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No More Lonely Nights a 42 ans : la ballade de Paul McCartney, le solo de David Gilmour et le film qui n’a pas survécu à sa chanson

Par Clive Helday
No More Lonely Nights : histoire de la ballade de McCartney (1984)

Le mardi 2 octobre 1984, il y a quarante-deux ans jour pour jour, Columbia Records met en vente aux États-Unis un 45 tours de Paul McCartney qui porte deux fois la même chanson. Sur la face A, No More Lonely Nights dans sa version ballade, piano, voix et solo de guitare de David Gilmour. Sur la face B, No More Lonely Nights encore, dans une version rapide destinée au générique de fin d’un film que personne n’a encore vu. Le film, Give My Regards to Broad Street, sera un échec cuisant. La chanson, elle, montera à la sixième place du Billboard Hot 100 et à la deuxième place au Royaume-Uni, sera nommée aux Golden Globes et aux BAFTA, et restera comme l’une des plus belles ballades de la carrière solo de McCartney. Le guitariste de Pink Floyd, lui, n’a pas voulu être payé. Voici l’histoire complète de ce disque : sa genèse, ses séances, ses musiciens, ses deux versions, son parcours dans les classements, ce qu’en ont dit les critiques et les artistes, et ce qu’il en reste aujourd’hui.

En bref

  • Le disque : Paul McCartney, No More Lonely Nights (Ballad) / No More Lonely Nights (Playout Version), Columbia 38-04581, 45 tours publié aux États-Unis le 2 octobre 1984, huit jours après le single britannique de Parlophone (R 6080, 24 septembre 1984).
  • La chanson : écrite par Paul McCartney seul comme thème de son film Give My Regards to Broad Street, produite par George Martin, enregistrée en 1984 avec David Gilmour à la guitare, Herbie Flowers à la basse, Stuart Elliott à la batterie, Anne Dudley aux synthétiseurs, Linda McCartney et Eric Stewart aux chœurs.
  • Les deux versions : une ballade au piano, qui ouvre le film, et une version rapide dite “playout”, qui accompagne le générique de fin ; Arthur Baker en tirera des remixes pour les discothèques.
  • Les classements : numéro 2 au Royaume-Uni, bloquée par Freedom de Wham!, numéro 6 au Billboard Hot 100, numéro 2 du classement adulte contemporain américain, disque d’argent au Royaume-Uni.
  • Les distinctions : nominations au Golden Globe et au BAFTA de la meilleure chanson originale, deux trophées qui lui échappent.
  • Six correctifs factuels portent sur la date de sortie, le lieu et la date des séances, le titre qui a privé la chanson de la première place britannique, le prétendu Oscar, le cachet de David Gilmour et la présence de la chanson dans les concerts de McCartney.

2 octobre 1984 : un 45 tours pour l’Amérique

Columbia 38-04581

Le 45 tours américain de No More Lonely Nights porte la référence Columbia 38-04581. Il sort le mardi 2 octobre 1984, huit jours après l’édition britannique. Sa construction est singulière : la face A et la face B contiennent la même chanson, dans deux versions radicalement différentes. Sur la face A, la ballade, celle qui ouvre le film et qui sera matraquée par les radios. Sur la face B, la version “playout”, plus rapide, rythmée par une boîte à rythmes et des synthétiseurs, conçue pour faire sortir les spectateurs de la salle de cinéma sur un tempo dansant. Le principe n’est pas nouveau dans l’industrie du disque, où l’on publie souvent un même titre en deux versions pour satisfaire à la fois les radios et les discothèques. Mais chez McCartney, qui a l’habitude de proposer un inédit en face B, il est inhabituel.

Pour l’acheteur américain de 1984, ce disque est aussi l’un des derniers témoins d’une époque de la carrière de McCartney : celle de son contrat avec Columbia. En 1979, l’ex-Beatle a quitté Capitol, la maison qui avait publié les Beatles et les Wings en Amérique, pour signer avec Columbia, filiale de CBS, un contrat présenté à l’époque comme l’un des plus importants de l’histoire de l’industrie. Back to the Egg, McCartney II, Tug of War, Pipes of Peace et Give My Regards to Broad Street sont sortis chez Columbia aux États-Unis. En 1985, McCartney retournera chez Capitol, qui publiera Press to Play l’année suivante. No More Lonely Nights est donc l’un des derniers grands succès de McCartney sous l’étiquette Columbia.

Un formulaire très américain

Au Royaume-Uni, Parlophone a multiplié les formats : deux 45 tours, l’un avec la version playout en face B, l’autre avec un remix dansant, deux maxi 45 tours, un disque picture. Aux États-Unis, Columbia publie également plusieurs formats, mais c’est le 45 tours 38-04581, avec la ballade en face A et le playout en face B, qui porte la carrière radiophonique de la chanson. C’est lui qui entre au Billboard Hot 100 à l’automne 1984 et atteint la sixième place le 8 décembre 1984.

Le site a retracé la place de ce disque dans la discographie solo complète de Paul McCartney, et la place de la chanson dans son palmarès des plus belles chansons d’amour de McCartney.

Correctif factuel n° 1 — Pas “publiée pour la première fois à cette date en septembre”

Les éphémérides anglophones qui circulent à l’occasion de cet anniversaire écrivent souvent que la chanson a été publiée pour la première fois “à cette date en septembre 1984”, formule qui mélange deux sorties différentes. Les faits sont simples : le 45 tours britannique, Parlophone R 6080, est sorti le lundi 24 septembre 1984 ; le 45 tours américain, Columbia 38-04581, le mardi 2 octobre 1984. La date du 2 octobre est donc bien celle de l’Amérique, et non celle de la première publication mondiale, qui revient au Royaume-Uni avec huit jours d’avance. L’album de la bande originale, Give My Regards to Broad Street, ne paraît que le 22 octobre 1984 au Royaume-Uni : le single a servi de bande-annonce au disque et au film.

McCartney en 1984 : l’homme qui voulait faire du cinéma

Après Lennon, après les Wings

Pour comprendre No More Lonely Nights, il faut se représenter Paul McCartney au début des années 1980. Les Wings se sont dissous en 1981, après l’arrestation de Tokyo en janvier 1980 et l’annulation de la tournée japonaise. John Lennon a été assassiné le 8 décembre 1980. McCartney a renoncé aux tournées et s’est replié sur le studio. Il a publié McCartney II en 1980, puis Tug of War en 1982, produit par George Martin, qui a été accueilli comme son meilleur album depuis Band on the Run, avec Ebony and Ivory, chanté avec Stevie Wonder, au sommet des classements. En 1983, Pipes of Peace a suivi, porté par Say Say Say, en duo avec Michael Jackson, numéro un aux États-Unis pendant six semaines.

McCartney est alors au sommet de sa puissance commerciale, mais il cherche un nouveau terrain. Il le trouve dans le cinéma. Les Beatles ont fait des films, A Hard Day’s Night, Help!, Magical Mystery Tour, Yellow Submarine, Let It Be. Les Wings ont fait un film de concert, Rockshow. McCartney rêve d’un long métrage de fiction dont il serait l’auteur et la vedette, avec ses chansons comme fil conducteur. Le site a raconté l’échec de ce projet dans son anatomie de Give My Regards to Broad Street ; nous n’en retiendrons ici que ce qui concerne la chanson.

Un scénario écrit dans les embouteillages

McCartney écrit lui-même le scénario, dit-on dans les embouteillages entre sa maison du Sussex et Londres. L’intrigue est mince : les bandes du nouvel album d’une vedette du rock, jouée par McCartney lui-même, ont disparu, et un ancien détenu, soupçonné de les avoir volées, risque de faire perdre la société de production au profit d’un homme d’affaires peu scrupuleux. McCartney passe la journée à chercher les bandes, entre répétitions, séances d’enregistrement et rêveries musicales. Le film est réalisé par Peter Webb, un réalisateur de publicité, et produit par la 20th Century Fox. On y voit Linda McCartney, Ringo Starr et Barbara Bach, Bryan Brown, Tracey Ullman et Ralph Richardson, dans l’un de ses derniers rôles.

Le tournage s’étend sur plusieurs mois à partir de la fin de 1982. Il est entrecoupé de séances d’enregistrement, puisque la plupart des chansons du film sont des réenregistrements de titres des Beatles et des Wings : Yesterday, Here, There and Everywhere, For No One, Eleanor Rigby, The Long and Winding Road, Good Day Sunshine, Silly Love Songs, Wanderlust, Ballroom Dancing. Le site a raconté l’histoire de No Values, l’une des rares chansons nouvelles du film, rêvée par McCartney en 1980. Mais le film manque d’une chose : une chanson originale, un thème, quelque chose qui puisse devenir un single et porter le film.

Un thème pour un film

C’est la fonction de No More Lonely Nights. Dans l’économie du cinéma des années 1980, la chanson-thème est un outil de promotion indispensable. Les grands succès du moment sont souvent des chansons de film : Flashdance… What a Feeling en 1983, Footloose et Ghostbusters en 1984, I Just Called to Say I Love You, écrite par Stevie Wonder pour The Woman in Red, la même année. Un studio attend d’un film musical qu’il produise un tube, qui passera à la radio des semaines avant la sortie en salles et fera venir le public. McCartney le sait, et il sait aussi que le reste de sa bande originale, faite de réenregistrements, ne peut pas jouer ce rôle.

Il lui faut donc écrire une chanson nouvelle, assez forte pour exister hors du film, et assez liée au film pour en être le visage. Ce sera No More Lonely Nights. Elle ouvre le film, dans sa version ballade, et elle le ferme, dans sa version rapide. Entre les deux, elle revient brièvement, dans une courte reprise. C’est la seule chanson du film qui en encadre littéralement l’histoire.

La genèse : une chanson née d’un renoncement

Le titre du film, impossible à chanter

McCartney a raconté plusieurs fois comment la chanson est née, et son récit tient en un paradoxe : elle est venue quand il a cessé de la chercher. Sa première idée était d’écrire une chanson qui reprendrait le titre du film, Give My Regards to Broad Street, à la manière des grandes chansons-titres de Hollywood. Il a essayé, et il a échoué. Le titre, emprunté à une chanson de comédie musicale de Broadway de 1904, Give My Regards to Broadway, de George M. Cohan, transposé au nom d’une gare londonienne, ne se laissait pas mettre en musique. Il a fini par abandonner l’idée.

C’est à ce moment-là, selon son récit, que la chanson est venue. Libéré de la contrainte du titre, il s’est mis à improviser. Il a raconté qu’il jouait avec une ligne de basse passée dans un écho, un motif répétitif qui tournait sur lui-même pendant des heures, et que c’est de cette boucle qu’est sortie la chanson. L’image est caractéristique de la manière dont McCartney travaille : une idée musicale simple, un geste instrumental, et la mélodie qui se construit dessus.

La danse des mots

McCartney a aussi décrit la manière dont il a écrit le texte, avec une expression qu’il emploie volontiers : une forme de danse des mots. Il part d’un sentiment, d’une émotion de base, puis il laisse les mots se répondre, se chercher, jusqu’à ce que l’idée prenne forme. Le sentiment de départ, ici, est celui de la séparation : le chagrin d’être loin de l’être aimé, et le désir de ne plus jamais connaître de nuits solitaires. Le texte, que nous ne reproduisons pas, s’adresse directement à la personne aimée, avec la simplicité directe des ballades de McCartney : il lui dit qu’il ne veut plus de ces nuits, et qu’il ne la laissera pas partir.

Dans le film, la chanson a une fonction dramatique. Le personnage joué par McCartney est loin de sa compagne, jouée par Linda, pendant la journée de recherche des bandes. La ballade, au début, installe ce manque ; la reprise rapide, à la fin, célèbre les retrouvailles. Mais la chanson fonctionne parfaitement hors du film, et c’est ce qui a fait sa fortune. On n’a pas besoin de connaître l’intrigue pour l’entendre comme une chanson d’amour, et beaucoup d’auditeurs l’ont entendue comme une chanson pour Linda, la compagne de McCartney depuis 1968.

Une ballade dans la lignée de McCartney

Sur le plan musical, No More Lonely Nights s’inscrit dans une lignée que McCartney cultive depuis les Beatles : celle de la ballade au piano, qui commence dans l’intimité et grandit jusqu’à un sommet orchestral. On pense à Let It Be, à The Long and Winding Road, à Maybe I’m Amazed, à My Love. Mais elle porte aussi la marque de son époque. Les synthétiseurs d’Anne Dudley, la batterie au son ample de Stuart Elliott, la production soignée de George Martin et le solo de guitare saturée de David Gilmour en font une ballade typique du milieu des années 1980, entre soft rock et power ballad. Le site a consacré une analyse à Here Today, autre ballade de cette période, plus dépouillée, produite elle aussi par George Martin.

L’enregistrement : trois heures, un groupe, un solo

Une séance en direct

Les sources s’accordent sur un point essentiel : No More Lonely Nights a été enregistrée rapidement, en direct, avec un groupe complet réuni dans la même pièce. Selon le récit le plus souvent repris, la séance a duré environ trois heures. McCartney chante et joue du piano en même temps que les musiciens, et David Gilmour enregistre ses parties de guitare, dont le solo, pendant cette même séance, en jouant avec le groupe plutôt qu’en ajout ultérieur. C’est une méthode rare dans la pop du milieu des années 1980, où l’on construit plutôt les morceaux piste par piste, et elle rappelle les méthodes des Beatles de 1963.

La production est confiée à George Martin, qui produit l’ensemble de la bande originale du film et en signe les arrangements avec McCartney. L’ingénieur du son est Geoff Emerick, l’ancien ingénieur des Beatles de Revolver, Sgt. Pepper et Abbey Road, qui travaille de nouveau avec McCartney depuis Tug of War. Le trio de 1966 est donc reconstitué : McCartney, Martin, Emerick. Le site a retracé le rôle de George Martin dans la carrière solo de McCartney dans son article sur les producteurs de Paul McCartney, qui cite justement No More Lonely Nights comme un cas révélateur, et dans son portrait de George Martin sans les Beatles.

Correctif factuel n° 2 — Où et quand la chanson a-t-elle été enregistrée ?

Les sources de référence ne s’accordent ni sur le lieu ni sur la date de la séance. Wikipédia en anglais indique un enregistrement fin 1983 ou début 1984 aux studios d’Abbey Road. The Beatles Bible situe les séances en 1983-1984 aux studios AIR de George Martin, à Londres, avec Geoff Emerick à la prise de son. The Paul McCartney Project, base de données de référence sur les séances de McCartney, parle de juin-juillet 1984 aux studios de cinéma d’Elstree, à Borehamwood, où était tourné le film. Un indice complique encore la chronologie : The Beatles Bible date du 10 avril 1984 le tournage du premier clip de la chanson, dans un pub de Bermondsey, ce qui suppose que la chanson existait déjà sous une forme enregistrée à ce moment-là. Le témoignage de David Gilmour, selon lequel No More Lonely Nights a été la dernière chose que McCartney a enregistrée pour le film, plaide pour une date tardive dans la production, au premier semestre 1984. La version la plus prudente consiste donc à écrire que la chanson a été enregistrée en 1984, en une séance d’environ trois heures, sous la production de George Martin, sans trancher entre les studios cités. Il est possible que plusieurs séances aient eu lieu : une première pour la base, une autre pour les ajouts et la version playout, dans des lieux différents.

Paul McCartney : voix et piano

McCartney chante la chanson et joue du piano. Il ne joue pas de basse sur la ballade, ce qui est remarquable pour un musicien qui a tenu la basse sur presque tous ses disques depuis 1961. La partie de piano, simple et ample, porte la chanson du début à la fin. La voix de McCartney, à quarante-deux ans, est au sommet de sa maturité : douce dans les couplets, puissante dans les refrains, avec ce mélange d’intimité et de lyrisme qui caractérise ses grandes ballades.

David Gilmour : la guitare de Pink Floyd

Le guitariste de Pink Floyd est la vedette inattendue du disque. En 1984, Gilmour vient de publier son deuxième album solo, About Face, et Pink Floyd est en sommeil depuis The Final Cut, l’année précédente ; le groupe se reformera sans Roger Waters en 1987. Gilmour et McCartney se connaissent depuis les séances du Rockestra, le supergroupe réuni par McCartney à Abbey Road en octobre 1978 pour l’album Back to the Egg des Wings, puis sur scène lors des Concerts for the People of Kampuchea, à Londres, en décembre 1979. Le site a raconté cette séance extravagante dans son histoire de Back to the Egg.

Sur No More Lonely Nights, Gilmour joue des contre-chants tout au long de la chanson, puis un solo qui monte en intensité, avec ce son de Fender Stratocaster saturée, ces bends longs et ces notes tenues qui font sa signature. C’est un solo de Pink Floyd dans une ballade de McCartney, et c’est précisément ce mélange qui rend la chanson inoubliable. Sans lui, No More Lonely Nights serait une belle ballade de plus ; avec lui, elle a une âme mélancolique qui la distingue.

Herbie Flowers : la basse de Walk on the Wild Side

À la basse, McCartney fait appel à Herbie Flowers, l’un des musiciens de studio les plus célèbres de Londres. Flowers est l’auteur de la ligne de basse de Walk on the Wild Side de Lou Reed, en 1972, l’une des plus reconnaissables de l’histoire du rock, et il a joué avec David Bowie, notamment sur Space Oddity, et avec Elton John. Il a aussi fait partie des groupes Blue Mink et Sky. Pour un homme qui est lui-même l’un des plus grands bassistes de la pop, confier sa basse à un autre est un geste rare, et il dit le respect de McCartney pour Flowers.

Stuart Elliott : la batterie

À la batterie, Stuart Elliott, ancien membre de Cockney Rebel, le groupe de Steve Harley, et batteur de studio très demandé, qui a joué notamment avec Kate Bush et avec l’Alan Parsons Project. Son jeu sur No More Lonely Nights, ample et retenu, laisse respirer la ballade avant de s’affirmer dans le dernier refrain.

Anne Dudley : les synthétiseurs

Aux synthétiseurs, Anne Dudley, membre fondatrice du groupe Art of Noise, pionnier de l’échantillonnage, et arrangeuse de la production de Trevor Horn chez ZTT, pour Frankie Goes to Hollywood et ABC. Elle recevra en 1998 l’Oscar de la meilleure musique de film pour The Full Monty. Sa présence sur No More Lonely Nights dit l’intérêt de McCartney pour les sons nouveaux de 1984, et annonce le recours aux synthétiseurs sur la version playout.

Linda McCartney et Eric Stewart : les chœurs

Les chœurs sont assurés par Linda McCartney, présente sur presque tous les disques de son mari depuis 1971, et par Eric Stewart, chanteur et guitariste de 10cc. Stewart est devenu un proche collaborateur de McCartney depuis Tug of War ; il coécrira plusieurs chansons de Press to Play en 1986. Le site a raconté cette collaboration dans son article sur Press to Play.

George Martin : la production et l’orchestre

George Martin produit l’ensemble et arrange les parties orchestrales. Selon certaines fiches, il joue aussi lui-même un cor sur la ballade. Pour Martin, qui a produit les Beatles de 1962 à 1970 puis Tug of War et Pipes of Peace, Give My Regards to Broad Street est l’un des derniers grands chantiers avec McCartney. Son art de l’arrangement se manifeste dans la manière dont la ballade s’élargit progressivement, du piano seul jusqu’au tutti final, sans jamais écraser la voix.

Musicien Instrument Repère
Paul McCartney Chant, piano Auteur et compositeur
David Gilmour Guitare électrique Pink Floyd ; Rockestra en 1978-1979
Herbie Flowers Basse Walk on the Wild Side de Lou Reed
Stuart Elliott Batterie Cockney Rebel ; Kate Bush
Anne Dudley Synthétiseurs Art of Noise ; Oscar en 1998
Linda McCartney Chœurs Wings
Eric Stewart Chœurs 10cc ; coauteur de Press to Play
George Martin Production, arrangements Producteur des Beatles
Geoff Emerick Ingénieur du son Revolver, Sgt. Pepper, Abbey Road

David Gilmour et le cachet refusé

Ce que Gilmour a raconté en 1990

L’anecdote la plus citée sur la chanson vient de David Gilmour lui-même. En 1990, dans un entretien radiophonique avec l’animateur américain Jim Ladd, enregistré à l’approche du concert de Knebworth, Gilmour a raconté deux choses. D’abord, que No More Lonely Nights avait été la dernière chose enregistrée par McCartney pour le film. Ensuite, qu’il avait demandé à McCartney de verser son cachet de musicien de studio à une œuvre de charité de son choix.

Le concert de Knebworth, organisé le 30 juin 1990 au profit de la fondation Nordoff Robbins de musicothérapie, réunissait justement Pink Floyd et Paul McCartney à l’affiche, aux côtés d’Eric Clapton, d’Elton John, de Dire Straits, de Genesis et de Status Quo. L’entretien de Gilmour se situe donc dans un contexte où les deux hommes se retrouvent sur la même scène, pour une cause caritative. Le geste de 1984 prend dans ce contexte une résonance particulière.

Correctif factuel n° 3 — Le cachet de Gilmour : une seule source, aucune œuvre identifiée

L’anecdote du cachet versé à une œuvre de charité est reprise partout, de Wikipédia aux éphémérides des fans. Elle repose pourtant sur une seule source : le récit de David Gilmour lui-même, dans son entretien radiophonique de 1990 avec Jim Ladd. Ni McCartney ni George Martin ne l’ont confirmée publiquement à notre connaissance, et aucune source ne précise à quelle œuvre le cachet a été versé, ni même s’il l’a été. On peut donc écrire que Gilmour a déclaré avoir demandé à McCartney de verser son cachet à une œuvre de son choix, mais pas que McCartney a fait un don à telle ou telle organisation. La nuance compte : l’histoire est souvent racontée comme si Gilmour avait “joué gratuitement”, ce qui n’est pas exactement ce qu’il a dit.

Pourquoi ce geste ?

On peut proposer plusieurs explications, sans en privilégier aucune. Gilmour, en 1984, n’a pas besoin d’un cachet de musicien de studio : Pink Floyd est l’un des groupes les plus riches du monde depuis The Dark Side of the Moon. Il joue pour McCartney par amitié et par plaisir, comme il l’avait fait pour le Rockestra. Refuser d’être payé, ou plutôt rediriger le paiement, est une manière de signifier que sa présence est un cadeau. C’est aussi une pratique courante entre musiciens de ce niveau : on joue sur le disque d’un ami, et l’on transforme la rémunération en don.

Gilmour et McCartney après 1984

La collaboration ne s’arrête pas là. En 1999, Gilmour joue de la guitare sur Run Devil Run, l’album de reprises de rock’n’roll enregistré par McCartney après la mort de Linda, et il fait partie du groupe qui accompagne McCartney lors du concert du Cavern Club à Liverpool, le 14 décembre 1999. Il reviendra auprès de McCartney à plusieurs occasions. Le site a recensé ces collaborations dans son grand dossier sur Paul McCartney collaborateur.

Les deux chansons du 45 tours

Face A : la ballade

La version ballade dure environ quatre minutes et demie dans sa version 45 tours, un peu plus sur l’album, où elle est précédée de quelques répliques du film. Elle s’ouvre sur le piano de McCartney, seul ou presque, avant que la voix n’entre. Le premier couplet est intime, chanté à mi-voix. La batterie et la basse entrent progressivement, les synthétiseurs d’Anne Dudley tissent un fond, et la guitare de Gilmour dialogue avec la voix. Le refrain monte d’un cran, puis le solo de Gilmour emporte la chanson vers son sommet. Le dernier refrain, chanté à pleine voix, se termine dans une lente retombée.

C’est une construction en crescendo, classique chez McCartney, qui lui permet de faire passer l’auditeur de la confidence à l’emphase sans rupture. La mélodie, comme souvent chez lui, est d’une grande évidence : on la retient dès la première écoute. Le site a analysé cet art de la mélodie évidente dans son portrait de McCartney perfectionniste.

Voici le clip officiel de la ballade :

Face B : la version playout

La face B du 45 tours américain est la version playout, celle qui accompagne le générique de fin du film. Le mot anglais désigne la musique qui accompagne la sortie du public, à la fin d’un spectacle ou d’une projection. McCartney a expliqué que cette version avait été faite à la demande, pour que les spectateurs quittent la salle sur un tempo plus enlevé que la ballade. Elle transforme la chanson en titre dansant, au tempo plus rapide, avec une boîte à rythmes, des synthétiseurs et une production typique de la pop électronique de 1984.

La transformation est radicale, et elle divise. Pour certains auditeurs, la version playout est une curiosité de son époque, datée par ses sons de synthétiseurs. Pour d’autres, elle montre la capacité de McCartney à faire tenir une mélodie dans n’importe quel habillage. La mélodie, en tout cas, résiste : on la reconnaît immédiatement, même dépouillée de son piano et de son solo de guitare. C’est le signe d’une chanson solide.

Voici le clip de la version playout :

La reprise de ballade

Il existe une troisième version, très courte, la “Ballad Reprise”, qui ne dure qu’une dizaine de secondes et apparaît dans le film et sur l’album. Elle reprend un fragment de la mélodie, comme un rappel. Sur l’album, l’ordre des versions dessine une forme : la ballade ouvre le disque, la reprise apparaît au milieu, et la version playout le referme.

Les remixes d’Arthur Baker

Pour les discothèques, la version playout a été remixée par Arthur Baker, le producteur new-yorkais de Planet Rock d’Afrika Bambaataa et de Confusion de New Order, l’un des grands noms du remix électronique du début des années 1980. Baker a produit plusieurs versions longues, dont la “Special Dance Mix”, d’environ sept minutes, publiée sur un 45 tours et sur un maxi 45 tours au Royaume-Uni, et une version plus longue encore, dite “Mole Mix”, de plus de huit minutes. D’autres remixes promotionnels ont circulé aux États-Unis.

Le recours à Arthur Baker dit quelque chose de McCartney en 1984 : il veut être présent dans les clubs, comme il l’avait été dans les classements avec Say Say Say, et il s’entoure des producteurs du moment. La démarche n’est pas isolée : la même année, Bruce Springsteen confie à Arthur Baker les remixes de Dancing in the Dark.

Silly Love Songs en face B du maxi

Sur le maxi 45 tours britannique, la chanson est accompagnée d’une nouvelle version de Silly Love Songs, le grand succès des Wings de 1976, réenregistrée pour le film. Ce réenregistrement, que l’on entend aussi sur l’album, transforme la chanson disco des Wings en morceau plus funk, avec une section rythmique de musiciens de studio. Le site a raconté l’histoire de Silly Love Songs dans sa sélection de vingt chansons pour découvrir les Wings.

Les clips : un pub de Bermondsey et des images du film

Deux vidéos

Deux clips promotionnels ont été réalisés pour la chanson. Le premier, selon The Beatles Bible, a été tourné le 10 avril 1984 au pub Old Justice, à Bermondsey, dans le sud-est de Londres, et se termine par des feux d’artifice. Le second est composé d’extraits du film, montés sur la chanson. En 1984, MTV a trois ans, et les clips sont devenus indispensables pour faire exister un single, en particulier aux États-Unis. McCartney a d’ailleurs consacré une partie de son énergie, au début des années 1980, à des clips de plus en plus soignés, dont celui de Say Say Say avec Michael Jackson. Le site a dressé l’inventaire de ces films dans sa vidéographie de Paul McCartney après les Beatles.

La chanson dans le film

Dans le film, la ballade ouvre le récit. McCartney y apparaît dans une voiture, dans des studios, dans une ambiance nocturne qui installe le manque et l’attente. La version rapide, à la fin, accompagne le générique, après que l’intrigue a trouvé sa résolution. Entre les deux, le film enchaîne les réenregistrements de chansons des Beatles et des Wings, dont plusieurs séquences de rêve, comme celle d’Eleanor Rigby, mise en scène dans un décor victorien, et la longue séquence de Silly Love Songs. No More Lonely Nights est la seule chanson nouvelle qui donne au film un thème musical identifiable.

Anatomie musicale de la ballade

Une construction en trois paliers

À l’écoute, la ballade se déploie en trois paliers successifs. Le premier est celui de la confidence : le piano de McCartney, quelques accords posés, et une voix qui chante presque pour elle-même. Le deuxième est celui de l’élan : la batterie de Stuart Elliott et la basse de Herbie Flowers installent un tempo modéré, les synthétiseurs d’Anne Dudley élargissent l’espace, la guitare de David Gilmour commence à répondre à la voix par de courtes phrases. Le troisième est celui de l’envol : le solo de Gilmour, puis le dernier refrain chanté à pleine voix, avec les chœurs de Linda McCartney et d’Eric Stewart, avant une retombée progressive.

Cette architecture n’est pas propre à No More Lonely Nights. C’est celle de nombreuses ballades de McCartney, de The Long and Winding Road à My Love, et c’est aussi celle des power ballads qui dominent les radios du milieu des années 1980. Mais McCartney la conduit avec une économie remarquable : aucun palier n’est forcé, chaque élément nouveau arrive au moment où l’oreille l’attend. C’est ce que les musiciens appellent un arrangement qui respire.

Le rôle de la guitare dans une chanson de pianiste

L’originalité de la chanson tient à la place de la guitare. Dans la plupart des ballades de McCartney, l’instrument soliste est le piano lui-même, ou un instrument orchestral : le cor d’harmonie de For No One, la trompette piccolo de Penny Lane, le quatuor à cordes de Yesterday. Ici, McCartney confie le rôle soliste à une guitare électrique saturée, jouée par un musicien dont le style est l’opposé du sien. McCartney est un mélodiste concis ; Gilmour est un guitariste de l’espace et de la durée, qui étire les notes et laisse résonner les silences.

Le résultat est un dialogue entre deux sensibilités. La mélodie de McCartney fournit la structure ; la guitare de Gilmour fournit la couleur émotionnelle, une mélancolie que le texte, plutôt optimiste, ne dit pas tout à fait. On peut entendre la chanson comme une promesse de bonheur, et le solo comme le souvenir des nuits solitaires que cette promesse veut conjurer.

Une voix de quarante-deux ans

La voix de McCartney mérite aussi l’attention. En 1984, il a quarante-deux ans. Sa voix n’a plus l’éclat juvénile des Beatles, mais elle a gagné en profondeur et en contrôle. Sur No More Lonely Nights, il passe du murmure au chant à pleine voix sans jamais forcer, et il utilise les nuances avec une précision de chanteur expérimenté. On entend la même maturité vocale sur Here Today ou sur Tug of War, deux ans plus tôt. C’est une voix que les tournées des décennies suivantes allaient progressivement user, ce qui explique peut-être aussi pourquoi la chanson, exigeante dans ses aigus finaux, n’a jamais rejoint ses programmes de concert.

La production de 1984

Enfin, la production dit beaucoup de son époque. La réverbération ample sur la batterie, les nappes de synthétiseurs, le son très travaillé de la guitare sont typiques des enregistrements de 1984. George Martin, qui a appris son métier à l’époque des magnétophones à quatre pistes, s’adapte aux outils de son temps sans renoncer à la clarté qui a toujours été sa marque : chaque instrument reste audible, la voix reste au premier plan. C’est ce qui permet à la chanson de mieux vieillir que beaucoup de ballades de la même année, dont la production paraît aujourd’hui datée.

McCartney et les chansons de film

De The Family Way à Live and Let Die

No More Lonely Nights n’est pas la première incursion de McCartney dans la musique de film. En 1966, encore Beatle, il compose la musique du film The Family Way, de Roy Boulting, arrangée par George Martin. En 1973, il écrit pour les Wings la chanson-titre du James Bond Live and Let Die, produite elle aussi par George Martin, qui atteint la deuxième place aux États-Unis et lui vaut une nomination à l’Oscar de la meilleure chanson originale. C’est son premier grand succès de chanson de film, et il en garde une relation particulière avec le genre : Live and Let Die deviendra l’un des moments forts de tous ses concerts.

L’automne 1984 : une saison de films

L’automne 1984 est une saison particulièrement chargée pour McCartney au cinéma. Outre Give My Regards to Broad Street, il produit un court métrage d’animation, Rupert and the Frog Song, consacré à Rupert Bear, le personnage de bande dessinée de son enfance, sur lequel il travaillait depuis les années 1970. La chanson du film, We All Stand Together, attribuée à Paul McCartney and the Frog Chorus, sort en novembre 1984 et monte à la troisième place du classement britannique. Selon plusieurs sources, le court métrage a été projeté en première partie de Give My Regards to Broad Street dans certaines salles britanniques. En quelques semaines, McCartney place donc deux chansons de film dans le haut du classement britannique : une ballade pour adultes et une chanson pour enfants.

Après 1984 : Spies Like Us et Vanilla Sky

L’échec du film n’a pas éloigné McCartney des chansons de cinéma. En 1985, il écrit Spies Like Us pour la comédie de John Landis avec Chevy Chase et Dan Aykroyd ; la chanson atteint la septième place aux États-Unis. En 2001, il compose la chanson-titre de Vanilla Sky, de Cameron Crowe, qui lui vaut une nouvelle nomination à l’Oscar. Mais aucune de ces chansons n’a la stature de No More Lonely Nights, qui reste, avec Live and Let Die, sa plus grande réussite dans le genre.

1984, l’année des chansons de film

Un âge d’or commercial

Pour mesurer la performance de No More Lonely Nights, il faut la replacer dans son contexte. L’année 1984 est sans doute l’apogée commercial de la chanson de film dans l’histoire de la pop. Aux États-Unis, les plus grands succès de l’année sont souvent tirés de films : Footloose de Kenny Loggins, Ghostbusters de Ray Parker Jr., Against All Odds de Phil Collins, Let’s Hear It for the Boy de Deniece Williams, When Doves Cry de Prince, extrait de Purple Rain, et I Just Called to Say I Love You de Stevie Wonder. Les studios ont compris que la radio et MTV peuvent porter un film des semaines avant sa sortie.

Une concurrence redoutable

C’est dans cette concurrence que No More Lonely Nights s’impose. Elle n’a pas la puissance promotionnelle d’un film à succès derrière elle, puisque Give My Regards to Broad Street est un échec. Elle doit tout à la notoriété de McCartney et à ses propres qualités. Atteindre la sixième place du Billboard Hot 100 et la deuxième place britannique dans ces conditions est une performance que l’on mesure mal aujourd’hui. Et être nommée au Golden Globe face aux chansons des grands succès de l’année montre que l’industrie du cinéma elle-même avait reconnu la chanson, sinon le film.

Le tournant de la carrière de McCartney

Avec le recul, 1984 marque aussi un tournant dans la carrière de McCartney. C’est la fin d’une période ouverte en 1982 par Tug of War, la plus faste commercialement de sa carrière solo des années 1980, avec deux numéros un américains, Ebony and Ivory et Say Say Say. Après Give My Regards to Broad Street, il entre dans une période de doute, que Press to Play, en 1986, ne dissipe pas. Il faudra la collaboration avec Elvis Costello, à partir de 1987, et le retour à la scène en 1989 pour qu’il retrouve un nouvel élan. Le site a raconté ce renouveau dans son histoire de My Brave Face et dans son panorama des musiciens de scène de McCartney. No More Lonely Nights se trouve à la charnière : c’est le dernier grand succès d’une époque, avant la traversée du désert.

Le parcours dans les classements

Royaume-Uni : numéro 2, derrière Wham!

Au Royaume-Uni, le 45 tours sort le 24 septembre 1984 et grimpe rapidement. Dans sa quatrième semaine de classement, sur le hit-parade officiel publié pour la semaine du 21 octobre 1984, il atteint la deuxième place. Devant lui, Freedom de Wham!, le duo de George Michael et Andrew Ridgeley, numéro un pour la troisième semaine consécutive. Derrière lui, Together in Electric Dreams de Giorgio Moroder et Philip Oakey, la chanson du film Electric Dreams, et I Just Called to Say I Love You de Stevie Wonder, qui redescend après avoir passé six semaines au sommet. Le paysage est celui de l’automne 1984 : la pop synthétique, les chansons de films, la soul de Stevie Wonder et la montée de Chaka Khan avec I Feel for You, cinquième cette semaine-là.

No More Lonely Nights termine l’année 1984 à la vingt-deuxième place du classement annuel britannique, et elle est certifiée disque d’argent par la British Phonographic Industry pour 250 000 exemplaires vendus. C’est l’un des derniers très grands succès britanniques de McCartney en solo : si l’on excepte les disques collectifs, aucun de ses singles suivants, de Spies Like Us en 1985 à Press en 1986 et au-delà, ne montera aussi haut au Royaume-Uni.

Correctif factuel n° 4 — C’est Wham!, et non Stevie Wonder, qui a privé la chanson de la première place

On lit parfois que No More Lonely Nights a été bloquée à la deuxième place britannique par I Just Called to Say I Love You de Stevie Wonder, le grand tube de l’automne 1984, ce qui aurait donné un parfum de revanche à la cérémonie des Golden Globes quelques mois plus tard. Le classement officiel dit autre chose. Quand No More Lonely Nights atteint sa meilleure place, le 21 octobre 1984, la chanson de Stevie Wonder a déjà quitté la première place et se trouve au quatrième rang. Le numéro un est Freedom de Wham!, qui occupe le sommet depuis trois semaines. Stevie Wonder n’a donc pas empêché McCartney d’atteindre la première place au Royaume-Uni. En revanche, il l’a bien privé du Golden Globe, quelques mois plus tard. L’ironie est d’autant plus grande que les deux hommes avaient partagé la première place mondiale deux ans plus tôt avec Ebony and Ivory.

États-Unis : numéro 6 au Billboard Hot 100

Aux États-Unis, le 45 tours Columbia sorti le 2 octobre 1984 suit une progression plus lente, portée par la sortie du film à la fin du mois d’octobre. Il entre dans le top 10 du Billboard Hot 100 le 1er décembre 1984 et atteint la sixième place la semaine suivante, le 8 décembre 1984. Il reste cinq semaines dans les dix premiers. Sur le classement adulte contemporain de Billboard, celui des radios de ballades et de variétés, il monte jusqu’à la deuxième place. Le classement concurrent de Cash Box le place au dixième rang.

C’est un résultat remarquable si l’on se souvient que le film a été un échec retentissant aux États-Unis. La chanson a survécu au film, et elle a même probablement aidé l’album de la bande originale à atteindre la vingt-et-unième place du classement américain, un résultat honorable pour un disque composé en majorité de réenregistrements. Au classement annuel américain de 1985, No More Lonely Nights figure au soixante-douzième rang, et au trente-deuxième du classement adulte contemporain.

Dans le reste du monde

La chanson a été un succès international, avec des résultats inégaux selon les pays. Elle atteint la deuxième place en Irlande et au Luxembourg, la septième en Suède, la neuvième en Australie, la dixième au Canada, la quinzième en Autriche et la dix-neuvième en Nouvelle-Zélande. Elle reste plus modeste en Allemagne de l’Ouest, aux Pays-Bas et en Belgique.

Classement (1984-1985) Meilleure place
Royaume-Uni (Official Charts) 2
États-Unis (Billboard Hot 100) 6
États-Unis (Billboard Adult Contemporary) 2
États-Unis (Cash Box) 10
Irlande 2
Luxembourg 2
Suède 7
Australie 9
Canada (RPM) 10
Autriche 15
Nouvelle-Zélande 19
Allemagne de l’Ouest 30
Pays-Bas (Single Top 100) 33

Ce qu’en ont dit les critiques et les artistes

La presse professionnelle de 1984

À sa sortie, la chanson est bien accueillie par la presse professionnelle américaine, celle qui oriente les programmateurs de radio. Cash Box la décrit comme une ballade chaleureuse, tendre et atmosphérique. Billboard, plus laconique, estime qu’elle ne réserve pas de surprise, mais qu’elle est éminemment satisfaisante. Ces deux jugements résument bien la réception de la chanson : elle ne révolutionne rien, mais elle fait exactement ce qu’on attend d’une grande ballade de McCartney, et elle le fait parfaitement.

La presse britannique est plus partagée, mais la chanson est épargnée par la tempête critique qui s’abat sur le film. Dans les comptes rendus de Give My Regards to Broad Street, souvent impitoyables, No More Lonely Nights est fréquemment citée comme la seule vraie réussite du projet.

AllMusic : le solo de Gilmour

Avec le recul, la critique a consolidé ce jugement. Stephen Thomas Erlewine, l’un des principaux critiques du site de référence AllMusic, décrit la chanson comme “an absolutely lovely mid-tempo tune graced by a terrific David Gilmour guitar solo”, une chanson de tempo moyen absolument charmante, portée par un formidable solo de David Gilmour. Le jugement résume ce qui fait la singularité du titre : la mélodie de McCartney et la guitare de Gilmour, deux signatures réunies dans quatre minutes et demie.

David Gilmour

David Gilmour, qui a peu parlé de sa participation, n’en a jamais fait mystère. Son récit de 1990 à Jim Ladd est celui d’un musicien qui a joué pour un ami, à la toute fin d’une production, sans demander d’argent. Il n’a pas commenté publiquement la chanson elle-même en des termes détaillés, mais le fait qu’il ait accepté d’y jouer, à une époque où il protégeait jalousement son temps et sa signature sonore, dit assez son estime pour McCartney.

Paul McCartney

McCartney, de son côté, a toujours défendu la chanson, même quand il a pris ses distances avec le film. Dans ses entretiens, il raconte volontiers la naissance de la ballade, le renoncement au titre du film, la boucle de basse en écho, la danse des mots. Il a reconnu que le film n’avait pas fonctionné, tout en soulignant que la musique, elle, avait trouvé son public. Le site a raconté comment McCartney a, au fil du temps, réévalué plusieurs de ses disques mal aimés, dans son plaidoyer pour Driving Rain et dans son anniversaire de Press to Play.

Les artistes qui l’ont reprise

L’hommage le plus éloquent vient des musiciens qui l’ont reprise. Selon les relevés de concerts de setlist.fm, Tom Jones l’a chantée sur scène dès le 7 avril 1985, à Louisville, dans le Kentucky, quelques mois après sa sortie. Surtout, en février 2012, lors de la soirée MusiCares organisée en hommage à Paul McCartney à Los Angeles à la veille des Grammy Awards, la chanteuse de bluegrass Alison Krauss et son groupe Union Station, avec le dobroïste Jerry Douglas, en ont donné une version acoustique bouleversante, dépouillée de tout synthétiseur, qui a révélé à une nouvelle génération la qualité mélodique de la chanson. Cette version a été publiée sur le disque et la vidéo de la soirée.

Voici la version d’Alison Krauss & Union Station avec Jerry Douglas :

Les distinctions : deux nominations, aucun trophée

Le Golden Globe de la meilleure chanson originale

No More Lonely Nights est nommée au Golden Globe de la meilleure chanson originale lors de la 42e cérémonie, en janvier 1985. Le trophée revient à I Just Called to Say I Love You, de Stevie Wonder, écrite pour le film The Woman in Red. Stevie Wonder remportera aussi, quelques semaines plus tard, l’Oscar de la meilleure chanson originale avec le même titre.

Le BAFTA de la meilleure chanson originale

La chanson est également nommée au BAFTA de la meilleure chanson originale en 1985, la distinction britannique équivalente. Elle ne l’emporte pas. Ces deux nominations sont les plus importantes reconnaissances obtenues par Give My Regards to Broad Street, et elles concernent toutes deux la chanson, pas le film.

Correctif factuel n° 5 — No More Lonely Nights n’a pas été nommée aux Oscars

Certaines présentations affirment que No More Lonely Nights a été “nommée à l’Oscar” ou “aux Oscars et aux Golden Globes”. C’est faux. La chanson a été nommée au Golden Globe et au BAFTA de la meilleure chanson originale, mais elle ne figure pas parmi les cinq chansons retenues pour l’Oscar de la meilleure chanson originale de 1985, une catégorie dominée cette année-là par les grands succès de films, et remportée par I Just Called to Say I Love You. McCartney avait déjà été nommé à l’Oscar de la meilleure chanson originale pour Live and Let Die en 1974, et il le sera de nouveau pour Vanilla Sky en 2002 ; mais No More Lonely Nights n’a pas fait partie de ces nominations.

Le film et l’album : un échec et un succès

Un film éreinté

Give My Regards to Broad Street sort en salles à la fin d’octobre 1984 aux États-Unis, puis au Royaume-Uni. La critique est d’une rare sévérité. On reproche au film son intrigue indigente, ses séquences de rêve interminables, son manque de rythme et le jeu de McCartney. Le public ne suit pas, et le film est un échec commercial qui met fin aux ambitions cinématographiques de son auteur. Le site a raconté l’histoire de ce naufrage, de l’écriture du scénario aux recettes, dans son anatomie du film.

Un album numéro un

L’album de la bande originale, publié le 22 octobre 1984 au Royaume-Uni, connaît un tout autre sort : il atteint la première place des ventes d’albums britanniques. Aux États-Unis, il se classe vingt-et-unième. Sa réussite tient en grande partie à No More Lonely Nights, mais aussi à la curiosité du public pour les réenregistrements de chansons des Beatles, les premiers que McCartney publie depuis la séparation du groupe. Le disque contient aussi des titres plus rares, comme No Values et Not Such a Bad Boy, et une longue suite instrumentale tirée d’Eleanor Rigby, Eleanor’s Dream, orchestrée par George Martin.

Le paradoxe de 1984

L’histoire de No More Lonely Nights est donc celle d’un paradoxe : la chanson-thème d’un film raté est devenue l’une des chansons les plus durables de son auteur. Le film a disparu des mémoires, au point que beaucoup d’auditeurs de la chanson ignorent qu’elle en provient. La chanson, elle, a été reprise sur les grandes compilations de McCartney, diffusée sur les radios du monde entier, et reprise par d’autres artistes. C’est peut-être la meilleure preuve de la force d’une chanson : survivre à l’œuvre pour laquelle elle a été écrite.

La postérité de No More Lonely Nights

Les compilations

La ballade a été reprise sur les trois grandes compilations de la carrière solo de McCartney : All the Best! en 1987, Wingspan: Hits and History en 2001, dans une version 45 tours au fondu final un peu plus long, et Pure McCartney en 2016. Sa présence constante dans ces anthologies dit la place que McCartney lui-même lui accorde dans son œuvre. Le site a évoqué la chanson dans son classement des plus belles chansons d’amour de McCartney, où le solo de Gilmour est cité parmi les grands moments de sa carrière solo.

Une chanson absente des concerts

Une singularité frappe tous les amateurs : No More Lonely Nights ne fait pas partie du répertoire de scène de McCartney. Depuis la reprise de ses tournées en 1989, il a joué des centaines de chansons des Beatles, des Wings et de sa carrière solo, mais pas celle-ci, selon les relevés de concerts publiés par les fans. Plusieurs explications sont possibles : la chanson est associée à un film que McCartney préfère oublier ; elle repose sur un solo de Gilmour difficile à transposer sans lui ; ou elle n’a tout simplement jamais trouvé sa place dans des programmes déjà chargés de classiques.

Correctif factuel n° 6 — Une chanson que McCartney ne joue pas sur scène

Des vidéos d’amateurs intitulées “No More Lonely Nights live” circulent régulièrement sur les plateformes, parfois datées de tournées récentes de McCartney. Il faut s’en méfier. Les relevés de concerts compilés par setlist.fm, la base de données de référence sur les programmes de concerts, recensent une vingtaine d’interprétations de la chanson par une douzaine d’artistes, de Tom Jones en 1985 à des groupes de reprises, mais aucune par McCartney lui-même lors de ses tournées. Ces vidéos sont soit des reprises par d’autres musiciens, soit des montages, soit des diffusions de l’enregistrement original dans un stade avant un concert. Nous n’avons trouvé aucune trace d’une interprétation de la chanson dans le programme d’une de ses tournées.

Une chanson pour Linda ?

La chanson a souvent été entendue comme une déclaration d’amour à Linda McCartney, et elle a pris une couleur particulière après la mort de celle-ci, le 17 avril 1998. Il faut rester prudent : McCartney l’a présentée comme la chanson d’un film, et le texte, très général, s’adresse à n’importe quelle personne aimée. Mais l’association est compréhensible : Linda chante les chœurs, joue dans le film la compagne du personnage de Paul, et la chanson parle de l’impossibilité de vivre séparé de l’être aimé. Le site a consacré un portrait à Linda McCartney, au-delà de son rôle auprès de Paul.

Le témoin d’une époque

No More Lonely Nights est enfin un témoin de la manière dont McCartney a traversé les années 1980. Il est alors à la fois une légende des années 1960 et un artiste de son temps, qui travaille avec George Martin et Geoff Emerick, les artisans des Beatles, et avec Anne Dudley et Arthur Baker, les sorciers des sons nouveaux. La ballade appartient au premier monde, la version playout au second. Le 45 tours américain du 2 octobre 1984, qui les réunit sur ses deux faces, est en ce sens un autoportrait de McCartney à quarante-deux ans, partagé entre la tradition et la modernité.

Guide d’écoute

Six écoutes pour comprendre la chanson

  • La ballade, version 45 tours : pour la construction en crescendo, du piano seul au dernier refrain.
  • La ballade, version album : pour les répliques du film qui l’introduisent et l’inscrivent dans le récit.
  • Le solo de Gilmour, isolé : écouter la chanson en se concentrant sur la guitare, des premiers contre-chants jusqu’au solo, pour entendre comment Gilmour construit son intervention.
  • La version playout : pour mesurer la transformation de la même mélodie en titre dansant.
  • Le remix d’Arthur Baker : pour entendre comment le remix électronique de 1984 découpe et étire une chanson pop.
  • La version d’Alison Krauss : pour redécouvrir la mélodie, débarrassée de toute production de son époque.

Où l’écouter

La ballade et la version playout figurent sur l’album Give My Regards to Broad Street, réédité en CD avec des titres bonus. La ballade est aussi disponible sur les compilations Pure McCartney, Wingspan: Hits and History et All the Best!. Les collectionneurs rechercheront le 45 tours original et les maxi 45 tours britanniques avec les remixes d’Arthur Baker. La version d’Alison Krauss figure sur A MusiCares Tribute to Paul McCartney. Pour prolonger avec David Gilmour, l’album About Face, publié la même année, montre le guitariste au même moment de sa carrière.

Repères chronologiques

Date Événement
Octobre 1978 David Gilmour participe à la séance du Rockestra à Abbey Road
1979 McCartney signe avec Columbia pour les États-Unis
29 décembre 1979 Rockestra sur scène aux Concerts for the People of Kampuchea, à Londres
8 décembre 1980 Assassinat de John Lennon
1982 Tug of War, produit par George Martin ; début du tournage de Give My Regards to Broad Street à la fin de l’année
1983 Pipes of Peace et Say Say Say ; tournage et séances du film
Mars 1984 David Gilmour publie About Face
10 avril 1984 Tournage d’un clip au pub Old Justice de Bermondsey, selon The Beatles Bible
1984 Enregistrement de No More Lonely Nights en une séance d’environ trois heures, avec David Gilmour
24 septembre 1984 Sortie du 45 tours britannique, Parlophone R 6080
2 octobre 1984 Sortie du 45 tours américain, Columbia 38-04581 : ballade et version playout
21 octobre 1984 Deuxième place au Royaume-Uni, derrière Freedom de Wham!
22 octobre 1984 Sortie britannique de l’album Give My Regards to Broad Street, futur numéro un
Fin octobre 1984 Sortie du film aux États-Unis
8 décembre 1984 Sixième place au Billboard Hot 100
Janvier 1985 Nomination au Golden Globe de la meilleure chanson originale, remporté par Stevie Wonder
1985 Nomination au BAFTA de la meilleure chanson originale ; McCartney revient chez Capitol aux États-Unis
7 avril 1985 Tom Jones chante la chanson sur scène à Louisville
1987 La ballade figure sur la compilation All the Best!
30 juin 1990 Concert de Knebworth avec Pink Floyd et McCartney ; Gilmour raconte l’histoire du cachet à Jim Ladd à cette période
14 décembre 1999 Gilmour joue avec McCartney au Cavern Club de Liverpool
2001 La ballade figure sur Wingspan: Hits and History
Février 2012 Alison Krauss & Union Station la reprennent lors de la soirée MusiCares en hommage à McCartney
2016 La ballade figure sur Pure McCartney
2 octobre 2026 Quarante-deuxième anniversaire du 45 tours américain

Questions fréquentes

Quand est sorti No More Lonely Nights ?

Le 45 tours britannique est sorti le 24 septembre 1984 chez Parlophone, le 45 tours américain le 2 octobre 1984 chez Columbia, sous la référence 38-04581.

Qui a écrit No More Lonely Nights ?

Paul McCartney seul, comme chanson-thème de son film Give My Regards to Broad Street.

Qui joue le solo de guitare ?

David Gilmour, le guitariste de Pink Floyd, qui a enregistré ses parties en jouant avec le groupe, lors d’une séance d’environ trois heures.

Gilmour a-t-il été payé ?

Selon son propre récit, il a demandé à McCartney de verser son cachet à une œuvre de charité de son choix. Aucune source ne précise l’œuvre concernée.

Qui a produit la chanson ?

George Martin, producteur de toute la bande originale, avec Geoff Emerick comme ingénieur. Arthur Baker a réalisé les remixes dansants de la version playout.

Quelle est la différence entre la ballade et la version playout ?

La ballade, au piano, ouvre le film. La version playout, rapide et électronique, accompagne le générique de fin. Les deux figurent sur le 45 tours américain, la ballade en face A, le playout en face B.

Quel a été le classement de la chanson ?

Numéro 2 au Royaume-Uni, numéro 6 au Billboard Hot 100, numéro 2 du classement adulte contemporain américain.

Pourquoi n’a-t-elle pas été numéro un au Royaume-Uni ?

Parce que Freedom, de Wham!, occupait la première place quand No More Lonely Nights a atteint la deuxième, le 21 octobre 1984.

A-t-elle reçu des récompenses ?

Elle a été nommée au Golden Globe et au BAFTA de la meilleure chanson originale, sans l’emporter. Elle n’a pas été nommée aux Oscars.

McCartney la joue-t-il en concert ?

Non, selon les relevés de concerts disponibles : la chanson ne figure pas dans les programmes de ses tournées.

Qui l’a reprise ?

Notamment Tom Jones sur scène en 1985 et Alison Krauss & Union Station, avec Jerry Douglas, lors de la soirée MusiCares de février 2012.

Sur quels albums la trouver ?

Give My Regards to Broad Street (1984), All the Best! (1987), Wingspan: Hits and History (2001) et Pure McCartney (2016).

Glossaire

Chanson-thème : chanson originale écrite pour un film, destinée à en assurer la promotion à la radio.

Face A, face B : les deux faces d’un 45 tours ; la face A porte le titre promu, la face B un titre complémentaire.

Maxi 45 tours : disque de 30 centimètres tournant à 45 tours par minute, destiné aux discothèques et aux versions longues.

Playout : musique qui accompagne la sortie du public à la fin d’un spectacle ou d’une projection.

Power ballad : ballade qui commence dans l’intimité et monte vers un sommet électrique ou orchestral.

Remix : nouvelle version d’une chanson réalisée à partir de ses pistes séparées, souvent allongée pour la danse.

Disque d’argent : certification britannique accordée pour 250 000 exemplaires vendus d’un single en 1984.

Adult Contemporary : classement américain des radios de ballades et de variétés pour adultes.

Sources et références

Sources principales : Official Charts Company, classement des singles du 21 octobre 1984 ; Billboard, Hot 100 et Adult Contemporary 1984-1985 ; Cash Box ; The Paul McCartney Project, fiche de la chanson ; The Beatles Bible, fiche de la chanson ; Wikipédia en anglais, articles No More Lonely Nights, Give My Regards to Broad Street et List of awards and nominations received by Paul McCartney.

Témoignages : David Gilmour, entretien radiophonique avec Jim Ladd, 1990 ; entretiens de Paul McCartney sur la genèse de la chanson ; Stephen Thomas Erlewine, AllMusic.

Concerts : setlist.fm, statistiques de la chanson ; A MusiCares Tribute to Paul McCartney (2012).

Ouvrages : Barry Miles, Paul McCartney: Many Years From Now ; George Martin, All You Need Is Ears ; Peter Doggett, You Never Give Me Your Money ; Philip Norman, Paul McCartney: The Life.

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