’il fait ensuite dit tout de sa manière d’être. Il n’emménage pas en seigneur dans les salons de Crisp. Il s’installe d’abord dans des pièces modestes, explique qu’il peut vivre dans une seule chambre et occuper le reste du manoir au fur et à mesure de ses besoins. Il propose même une aile de la maison à des fidèles du mouvement Hare Krishna, qui viennent l’aider aux travaux. Puis il sort, et il commence à défricher. Notre article Friar Park, la forteresse de George raconte ce que cet achat signifiait dans le contexte de la séparation des Beatles. Ici, nous suivons ce qui s’est passé dehors.
La restauration des jardins : trente ans d’apprentissage
Lance-flammes, chèvres et corde de rappel
La restauration de Friar Park n’a jamais été un chantier d’architecte paysagiste, avec plans, devis et calendrier. Olivia Harrison l’a dit sans détour au paysagiste Dan Pearson, qui l’interrogeait pour le Guardian en 2008 : au début, c’était l’heure des amateurs. Les Harrison avancent par essais et erreurs, en se battant contre des massifs envahis et des arbres semés au hasard par le vent. Elle précise aussi que le couple n’a jamais eu l’intention de faire une restauration au sens strict. Ils le faisaient pour le plaisir.
Les méthodes sont à la mesure de la jungle. Des amis viennent aider à dégager les broussailles, au lance-flammes. On rend peu à peu les pelouses à la tondeuse, on remet la fontaine en état. Pour la rocaille, devenue un roncier impénétrable, George trouve une solution d’éleveur : il installe deux chèvres sur le Cervin pour qu’elles dévorent les ronces. Quand la montagne réapparaît, il découvre ce qui se cache dessous. Il se fait descendre au bout d’une corde dans les grottes et les galeries noyées que personne n’avait explorées depuis des décennies. Selon Country Life, il a fallu le hisser dans un harnais pour atteindre l’une des grottes, redécouverte une dizaine d’années après l’achat. C’est à ce moment, écrit le Garden History Blog, que le grand projet de Crisp a trouvé un nouveau gardien.
Le conseil de Beth Chatto
Le tournant vient d’une visite. Beth Chatto, l’une des plus grandes jardinières anglaises du XXe siècle, pionnière du principe de la bonne plante au bon endroit, vient voir Friar Park. Devant la timidité de George, qui n’ose rien toucher de l’héritage de Crisp, elle lui lance une remarque restée dans la mémoire familiale : si vous aviez chez vous un vieux canapé que vous n’aimez pas, vous le jetteriez.
George ne prend pas la phrase comme une licence pour tout raser. Il la comprend comme une permission. Il cesse de vouloir reconstituer à l’identique le jardin de 1900, dont il ne reste de toute façon que des photographies en noir et blanc trop floues pour identifier les plantes, et s’autorise à créer dans le cadre laissé par Crisp. C’est ce qui fait de Friar Park un jardin vivant plutôt qu’un musée.
Une nouvelle couche de plantations
Dan Pearson décrit le résultat comme une nouvelle couche de plantations, qui se déroule en larges bandes généreuses, sans préciosité. George devient à son tour collectionneur. Il visite des jardins et des pépinières, repère une plante, la rapporte, la met en terre. La différence avec Crisp est de tempérament. Le Victorien planifiait tout avec érudition, en s’appuyant sur des précédents historiques, quitte à les détourner par jeu. George préfère l’élan, la spontanéité, l’envie de voir les plantes en terre tout de suite pour que le jardin bouge.
Country Life, qui a consacré plusieurs articles aux jardins de Friar Park, souligne que tous ces achats de George forment aujourd’hui une part essentielle des paysages du domaine, quarante ans plus tard. Le magazine qualifie le jardin de topiaires, que George avait trouvé sous la forme d’une jungle d’ifs démesurés, de chef-d’œuvre, l’un des plus importants d’Europe. Dans les bois, Olivia a développé des clairières moussues plantées d’espèces venues des montagnes du monde entier.
Les arbres que l’on plante pour les autres
Peu à peu, en grattant la peinture des religieuses et en dégageant les allées, les Harrison découvrent l’intelligence de Crisp. Irene Harrison se souvient que George lui avait un jour montré un groupe de sapins bleus en lui faisant remarquer que Crisp, en les plantant, savait qu’il ne les verrait jamais adultes. Il savait qu’il serait un vieil homme avant que le jardin ressemble à ce qu’il avait imaginé. George, dit-elle, ressentait exactement la même chose.
C’est l’une des clés de l’amour de George pour son jardin. Un jardin se plante pour celui qui viendra après. Il oblige à accepter qu’on ne verra pas le résultat. Pour un homme qui chantait depuis 1970 que toutes choses doivent passer, le jardinage n’était pas un passe-temps : c’était une philosophie en acte.
Correctif factuel n° 3 — Combien de jardiniers à Friar Park ?
On lit parfois que George Harrison employait 45 jardiniers à Friar Park. Le chiffre, repris d’un article de Country Life, semble en réalité décrire les moyens de l’époque de Frank Crisp, qui entretenait un domaine deux fois plus vaste avec une armée de jardiniers victoriens. Pour la période Harrison, le Garden History Blog évoque jusqu’à une dizaine de personnes pour entretenir Friar Park, auxquelles s’ajoutaient George et Olivia, qui travaillaient eux-mêmes au jardin. Un catalogue de libraire spécialisé a même mis en vente une carte de vœux dessinée par George et dédicacée à son garde du domaine, Maurice, et à sa famille. La différence n’est pas anecdotique : elle sépare le jardin-spectacle d’un millionnaire victorien du jardin de travail d’un homme qui avait les mains dans la terre.
Be Here Now : jardiner au présent
Olivia a donné à Dan Pearson une explication très éclairante du rapport de George au jardin. Il préférait, disait-elle, ne pas trop penser au-delà de l’ici et maintenant, de peur d’être submergé par l’ampleur de ce qui l’entourait. Le jardinage était l’antidote idéal. Le titre de sa chanson Be Here Now, publiée en 1973 sur Living in the Material World, le décrivait parfaitement.
Le domaine était immense, la tâche infinie. Mais une plate-bande, un massif, un arbre à tailler, c’est une tâche à hauteur d’homme, qui se fait aujourd’hui. Le jardin protégeait George de l’angoisse du tout, comme la méditation le protégeait du bruit du monde.
Jardiner la nuit : la passion d’un homme
Jusqu’à minuit, au clair de lune
Le souvenir le plus saisissant vient de Dhani. Son père, raconte-t-il, jardinait jusqu’à minuit. Il restait dehors à plisser les yeux, parce qu’au clair de lune il voyait les ombres et les volumes, sans voir les mauvaises herbes et les imperfections qui le tourmentaient en plein jour. Il manquait presque tous les dîners. Il sortait au jardin dès le matin et n’en revenait que tard le soir.
Il y a dans cette image quelque chose de profondément harrisonien. Le jour, le jardin est un problème à résoudre, une liste de défauts. La nuit, il redevient une forme, une composition, presque une musique. George ne jardinait pas pour la photo. Il jardinait pour la sensation d’être à sa place.
Le mauvais métier
George a dit plusieurs fois, sous des formes différentes, qu’il était d’abord un jardinier. En 1979, dans un entretien accordé au magazine Rolling Stone, il se décrit comme juste un jardinier. À son ami le chanteur Joe Brown, il confie une phrase que l’éditeur Genesis Publications a rendue publique en 2008 : “Je me suis trompé de métier. J’aurais dû être jardinier.” Et il a résumé un jour son rapport au monde d’une formule désarmante : il se sentait parfois sur la mauvaise planète, et c’était merveilleux quand il était dans son jardin, mais dès qu’il franchissait le portail, il se demandait ce qu’il faisait là.
Il faut prendre ces phrases au sérieux sans les prendre au pied de la lettre. George Harrison n’a jamais renoncé à la musique : il a enregistré à Friar Park la majeure partie de son œuvre solo, du milieu des années 1970 à Brainwashed. Mais il a renoncé à la carrière, à la tournée, à la promotion, à la célébrité. Le jardin est devenu le lieu où il pouvait être George sans être un Beatle.
Le premier jardin : le potager du père
D’où venait cette passion ? Olivia a donné un jour une réponse très simple, en 2008 : “Il m’a toujours dit que son premier jardin, c’était le potager de son père.” Harold Harrison, chauffeur de bus à Liverpool, cultivait des légumes comme beaucoup d’ouvriers de l’après-guerre, dans une Angleterre encore soumise au rationnement. George est né en 1943 au 12 Arnold Grove, une maison de briques sans jardin digne de ce nom, puis a grandi à Speke, dans une cité ouvrière. Le jardin, pour lui, n’était pas un luxe d’aristocrate. C’était le geste de son père.
Son épouse avait une autre intuition, rapportée par Country Life : Friar Park lui rappelait peut-être Calderstones Park, le grand parc victorien de la banlieue sud de Liverpool, qu’il connaissait du temps où il fréquentait le Liverpool Institute. Les deux images se complètent. Le potager du père, c’est le travail. Le parc victorien, c’est le rêve.
Un habitué de Chelsea
George ne jardinait pas en autodidacte isolé. Il était un habitué du Chelsea Flower Show, le grand salon horticole londonien de la Royal Horticultural Society, où on le croisait chaque année, appareil photo et carnet de notes à la main. Il y repérait des plantes, des associations, des idées. Une photographie de 1996 le montre au salon avec Olivia. Il disait se sentir plus proche de Dieu dans son jardin qu’ailleurs. Pour un homme qui avait passé sa vie à chercher Dieu à travers l’Inde, le mantra et la méditation, ce n’est pas une formule en l’air.
Le jardin comme lieu spirituel
On aurait tort de séparer le jardinier du mystique. Chez George Harrison, les deux vont ensemble. Le jardin est un lieu de méditation, comme le jardin japonais de Friar Park l’est aujourd’hui pour Dhani. Il est aussi une leçon d’impermanence : tout y naît, tout y meurt, tout y revient. Le titre de son premier grand album solo, All Things Must Pass, emprunté à une réflexion de Timothy Leary sur le Tao, aurait pu être gravé au fronton du potager. Nous avons consacré à ce disque et à sa chanson-titre plusieurs articles, dont notre enquête sur Run of the Mill, l’une des chansons écrites dans l’année qui précède l’achat de Friar Park.
Friar Park dans les chansons de George Harrison
Ballad of Sir Frankie Crisp (Let It Roll) : la visite guidée
La première chanson que George consacre à son domaine paraît quelques mois seulement après l’achat. Ballad of Sir Frankie Crisp (Let It Roll) figure sur All Things Must Pass, publié le 27 novembre 1970 aux États-Unis et le 30 novembre au Royaume-Uni. George la présentait lui-même comme une fantaisie personnelle inspirée par un avocat excentrique du XIXe siècle, qu’il avait appris à connaître en devenant le propriétaire de sa folie victorienne.
La chanson est une visite guidée. Le fantôme de Crisp y traverse le hall, sort par la porte, gagne la fontaine de la gaieté perpétuelle, passe par le labyrinthe et les grottes. Elle cite même deux sœurs, Joan et Molly, qui travaillaient à l’entretien de la maison. George y décrit Crisp comme une sorte de croisement entre Lewis Carroll et Walt Disney, et Derek Taylor remarquera en préparant I, Me, Mine que George parlait souvent de Crisp comme s’il était encore vivant.
Le titre est enregistré aux studios EMI d’Abbey Road, dans le Studio Three, avec Phil Spector à la coproduction. Deux prises incomplètes sont tentées le 4 juin 1970, en présence de Peter Frampton et des guitaristes de Badfinger, et George suggère en riant qu’un banjo à la Earl Scruggs ferait l’affaire. La chanson est terminée le lendemain, 5 juin, en six prises numérotées de 3 à 8, la dernière étant retenue. Les 11 et 12 juin, le joueur de pedal steel de Nashville Pete Drake vient y ajouter ses glissandos. C’est d’ailleurs pendant ces séances qu’il fait découvrir à Peter Frampton la talk box qui fera plus tard la fortune de Frampton Comes Alive!
Nous avons détaillé le texte, sa traduction et ses crédits dans notre fiche Ballad of Sir Frankie Crisp, et nous l’avons retenue parmi nos quinze chansons pour découvrir George Harrison en solo. L’album lui-même est disponible dans l’édition du cinquantième anniversaire en double CD, avec le mixage 2020 supervisé par Dhani Harrison et Paul Hicks, ou dans l’édition remastérisée du trentième anniversaire.
La pochette d’All Things Must Pass : quatre nains sur une pelouse
La pochette d’All Things Must Pass, photographiée par Barry Feinstein, montre George assis sur un tabouret, en bottes de caoutchouc et chapeau à large bord, sur la pelouse de Friar Park, entouré de quatre nains de jardin. Ces nains, il les avait sauvés des cachettes souterraines où les religieuses les avaient relégués. Ils datent de l’époque de Crisp, grand amateur de ces figurines comme beaucoup de jardiniers victoriens.
On a voulu voir dans ces quatre nains une allégorie moqueuse des Beatles, le guitariste enfin seul au centre et ses trois anciens compagnons réduits à des statuettes. George n’a jamais validé cette lecture, et rien n’oblige à la retenir. Elle dit surtout combien l’image a frappé : pour la première fois, un Beatle se présentait au monde non pas sur une scène, mais dans un jardin.
Ding Dong, Ding Dong : la chanson écrite par la cheminée
En 1974, George trouve une autre chanson sur les murs de Friar Park. À gauche d’une cheminée, une sculpture invite à sonner le départ de l’ancien et l’arrivée du nouveau ; à droite, une autre invite à sonner le départ du faux et l’arrivée du vrai. Il raconte dans I, Me, Mine que ce fut la chanson la plus rapide qu’il ait jamais écrite, trois minutes de composition, à ceci près qu’il lui avait fallu quatre ans à regarder l’inscription avant de comprendre que c’était un tube. Ding Dong, Ding Dong paraît en single le 6 décembre 1974 au Royaume-Uni et le 23 décembre aux États-Unis, extrait de l’album Dark Horse. Elle se classe 38e en Grande-Bretagne et 36e aux États-Unis.
Pour son premier clip promotionnel, George se filme à Friar Park en mimant le titre dans une succession de costumes qui résument sa carrière, du blouson de cuir de Hambourg à l’uniforme de Sgt. Pepper, qu’il n’avait plus enfilé depuis le tournage de Hello, Goodbye en 1967. Sonner le départ de l’ancien, c’est aussi, littéralement, se défaire de ses anciens costumes de Beatle. Voir notre fiche Ding Dong, Ding Dong.
Correctif factuel n° 4 — Les vers de Ding Dong, Ding Dong ne sont pas de Frank Crisp
On présente presque toujours les paroles de Ding Dong, Ding Dong comme des maximes de Sir Frank Crisp. C’est vrai pour le support, pas pour l’auteur. Les deux lignes gravées près de la cheminée de Friar Park sont des vers d’Alfred Tennyson, tirés du poème In Memoriam A. H. H., publié en 1850, dans la section CVI, celle des cloches du Nouvel An. Le texte de Tennyson dit exactement : “Ring out the old, ring in the new” puis, deux vers plus loin, “Ring out the false, ring in the true”. Crisp, grand lecteur, a fait sculpter dans sa maison des vers du poète le plus célèbre de l’Angleterre victorienne, et George les a mis en musique cent vingt-quatre ans après leur publication. C’est d’ailleurs pourquoi la chanson fonctionne si bien comme hymne de réveillon : elle reprend un poème que Tennyson avait lui-même écrit pour la nuit du 31 décembre.
The Answer’s at the End et Flying Hour : la sagesse gravée
L’année suivante, sur Extra Texture (Read All About It), George puise de nouveau dans les murs. The Answer’s at the End reprend presque mot pour mot une inscription de Crisp qui invite à ne pas examiner un ami à la loupe, à pardonner ses petits travers, et rappelle que la vie est une longue énigme dont la réponse se trouve à la fin. Le clin d’œil est savoureux : l’homme qui recommande de ne pas regarder les autres au microscope était un microscopiste réputé. Voir notre fiche The Answer’s at the End.
En 1978, Flying Hour cite à son tour une inscription de l’horloge d’une tour de Friar Park, qui oppose le passé révolu et l’avenir incertain au seul présent dont on dispose. La chanson est écartée en 1980 de Somewhere in England par la maison de disques, avec trois autres titres, avant de reparaître plus tard. Le thème, lui, est celui de Be Here Now : le présent comme seul jardin cultivable.
Crackerbox Palace : Lord Buckley, Eric Idle et une rumeur tenace
Crackerbox Palace, sur Thirty Three & 1/3, publié en novembre 1976, est la chanson la plus souvent associée à Friar Park. C’est pourtant celle qui en parle le moins. George racontait qu’il avait rencontré au Midem, le marché international du disque de Cannes, un certain George Greif. Il lui avait dit qu’il lui rappelait Lord Buckley, un humoriste américain des années 1950, prophète du jive et de la culture beatnik, qu’il admirait depuis des années. Greif lui avait répondu qu’il avait été le manager de Buckley pendant dix-huit ans, et que l’humoriste vivait à Los Angeles dans une vieille maison délabrée qu’il appelait Crackerbox Palace. George nota le nom sur un paquet de cigarettes, rentra chez lui et écrivit la chanson.
Le clip, réalisé par Eric Idle des Monty Python, a été tourné à Friar Park, avec George, Olivia, Neil Innes et toute une troupe d’amis costumés. Il est diffusé pour la première fois le 20 novembre 1976 dans Saturday Night Live, où George est l’invité musical. Le single sort aux États-Unis le 24 janvier 1977 et monte à la 19e place du Billboard. L’album Thirty Three & 1/3 est d’ailleurs le premier enregistré entièrement dans le studio de Friar Park, entre le 24 mai et le 13 septembre 1976 : on le trouve en CD remastérisé. Voir aussi notre fiche Crackerbox Palace.
Correctif factuel n° 5 — Crackerbox Palace n’est pas le nom de Friar Park
Parce que le clip a été tourné dans le parc, beaucoup de fans, et nombre d’articles, présentent Crackerbox Palace comme le surnom que George donnait à Friar Park. La chanson, elle, part de la maison de Lord Buckley à Los Angeles, pas de Henley. Les sources divergent ensuite sur l’usage du surnom : l’article de Wikipédia consacré à Friar Park affirme que George n’a jamais appelé son domaine ainsi, celui consacré à la chanson affirme le contraire, et Country Life écrit qu’il l’employait parfois. La position la plus prudente est donc la suivante : le nom vient de Lord Buckley, la chanson parle du monde plus que de la maison, et l’association avec Friar Park doit beaucoup au clip d’Eric Idle. La date de la rencontre avec George Greif est elle aussi flottante : George la situe au Midem de 1975, plusieurs ouvrages au Midem de janvier 1976.
Un décor de cinéma pour toute une œuvre
Friar Park sert aussi de décor au clip de True Love, autre extrait de Thirty Three & 1/3, et à de nombreuses séances photo. En juin 1994, c’est dans le parc que Paul McCartney, George Harrison et Ringo Starr sont filmés pour The Beatles Anthology, assis dans l’herbe, guitares et ukulélé à la main, en train de rejouer les chansons de leur jeunesse. Pour beaucoup de fans, ces images de trois sexagénaires en paix au soleil de Henley sont le vrai épilogue des Beatles. Nous avons raconté la genèse de ce projet dans notre article sur l’Anthology et les relations de George avec ses anciens partenaires dans notre enquête sur George Harrison et la réunion des Beatles. Et pour un tour d’horizon plus large, voir notre page sur les chansons que les Beatles ont écrites sur leurs maisons.
Friar Park, studio, refuge et forteresse
FPSHOT, le studio au fond du jardin
Dès 1972, George installe dans la maison un studio d’enregistrement seize pistes. Il prend le nom de FPSHOT, pour Friar Park Studio, Henley-on-Thames, une mention que l’on retrouve sur les pochettes de presque tous ses disques suivants. À partir de 1974, il devient le quartier général musical de Dark Horse Records. C’est là que naissent une bonne partie de Dark Horse, puis Thirty Three & 1/3, George Harrison, Somewhere in England, Gone Troppo, Cloud Nine en partie et les dernières chansons de Brainwashed. Le studio et le jardin sont à quelques pas l’un de l’autre. George passe de la console à la bêche sans changer de bottes.
Friar Park joue aussi un rôle dans l’histoire du cinéma britannique. Selon un récit largement repris, quand EMI retire son financement au film La Vie de Brian des Monty Python en 1978, George engage le domaine en garantie pour permettre à HandMade Films de produire le film. Le jardinier de Henley devient producteur par amitié pour Eric Idle et ses camarades.
La nuit du 30 décembre 1999
La forteresse a aussi connu sa nuit la plus sombre. Le 30 décembre 1999, vers 3 h 30 du matin, un homme de 34 ans souffrant de graves troubles psychiatriques, Michael Abram, s’introduit dans la maison et poignarde George à plusieurs reprises. Olivia le maîtrise avec un tisonnier et une lampe, sauvant la vie de son mari. Nous avons raconté cette nuit en détail dans notre récit de l’agression de 1999. Olivia y reviendra en 2022 dans un poème de Came the Lightening, intitulé Heroic Couple.
L’agression ne fait pas fuir George de Friar Park. Il y passe encore une partie de ses deux dernières années, malade, avant de mourir à Los Angeles le 29 novembre 2001, à 58 ans. En août 1999, quelques mois avant l’agression, pour les 21 ans de Dhani, il avait fait installer dans le parc une barque perchée dans un arbre : une folie dans l’esprit exact de Crisp. C’est peut-être son dernier ajout au jardin.
Olivia Harrison, gardienne du jardin
Une Californienne à Henley
Olivia Trinidad Arias découvre Friar Park en 1974, l’année où elle rencontre George, alors qu’elle travaille au service promotion d’A&M Records à Los Angeles au moment de la création de Dark Horse. Ils se marient le 2 septembre 1978. Elle raconte que sa propre passion pour le jardinage est née de celle de son mari, et en particulier du calme intérieur que le jardin lui apportait. Nous avons retracé son parcours dans notre portrait d’Olivia Harrison pour ses 78 ans.
Au fil des années, les deux époux se répartissent les espaces du domaine, chacun prenant en charge ses propres zones. Après la mort de George, c’est Olivia qui porte la suite. Country Life l’appelle la restauratrice du plus grand jardin de rocaille d’Angleterre, et attribue largement à son énergie la résurrection de la rocaille et du Cervin. Dans les bois, elle développe des clairières de mousses et des plantations d’espèces de montagne. Elle confiait au Radio Times, en 2008, qu’en sortant au jardin elle s’attendait encore à voir George surgir de derrière un arbuste, comme il le faisait autrefois. Le jardin, pour elle, est la présence de George.
2008 : From Life to Life, un jardin pour George à Chelsea
En mai 2008, Olivia présente au Chelsea Flower Show, le salon que George fréquentait chaque année, un jardin à sa mémoire : From Life to Life, A Garden for George. Il est conçu avec la paysagiste Yvonne Innes, épouse de Neil Innes, le musicien des Rutles et ami de George, que nous avons croisé dans notre histoire des Rutles. Le jardin se déploie en quatre niveaux, reliés par une allée en mosaïque de verre vénitien réalisée par l’artiste Brian Clarke selon les techniques romaines. Ses 76 espèces et variétés de plantes racontent la vie de George, de Liverpool en 1943 aux années de recherche spirituelle, du monde matériel au monde spirituel. Le projet est financé par la Material World Charitable Foundation, la fondation créée par George en 1973 avec les revenus de Living in the Material World.
Le jour de l’ouverture, Ringo Starr arrive dans une Mini peinte de couleurs vives. George Martin, devant les massifs, a ce commentaire : c’est complètement George. Le jardin reçoit une médaille de vermeil de la Royal Horticultural Society. Un détail aurait pourtant amusé George : il n’y avait aucun nain de jardin. Les règles du salon les interdisaient alors, avant que la RHS ne lève exceptionnellement l’interdiction pour le centenaire de 2013.
De Liverpool à la Floride
Le jardin est devenu la forme naturelle de l’hommage à George. Le 25 février 2020, jour de ce qui aurait été son 77e anniversaire, la ville de Liverpool et la famille annoncent la création du George Harrison Woodland Walk, un bois de douze acres face à Allerton Towers, dans le sud de la ville, non loin des lieux où il a grandi. Olivia explique alors que George était un jardinier passionné qui trouvait au grand air réconfort et joie, et qu’il n’y avait pas de meilleure manière de lui rendre hommage dans sa ville qu’un jardin.
En 2025, enfin, le Marie Selby Botanical Gardens de Sarasota, en Floride, consacre à George une grande exposition, George Harrison: A Gardener’s Life, du 9 février au 29 juin, neuvième volet de sa série consacrée aux artistes et à leur lien avec la nature. Les jardiniers de Selby réinterprètent des scènes de Friar Park, des créations originales de Crisp aux plantations de George et Olivia. La famille prête photographies et films amateurs, où l’on voit George couvert de terre aux commandes d’une pelleteuse. Olivia y dialogue le 11 février avec l’historien des jardins Robin Lane Fox, et Patti Smith donne un concert en hommage le lendemain. L’exposition bat les records de fréquentation du jardin botanique. On y lit des extraits de Came the Lightening, le recueil de vingt poèmes qu’Olivia a dédié à George en 2022, avec une préface de Martin Scorsese, disponible en édition reliée chez Genesis Publications.
Du jardin au sécateur : ce que la collab dit de l’héritage Harrison
Un héritage raconté par les objets
La collection Friar Park x Niwaki n’est pas une simple ligne de produits dérivés. Elle s’inscrit dans une stratégie que la famille Harrison mène depuis plusieurs années, et que nous avons analysée à propos du mois japonais de Dark Horse Records : raconter l’homme par les objets plutôt que par les seules rééditions. Fender raconte le guitariste. Tower Records raconte le fondateur de label et le collectionneur. Niwaki raconte le jardinier. Mises bout à bout, ces collaborations dessinent un portrait que les albums seuls ne suffisaient pas à transmettre.
Le choix est habile, mais il n’est pas sans risque. Une veste à 800 livres reste un objet de luxe, et l’idée de vendre l’esprit d’un jardin privé peut surprendre. Ce qui protège l’opération de la simple exploitation nostalgique, c’est la cohérence. Les outils de Niwaki sont réellement utilisés à Friar Park. Dhani est réellement un client de la marque depuis des années. Le jardin japonais existe réellement et date de Crisp. Rien n’est inventé pour l’occasion.
Le jardin enfin partagé
Il y a enfin une ironie que Frank Crisp aurait goûtée. Le Victorien avait ouvert son jardin au public chaque semaine, au grand scandale de ses voisins. George, pour des raisons évidentes de sécurité et de tranquillité, en avait fait l’un des lieux les plus fermés d’Angleterre. La collection Niwaki ne rouvre pas les grilles de Gravel Hill, et rien ne laisse penser que le domaine accueillera un jour des visiteurs. Mais elle laisse sortir de Friar Park quelque chose de son âme : une couleur d’érable, une manière de tailler, une capuche pour méditer. Pour les fans qui ne verront jamais le Cervin de Henley, c’est déjà beaucoup.
George l’avait chanté en 1970 : tout doit passer. Les jardins aussi. Celui de Friar Park a survécu à son créateur, à cinquante ans d’abandon, puis à son sauveur. Il survit aujourd’hui grâce à Olivia, à Dhani et à une petite équipe de jardiniers. Et désormais, un peu, grâce à un sécateur japonais.
Chronologie : Friar Park et George Harrison jardinier
| Date | Événement |
|---|---|
| 25 octobre 1843 | Naissance de Frank Crisp à Londres |
| 1850 | Tennyson publie In Memoriam A. H. H., dont deux vers finiront sur une cheminée de Friar Park |
| 1889 | Crisp achète Friar Park et Friar’s Field ; début de la construction de la maison par M. Clarke Edwards |
| 1891 | Premières ouvertures du jardin au public |
| 1896 | Début de la rocaille alpine et du Cervin, avec Backhouse de York |
| 1898 | Ouverture hebdomadaire du jardin |
| 1913 | Crisp est fait baronnet |
| 29 avril 1919 | Mort de Crisp ; vente du domaine à Percival David pour 46 500 livres |
| 25 février 1943 | Naissance de George Harrison au 12 Arnold Grove, Liverpool (certains récits familiaux évoquent le 24 février) |
| Début des années 1950 | Les sœurs salésiennes achètent la maison et le parc |
| Années 1960 | Sept projets d’aménagement des religieuses, tous refusés |
| Janvier 1970 | George Harrison achète Friar Park |
| 12 mars 1970 | George et Pattie s’installent à Friar Park |
| 4-5 juin 1970 | Enregistrement de Ballad of Sir Frankie Crisp à Abbey Road |
| 27-30 novembre 1970 | Sortie d’All Things Must Pass, pochette photographiée sur la pelouse de Friar Park |
| 1972 | Installation du studio FPSHOT |
| 1974 | Olivia Arias découvre Friar Park ; Ding Dong, Ding Dong paraît en single le 6 décembre |
| 1976 | Thirty Three & 1/3 enregistré à FPSHOT ; clip de Crackerbox Palace tourné dans le parc |
| 1er août 1978 | Naissance de Dhani Harrison |
| 2 septembre 1978 | Mariage de George et Olivia |
| 1979 | George se décrit dans Rolling Stone comme juste un jardinier |
| Juin 1994 | McCartney, Harrison et Starr filmés dans le parc pour The Beatles Anthology |
| 30 décembre 1999 | Agression de George et Olivia par Michael Abram |
| 29 novembre 2001 | Mort de George Harrison à Los Angeles |
| Mai 2008 | From Life to Life, A Garden for George au Chelsea Flower Show |
| 25 février 2020 | Annonce du George Harrison Woodland Walk à Liverpool |
| 2022 | Olivia publie Came the Lightening |
| 9 février – 29 juin 2025 | Exposition George Harrison: A Gardener’s Life à Sarasota |
| 12 octobre 2026 | Lancement de la collection Friar Park x Niwaki |
| 14-15 octobre 2026 | Magasin éphémère à Minami-Aoyama, Tokyo |
Pour aller plus loin : écouter, voir, lire
À voir sur YouTube
- Le clip de Crackerbox Palace réalisé par Eric Idle à Friar Park (1976)
- Le clip de Ding Dong, Ding Dong et ses costumes de Beatle (1974)
- Le clip de True Love, autre tournage dans le parc
- Le documentaire de 2021 sur l’installation de nains floraux d’All Things Must Pass, avec Dhani à Friar Park
- La bande-annonce de Living in the Material World de Martin Scorsese
- La chaîne YouTube de Niwaki, pour voir les outils en action
À écouter
- All Things Must Pass (1970), pour Ballad of Sir Frankie Crisp et la pochette des nains : édition 50e anniversaire en double CD.
- Dark Horse (1974), pour Ding Dong, Ding Dong : en CD et vinyle.
- Extra Texture (1975), pour The Answer’s at the End : en CD et vinyle.
- Thirty Three & 1/3 (1976), premier album entièrement enregistré à Friar Park : en CD remastérisé.
- Brainwashed (2002), l’album posthume achevé par Dhani et Jeff Lynne : disponible ici.
- R. Carlos Nakai, Canyon Trilogy, le disque que Dhani écoute au jardin, réédité en vinyle par Dark Horse : en vinyle et CD.
À lire et à regarder
- George Harrison, I Me Mine, The Extended Edition (Genesis, 2017), l’autobiographie avec Derek Taylor, qui aborde le jardinage et les chansons de Friar Park : édition reliée.
- Olivia Harrison, George Harrison: Living in the Material World (Abrams, 2011), riche en photographies du domaine : le livre.
- Martin Scorsese, George Harrison: Living in the Material World (2011), le documentaire : en DVD.
- Olivia Harrison, Came the Lightening (Genesis, 2022), vingt poèmes pour George : édition reliée.
- The Cardinals, Friar Park: A Pictorial History, archives photographiques du domaine depuis Crisp : le livre, et sa réédition du catalogue de vente de 1919.
- Jake Hobson, Niwaki (Timber Press, 2007), pour comprendre la taille à la japonaise : édition reliée.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que la collection Friar Park x Niwaki ?
Une collection limitée d’outils de jardin japonais et de vêtements de travail créée par la marque britannique Niwaki avec Dhani Harrison, inspirée par Friar Park, le domaine de George Harrison. Elle est lancée le 12 octobre 2026.
Que contient la collection ?
Une Meditation Jacket à capuche, une Kojima Work Jacket, des cisailles avec étui Karikomi, un hori hori, un sécateur Higurashi, une scie Moku, une casquette, un sac à déjeuner, un sac à dos et un vinyle exclusif de George Harrison.
Combien coûte la Meditation Jacket ?
800 livres sterling selon Wallpaper, et 875 dollars hors taxes sur le site américain de Niwaki.
Qui est Jake Hobson ?
Le fondateur de Niwaki, sculpteur formé à la Slade School of Fine Art, devenu spécialiste de la taille des arbres à la japonaise après un séjour dans une pépinière d’Osaka. Il a créé la marque en 2004 avec son épouse Keiko.
Quand George Harrison a-t-il acheté Friar Park ?
En janvier 1970, à 27 ans. Il s’y installe avec Pattie Boyd le 12 mars 1970 et y vivra jusqu’à sa mort en 2001.
Combien George Harrison a-t-il payé Friar Park ?
Le chiffre le plus souvent cité est de 140 000 livres, pour la maison, les pavillons et environ 32 à 33 acres de terrain.
Qui a construit Friar Park ?
Sir Frank Crisp, avocat d’affaires et microscopiste, qui a fait bâtir la maison à partir de 1889 par l’architecte M. Clarke Edwards et créé le jardin à partir de 1896.
Le Cervin de Friar Park existe-t-il encore ?
Oui. La rocaille et sa réplique du Cervin ont été dégagées et restaurées par George puis surtout par Olivia Harrison. Le domaine reste privé et ne se visite pas.
Friar Park devait-il être démoli ?
Non au sens strict. Les religieuses propriétaires avaient déposé plusieurs projets, dont un de démolition totale, mais tous avaient été refusés. Aucun permis de démolir n’existait au moment de l’achat.
Quelles chansons de George Harrison parlent de Friar Park ?
Ballad of Sir Frankie Crisp (Let It Roll) en 1970, Ding Dong, Ding Dong en 1974, The Answer’s at the End en 1975 et Flying Hour en 1978 s’inspirent du domaine ou de ses inscriptions. Crackerbox Palace y a été filmée mais part d’une autre maison.
George Harrison était-il vraiment jardinier ?
Oui. Il jardinait lui-même, souvent jusqu’à la nuit, se décrivait en 1979 comme juste un jardinier et confiait à Joe Brown qu’il aurait dû faire ce métier.
Peut-on visiter Friar Park ?
Non. Le domaine est la propriété privée de la famille Harrison et n’est pas ouvert au public. Les jardins ont été partiellement réinterprétés au Chelsea Flower Show en 2008 et au Selby Botanical Gardens de Sarasota en 2025.
Glossaire
- Niwaki : littéralement arbre de jardin en japonais ; par extension, l’art de tailler un arbre pour l’intégrer à un paysage.
- Karikomi : taille japonaise en masses arrondies, appliquée aux arbustes et aux haies.
- Hori hori : outil japonais à lame creuse, entre le couteau et le transplantoir, pour désherber, planter et diviser.
- Higurashi : modèle de sécateur forgé de Niwaki.
- Échelle tripode : échelle à trois pieds utilisée au Japon pour tailler haies et arbres sur sol irrégulier.
- Rocaille : jardin de pierres conçu pour imiter un paysage de montagne et accueillir des plantes alpines.
- Topiaire : art de tailler arbres et arbustes en formes géométriques ou figuratives.
- FPSHOT : Friar Park Studio, Henley-on-Thames, le studio personnel de George Harrison installé en 1972.
- Acer palmatum : nom botanique de l’érable du Japon, dont la couleur d’automne inspire la palette de la collection.
- Grade II : niveau de protection du patrimoine en Angleterre, qui s’applique à la maison et au jardin de Friar Park.
Sources et références
Sur la collection : Tianna Williams, Wallpaper, octobre 2026 ; site officiel de Niwaki, page Friar Park x Niwaki ; Dark Horse Records, programme Year of the Dark Horse, Japan 2026.
Sur Friar Park et Frank Crisp : Historic England, fiche du jardin (n° 1000504) au registre des parcs et jardins historiques ; Parks and Gardens UK ; The Garden History Blog (Gardens Trust), série de trois articles d’avril et mai 2019 ; Country Life, articles sur la rocaille et le jardin de topiaires ; Pulham Legacy, chapitre sur Friar Park ; Frank Crisp, Guide for the Use of Visitors to Friar Park (1914) ; Wikipédia en anglais, articles Friar Park et Frank Crisp.
Sur George Harrison jardinier : George Harrison avec Derek Taylor, I Me Mine (1980, rééd. 2017) ; Olivia Harrison, George Harrison: Living in the Material World (2011) ; Dan Pearson, The Guardian, 2008 ; Associated Press et Hello!, mai 2008 (Chelsea Flower Show) ; Genesis Publications (citation de Joe Brown) ; Marie Selby Botanical Gardens, dossier de presse de septembre 2024 ; Liverpool City Council, février 2020.
Sur les chansons : The Beatles Bible (séances d’All Things Must Pass, Ding Dong, Crackerbox Palace) ; Wikipédia en anglais (Ballad of Sir Frankie Crisp, Ding Dong, Ding Dong, Crackerbox Palace, Thirty Three & 1/3) ; Alfred Tennyson, In Memoriam A. H. H. (1850) ; Graeme Thomson, George Harrison: Behind the Locked Door (2013).
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