Beatles For Sale : l’album de la fatigue et du génie, histoire du disque que les Beatles ont enregistré entre deux tournées

Le 4 décembre 1964, les Beatles publient leur deuxième album de l’année. Il s’appelle Beatles For Sale, et sur la pochette, quatre garçons de 21 à 24 ans regardent l’objectif avec des visages de vétérans. Entre une tournée mondiale, un film, une tournée américaine et une tournée britannique, ils ont trouvé sept journées pour l’enregistrer. Le résultat est le disque le plus sombre, le plus mélancolique et le plus sous-estimé de leur première période : un album de fatigue où naît pourtant, sous l’influence de Bob Dylan, le John Lennon autobiographique qui écrira Help! et In My Life.
Soixante-deux ans après sa sortie, Beatles For Sale reste l’album que l’on classe volontiers en bas de la discographie. Son propre producteur, George Martin, ne l’aimait pas beaucoup. Lennon a qualifié l’un de ses titres de chanson ratée. Les critiques lui reprochent ses six reprises, dont deux franchement faibles. Et pourtant, à l’écoute attentive, c’est un disque charnière. On y entend le premier fondu d’ouverture de l’histoire des Beatles, des timbales de concert, un orgue Hammond, une chanson arrangée directement en studio pour la première fois, trois ballades amères qui ouvrent l’album sans le moindre sourire, et un groupe qui, dans l’urgence, invente sa méthode de travail des années suivantes.
Nous retraçons ici toute l’histoire de Beatles For Sale : le calendrier délirant de 1964, les sept séances d’enregistrement à Abbey Road, la rencontre avec Bob Dylan, les quatorze titres un par un, la pochette de Robert Freeman et le premier album ouvrant des Beatles, la véritable carrière du disque dans les classements britanniques, son découpage par Capitol aux États-Unis et ce qu’en ont dit, des décennies plus tard, ceux qui l’ont fait.
Sommaire
1964, l’année où les Beatles n’ont jamais dormi
Pour comprendre Beatles For Sale, il faut d’abord regarder l’agenda de ceux qui l’ont enregistré. Aucune année de la carrière des Beatles n’a été aussi chargée que 1964. Rien que la liste des engagements donne le vertige.
De l’Ed Sullivan Show à la tournée mondiale
De la mi-janvier au début février, le groupe se produit pendant près de trois semaines à l’Olympia de Paris. Le 7 février, il atterrit à New York, et le 9 février, l’apparition à l’Ed Sullivan Show est suivie par environ 73 millions de téléspectateurs américains. Au retour, il faut tourner un film : le tournage de A Hard Day’s Night occupe les mois de mars et d’avril. En parallèle, les Beatles enregistrent la bande originale, leur troisième album, le premier entièrement composé de chansons de Lennon et McCartney.
En juin commence une tournée mondiale qui passe par le Danemark, les Pays-Bas, Hong Kong, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Elle démarre sans Ringo Starr, hospitalisé pour une amygdalite la veille du départ et remplacé au pied levé par le batteur Jimmy Nicol. Le 6 juillet, le film est présenté en avant-première à Londres. Le 10 juillet, Liverpool réserve aux Beatles un accueil triomphal pour la première dans leur ville natale.
Le 19 août, à peine un mois plus tard, ils repartent pour l’Amérique du Nord. Cette fois, ce n’est plus une visite promotionnelle mais une vraie tournée : une trentaine de concerts en un peu plus d’un mois, de San Francisco à New York, en passant par Las Vegas, Seattle, Vancouver, Los Angeles, Denver, Cincinnati, Atlantic City, Philadelphie, Indianapolis, Milwaukee, Chicago, Detroit, Toronto, Montréal, Jacksonville, Boston, Baltimore, Pittsburgh, Cleveland, la Nouvelle-Orléans, Kansas City et Dallas. Retour à Londres le 21 septembre.
Le 9 octobre, enfin, commence la tournée britannique d’automne, qui court jusqu’au 10 novembre. Et à la fin de l’année, du 24 décembre au 16 janvier, il faudra encore assurer les représentations du spectacle de Noël à l’Odeon de Hammersmith.
Deux albums par an : la règle du jeu chez EMI
Au milieu de tout cela, le contrat avec EMI et la logique commerciale de l’époque exigent deux albums par an, dont un pour Noël, ainsi que plusieurs singles. En 1963, Please Please Me était sorti en mars et With The Beatles en novembre. En 1964, A Hard Day’s Night est sorti le 10 juillet. Le suivant doit être dans les magasins début décembre, pour les achats de fin d’année.
L’enregistrement commence donc le 11 août 1964, un mois après la sortie de A Hard Day’s Night, et doit s’intercaler entre les tournées. Personne ne dispose du temps nécessaire pour écrire quatorze chansons originales de la qualité de l’album précédent. La solution sera double : puiser dans le répertoire de reprises que le groupe connaît par cœur depuis Hambourg et le Cavern Club, et ressortir quelques compositions anciennes.
Le producteur George Martin a résumé la situation des années plus tard, dans un entretien recueilli par Mark Lewisohn pour The Complete Beatles Recording Sessions. Il décrivait des musiciens usés par la guerre, en quelque sorte :
« Ils étaient plutôt éreintés pendant Beatles For Sale. Il faut se rappeler qu’ils avaient été malmenés sans relâche pendant toute l’année 64, et une bonne partie de 63. Le succès est une chose merveilleuse, mais c’est très, très fatigant. Ils étaient toujours en mouvement. »
Martin ajoutait que l’album ne lui plaisait plus beaucoup, qu’il ne le comptait pas parmi leurs plus mémorables, et que le groupe avait repris du poil de la bête ensuite. Ce jugement du producteur a pesé lourd dans la réputation du disque. Il mérite pourtant d’être nuancé, comme nous le verrons.
Sept journées à Abbey Road : le journal des séances
Selon le décompte établi par Mark Lewisohn à partir des archives d’EMI, Beatles For Sale a été enregistré en sept journées : les 11 et 14 août, les 29 et 30 septembre, puis les 6, 18 et 26 octobre 1964. Le producteur est George Martin, l’ingénieur du son Norman Smith. Tout se passe au studio 2 d’EMI, rue Abbey Road, à Londres.
11 août : Baby’s In Black ouvre le chantier
La toute première chanson mise en boîte pour l’album est Baby’s In Black, une valse lente à trois temps, chantée en duo par Lennon et McCartney sur un même micro. C’est une curiosité dans le répertoire du groupe : une chanson sur une jeune femme en deuil, qui porte le noir pour un garçon disparu. Beaucoup d’auteurs y voient une allusion à Astrid Kirchherr, la photographe de Hambourg, fiancée de Stuart Sutcliffe, mort en avril 1962. Aucun des deux auteurs ne l’a confirmé explicitement, mais le rapprochement est devenu un lieu commun de la littérature beatlesienne.
Le choix de commencer par cette chanson-là en dit long sur l’humeur du moment. Les Beatles l’ont d’ailleurs gardée à leur répertoire de scène en 1965 et 1966, signe qu’ils y tenaient.
14 août : le Lennon de Dylan et deux reprises
Trois jours plus tard, le groupe enregistre I’m A Loser, première chanson ouvertement autobiographique de Lennon, et s’attaque à deux reprises : Mr Moonlight, qui sera refaite en octobre, et Leave My Kitten Alone, un rhythm and blues de Little Willie John qui ne sortira pas avant trente et un ans. Nous y reviendrons.
Le 19 août, les Beatles s’envolent pour San Francisco. L’album reste en suspens pendant cinq semaines.
29 et 30 septembre : les chansons d’Atlantic City
Rentrés le 21 septembre, les Beatles retournent en studio le 29. Ils rapportent d’Amérique deux chansons nées pendant une rare pause de la tournée, à Atlantic City, fin août : Every Little Thing et What You’re Doing. Ils enregistrent aussi I Don’t Want To Spoil The Party et, le 30 septembre, No Reply, la chanson qui ouvrira l’album. Ces deux journées sont consignées dans notre éphéméride du 30 septembre.
McCartney décrivait la genèse des deux chansons américaines dans un article de l’hebdomadaire Disc, le 14 novembre 1964 :
« John et moi avons écrit celle-ci à Atlantic City, pendant notre dernière tournée aux États-Unis. Ce n’est pas qu’Atlantic City soit particulièrement inspirante : nous avions simplement un jour de repos là-bas. »
6 octobre : Eight Days A Week, la première chanson arrangée en studio
Trois jours avant le début de la tournée britannique, les Beatles entrent en studio avec une chanson inachevée. C’est une première dans leur histoire : jusque-là, ils arrivaient chez EMI avec des morceaux rodés, qu’il suffisait de capter. Eight Days A Week se construit au contraire sous les micros. Les premières prises démarrent sur une simple guitare acoustique. Puis le groupe essaie une introduction vocale, des « ooh » en chœur, qu’il abandonne à la sixième prise au profit d’une introduction à la guitare. Cette façon de chercher l’arrangement en studio, bande en marche, deviendra la norme à partir de Rubber Soul. Elle commence ici, un 6 octobre 1964, comme le rappelle notre éphéméride du 6 octobre.
Pendant deux semaines, tout le monde considère que Eight Days A Week sera le prochain single des Beatles.
18 octobre : la journée marathon
Le dimanche 18 octobre est un jour de relâche dans la tournée britannique. Les Beatles le passent à Abbey Road, pour une séance d’environ neuf heures qui constitue le cœur de l’album. Ce jour-là, ils terminent Eight Days A Week, refont Mr Moonlight, enregistrent Kansas City/Hey-Hey-Hey-Hey!, I’ll Follow The Sun, et mettent en boîte, en fin de journée, trois reprises en cinq prises au total : Everybody’s Trying To Be My Baby, Rock And Roll Music et Words Of Love. Everybody’s Trying To Be My Baby est captée en une seule prise.
Le même jour, surtout, ils enregistrent une chanson que Lennon vient de terminer, construite autour d’un larsen volontaire : I Feel Fine. Tout le monde tombe d’accord : c’est elle, le prochain single. Eight Days A Week est rétrogradée au rang de titre d’album au Royaume-Uni. Notre éphéméride du 18 octobre détaille cette journée hors norme.
Que des musiciens en pleine tournée, après des semaines de concerts et de déplacements, enregistrent sept ou huit titres en une journée de repos en dit long sur leur résistance physique, et sur leur maîtrise d’un répertoire joué des centaines de fois sur scène.
26 octobre : Honey Don’t et les dernières retouches
La dernière séance, le 26 octobre, sert à enregistrer Honey Don’t, le titre chanté par Ringo, et à boucler les dernières surimpressions. Les mixages mono et stéréo suivent dans les jours suivants, sous la direction de George Martin. L’album est prêt début novembre, juste à temps pour la fabrication.
Le tableau des séances
| Date | Titres travaillés | Contexte |
|---|---|---|
| 11 août 1964 | Baby’s In Black | Un mois après la sortie de A Hard Day’s Night |
| 14 août 1964 | I’m A Loser, Mr Moonlight (version abandonnée), Leave My Kitten Alone (inédite jusqu’en 1995) | Cinq jours avant le départ pour l’Amérique |
| 29 septembre 1964 | Every Little Thing, I Don’t Want To Spoil The Party, What You’re Doing | Retour de la tournée nord-américaine |
| 30 septembre 1964 | Every Little Thing, What You’re Doing, No Reply | Deux chansons écrites à Atlantic City |
| 6 octobre 1964 | Eight Days A Week | Première chanson arrangée en studio |
| 18 octobre 1964 | Eight Days A Week (fin), Kansas City, Mr Moonlight, I’ll Follow The Sun, Everybody’s Trying To Be My Baby, Rock And Roll Music, Words Of Love, I Feel Fine | Dimanche de relâche dans la tournée britannique |
| 26 octobre 1964 | Honey Don’t, surimpressions et finitions | Dernière séance avant les mixages |
Le choc Bob Dylan
Ce qui distingue le plus nettement Beatles For Sale de ses prédécesseurs, ce n’est pas le son, c’est le ton. Les trois premières chansons de l’album parlent d’abandon, d’échec et de deuil. Pour la première fois, Lennon écrit à la première personne sur ce qu’il ressent vraiment, et non sur un garçon qui veut tenir la main d’une fille. Ce basculement a un nom : Bob Dylan.
The Freewheelin’ Bob Dylan, disque de chevet à Paris
Les Beatles ont découvert Dylan au début de 1964. Pendant leur séjour parisien de janvier, à l’hôtel George-V, ils écoutent en boucle The Freewheelin’ Bob Dylan, son deuxième album. Lennon est fasciné par la liberté des textes, par cette manière de parler de soi, du monde et de la politique sans les conventions de la chanson populaire. George Harrison partage cet enthousiasme. Dylan, de son côté, a remarqué les Beatles, et notamment leurs accords, qu’il jugeait révolutionnaires pour la musique pop. Nous avons consacré un long article à la manière dont Dylan a jugé les Beatles en 1964.
28 août 1964, hôtel Delmonico
Le 28 août 1964, au milieu de la tournée américaine, le journaliste Al Aronowitz amène Bob Dylan à l’hôtel Delmonico de New York, où logent les Beatles. La rencontre est restée célèbre pour une autre raison : c’est ce soir-là, selon la plupart des récits, que Dylan initie les quatre Liverpudliens au cannabis. Mais l’essentiel est ailleurs. Les deux camps se jaugent et s’admirent. Dylan va bientôt électrifier sa musique sous l’influence des Beatles. Les Beatles, eux, vont s’emparer de l’écriture introspective de Dylan.
Moins d’un mois plus tard, Lennon enregistre No Reply et termine I’m A Loser, déjà en boîte depuis le 14 août. La chronologie montre que l’influence de Dylan précède la rencontre de New York : elle passe d’abord par les disques.
I’m A Loser : le clown de Dylan
Lennon a reconnu cette influence sans détour. Dans un entretien de 1974, repris dans le livre The Beatles Anthology, il explique :
« I’m A Loser, c’est moi dans ma période Dylan, à cause du mot clown qui est dedans. Le mot clown me gênait, je trouvais ça prétentieux, mais Dylan l’avait utilisé, alors je me suis dit que ça passait, et puis ça rimait avec ce que je faisais. »
Derrière la pirouette, il y a un aveu. La chanson parle d’un homme qui sourit en public et pleure en privé, d’un garçon qui a perdu la fille qu’il aimait et qui joue la comédie. Lennon dira plus tard que c’était déjà lui, sous un masque. I’m A Loser annonce directement Help!, écrit quelques mois plus tard, dont Lennon dira qu’il s’agissait d’un véritable appel au secours.
Sur le plan musical, la chanson emprunte aussi à la panoplie folk : guitare acoustique, harmonica, un balancement country. La frontière entre folk, country et pop y est très mince : on pourrait presque l’imaginer au répertoire d’un chanteur de Nashville.
No Reply : la première chanson qui raconte une histoire
No Reply, qui ouvre l’album, est sans doute la composition la plus aboutie de Lennon à cette date. Un garçon passe chez une fille, on lui répond qu’elle est sortie, mais il l’a vue à la fenêtre. Il l’a vue marcher main dans la main avec un autre. Il se sent trahi, humilié. C’est une petite nouvelle en deux minutes quinze, avec un décor, une action et un point de vue.
Lennon se souvenait d’un compliment reçu de Dick James, l’éditeur musical des Beatles, qui lui avait dit en substance qu’il s’agissait de la première chanson complète qu’il ait écrite, la première qui se résolve sur elle-même, avec une histoire qui va jusqu’au bout. Pour un artisan de la chanson comme Dick James, c’était un éloge important.
Une maquette de No Reply a été enregistrée dès le 3 juin 1964 et publiée en 1995 sur Anthology 1. Selon plusieurs sources, la chanson était d’abord destinée à un autre artiste de l’écurie de Brian Epstein, Tommy Quickly, dont nous avons raconté l’histoire et les rendez-vous manqués. Elle est finalement restée chez les Beatles, et c’est tant mieux.
Sur le plan musical, No Reply alterne une partie chuchotée, presque intime, et une explosion vocale à deux voix sur le pont, où Lennon et McCartney crient presque. Ce contraste dynamique, très inhabituel dans la pop de 1964, sera l’une des signatures des albums suivants.
Eight Days A Week en vidéo
Faute d’images filmées de la chanson, jamais interprétée en concert par les Beatles, la vidéo officielle de Eight Days A Week a été montée en 2015 à partir des images du concert du Shea Stadium du 15 août 1965, devant plus de 55 000 spectateurs. Le titre de la chanson et ces images de foule hurlante résument à eux seuls l’année de folie dont est sorti Beatles For Sale.
Les quatorze titres de Beatles For Sale, un par un
L’album compte quatorze titres, un de plus que A Hard Day’s Night. McCartney s’en félicitait dans Disc, en expliquant que le groupe avait mis quatorze morceaux parce que c’était à peu près le maximum possible, qu’il n’aimait pas donner trop peu aux acheteurs, et qu’il s’en voulait que l’album précédent n’en contienne que treize. Huit sont des compositions signées Lennon-McCartney, six sont des reprises. Voici l’histoire de chacun, dans l’ordre du disque.
Face A, titre 1 : No Reply
Composée par Lennon, chantée par Lennon avec McCartney en harmonie sur les refrains. Ouverture sans introduction : la voix attaque à nu, accompagnée de guitares acoustiques. Le pont éclate avec des accords plaqués au piano par George Martin et des battements de mains. Choisir une chanson aussi sombre pour ouvrir l’album de Noël du groupe le plus joyeux du monde était un geste audacieux. Les Beatles l’ont un temps envisagée comme single, avant de lui préférer I Feel Fine.
Face A, titre 2 : I’m A Loser
Lennon encore, en pleine période Dylan. Guitare acoustique, solo de guitare de George Harrison aux accents country, harmonica de Lennon, l’un de ses derniers sur un album des Beatles avant longtemps. La chanson a été jouée en concert et à la BBC, preuve que le groupe la considérait comme un titre fort. Elle aussi a fait partie des candidates au statut de single.
Face A, titre 3 : Baby’s In Black
Valse à trois temps, duo Lennon-McCartney sur une seule voix fusionnée, guitare solo de Harrison aux accents country. La chanson est une collaboration à parts égales. Elle est restée au programme des concerts jusqu’en 1966 : on peut l’entendre dans les enregistrements du Hollywood Bowl et dans les derniers concerts de la tournée américaine de 1966. Trois chansons, trois histoires de rupture ou de deuil : la face A s’ouvre sur un triptyque sans équivalent dans la pop britannique de 1964.
Face A, titre 4 : Rock And Roll Music
Changement de climat brutal : Lennon hurle le classique de Chuck Berry, paru en 1957. La version des Beatles a été enregistrée en une seule prise le 18 octobre. Le piano y est joué à trois, Lennon, McCartney et George Martin se partageant le même clavier selon les récits de séance. C’est l’une des reprises les plus réussies du groupe, et elle restera au répertoire de scène jusqu’en 1966, jusqu’aux concerts du Nippon Budokan de Tokyo, dont une version figure sur Anthology 2.
Face A, titre 5 : I’ll Follow The Sun
Une petite ballade de McCartney, écrite des années plus tôt, vers 1959 ou 1960, dans la maison familiale du 20 Forthlin Road à Liverpool, à une époque où il n’avait pas encore vingt ans. Une version rudimentaire en existe sur des bandes domestiques de 1960. Ressortie du tiroir en 1964 pour compléter l’album, elle est arrangée très simplement : guitares acoustiques, voix de Paul doublée par Lennon, et une percussion discrète. Ringo y frappe ses genoux plutôt qu’une batterie, selon un détail souvent rapporté. La chanson dit au revoir avec une désinvolture qui sonne comme une confidence : l’amoureux s’en va, parce qu’il sait que demain sera peut-être pluvieux.
Face A, titre 6 : Mr Moonlight
La reprise la plus discutée de l’album. Mr Moonlight est une chanson de Roy Lee Johnson, enregistrée en 1962 par Dr Feelgood and the Interns. Les Beatles la jouaient à Hambourg et au Cavern. Leur version commence par un cri de Lennon, l’un des plus puissants de sa carrière, puis déroule un tempo de rumba lente, avec un orgue Hammond joué par McCartney et un tambour africain frappé par Harrison.
Beaucoup de commentateurs la trouvent démodée, presque kitsch, pour un groupe de cette envergure. D’autres, au contraire, y voient une performance vocale remarquable. Ce qui est certain, c’est qu’elle a été préférée à Leave My Kitten Alone, une reprise beaucoup plus énergique enregistrée le même jour d’août. Les essais du 14 août figurent sur Anthology 1, avec une première version très différente.
Face A, titre 7 : Kansas City/Hey-Hey-Hey-Hey!
Un medley que les Beatles ont emprunté tel quel à Little Richard, qui associait en 1959 la chanson de Jerry Leiber et Mike Stoller, popularisée par Wilbert Harrison, et un morceau de sa propre composition. McCartney, qui imitait Little Richard à la perfection depuis l’adolescence, y pousse sa voix jusqu’au cri. C’est l’un de ses grands moments de chanteur rock. Le groupe l’enregistre le 18 octobre, presque en direct. La chanson clôt la face A dans une explosion de rock’n’roll.
Correctif factuel : un crédit longtemps incomplet
On lit souvent que Kansas City est une chanson de Leiber et Stoller reprise par les Beatles. C’est vrai pour la première partie seulement. Le medley vient de Little Richard, qui avait greffé sa propre chanson, Hey-Hey-Hey-Hey, sur le classique de Leiber et Stoller. Sur les premiers pressages britanniques de Beatles For Sale, seule la première partie était créditée. L’éditeur de Little Richard a fait valoir ses droits, et les éditions ultérieures mentionnent le medley complet avec les deux crédits.
Face B, titre 1 : Eight Days A Week
La face B s’ouvre sur un fondu : le son monte progressivement, comme si le groupe jouait déjà depuis un moment au loin. L’effet est d’autant plus frappant qu’il ouvre une face de disque. L’écrivain américain Mark Hertsgaard l’a comparé à un vol d’oiseaux migrateurs qui remplit soudain le ciel. Le procédé est presque inédit dans la pop de l’époque.
L’origine du titre a donné lieu à deux versions. En 1984, dans Playboy, McCartney l’attribuait à une expression de Ringo, comme A Hard Day’s Night ou Tomorrow Never Knows. Plus tard, dans l’Anthology, il raconte autre chose : un jour où il avait perdu son permis de conduire, un chauffeur l’a emmené chez Lennon, à Weybridge. Paul lui demande comment il va. Le chauffeur répond qu’il travaille huit jours par semaine. Paul arrive chez John, lui rapporte l’expression, et les deux hommes écrivent la chanson dans la foulée. Ringo, lui, a toujours nié en être l’auteur. Nous avons consacré un article complet aux ringoïsmes, ces lapsus du batteur devenus titres de chansons.
McCartney tirait de cette anecdote une leçon de métier : un bon titre, c’est la moitié du travail. Une chanson intitulée Eight Days A Week intrigue immédiatement, alors qu’un titre banal laisserait l’auditeur indifférent.
Ironie de l’histoire, la chanson qui n’a pas été jugée digne d’un single britannique est devenue le septième numéro un des Beatles aux États-Unis. Et Lennon ne l’a jamais aimée : en 1980, dans son grand entretien avec David Sheff pour Playboy, il la qualifie de chanson ratée, ou, selon le mot anglais qu’il emploie, de lousy. Les Beatles ne l’ont jamais jouée sur scène. Leur seule interprétation publique remonte à une émission de télévision britannique, Thank Your Lucky Stars, diffusée le 3 avril 1965, dont aucun enregistrement n’a été conservé.
Face B, titre 2 : Words Of Love
Le seul titre de Buddy Holly enregistré par les Beatles pour EMI. Ils lui vouaient un culte : c’est en partie en hommage aux Crickets que le groupe avait choisi un nom d’insecte. La chanson de 1957 est reprise avec un respect quasi religieux, en harmonies serrées Lennon-McCartney, avec une guitare carillonnante de Harrison. Ringo y frappe une valise en guise de percussion, détail rapporté dans plusieurs récits de séance. Enregistrée en fin de journée le 18 octobre, en très peu de prises.
Face B, titre 3 : Honey Don’t
Une face B de Carl Perkins, parue en 1956 au dos de Blue Suede Shoes. Sur scène et à la BBC, en 1963, c’était Lennon qui la chantait. Pour l’album, elle est confiée à Ringo, qui avait droit à sa chanson par disque. Le batteur l’a défendue dans l’Anthology :
« Tout le monde connaissait Honey Don’t, c’était une de ces chansons que tous les groupes de Liverpool jouaient. J’adorais la country et la country rock. J’avais eu mon propre moment de spectacle avec Rory Storm, où je chantais cinq ou six morceaux. Chanter n’était pas nouveau pour moi, il s’agissait de trouver un véhicule pour moi avec les Beatles. Et j’avais enfin un titre sur un disque : mon petit moment à moi. »
On entend Ringo lancer un encouragement à George au moment du solo, comme sur scène. La version est fidèle à l’original de Perkins, et certains critiques la trouvent un peu laborieuse. Elle s’inscrit dans la longue série des chansons où Ringo a pris le micro.
Face B, titre 4 : Every Little Thing
Une composition de McCartney, écrite avec Lennon à Atlantic City, mais chantée en tête par Lennon, avec Paul à l’unisson. C’est l’une des curiosités de l’album. Le refrain est ponctué de coups de timbales, ces grosses caisses d’orchestre symphonique, frappées par Ringo. McCartney s’en amusait dans Disc en expliquant que Ringo cognait sur des timbales pour faire les gros bruits que l’on entendrait. C’est l’une des premières fois qu’un instrument étranger à la formation rock apparaît sur un disque des Beatles. Le groupe progressif Yes en a enregistré une reprise sur son premier album, en 1969.
Face B, titre 5 : I Don’t Want To Spoil The Party
Une chanson de Lennon aux couleurs country, dans la lignée des Everly Brothers : harmonies à deux voix, guitares claires, rythme sautillant qui contraste avec un texte amer. Le narrateur est à une fête, sa petite amie n’est pas venue, il préfère partir plutôt que de gâcher la soirée des autres. Encore un portrait de solitaire au milieu de la foule. Aux États-Unis, elle a servi de face B au single Eight Days A Week.
Face B, titre 6 : What You’re Doing
McCartney au chant, avec une introduction de batterie de Ringo qui sonne comme un signal. L’autre chanson d’Atlantic City. Paul y joue du piano et double sa voix. Le titre préfigure, par ses guitares en arpèges à douze cordes et sa construction rythmique, certaines couleurs de Help! et de Rubber Soul. Nous lui avons consacré un article spécifique : What You’re Doing, un joyau méconnu de Beatles For Sale.
Face B, titre 7 : Everybody’s Trying To Be My Baby
Pour clore l’album, George Harrison rend hommage à son héros Carl Perkins, dont c’est la deuxième chanson sur le disque. Perkins l’avait enregistrée en 1957 en s’inspirant d’un titre plus ancien de Rex Griffin. La version des Beatles, captée en une seule prise le 18 octobre, est noyée dans une réverbération et un écho très appuyés sur la voix de Harrison. Le titre restera au répertoire de scène : on peut l’entendre au Shea Stadium en 1965, dans une version publiée sur Anthology 2. Ce sera la seule voix principale de George sur l’album, qui ne contient aucune de ses compositions.
Pourquoi six reprises ? Le retour forcé au répertoire du Cavern
A Hard Day’s Night avait prouvé que Lennon et McCartney pouvaient remplir un album entier avec leurs propres chansons. Revenir à six reprises sur quatorze titres, comme sur Please Please Me et With The Beatles, ressemblait donc à un pas en arrière. Il s’explique d’abord par le manque de temps. McCartney le reconnaissait sans fard dans Disc :
« Nous sommes vraiment contents du disque et du nouvel album. Il y a eu une période épouvantable où nous n’avions pas l’impression d’avoir de quoi faire l’album, ni même un single. Maintenant que tout est bouclé et prêt à sortir, c’est un soulagement. »
Mais l’explication est aussi pratique. Les reprises choisies faisaient partie du répertoire de scène des Beatles depuis Hambourg. Le groupe n’avait pas besoin de les répéter : il les jouait par cœur. Selon les récits de séance, seules les compositions originales ont réellement été préparées avant l’enregistrement. Les reprises, elles, ont été captées en quelques prises, parfois une seule. C’est ce qui permet au groupe de boucler l’album en sept journées.
Ce choix offre aujourd’hui un document précieux : Beatles For Sale est la photographie la plus fidèle de ce que les Beatles jouaient sur scène avant la célébrité. Chuck Berry, Buddy Holly, Carl Perkins, Little Richard, le rhythm and blues de Roy Lee Johnson : le panthéon américain du groupe est là, au complet.
Leave My Kitten Alone, la grande oubliée
Le 14 août 1964, les Beatles enregistrent une reprise de Leave My Kitten Alone, un titre de Little Willie John paru en 1959, que le groupe connaissait sans doute par la version de Johnny Preston. Lennon y livre une interprétation rageuse, dans la veine de Twist And Shout et de Money. La prise 5 est conservée. Elle ne sera pas retenue.
Pourquoi ? Personne n’a donné d’explication définitive. On peut supposer que le groupe disposait déjà de suffisamment de rock’n’roll rageur avec Rock And Roll Music et Kansas City, et qu’il a préféré la couleur différente de Mr Moonlight. Toujours est-il que Leave My Kitten Alone est restée dans les archives d’EMI jusqu’à sa parution sur Anthology 1, en novembre 1995. Elle était entre-temps devenue l’un des enregistrements pirates les plus recherchés des collectionneurs. Beaucoup d’auditeurs la considèrent aujourd’hui comme l’une des meilleures reprises jamais faites par les Beatles.
Le mythe de l’album bâclé
Il serait faux, toutefois, de réduire Beatles For Sale à un album de remplissage. Huit compositions originales sur quatorze, c’est autant que sur With The Beatles, et elles sont sans doute plus ambitieuses. Lennon a dominé l’écriture de A Hard Day’s Night ; Beatles For Sale est plus collectif. Baby’s In Black, Eight Days A Week, What You’re Doing et I Don’t Want To Spoil The Party sont des collaborations à des degrés divers ; McCartney apporte Every Little Thing et I’ll Follow The Sun ; Lennon signe No Reply et I’m A Loser. George Harrison, en revanche, ne place aucune composition : ce sera le dernier album dans ce cas jusqu’à la séparation. Sa première chanson enregistrée, Don’t Bother Me, figurait sur With The Beatles ; la suivante, I Need You, attendra Help!.
Ce que le studio invente en 1964
Enregistré dans l’urgence, Beatles For Sale n’en est pas moins plus inventif en studio que ses prédécesseurs. Plusieurs procédés apparaissent ici pour la première fois dans la discographie du groupe.
Le fondu d’ouverture
Eight Days A Week commence par un fondu, ou fade-in : le volume monte progressivement depuis le silence. C’est un procédé appliqué au mixage, pas pendant la prise. Il deviendra une ressource récurrente chez les producteurs des années suivantes, mais en 1964, il est encore très rare.
Correctif factuel : pas tout à fait le premier fondu de l’histoire
On présente souvent Eight Days A Week comme le premier disque pop à commencer par un fondu. C’est une exagération. Elle compte parmi les toutes premières chansons pop à employer ce procédé, et c’est une première dans la discographie des Beatles, mais quelques disques antérieurs l’avaient déjà utilisé : les auteurs citent notamment The Wild One de Johnny Horton, à la fin des années 1950. La nouveauté tient surtout à l’usage du procédé en ouverture d’une face d’album par le groupe le plus écouté du monde.
Timbales, orgue Hammond, tambour africain
Les timbales de Every Little Thing, l’orgue Hammond de Mr Moonlight, le tambour africain de Harrison sur le même titre, la valise de Ringo sur Words Of Love : sans bruit, le groupe commence à élargir sa palette instrumentale. Ce n’est encore qu’un frémissement comparé à la flûte de You’ve Got To Hide Your Love Away, au quatuor à cordes de Yesterday, au sitar de Norwegian Wood ou au piano accéléré d’In My Life. Mais le mouvement est engagé.
George Martin au piano
Le producteur joue lui-même du piano sur l’album, notamment sur Rock And Roll Music et No Reply. Ce rôle de cinquième musicien, que George Martin tiendra avec de plus en plus d’importance, n’est pas nouveau : il jouait déjà sur Misery et sur le solo d’A Hard Day’s Night. Mais il s’affirme. Sur les techniques de studio des albums suivants, on pourra lire nos articles consacrés à l’enregistrement de Rubber Soul et à celui de Revolver.
Une guitare douze cordes omniprésente
Depuis A Hard Day’s Night, George Harrison joue une Rickenbacker douze cordes, offerte lors de la visite américaine de février 1964. Son timbre carillonnant est partout sur Beatles For Sale, notamment dans les arrangements de What You’re Doing, de Words Of Love et dans les guitares ajoutées du fondu et de la coda de Eight Days A Week. Ce son influencera directement les Byrds et toute la folk rock américaine de 1965.
Un disque mono, d’abord
Comme tous les albums des Beatles de cette époque, Beatles For Sale a été pensé, mixé et écouté en mono. La version stéréo, réalisée rapidement, répartit souvent les instruments d’un côté et les voix de l’autre. Les fans qui veulent entendre l’album tel que le groupe l’a validé se tournent vers la version mono, rééditée en CD en 2009 dans le coffret The Beatles In Mono, puis en vinyle en 2014.
La pochette de Robert Freeman et le premier album ouvrant des Beatles
La pochette de Beatles For Sale est sans doute la plus parlante de toute la discographie du groupe. Elle a été photographiée par Robert Freeman, déjà auteur de la célèbre photo en demi-teintes de With The Beatles.
Quatre visages fatigués dans un parc à l’automne
La photo a été prise à l’automne 1964 dans un parc londonien, près de l’Albert Memorial. Les quatre Beatles, en manteaux sombres et écharpes, ne sourient pas. Ils regardent l’objectif avec une lassitude qui tranche avec les photos joyeuses des années précédentes. À l’arrière-plan, les feuillages d’automne se fondent dans des taches de couleur floues.
Le titre, enfin, est une pointe d’ironie : Beatles à vendre. Il désigne à la fois le disque, produit commercial destiné au marché de Noël, et les quatre musiciens eux-mêmes, devenus une marchandise exploitée jusqu’à l’épuisement. Le jeu de mots est d’autant plus grinçant que la photo montre précisément des garçons à bout de forces.
Certains admirateurs ont fait remarquer, non sans raison, qu’une photo ne dit que ce que le photographe veut lui faire dire, et que les Beatles de 1964 apparaissent tout sourire sur des centaines d’autres clichés de la même période. Mais Robert Freeman a choisi cette image-là, et le groupe l’a validée. Le message est clair.
Correctif factuel : Hyde Park ou Kensington Gardens ?
La séance est souvent située à Hyde Park. En réalité, l’Albert Memorial, près duquel McCartney situe la prise de vue dans l’Anthology, se trouve dans Kensington Gardens, le jardin royal qui prolonge Hyde Park vers l’ouest. Pour un Londonien, les deux espaces se confondent souvent, mais ce sont deux parcs distincts.
McCartney se souvenait d’une séance très courte, quelques heures tout au plus, et de la coupe de cheveux de George, qui l’avait amusé ce jour-là.
Le premier gatefold des Beatles
Beatles For Sale est le premier album britannique des Beatles publié dans une pochette ouvrante, ou gatefold. À l’intérieur, une photo du groupe devant un montage d’images de stars hollywoodiennes, et des clichés en noir et blanc. Ce format luxueux, rare pour un album pop en 1964, précède de deux ans et demi le gatefold beaucoup plus célèbre de Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band.
Derek Taylor et les enfants de l’an 2000
Les notes de pochette sont signées Derek Taylor, l’ancien journaliste devenu attaché de presse de Brian Epstein, qui sera plus tard le porte-parole d’Apple. Son texte, d’une ironie très britannique, contient deux phrases restées célèbres. La première révèle qu’au moins trois chansons de Lennon et McCartney avaient été sérieusement envisagées comme singles avant que John ne surgisse avec I Feel Fine.
La seconde est une prophétie. Taylor imagine le monde de l’an 2000 et écrit que les enfants de cette époque tireront sans doute de cette musique le même sentiment de bien-être et de chaleur que les auditeurs de 1964. Le 13 novembre 2000, la compilation 1 sortait dans le monde entier et devenait l’album le plus vendu de la décennie. Derek Taylor, mort en 1997, n’a pas vu sa prédiction se réaliser. Mais elle s’est réalisée, et Eight Days A Week figurait sur ce disque.
Numéro un, détrôné, reconquis : la véritable carrière de l’album dans les classements
Commercialement, Beatles For Sale est un triomphe immédiat. Publié le 4 décembre 1964 chez Parlophone, sous les références PMC 1240 en mono et PCS 3062 en stéréo, il entre dans le classement britannique le 12 décembre. Une semaine plus tard, le 19 décembre, il délogeait de la première place A Hard Day’s Night, qui l’occupait depuis le 25 juillet, soit vingt et une semaines. Les Beatles se succèdent à eux-mêmes au sommet.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Selon les archives de l’Official Charts Company, la carrière de l’album au sommet se déroule en trois temps, dans un duel qui oppose les Beatles aux Rolling Stones, puis à Bob Dylan.
| Date d’arrivée en tête | Album numéro un au Royaume-Uni | Semaines |
|---|---|---|
| 25 juillet 1964 | The Beatles, A Hard Day’s Night | 21 |
| 19 décembre 1964 | The Beatles, Beatles For Sale | 7 |
| 6 février 1965 | The Rolling Stones, Rolling Stones No. 2 | 3 |
| 27 février 1965 | The Beatles, Beatles For Sale | 1 |
| 6 mars 1965 | The Rolling Stones, Rolling Stones No. 2 | 6 |
| 17 avril 1965 | Bob Dylan, The Freewheelin’ Bob Dylan | 1 |
| 24 avril 1965 | The Rolling Stones, Rolling Stones No. 2 | 1 |
| 1er mai 1965 | The Beatles, Beatles For Sale | 3 |
| 22 mai 1965 | Bob Dylan, The Freewheelin’ Bob Dylan | 1 |
| 29 mai 1965 | Bob Dylan, Bringing It All Back Home | 1 |
| 5 juin 1965 | Bande originale, The Sound Of Music | 10 |
Le tableau raconte une histoire fascinante. En février 1965, les Rolling Stones, le grand rival, prennent la place des Beatles. Beatles For Sale la reprend une semaine fin février, puis la reperd. En avril, Bob Dylan, le musicien qui a transformé l’écriture de Lennon, arrive à son tour en tête avec The Freewheelin’ Bob Dylan, l’album que les Beatles écoutaient en boucle à Paris quinze mois plus tôt. Et le 1er mai 1965, près de cinq mois après sa sortie, Beatles For Sale reprend la première place pour trois semaines supplémentaires, avant de céder définitivement devant Dylan, puis devant la bande originale de The Sound Of Music.
Au total, Beatles For Sale a passé onze semaines au sommet du classement britannique, et quarante-six semaines dans le classement. Les Beatles, les Rolling Stones et Bob Dylan se sont partagé la première place pendant pratiquement tout le premier semestre 1965 : jamais le rock n’avait aussi nettement dominé les ventes d’albums au Royaume-Uni.
Correctif factuel : sept semaines ou onze ?
On lit fréquemment que Beatles For Sale est resté sept semaines numéro un. C’est vrai pour sa première série consécutive, du 19 décembre 1964 au début de février 1965. Mais c’est incomplet : l’album est revenu en tête à deux reprises, une semaine fin février puis trois semaines en mai 1965. Son total officiel est de onze semaines à la première place, en trois passages distincts.
Le disque a ensuite connu deux brèves réapparitions, comptabilisées comme des entrées distinctes par l’Official Charts Company : la première édition en CD, en mars 1987, est montée à la 45e place ; la réédition remastérisée de septembre 2009 est remontée jusqu’à la 56e place. Pour mesurer la place des Beatles dans l’histoire des classements, on pourra consulter notre dossier sur les chiffres des Beatles.
En Amérique, un album découpé en deux
Aux États-Unis, Beatles For Sale n’existe pas en tant que tel avant la publication des CD en 1987. Capitol Records, la filiale américaine d’EMI, avait pour politique de raccourcir les albums britanniques, à onze ou douze titres, et de les recomposer à sa façon, pour multiplier les disques vendus. Cette politique était l’œuvre en grande partie de Dave Dexter Jr., dont nous avons raconté le rôle dans notre article sur The Beatles’ Second Album.
Beatles ’65, l’album de Noël américain
Le 15 décembre 1964, onze jours après la sortie britannique, Capitol publie Beatles ’65. Il reprend huit des quatorze titres de Beatles For Sale, auxquels s’ajoutent I’ll Be Back, rescapé de A Hard Day’s Night britannique, et les deux faces du single I Feel Fine et She’s A Woman. Capitol y ajoute une réverbération supplémentaire, critiquée depuis par les puristes. L’album est numéro un aux États-Unis. Un exemplaire signé par les quatre Beatles s’est d’ailleurs vendu aux enchères 19 500 livres.
Eight Days A Week, numéro un américain
Absente de Beatles ’65, Eight Days A Week circule néanmoins sur les radios américaines, grâce à des disc-jockeys qui la diffusent à partir d’exemplaires britanniques importés. Capitol décide de la publier en single le 15 février 1965, avec I Don’t Want To Spoil The Party en face B. Le disque atteint la première place du Billboard Hot 100 en mars 1965 et y reste deux semaines.
C’est le septième numéro un américain des Beatles en un peu plus d’un an, après I Want To Hold Your Hand, She Loves You, Can’t Buy Me Love, Love Me Do, A Hard Day’s Night et I Feel Fine. Ce rythme, sept numéros un en un an, reste un record absolu pour un artiste dans l’histoire du Hot 100. La chanson est également numéro un au Canada et aux Pays-Bas.
Beatles VI, le reste
Les six titres restants de Beatles For Sale, dont Eight Days A Week, Words Of Love, Kansas City, Every Little Thing, What You’re Doing et I Don’t Want To Spoil The Party, paraissent le 14 juin 1965 sur Beatles VI, complétés par des titres de Help! et par Bad Boy, une reprise de Larry Williams enregistrée spécialement pour le marché américain en mai 1965. Résultat : l’Amérique a découvert l’album de Noël 1964 des Beatles en deux morceaux, à six mois d’intervalle.
I Feel Fine et She’s A Woman, le single absent
Comme la plupart des albums britanniques des Beatles, Beatles For Sale ne contient pas le single contemporain. I Feel Fine, enregistrée le 18 octobre, et sa face B She’s A Woman, enregistrée le 8 octobre, sortent en 45 tours le 27 novembre 1964, une semaine avant l’album. Le single est numéro un au Royaume-Uni pendant les fêtes, et aux États-Unis.
I Feel Fine s’ouvre sur un larsen, un son de feedback produit volontairement par la guitare de Lennon posée contre son amplificateur. Lennon revendiquera fièrement ce geste comme le premier usage délibéré du feedback sur un disque. C’était, à l’automne 1964, le visage le plus moderne des Beatles, et il n’était pas sur l’album.
Avec le recul, beaucoup de fans ont imaginé un Beatles For Sale idéal, où I Feel Fine, She’s A Woman et Leave My Kitten Alone auraient remplacé les reprises les plus faibles. L’exercice est vain, car la règle des Beatles, héritée de Brian Epstein et de George Martin, était de ne pas faire payer deux fois aux fans les mêmes chansons. Il dit pourtant quelque chose : à l’automne 1964, le groupe disposait de beaucoup plus de matière forte qu’on ne le croit.
Ce que les Beatles et leur entourage en ont dit
Le jugement des Beatles sur Beatles For Sale a beaucoup pesé sur sa réputation. Il est pourtant plus nuancé qu’on ne le dit.
George Martin, le juge le plus sévère
Nous l’avons vu : le producteur estimait que le groupe était épuisé et que l’album n’était pas l’un de ses plus mémorables. Ce verdict venait d’un homme qui avait vécu les séances de l’intérieur, qui connaissait mieux que quiconque l’état physique des quatre musiciens, et qui, surtout, jugeait l’album à l’aune de ce qui avait suivi : Rubber Soul, Revolver, Sgt. Pepper. Comparé à ces sommets, Beatles For Sale paraissait forcément modeste. Il faut lire son jugement à cette lumière.
John Lennon, entre aveu et dédain
Lennon n’a jamais consacré d’analyse d’ensemble à l’album, mais ses commentaires sur les chansons dessinent un portrait contrasté. Il était fier de No Reply et de I’m A Loser, qu’il considérait comme les débuts de son écriture personnelle. Il méprisait Eight Days A Week. Et il jugeait plus généralement les albums des Beatles avec une sévérité constante, comme nous l’avons montré dans notre enquête sur ce que Lennon reprochait vraiment aux albums du groupe.
Pour Eight Days A Week, Lennon a même proposé une autre genèse que celle de McCartney, en rattachant la chanson aux tentatives d’écrire une chanson-titre pour le film suivant, dont le titre de travail fut un temps Eight Arms To Hold You. La chronologie rend cette version difficile à tenir, puisque la chanson a été enregistrée en octobre 1964, avant que le titre provisoire du film ne circule. Mais elle illustre les approximations de mémoire qui entourent souvent les souvenirs des Beatles.
Paul McCartney, l’avocat du disque
En novembre 1964, McCartney était le premier à défendre l’album auprès de la presse. Dans Disc, il expliquait que le groupe aimait tous les titres, qu’il aurait jeté sans hésiter tout enregistrement qui ne lui plaisait pas pour en faire un autre, et qu’il y avait sur le disque des sons intéressants. C’était évidemment un discours promotionnel. Mais McCartney n’a jamais renié l’album par la suite, et il a remis Eight Days A Week au programme de ses concerts : il l’a jouée pour la première fois sur scène le 4 mai 2013 au stade Mineirão de Belo Horizonte, au Brésil, et en a fait l’ouverture de la plupart des concerts de sa tournée Out There en 2013, 2014 et 2015. Il a également repris I’ll Follow The Sun à plusieurs reprises.
Ringo Starr, le moins nostalgique
Ringo a toujours parlé de cette période avec sa bonhomie habituelle, en mettant l’accent sur le plaisir d’avoir enfin sa chanson à lui sur un disque. Mais il a aussi souvent rappelé, dans l’Anthology et dans le film Eight Days A Week, The Touring Years de Ron Howard, sorti en 2016, à quel point les années 1964 et 1965 avaient été éreintantes, entre les tournées où personne n’entendait la musique et les hôtels dont on ne pouvait plus sortir.
Un album réévalué : du mal-aimé au disque charnière
Pendant longtemps, Beatles For Sale a été considéré comme l’album le plus faible de la période 1963-1966. Depuis les années 1990, la critique et les admirateurs l’ont progressivement réhabilité.
Le regard des historiens
Le critique britannique Ian MacDonald, dans Revolution In The Head, son ouvrage de référence sur les enregistrements des Beatles, ne cache pas ses réserves sur plusieurs reprises et sur la lassitude perceptible du groupe, tout en reconnaissant le tournant que représente l’écriture plus personnelle de Lennon. Le travail de Mark Lewisohn sur les archives d’EMI permet, de son côté, de mesurer combien l’album marque un changement de méthode : pour la première fois, une chanson se construit sous les micros au lieu d’être simplement captée.
Les auteurs anglo-saxons s’accordent sur un point : l’album est un disque de transition. Les reprises regardent en arrière, vers Hambourg et le Cavern. Les compositions originales regardent en avant, vers Help! et Rubber Soul. C’est précisément ce qui le rend intéressant.
Le pont vers Rubber Soul
Les échos de Beatles For Sale dans les albums suivants sont nombreux. Le Lennon introspectif de I’m A Loser devient celui de You’ve Got To Hide Your Love Away et de Help!, puis celui de Nowhere Man et d’In My Life. Les couleurs folk et country de I Don’t Want To Spoil The Party et de Baby’s In Black annoncent I’ve Just Seen A Face, Act Naturally et What Goes On. La recherche d’arrangements en studio, inaugurée avec Eight Days A Week, devient la règle. Sur ce basculement, on pourra lire notre analyse du virage artistique de Rubber Soul, et notre comparaison entre Rubber Soul et Revolver.
L’influence sur la folk rock américaine
Les guitares douze cordes et les harmonies vocales de Beatles For Sale, combinées à celles de A Hard Day’s Night, ont directement nourri le son des Byrds, qui allaient électrifier Mr. Tambourine Man de Bob Dylan au printemps 1965. La boucle est bouclée : Dylan influence les Beatles, les Beatles influencent les Byrds, les Byrds électrifient Dylan, et Dylan lui-même passe à l’électricité à Newport en juillet 1965. Beatles For Sale se trouve au point de départ de ce cercle.
La faveur des admirateurs
Il suffit de lire les forums consacrés aux Beatles pour constater que l’album a ses fervents défenseurs. Beaucoup le classent au-dessus de Please Please Me et de With The Beatles, voire de Help!, pour la richesse de ses compositions originales et la qualité de ses meilleures reprises. Le triptyque d’ouverture, No Reply, I’m A Loser et Baby’s In Black, est régulièrement cité comme l’une des plus belles ouvertures d’album de toute la discographie du groupe.
Les rééditions et les archives
Anthology 1, la face cachée des séances
En novembre 1995, Anthology 1 a ouvert les archives de la période. On y trouve plusieurs documents liés à Beatles For Sale : la maquette de No Reply de juin 1964, des prises de travail de Mr Moonlight, la cinquième prise de Leave My Kitten Alone, une prise alternative de No Reply, deux documents sur Eight Days A Week qui montrent les introductions abandonnées, et une version de Kansas City. Pour qui veut comprendre comment l’album s’est construit, c’est une écoute indispensable.
Les éditions CD et vinyle
La première édition CD paraît le 26 février 1987, en mono, comme les trois premiers albums. Il faudra attendre le 9 septembre 2009 pour une édition remastérisée en stéréo, accompagnée du coffret The Beatles In Mono. En 2014, les albums mono sont réédités en vinyle, avec des pochettes reproduisant fidèlement les originaux, y compris le gatefold de Beatles For Sale.
À ce jour, l’album n’a pas fait l’objet, à notre connaissance, d’un nouveau mixage stéréo complet par Giles Martin comme ceux qui ont été réalisés pour les albums plus tardifs depuis 2017. Les techniques de démixage développées pour Revolver en 2022 et pour Rubber Soul en 2026 rendraient pourtant possible un traitement comparable de ces enregistrements sur quatre pistes. Les admirateurs de l’album attendent la suite avec impatience.
Beatles For Sale en dates
| Date | Événement |
|---|---|
| Janvier 1964 | Les Beatles découvrent The Freewheelin’ Bob Dylan pendant leur séjour parisien |
| 9 février 1964 | Première apparition à l’Ed Sullivan Show |
| 3 juin 1964 | Maquette de No Reply ; Ringo hospitalisé, remplacé par Jimmy Nicol |
| 10 juillet 1964 | Sortie britannique de A Hard Day’s Night |
| 11 août 1964 | Première séance : Baby’s In Black |
| 14 août 1964 | I’m A Loser, Mr Moonlight, Leave My Kitten Alone |
| 19 août 1964 | Début de la tournée nord-américaine à San Francisco |
| 28 août 1964 | Rencontre avec Bob Dylan à l’hôtel Delmonico de New York |
| Fin août 1964 | Every Little Thing et What You’re Doing écrites à Atlantic City |
| 29-30 septembre 1964 | Every Little Thing, I Don’t Want To Spoil The Party, What You’re Doing, No Reply |
| 6 octobre 1964 | Eight Days A Week, première chanson arrangée en studio |
| 8 octobre 1964 | She’s A Woman |
| 9 octobre 1964 | Début de la tournée britannique d’automne |
| 18 octobre 1964 | Séance marathon et enregistrement de I Feel Fine |
| 26 octobre 1964 | Honey Don’t, dernière séance |
| 27 novembre 1964 | Single I Feel Fine / She’s A Woman |
| 4 décembre 1964 | Sortie de Beatles For Sale au Royaume-Uni |
| 15 décembre 1964 | Beatles ’65 aux États-Unis |
| 19 décembre 1964 | Beatles For Sale numéro un au Royaume-Uni |
| 15 février 1965 | Single Eight Days A Week aux États-Unis |
| Mars 1965 | Eight Days A Week numéro un du Billboard Hot 100 pendant deux semaines |
| 1er mai 1965 | Troisième retour en tête au Royaume-Uni, pour trois semaines |
| 14 juin 1965 | Beatles VI aux États-Unis |
| Novembre 1995 | Anthology 1 : Leave My Kitten Alone publiée pour la première fois |
| 9 septembre 2009 | Réédition remastérisée en stéréo et en mono |
| 4 mai 2013 | Paul McCartney joue Eight Days A Week sur scène pour la première fois |
Questions fréquentes sur Beatles For Sale
Quand Beatles For Sale est-il sorti ?
Le 4 décembre 1964 au Royaume-Uni, chez Parlophone. C’est le quatrième album des Beatles et leur deuxième de l’année 1964, après A Hard Day’s Night.
Combien de chansons originales contient l’album ?
Huit compositions signées Lennon-McCartney et six reprises, soit quatorze titres. George Harrison n’y signe aucune chanson.
Pourquoi l’album s’appelle-t-il Beatles For Sale ?
Le titre, qui signifie Beatles à vendre, joue sur le double sens : c’est un disque mis en vente pour Noël, et ce sont aussi quatre musiciens devenus un produit commercial exploité sans relâche. La pochette, montrant quatre visages fatigués, renforce cette lecture ironique.
Où a été prise la photo de la pochette ?
À Londres, à l’automne 1964, près de l’Albert Memorial, dans Kensington Gardens, le parc qui prolonge Hyde Park. Le photographe est Robert Freeman.
Eight Days A Week a-t-elle été un single ?
Pas au Royaume-Uni, où le groupe lui a préféré I Feel Fine. Aux États-Unis, Capitol l’a publiée en single le 15 février 1965, et elle a été numéro un du Billboard Hot 100 pendant deux semaines en mars 1965.
Combien de semaines Beatles For Sale a-t-il été numéro un ?
Onze semaines au total au Royaume-Uni, en trois passages : sept semaines à partir du 19 décembre 1964, une semaine fin février 1965 et trois semaines à partir du 1er mai 1965.
Quelle est l’influence de Bob Dylan sur l’album ?
Elle est surtout perceptible dans l’écriture de Lennon. I’m A Loser, que Lennon lui-même rattachait à sa période Dylan, et No Reply inaugurent une écriture à la première personne, plus introspective. Les guitares acoustiques, l’harmonica et les couleurs folk de plusieurs titres viennent aussi de là.
Pourquoi Leave My Kitten Alone n’est-elle pas sur l’album ?
Aucune explication définitive n’a été donnée. Enregistrée le 14 août 1964, elle a été écartée au profit de Mr Moonlight. Elle est restée inédite jusqu’à Anthology 1, en 1995.
Pourquoi l’album est-il si mélancolique ?
Par la conjonction de deux facteurs : l’épuisement du groupe, après une année 1964 sans répit, et l’influence de Bob Dylan, qui pousse Lennon à écrire sur ses propres sentiments. Les trois chansons qui ouvrent l’album parlent toutes de rupture, d’humiliation ou de deuil.
Quelle est la première chanson enregistrée pour l’album ?
Baby’s In Black, le 11 août 1964, à Abbey Road.
Beatles For Sale est-il sorti tel quel aux États-Unis ?
Non. Capitol a réparti ses titres sur deux albums, Beatles ’65 en décembre 1964 et Beatles VI en juin 1965. Le disque n’a été publié sous sa forme britannique aux États-Unis qu’avec les rééditions en CD de 1987.
Écouter et lire pour aller plus loin
Pour redécouvrir l’album, la meilleure porte d’entrée reste l’édition remastérisée de Beatles For Sale, à compléter par l’écoute des prises de travail d’Anthology 1. Pour entendre les reprises dans leur élément naturel, la scène, le disque Live At The Hollywood Bowl restitue l’ambiance des concerts de 1964 et 1965, avec notamment Baby’s In Black, Everybody’s Trying To Be My Baby et Rock And Roll Music.
Côté lectures, le livre The Beatles Anthology rassemble les souvenirs des quatre musiciens sur cette période. La biographie autorisée de Paul McCartney par Barry Miles, Many Years From Now, revient sur la genèse de plusieurs chansons. Et The Lyrics, de McCartney lui-même, éclaire l’artisan derrière les titres de l’album.
Sur yellow-sub.net, vous pouvez prolonger la lecture avec nos fiches consacrées à chaque chanson de l’album, de No Reply à Everybody’s Trying To Be My Baby, ainsi qu’avec nos portraits de John Lennon, Paul McCartney, George Harrison et Ringo Starr.
Sources
Mark Lewisohn, The Complete Beatles Recording Sessions (Hamlyn, 1988) et The Complete Beatles Chronicle. The Beatles, The Beatles Anthology (2000). Ian MacDonald, Revolution In The Head (Pimlico, édition revue de 2005). Mark Hertsgaard, A Day In The Life (1995). Barry Miles, The Beatles Diary, Volume 1 (Omnibus Press, 2001) et Many Years From Now. David Sheff, All We Are Saying (entretien de John Lennon et Yoko Ono, 1980). Disc, 14 novembre 1964. Official Charts Company, historique des albums numéro un au Royaume-Uni et historique de Beatles For Sale. Site officiel thebeatles.com, notice de la vidéo Eight Days A Week. Notes de pochette originales de Derek Taylor (Parlophone, 1964).












