Les sept Top 10 consécutifs de Ringo Starr (1971-1975) : enquête sur un exploit que Wings avait égalé avant lui
Au printemps 1970, quand les Beatles se séparent, personne ne parie sur Ringo Starr. John Lennon et Paul McCartney ont signé l’essentiel du répertoire, George Harrison vient de prouver avec “Something” et “Here Comes the Sun” qu’il est un auteur de premier rang, et le batteur, lui, n’a que deux chansons à son nom. Il vient de publier un album de standards de l’avant-guerre et s’apprête à en enregistrer un autre à Nashville. Pourtant, entre avril 1971 et avril 1975, c’est lui qui aligne aux États-Unis une série que l’on cite encore aujourd’hui comme un exploit : sept singles consécutifs dans le Top 10 du Billboard Hot 100, dont deux numéros un.
Ringo aurait été le premier ancien Beatle à réussir pareil enchaînement, et qu’il aurait fixé une norme qu’aucun des trois autres n’avait encore atteinte. La première affirmation dépend entièrement de la façon dont on compte les disques de Wings ; la seconde ne résiste pas au calendrier du Billboard de janvier 1975. Nous avons repris la série single par single, avec les dates de sortie, les dates de sommet et les sessions, pour comprendre comment elle s’est construite, ce qu’elle doit à George Harrison, à Richard Perry et à John Lennon, et pourquoi elle s’est brusquement arrêtée au printemps 1975.
Sommaire
Sept singles, quatre ans : le palmarès tel que le Billboard l’a enregistré
La liste exacte, avec les dates qui comptent
Une série de classements se lit d’abord comme une suite de dates. Le tableau ci-dessous reprend, pour chacun des sept disques, la date de sortie américaine, la meilleure place atteinte au Billboard Hot 100 et, lorsque les archives du magazine permettent de la fixer, la semaine du sommet. Les sorties britanniques, souvent décalées de quelques semaines, sont mentionnées plus loin dans l’article, car elles racontent une autre histoire : au Royaume-Uni, Ringo n’a jamais aligné de série comparable.
| Single | Sortie US | Pic Hot 100 | Album d’origine |
|---|---|---|---|
| “It Don’t Come Easy” | avril 1971 | 4 | aucun (single isolé) |
| “Back Off Boogaloo” | mars 1972 | 9 | aucun (single isolé) |
| “Photograph” | 24 septembre 1973 | 1 (semaine du 24 novembre 1973) | Ringo |
| “You’re Sixteen” | 3 décembre 1973 | 1 (fin janvier 1974) | Ringo |
| “Oh My My” | 18 février 1974 | 5 | Ringo |
| “Only You (And You Alone)” | 11 novembre 1974 | 6 (semaine du 11 janvier 1975) | Goodnight Vienna |
| “No No Song” / “Snookeroo” | 27 janvier 1975 | 3 (semaine du 5 avril 1975) | Goodnight Vienna |
Le premier enseignement de ce tableau est que la série n’est pas continue dans le temps. Entre “Back Off Boogaloo”, au printemps 1972, et “Photograph”, à l’automne 1973, Ringo ne publie pas un seul single aux États-Unis pendant dix-huit mois. Il tourne des films, réalise un documentaire sur T. Rex, joue sur les disques des autres. La série tient donc à une forme de rareté autant qu’à une forme de réussite : quand Ringo sort un disque, c’est un disque soigneusement préparé, et il n’en sort pas beaucoup. Sept singles en quatre ans, c’est peu pour un artiste de l’époque. Pour comparaison, Paul McCartney et Wings publient une dizaine de singles américains pendant la même période.
Le deuxième enseignement est que la série se divise en trois blocs très nets : deux singles indépendants produits par George Harrison, trois extraits de l’album Ringo de 1973, deux extraits de Goodnight Vienna en 1974-1975. Chacun de ces blocs repose sur un partenaire différent. Harrison pour le premier, le producteur Richard Perry pour les deux autres, avec, en arrière-plan de Goodnight Vienna, la présence très active de John Lennon. Ringo n’a jamais caché qu’il réussissait d’abord en s’entourant. La série en est la démonstration chiffrée.
Trois autres classements qui confirment la tendance
Le Billboard n’était pas le seul baromètre du marché américain. Son concurrent, Cash Box, publiait son propre classement des ventes, et il place “It Don’t Come Easy” à la première place en 1971, là où le Billboard le bloque au quatrième rang. Au Canada, le classement RPM met “It Don’t Come Easy” au sommet, puis “Photograph”, puis “No No Song”, numéro un pendant deux semaines à partir du 5 avril 1975, le jour même où il atteint son sommet américain. Et sur le classement Easy Listening du Billboard, l’ancêtre de l’Adult Contemporary, “Only You” prend la première place en janvier 1975. Dans tous ces palmarès, la même image se dessine : Ringo est alors un artiste de radio, qui plaît aussi bien aux stations pop qu’aux programmations plus calmes destinées aux adultes.
Cette double audience explique en partie la longévité de la série. Les grands succès de McCartney ou de Lennon étaient fréquemment jugés trop rock, trop personnels ou trop étranges pour les stations de variété. Ceux de Ringo, chansons nostalgiques, reprises des années 1950, refrains à reprendre en chœur, passaient partout. Le batteur le moins pris au sérieux par la critique était, de fait, le plus compatible avec l’économie de la radio américaine du début des années 1970.
Le Royaume-Uni, l’autre versant de la carte
Au même moment, la carrière britannique de Ringo suit une courbe bien plus heurtée. “It Don’t Come Easy” atteint la quatrième place, comme aux États-Unis. “Back Off Boogaloo” fait mieux encore : deuxième, son meilleur classement britannique à ce jour. “Photograph” se classe huitième, “You’re Sixteen” quatrième. Mais “Oh My My” n’est même pas publié en single au Royaume-Uni en 1974, “Only You” plafonne à la vingt-huitième place, et “Snookeroo”, choisi comme face A britannique à la place de “No No Song”, ne se classe pas du tout. Autrement dit, la série de Ringo est un phénomène strictement américain, appuyé sur un marché qui, pour des raisons commerciales autant qu’affectives, a toujours davantage aimé le batteur que son propre pays.
Il y a là une donnée sociologique souvent oubliée. Depuis l’arrivée des Beatles à New York en février 1964, Ringo était aux États-Unis le Beatle le plus populaire auprès d’une partie du public, celui des badges “I Love Ringo” et des concours de fan-clubs. Ce capital de sympathie ne s’est pas évaporé avec le groupe. Il a fourni à ses premiers singles une base d’acheteurs fidèles que ni sa voix ni ses talents d’auteur ne suffisaient à expliquer. Notre article Ringo Starr, le Beatle sous-estimé revient sur la manière dont cette affection s’est construite, et sur les malentendus qu’elle a aussi entretenus.
1970 : un Beatle sans chansons et deux albums à contre-courant
Sentimental Journey, un disque pour Elsie
Le premier album solo de Ringo Starr n’est pas né de la séparation, mais de son approche. Les séances de Sentimental Journey commencent le 27 octobre 1969, quelques semaines après que John Lennon a annoncé en privé à ses partenaires qu’il quittait le groupe. Ringo a besoin de s’occuper, et il choisit le terrain le plus éloigné possible de la pop de 1969 : les standards que chantaient sa mère, Elsie, et son beau-père, Harry Graves, dans les fêtes de famille de Dingle. Il veut faire plaisir à sa mère, dira-t-il, et la démarche a quelque chose de désarmant dans un paysage musical qui célèbre alors la rupture avec le passé.
Le disque est produit par George Martin, qui conçoit pour l’occasion une formule originale : chaque chanson est confiée à un arrangeur différent. Quincy Jones dirige à Los Angeles un orchestre de vingt-sept musiciens pour “Love Is a Many Splendoured Thing”, Maurice Gibb des Bee Gees arrange “Bye Bye Blackbird”, Elmer Bernstein se charge de “Have I Told You Lately That I Love You?”, Paul McCartney de “Stardust”, et l’on croise aussi Oliver Nelson, Chico O’Farrill, Les Reed, Ron Goodwin, Johnny Dankworth et Klaus Voormann. L’album sort au Royaume-Uni le 27 mars 1970, deux semaines avant l’annonce publique du départ de McCartney, et aux États-Unis le 24 avril. Il se classe septième en Grande-Bretagne et vingt-deuxième en Amérique, un résultat honorable que la presse attribue largement à la curiosité.
Le premier fil de la série : un arrangement de Richard Perry
Un détail de ce disque prend, avec le recul, une importance considérable. La chanson-titre, “Sentimental Journey”, n’a pas été arrangée à Londres mais en Amérique, à la fin de 1969, par un jeune producteur new-yorkais que Ringo ne connaît pas encore personnellement : Richard Perry. Ringo avait admiré son travail sur le premier album de Tiny Tim, God Bless Tiny Tim, un disque de chansons anciennes revisitées avec beaucoup de fantaisie, et il lui a confié le morceau d’ouverture. Perry enregistre la piste instrumentale aux États-Unis, avec un instrumentarium inhabituel où l’on entend accordéon, clarinette, autoharpe et chœurs, et l’expédie à Londres.
Les deux hommes ne se rencontreront qu’environ deux ans plus tard, lorsque Perry viendra enregistrer le groupe Fanny chez Apple. Mais le fil est tendu. Quand Ringo cherchera, en 1973, un producteur capable de transformer sa personnalité en disques à succès, il se tournera vers l’arrangeur de sa toute première chanson solo. L’histoire des sept Top 10 commence donc, sans que personne ne le sache, sur un disque de standards que la critique de 1970 jugeait anachronique. Notre page consacrée au film promotionnel de Sentimental Journey raconte comment Neil Aspinall a mis en images ce premier pas. L’album se trouve aujourd’hui en CD et en vinyle.
Beaucoups of Blues : trois nuits à Nashville
Le second album de 1970 naît d’un trajet en voiture. Ringo va chercher à l’aéroport le joueur de pedal steel Pete Drake, invité par George Harrison pour les séances d’All Things Must Pass. Drake remarque le nombre de disques de country qui traînent dans le véhicule. Il propose à Ringo d’enregistrer un album entier avec les musiciens de Nashville, en affirmant qu’on peut le boucler en une semaine. Ringo trouve l’idée impossible, puis s’envole pour le Tennessee le 22 juin 1970.
Les séances ont lieu les 25, 26 et 27 juin au studio Music City Recorders, à raison de deux sessions par soir, de 18 heures à 21 heures et de 22 heures à 1 heure du matin. Ringo apprend les chansons dans la journée et les enregistre la nuit. L’ingénieur du son n’est autre que Scotty Moore, l’ancien guitariste d’Elvis Presley, et l’on retrouve autour de Ringo Charlie Daniels, Jerry Reed, Ben Keith, D. J. Fontana et les Jordanaires. Le résultat, Beaucoups of Blues, sort le 25 septembre 1970 au Royaume-Uni et le 28 aux États-Unis. Il est souvent jugé plus réussi que Sentimental Journey par les amateurs de country, mais il ne se classe pas en Grande-Bretagne et ne dépasse pas la soixante-cinquième place du classement américain des albums, avec une trente-cinquième place au classement country.
Correctif factuel : “It Don’t Come Easy” n’est pas le premier single solo de Ringo aux États-Unis
On présente souvent “It Don’t Come Easy” comme le premier 45 tours de Ringo en solo. Ce n’est vrai qu’au Royaume-Uni. Aux États-Unis, Apple avait publié le 5 octobre 1970 la chanson-titre “Beaucoups of Blues”, couplée avec un inédit des séances de Nashville, “Coochy Coochy”. Le disque n’a atteint que la quatre-vingt-septième place du Hot 100. C’est précisément parce qu’il ouvre le compteur sur un échec que la série des sept Top 10 démarre au disque suivant : la discographie américaine de Ringo compte en réalité huit singles entre octobre 1970 et avril 1975, dont sept dans le Top 10.
Ce que ces deux disques ont réellement prouvé
Le texte anglais qui a relancé le sujet affirme que ces deux albums ne laissaient guère présager une série de tubes. C’est exact sur le plan commercial, mais incomplet sur le plan artistique. Sentimental Journey et Beaucoups of Blues ont établi deux choses que les singles suivants exploiteront à fond. La première est que la voix de Ringo, limitée en tessiture et en puissance, fonctionne parfaitement sur des chansons simples, mélodiques, qui demandent du charme plutôt que de la virtuosité. La seconde est que Ringo est un interprète, au sens où l’entendait l’industrie américaine d’avant les Beatles : un chanteur à qui l’on apporte des chansons, et qui en fait les siennes.
Cette posture, au moment où le rock exalte l’auteur-compositeur, passe pour une faiblesse. Elle va devenir sa force. Sur les sept singles de la série, Ringo n’en signe seul aucun. “It Don’t Come Easy” et “Back Off Boogaloo” sont officiellement à son nom mais ont été achevés avec Harrison, “Photograph” est cosigné avec lui, “Oh My My” avec Vini Poncia, et les trois autres sont des reprises ou des chansons écrites par d’autres. La série est celle d’un artiste qui a compris très tôt que sa valeur ne se mesurait pas au nombre de chansons qu’il écrivait, mais au nombre de bonnes chansons que l’on avait envie de lui confier.
Le batteur qui joue pour tous les autres
Pendant cette même année 1970, Ringo ne reste pas inactif entre deux albums personnels. Il est le batteur de John Lennon/Plastic Ono Band, enregistré à l’automne aux studios EMI dans une formation réduite à trois avec Klaus Voormann, une expérience que nous avons racontée dans Ringo Starr et le Plastic Ono Band. Il joue aussi sur All Things Must Pass de George Harrison. C’est pendant les séances de ce dernier album que naît le partenariat qui va lancer la série : celui de deux anciens Beatles qui se découvrent, une fois libérés de la hiérarchie du groupe, une complicité d’auteurs. Paul McCartney, lui, s’éloigne des trois autres et engagera, le 31 décembre 1970, la procédure judiciaire destinée à dissoudre l’association des Beatles. La géographie des amitiés de 1970 décidera beaucoup de choses dans la suite de l’histoire.
It Don’t Come Easy et Back Off Boogaloo : les deux singles de George Harrison
Une chanson enregistrée trois fois
Peu de titres de la carrière de Ringo portent aussi bien leur nom. “It Don’t Come Easy” commence sa vie le soir du 18 février 1970 au Studio Two d’Abbey Road, pendant les séances de Sentimental Journey, sous le titre provisoire “You Gotta Pay Your Dues”. Le producteur est George Martin. George Harrison est dans la pièce, à la guitare acoustique, et dirige les musiciens : Ringo à la batterie, Klaus Voormann à la basse et Stephen Stills, de passage à Londres, au piano. Il faut vingt prises pour obtenir une piste rythmique satisfaisante. Le lendemain, Ringo ajoute des voix, n’est pas convaincu, et recommence : dix prises de plus, la trentième étant jugée la meilleure.
Elle ne servira pas davantage. Le 8 mars 1970, deux jours après la fin des séances de Sentimental Journey, une troisième version est entreprise aux studios Trident, dans le quartier de Soho, cette fois avec Harrison comme producteur. La formation est proche de la première, enrichie de Mal Evans au tambourin et de Ron Cattermole au saxophone et à la trompette. Des ajouts sont réalisés le 11 mars, puis la bande est mise de côté jusqu’en octobre 1970. Ringo enregistre alors sa voix définitive, Pete Ham et Tom Evans, de Badfinger, ajoutent les chœurs de l’introduction, Gary Wright pose une nouvelle partie de piano et une section de cuivres vient compléter l’ensemble. Un mixage préliminaire, où l’on entend Harrison chanter la mélodie pour guider Ringo, circule depuis longtemps chez les collectionneurs de disques pirates.
Un auteur officiel, un coauteur officieux
Sur l’étiquette Apple R 5898, un seul nom figure comme auteur : Richard Starkey. La réalité est plus partagée, et Ringo l’a reconnu lui-même. Lors de son émission VH1 Storytellers de mai 1998, il a présenté la chanson comme écrite avec George Harrison. Plusieurs biographes attribuent même à Harrison l’essentiel du travail : Ringo aurait apporté les premières lignes et le refrain, Harrison le reste. Ringo, dès 1971, en plaisantait dans la presse : il expliquait qu’il écrivait ses chansons sur trois accords, qu’il les apportait à George, que celui-ci en ajoutait cinq, et que tout le monde s’extasiait ensuite sur la sophistication de l’auteur. La boutade dit l’essentiel du fonctionnement de leur duo.
Pourquoi Harrison a-t-il renoncé à être crédité ? Aucun témoignage ne le dit explicitement. Le plus probable est qu’il considérait la chanson comme un cadeau, à l’image de la générosité dont il fait preuve à l’époque envers les musiciens d’Apple. Il faut aussi se souvenir que la question des crédits n’avait pas la même valeur pour lui que pour Lennon et McCartney : en 1970, il est en train de publier un triple album entièrement composé de ses propres chansons, et ne cherche pas à prouver quoi que ce soit en signant une chanson de plus. Notre dossier Ringo Starr et George Harrison retrace l’ensemble de ce compagnonnage.
Avril 1971 : le premier grand succès d’un ex-Beatle en solo depuis la rupture officielle ?
Le single paraît au Royaume-Uni le 9 avril 1971, avec en face B “Early 1970”, une chanson de Ringo qui passe en revue, avec affection et lucidité, l’état de ses relations avec chacun des trois autres. Il atteint la quatrième place au Royaume-Uni comme au Billboard américain, la première au Canada et au Cash Box. On a souvent écrit qu’il avait brièvement fait de Ringo l’ancien Beatle le plus vendu : sur les mois qui suivent, il dépasse en effet les ventes de “Power to the People” de Lennon, d’“Another Day” de McCartney et, plus tard dans l’année, de “Bangla Desh” de Harrison. L’effet de surprise est considérable. Le Beatle que l’on croyait condamné aux reprises de standards signe la chanson la plus entraînante de cette première saison post-Beatles.
Ringo la chantera quelques mois plus tard devant 20 000 personnes, au Concert for Bangladesh organisé par Harrison au Madison Square Garden le 1er août 1971, entouré de Harrison, Voormann, Jim Keltner et Badfinger. La version live ouvre la troisième face de l’album du concert. La chanson ne paraîtra sur un album studio de Ringo qu’en 1975, avec la compilation Blast from Your Past, puis en bonus de la réédition CD de l’album Ringo. Depuis la création de son All-Starr Band en 1989, elle figure en tête de la plupart de ses programmes de concert. La fiche du 45 tours britannique est détaillée sur notre page It Don’t Come Easy / Early 1970, Apple R 5898.
Correctif factuel : George Harrison n’est pas le seul producteur de l’histoire de “It Don’t Come Easy”
Le texte qui a relancé le sujet présente la chanson comme “produite par George Harrison”. C’est exact pour la version publiée, issue des séances de Trident en mars et octobre 1970. Mais la chanson a été entreprise le 18 février 1970 à Abbey Road sous la direction de George Martin, avec trente prises réparties sur deux jours, avant d’être abandonnée. La présence de Martin au départ du projet n’est pas un détail : elle montre que le premier tube de Ringo est né à la jonction exacte de deux époques, la méthode Beatles d’Abbey Road et l’esthétique plus ample, plus américaine, que Harrison allait imposer à Trident avec Phil Spector pour All Things Must Pass.
La version de “It Don’t Come Easy” captée au Madison Square Garden le 1er août 1971, lors du Concert for Bangladesh, telle qu’elle figure sur l’album du concert :
Back Off Boogaloo : Marc Bolan dans le titre, Harrison dans les accords
Le deuxième single de la série a une genèse tout aussi partagée. En 1971, Ringo s’est lié d’amitié avec Marc Bolan, le chanteur de T. Rex, dont il va réaliser le documentaire Born to Boogie. Bolan, raconte-t-il, parlait avec une énergie débordante et ponctuait ses phrases du mot “boogaloo”. Un soir, après un dîner, l’expression lui reste en tête ; la mélodie et le rythme lui viennent pendant la nuit, dans ce demi-sommeil qu’il appelle l’heure du crépuscule.
Comme pour “It Don’t Come Easy”, c’est Harrison qui aide à finir la chanson en ajoutant des accords, et qui la produit. L’enregistrement a lieu en février 1972 au studio d’Apple, au sous-sol du 3 Savile Row. Ringo tient la batterie et les percussions, Harrison joue des guitares, dont une partie de slide très présente, Gary Wright le piano, Klaus Voormann la basse et le saxophone, tandis que les chanteuses Madeline Bell, Lesley Duncan et Jean Gilbert ajoutent les chœurs. Le rythme martelé, presque tribal, rapproche le disque du glam rock que Bolan est en train d’inventer : c’est ce qu’un ancien Beatle a enregistré de plus proche de ce courant.
Ringo avait d’abord proposé la chanson à Cilla Black, son amie de Liverpool, qui a décliné en espérant obtenir plutôt une autre composition Starr-Harrison, “Photograph”. Nous y reviendrons. Le single sort le 17 mars 1972, avec en face B “Blindman”, chanson écrite pour le western italien du même nom dans lequel Ringo tient un rôle. Il atteint la deuxième place au Royaume-Uni, le meilleur classement britannique de sa carrière solo, et la neuvième au Billboard américain. Harrison ne sera officiellement crédité comme coauteur qu’en 2017, lorsque Ringo réenregistrera la chanson pour l’album Give More Love. Voir la fiche Back Off Boogaloo / Blindman, Apple R 5944.
Le mystère du “boogaloo” : McCartney visé ?
Depuis 1972, une partie des exégètes a voulu lire dans les paroles une pique adressée à Paul McCartney, que certains de ses proches auraient surnommé “Boogaloo”. Le pont, où le narrateur somme son destinataire de se ressaisir et de lui servir enfin quelque chose de savoureux, a semblé coller avec les reproches que Lennon adressait alors publiquement à Ram. Ringo a toujours rejeté cette interprétation et maintenu que la chanson était seulement inspirée par Bolan. Aucune source contemporaine n’établit l’existence de ce surnom de McCartney : l’hypothèse relève de la lecture rétrospective, nourrie par le climat de 1971-1972, pas d’un fait documenté. La prudence s’impose d’autant plus que Ringo, contrairement à Lennon, n’a jamais réglé ses comptes en chanson.
Ce que les deux premiers singles ont établi
Au printemps 1972, Ringo a donc deux Top 10 américains à son actif, sans album pour les accueillir. C’est une situation singulière dans l’industrie du disque de l’époque, où le single sert d’ordinaire à vendre l’album. Les deux 45 tours partagent une même méthode : une chanson courte, une accroche immédiate, un producteur ami qui maîtrise le son, des musiciens fidèles et une voix placée très en avant. Ils partagent aussi une même ambiguïté, celle de chansons créditées à Ringo seul mais largement façonnées par Harrison. Il n’est pas exagéré de dire que, sans Harrison, la série n’aurait jamais commencé.
Ringo, pourtant, ne capitalise pas sur ce succès. Il refuse de préparer un album dans la foulée et préfère se consacrer au cinéma : Blindman, Son of Dracula avec Harry Nilsson, That’ll Be the Day au côté de David Essex, et la réalisation de Born to Boogie. Dix-huit mois s’écoulent sans nouveau disque. Cette pause, que l’on pourrait prendre pour une erreur stratégique, va au contraire permettre au troisième disque de la série de bénéficier d’une préparation et d’une distribution que ses prédécesseurs n’avaient pas eues.
1973 : Richard Perry, Los Angeles et l’album des quatre Beatles
Le déclic de Nashville, 3 mars 1973
Le projet qui va relancer la série naît loin de Londres, lors d’une cérémonie qui n’a eu lieu qu’une seule fois à cet endroit. La quinzième cérémonie des Grammy Awards se tient le 3 mars 1973 à Nashville, la seule fois de son histoire où la remise des prix s’est tenue dans la capitale de la country. Ringo y accompagne son ami Harry Nilsson, nommé pour Nilsson Schmilsson, l’album qui a fait de lui une star un an plus tôt avec “Without You”. Le producteur de ce disque est présent : c’est Richard Perry, l’arrangeur de “Sentimental Journey”.
Ringo lui propose de produire un album. Il pense l’enregistrer sur place, à Nashville. Perry suggère Los Angeles, où il a ses habitudes, ses musiciens et ses studios. Ringo accepte. Deux jours plus tard, le 5 mars 1973, la première séance a lieu au studio Sunset Sound Recorders d’Hollywood. Ringo a raconté cette rencontre de Nashville en 2026 encore, dans un long entretien télévisé dont nous avons rendu compte dans Ringo Starr se raconte à la bibliothèque LBJ : rien n’était prévu, et tout s’est fait à la faveur d’une conversation.
Richard Perry, l’homme qui savait faire des disques
Le choix de Perry est le plus important de toute la série. Né à New York le 18 juin 1942, il s’est fait une spécialité de transformer des personnalités singulières en vedettes du Hot 100. Il a produit Stoney End de Barbra Streisand, Nilsson Schmilsson et sa suite Son of Schmilsson, et, quelques mois plus tôt, le “You’re So Vain” de Carly Simon, numéro un au début de 1973. Sa méthode est connue : choix des chansons très sélectif, musiciens de studio de premier ordre, arrangements denses mais lisibles, et un soin obsessionnel de la voix principale, qu’il met toujours au centre.
Pour Ringo, la méthode est idéale. Perry ne cherche pas à faire de lui un auteur ni un chanteur à performances. Il cherche des chansons qui ressemblent à sa personnalité publique, chaleureuse, drôle, un peu nostalgique, et il les habille comme des tubes. Le producteur dira plus tard qu’aucun titre de l’album ne résumait mieux l’esprit de Ringo que “You’re Sixteen”, et que tout le travail consistait à trouver ce genre d’adéquation. Perry est mort à Los Angeles le 24 décembre 2024, à quatre-vingt-deux ans. Les nécrologies de la presse américaine ont presque toutes cité Ringo parmi ses grandes réussites.
Cinq jours, cinq titres, trois singles
Le rythme des premières séances est remarquable. Le 5 mars, la piste rythmique de “You’re Sixteen” et celle de “Have You Seen My Baby” de Randy Newman sont enregistrées. Le 9 mars, c’est au tour de “Photograph”. Entre le 6 et le 14 mars, “Oh My My” prend forme. Perry résumera l’affaire en une phrase : en cinq jours, sans qu’aucun avocat ne soit au courant, ils avaient enregistré cinq titres, dont les trois singles de l’album. L’allusion aux avocats n’est pas gratuite : en 1973, les quatre Beatles sont toujours liés par les procédures judiciaires de la dissolution, et chaque collaboration entre eux doit en principe être négociée.
La formation réunit la fine fleur des studios de Los Angeles et des proches de la famille Beatles : Klaus Voormann à la basse sur la plupart des titres, Jim Keltner à la seconde batterie, Nicky Hopkins et Billy Preston aux claviers, Vini Poncia et Jimmy Calvert aux guitares acoustiques, Tom Scott au saxophone, avec des apparitions de Marc Bolan, de Robbie Robertson et des autres membres de The Band, de Martha Reeves, de Merry Clayton ou de Harry Nilsson. L’ingénieur du son est Bill Schnee. Les séances principales se poursuivent jusqu’au 30 avril, les ajouts jusqu’à la fin de juillet, et l’album est mixé à Sunset Sound et aux studios Sound Labs pendant l’été.
13 mars 1973 : trois Beatles dans la même pièce
Le moment que l’histoire a retenu se produit le 13 mars. John Lennon est à Los Angeles. Il a écrit à la fin de 1970 une chanson intitulée “I’m the Greatest”, inspirée de la formule de Mohamed Ali, qu’il trouvait impossible à chanter lui-même : de sa bouche, disait-il, elle aurait paru odieuse, alors que dans celle de Ringo elle devenait drôle. Il la remanie pour lui et vient jouer du piano et chanter les harmonies. Harrison, apprenant que Lennon est en studio, appelle Perry pour demander s’il peut passer. Il arrive avec sa guitare. Voormann est à la basse, Billy Preston à l’orgue.
C’est la seule séance des années 1970 qui réunit trois anciens Beatles dans le même studio. Perry a décrit l’atmosphère de la journée comme une sorte d’illumination générale : tout le monde, dans la pièce, rayonnait. Le morceau est achevé le lendemain. Lennon y glisse une allusion au personnage de Billy Shears, et Perry ajoute des bruits de foule dans l’esprit de Sgt. Pepper. Le Melody Maker annoncera quelques jours plus tard une réunion des Beatles, une rumeur que la présence de Lennon, Harrison et Starr sur une même bande suffisait à alimenter. Sur l’histoire de cette chanson, voir aussi notre enquête Les chansons que Lennon et McCartney ont écrites pour d’autres.
Paul à Londres : Six O’Clock et le faux kazoo
Restait McCartney. Ringo racontera qu’ils se sont dit qu’il fallait aller à Londres et demander une chanson à Paul. Celui-ci apporte “Six O’Clock”, une ballade cosignée avec Linda, qu’il enregistre avec Ringo au printemps 1973. Il y joue du piano et du synthétiseur, écrit les arrangements de flûte et de cordes et chante les chœurs avec Linda. Le même jour, ou dans la même série de séances, il ajoute sur “You’re Sixteen” un solo très reconnaissable que tout le monde prend pour un kazoo. La pochette le crédite au kazoo, mais Richard Perry a raconté qu’il n’en était rien : ce solo qui “sonne comme un kazoo” est Paul qui chante, très spontanément, en imitant l’instrument pendant l’écoute de la bande.
Les sources divergent sur la date exacte. Le site The Beatles Bible situe l’ajout final de “You’re Sixteen” le 29 mars 1973 aux studios d’Apple à Londres ; le Paul McCartney Project mentionne une séance d’ajouts le 2 avril 1973 au même endroit. Les deux dates sont compatibles avec un travail étalé sur quelques jours, et toutes les sources s’accordent sur l’essentiel : la contribution de McCartney a été enregistrée séparément, à Londres, sans que Lennon soit présent. La relation entre les deux hommes est alors encore trop tendue pour qu’un rapprochement en studio soit envisageable. Notre dossier Ringo Starr et Paul McCartney retrace ces retrouvailles par étapes.
Correctif factuel : l’album Ringo n’a jamais réuni les quatre Beatles
On lit encore souvent que Ringo “a réuni les quatre Beatles”. Le texte anglais qui a relancé le sujet est plus nuancé, et il a raison de l’être. Les quatre anciens membres figurent bien sur l’album, ce qui en fait le seul disque solo des années 1970 à les rassembler tous. Mais jamais les quatre ne se sont trouvés ensemble dans un studio. Trois d’entre eux, Lennon, Harrison et Starr, ont joué ensemble le 13 mars 1973 sur “I’m the Greatest”. McCartney a enregistré ses parties à Londres, de son côté. Les quatre noms ne sont réunis que sur la pochette et dans les crédits, ce qui explique à la fois la puissance symbolique du disque et la frustration de ceux qui y cherchaient une reformation.
La pochette de Tim Bruckner et le livret de Klaus Voormann
L’objet lui-même participe au succès. La pochette, peinte par l’artiste Tim Bruckner, montre Ringo en maître de cérémonie sur une scène bondée, entouré d’une foule de personnages où l’on reconnaît de nombreux participants au disque. L’idée renvoie évidemment à la pochette de Sgt. Pepper, comme les bruits de foule de “I’m the Greatest”. L’album est accompagné d’un livret de vingt-quatre pages illustré par Klaus Voormann, l’auteur de la pochette de Revolver, qui dessine une illustration pour chaque chanson. Selon un rapport du Billboard de la fin septembre 1973, la sortie du disque a même été retardée pour permettre l’achèvement de la pochette. L’investissement graphique dit assez l’importance que Capitol, distributeur d’Apple aux États-Unis, accorde au projet.
Novembre 1973 : deuxième place aux États-Unis
Ringo sort le 2 novembre 1973 aux États-Unis et le 23 novembre au Royaume-Uni. Il atteint la deuxième place du classement des albums du Billboard, la septième place au Royaume-Uni et la première au Canada. Il est certifié disque d’or aux États-Unis. À l’échelle de la carrière solo des quatre Beatles, ce résultat est considérable : il place pendant quelques semaines l’album du batteur au même niveau que ceux de Lennon, McCartney et Harrison, dont les disques de 1973, Mind Games, Red Rose Speedway et Living in the Material World, se disputent les sommets.
La critique est partagée. Le critique du New York Times parle d’un disque sensationnel, qui emporte l’adhésion dès la première écoute ; Ben Gerson, dans Rolling Stone, regrette au contraire un album un peu décousu, porté par les invités plus que par son titulaire. Les deux jugements sont compatibles : Ringo est conçu comme une fête, une succession de numéros autour d’un hôte charismatique, et c’est précisément ce format, que Ringo reprendra sur scène à partir de 1989 avec son All-Starr Band, qui fait son charme. On trouve l’album en CD et en vinyle, dans sa réédition remastérisée en 180 grammes publiée par Capitol et Universal.
Photograph, You’re Sixteen, Oh My My : la mécanique d’un album à tubes
Photograph, une chanson écrite sur un yacht à Cannes
“Photograph” est la plus ancienne chanson de l’album. Elle a été écrite le 15 mai 1971, pendant le Festival de Cannes, à bord du Marala, un yacht que Ringo avait loué pour la durée de la manifestation. À bord se trouvent sa femme Maureen, George Harrison et son épouse Pattie Boyd, ainsi que Cilla Black. Harrison trouve l’essentiel de la mélodie, Ringo l’idée et une partie du texte, et les deux hommes la jouent pour la première fois lors d’une soirée sur le bateau, où, selon le souvenir de Cilla Black, tout le monde apporte des idées de paroles. Le thème est d’une simplicité absolue : un homme n’a plus qu’une photographie pour se souvenir d’un amour perdu.
Cilla Black voulait l’enregistrer pour en faire un single à la fin de 1971. Ringo refuse avec une franchise toute liverpuldienne : la chanson est, lui répond-il en substance, bien trop bonne pour qu’il la laisse partir. Il en enregistre une première version avec Harrison pendant les séances de Living in the Material World, puis la reprend entièrement à Los Angeles avec Perry. La piste rythmique est enregistrée le 9 mars 1973 à Sunset Sound, Ringo partageant la batterie avec Jim Keltner, Nicky Hopkins au piano, Vini Poncia et Jimmy Calvert aux guitares acoustiques. Harrison joue la guitare à douze cordes et chante une partie importante des harmonies ; Bobby Keys signe le solo de saxophone. Jack Nitzsche écrit l’arrangement d’orchestre et de chœurs qui donne au morceau son ampleur, entre Phil Spector et la ballade orchestrale des années 1960.
Le premier numéro un de Ringo, le troisième ex-Beatle à l’atteindre
“Photograph” sort en single aux États-Unis le 24 septembre 1973, avec en face B “Down and Out”, un rock signé Ringo et enregistré en Angleterre avec Harrison, Gary Wright et Voormann. Le disque britannique, Apple R 5992, suit le 19 octobre. La chanson atteint la première place du Billboard Hot 100 la semaine du 24 novembre 1973, pour une semaine, et se classe également première en Australie et au Canada, huitième au Royaume-Uni. Elle est certifiée disque d’or aux États-Unis le 28 décembre 1973.
Ringo devient ainsi le troisième ancien Beatle à atteindre la première place américaine en solo, après Harrison avec “My Sweet Lord” et “Give Me Love (Give Me Peace on Earth)”, et McCartney avec “Uncle Albert/Admiral Halsey” et “My Love”. Lennon, ironiquement, ne l’atteindra qu’un an plus tard, en novembre 1974, avec “Whatever Gets You Thru the Night”. La chanson est aussi la seule de toute sa carrière où le nom de Harrison figure officiellement à côté du sien dès la sortie, ce qui la distingue de “It Don’t Come Easy” et de “Back Off Boogaloo”. Voir la fiche Photograph / Down and Out, Apple R 5992 et notre page sur la collaboration Starr-Harrison sur Photograph.
“Photograph”, dans la version publiée en single en septembre 1973 :
Une chanson dont le sens a changé en 2002
“Photograph” a pris une autre dimension le 29 novembre 2002, au Royal Albert Hall de Londres, lors du Concert for George organisé un an après la mort de Harrison. Ringo la chante devant un orchestre où se trouvent Eric Clapton, Jeff Lynne, Billy Preston et Dhani Harrison, après avoir expliqué au public que le sens de la chanson avait désormais changé. Cette interprétation, l’un des sommets émotionnels de la soirée, a fait d’une chanson d’amour perdu un adieu à un ami. Ringo n’a cessé depuis de la jouer en concert et la présente souvent comme l’une de ses deux ou trois chansons préférées de son répertoire solo. Elle a donné son titre à la grande compilation de 2007, Photograph: The Very Best of Ringo Starr, qui reste la meilleure porte d’entrée vers la série des sept Top 10.
You’re Sixteen, une idée de Richard Perry
Le deuxième single de l’album est le pur produit du flair de Perry. “You’re Sixteen” est une chanson des frères Robert et Richard Sherman, les futurs auteurs de Mary Poppins et du Livre de la jungle chez Disney, enregistrée à l’origine par le chanteur de rockabilly Johnny Burnette, qui l’avait portée à la huitième place du Billboard à la fin de 1960 et à la troisième au Royaume-Uni en 1961. C’est Perry qui propose à Ringo de la reprendre. Ringo racontera qu’il a simplement essayé, et que cela a fonctionné, parce qu’il faut savoir rester ouvert.
La piste rythmique est la toute première enregistrée pour l’album, le 5 mars 1973 à Sunset Sound, avec Ringo et Keltner aux batteries, Voormann à la basse, Hopkins au piano et Calvert et Poncia aux guitares. Nilsson ajoute le lendemain des chœurs de doo-wop, puis McCartney son fameux solo à Londres. Le single sort aux États-Unis le 3 décembre 1973, couplé avec “Devil Woman”, une composition Starr-Poncia, et atteint la première place à la fin de janvier 1974 ; il est certifié disque d’or le 31 janvier 1974. Au Royaume-Uni, il paraît le 8 février 1974 et se classe quatrième. C’est le troisième disque de Ringo vendu à plus d’un million d’exemplaires.
La chanson a mal vieilli, et Ringo le sait. Il a confié qu’il ne pouvait plus la chanter sur scène : une déclaration d’amour à une adolescente de seize ans ne passe plus en 2020 comme en 1960. Il raconte même un concert au Texas où, après avoir pointé une spectatrice en chantant le refrain, il a vu une femme se lever avec un regard si menaçant qu’il n’a plus osé tourner la tête de ce côté de toute la soirée. Le clip tourné pour l’émission spéciale de NBC de 1978, avec Carrie Fisher, a fait l’objet d’une enquête détaillée sur notre page You’re Sixteen (1978) : Carrie Fisher, Jeff Margolis et le vrai millésime du clip. Voir aussi la fiche You’re Sixteen / Devil Woman, Apple R 5995.
Oh My My, Vini Poncia et le gospel de Los Angeles
Le troisième single a une origine moins prestigieuse et un charme plus direct. Richard Perry a présenté à Ringo un auteur-compositeur et guitariste new-yorkais, Vini Poncia, avec qui le courant passe immédiatement. Les deux hommes écrivent ensemble autour d’un piano. “Oh My My” est l’une des deux chansons Starr-Poncia de l’album, avec “Devil Woman”. Poncia deviendra le principal partenaire d’écriture de Ringo pendant le reste de la décennie, avant de produire, à la fin des années 1970, des albums de Kiss.
Enregistrée en plusieurs temps entre le 6 et le 14 mars 1973, avec des ajouts en mai, la chanson est une sorte de fête de quartier transformée en gospel-rock. Billy Preston y tient le piano et l’orgue, Tom Scott le saxophone, et deux voix majeures de la soul de l’époque assurent les chœurs : Merry Clayton, la chanteuse dont le cri traverse “Gimme Shelter” des Rolling Stones, et Martha Reeves, l’ancienne meneuse de Martha and the Vandellas. Ringo et Keltner y jouent à nouveau à deux batteries. Le single sort uniquement aux États-Unis, le 18 février 1974, avec “Step Lightly” en face B, et atteint la cinquième place du Billboard, la troisième au Canada. Il ne sera publié au Royaume-Uni qu’en janvier 1976. Ike et Tina Turner en interpréteront une version à l’émission Soul Train en 1974.
Correctif factuel : “Oh My My” n’est pas un single mondial
La série des sept Top 10 est souvent présentée comme une suite de succès internationaux. “Oh My My” montre qu’il n’en est rien. En 1974, Apple ne le publie qu’en Amérique du Nord et dans quelques pays, et la maison de disques britannique ne le juge pas assez fort pour le marché local. Il faudra attendre le 9 janvier 1976 pour une sortie britannique, couplée avec “No No Song”, sur le dernier 45 tours Apple de Ringo, que nous avons détaillé dans notre page Oh My My / No No Song, le dernier 45 tours Apple de Ringo. Les sept Top 10 sont un phénomène américain, construit pour et par le marché américain.
Trois tubes sur un même album : un cas rare chez les ex-Beatles
Avec trois singles dans le Top 5 américain, dont deux numéros un, Ringo réalise une performance qu’aucun autre album solo d’un ancien Beatle n’égale pendant les années 1970. Band on the Run de Paul McCartney et Wings s’en approche avec trois titres dans le Top 10 américain en 1974, mais un seul dans le Top 5 : “Helen Wheels”, ajouté au disque pour le marché américain, plafonne à la dixième place, “Jet” à la septième, et seule la chanson-titre atteint le sommet. Wings at the Speed of Sound, en 1976, placera deux titres dans le Top 5. Les albums de Lennon et de Harrison des années 1970 ne produisent jamais plus de deux Top 10 chacun. En termes de rendement commercial par album, Ringo est donc l’un des disques solo les plus efficaces de toute l’histoire des quatre musiciens.
Cette réussite tient à une stratégie claire : chaque single remplit un rôle différent. “Photograph” est la ballade grand public, “You’re Sixteen” la reprise nostalgique, “Oh My My” le titre dansant. Perry a construit l’album comme un producteur de radio construirait une programmation, en évitant de faire concourir deux chansons du même type. Ringo a fourni la personnalité qui donnait une cohérence à cette variété. La recette va être réutilisée, presque à l’identique, pour l’album suivant.
Goodnight Vienna : Lennon, les Platters et une chanson contre la drogue
Reprendre la recette, changer les invités
Le succès de Ringo appelle une suite rapide. En août 1974, Ringo retrouve Richard Perry à Los Angeles, aux studios Sunset Sound et Producer’s Workshop, avec une grande partie de la même équipe : Klaus Voormann, Jim Keltner, Billy Preston, Nicky Hopkins, Vini Poncia, Robbie Robertson, Harry Nilsson. La différence tient à la distribution des anciens Beatles. Sur Ringo, les trois autres étaient présents. Sur Goodnight Vienna, un seul participe : John Lennon, qui vit alors à Los Angeles la période de séparation d’avec Yoko Ono que l’histoire a baptisée le Lost Weekend, et qui vient d’enregistrer Walls and Bridges à New York.
Lennon fournit la chanson-titre, “(It’s All Down to) Goodnight Vienna”, dont il enregistre une maquette le 28 juin 1974 avec les musiciens de Walls and Bridges avant de l’envoyer à Ringo. L’expression, dans l’argot de Liverpool, signifie à peu près que tout est fini, que la partie est jouée. Lennon joue du piano sur la version de Ringo et lance le décompte d’ouverture. Il suggère surtout à son ami une reprise que personne n’attendait : “Only You (And You Alone)”, le premier grand succès des Platters, en 1955, composé par leur manager Buck Ram. Sur la manière dont Lennon traverse cette année 1974, notre article Walls and Bridges a 52 ans apporte le contexte.
Only You, ou la voix de Lennon sous celle de Ringo
L’enregistrement de “Only You” a une particularité qui a longtemps échappé au public. Lennon, après avoir suggéré la chanson, joue de la guitare acoustique sur la piste rythmique et chante une voix témoin, destinée à servir de guide à Ringo. Celui-ci enregistre ensuite sa propre voix par-dessus. Perry conserve l’accompagnement de Lennon, et Ringo ajoute une partie parlée sur la reprise de la première moitié du morceau. Harry Nilsson chante les harmonies, Billy Preston joue du piano électrique. La version de Lennon, avec sa voix témoin, a été publiée en 1998 sur le coffret John Lennon Anthology. La bande contenant cette voix témoin a d’ailleurs failli être perdue.
Le single paraît aux États-Unis le 11 novembre 1974, avant l’album, avec “Call Me” en face B, et au Royaume-Uni le 15 novembre. Sur le toit de la tour Capitol à Hollywood, sous la soucoupe volante qui la coiffe, Ringo et Nilsson tournent le film promotionnel, réalisé par Stanley Dorfman juste après le spot publicitaire de l’album ; il ne sera diffusé qu’une fois au Royaume-Uni, à Top of the Pops, le 19 décembre 1974. Le disque entre dans le Top 10 américain à la fin de l’année et atteint la sixième place la semaine du 11 janvier 1975. Il prend aussi, ce même mois, la première place du classement Easy Listening. Au Royaume-Uni, il ne dépasse pas la vingt-huitième place. La fiche du 45 tours britannique est disponible sur notre page Only You / Call Me, Apple R 6000.
L’album, la pochette et le film de science-fiction
Goodnight Vienna sort le 15 novembre 1974 au Royaume-Uni et le 18 aux États-Unis. Sa pochette détourne une photographie du film de science-fiction Le Jour où la Terre s’arrêta (1951) : la tête de Ringo y remplace celle de l’acteur Michael Rennie, qui incarnait l’extraterrestre Klaatu, devant la soucoupe volante et le robot Gort. Le disque mélange les genres avec le même éclectisme que son prédécesseur : “Occapella” d’Allen Toussaint, avec Dr. John au piano, “Husbands and Wives” de Roger Miller, “Easy for Me” de Nilsson, deux nouvelles collaborations Starr-Poncia, et une chanson écrite pour lui par Elton John et Bernie Taupin, “Snookeroo”, que nous retrouverons.
L’album atteint la huitième place du Billboard et la trentième au Royaume-Uni. Il est certifié disque d’or aux États-Unis, disque d’argent au Royaume-Uni. Le reflux est réel par rapport à Ringo, mais il reste limité : Ringo est toujours, à la fin de 1974, un artiste qui place ses albums dans le Top 10 américain. C’est son second single tiré de l’album qui va prolonger la série jusqu’au printemps.
No No Song : une chanson contre l’excès, enregistrée dans l’excès
“No No Song” est une chanson du chanteur de country Hoyt Axton, l’auteur du “Joy to the World” de Three Dog Night, cosignée avec le bassiste David Jackson. Le narrateur y refuse successivement la marijuana, la cocaïne et l’alcool de contrebande qu’on lui propose, parce qu’il a déjà donné. Entre les mains de Perry, le morceau prend la forme d’une comptine ironique, sur un rythme chaloupé, avec Harry Nilsson aux chœurs.
L’ironie est double. Axton s’y moquait d’un milieu, celui des musiciens de Los Angeles du début des années 1970, qu’il connaissait de l’intérieur. Et Ringo traverse alors les années les plus alcoolisées de sa vie, celles des virées avec Nilsson et Keith Moon, qui le mèneront en 1988 à une cure de désintoxication. Un batteur qui chante qu’il ne boit plus, au cœur de cette période-là : la chanson est sans doute la plus involontairement autobiographique de la série, et la plus drôle quand on connaît la suite. Notre fiche Snookeroo / Oo-Wee, Apple R 6004 revient sur la face B américaine et la face A britannique.
27 janvier 1975 : le septième Top 10
Le single sort aux États-Unis le 27 janvier 1975, uniquement en Amérique du Nord, couplé avec “Snookeroo”. Les deux faces sont promues ensemble. Le disque atteint la troisième place la semaine du 5 avril 1975 ; le même jour, il prend la tête du classement canadien RPM pour deux semaines. C’est le septième Top 10 consécutif de Ringo. Hoyt Axton publiera sa propre version quelques mois plus tard, avec la participation du duo comique Cheech and Chong, sur son album Southbound.
Au Royaume-Uni, la maison de disques choisit la stratégie inverse et publie le 21 février “Snookeroo” en face A, avec “Oo-Wee” au verso. La chanson d’Elton John, qui joue du piano et lance le décompte, évoque la jeunesse d’un garçon du nord de l’Angleterre : un portrait sur mesure, écrit pour la personnalité de Ringo. Elle ne se classe pas. Le contraste entre les deux marchés n’a jamais été aussi net : le même album donne un numéro trois américain et un échec britannique.
La série s’arrête sur une chanson de Lennon
Le 2 juin 1975, Apple publie aux États-Unis un dernier extrait de l’album, un montage de “(It’s All Down to) Goodnight Vienna” et de sa reprise de fin de disque, avec “Oo-Wee” en face B. Le disque monte jusqu’à la trente et unième place du Billboard, la vingt-neuvième au Cash Box. La série s’interrompt donc, symboliquement, sur une chanson de John Lennon dont le titre signifie que tout est fini. Ringo ne retrouvera plus jamais le Top 10 américain en single.
Le 20 novembre 1975, Apple publie Blast from Your Past, la première compilation de Ringo, qui réunit les sept singles de la série, ainsi que “Beaucoups of Blues”, “Early 1970” et “I’m the Greatest”. C’est le dernier album jamais publié par Apple Records avant la mise en sommeil du label. La boucle est bouclée : la série des sept Top 10 coïncide exactement avec la vie commerciale d’Apple après la séparation. On trouve la compilation en CD, et l’ensemble des derniers singles du label est répertorié sur notre page Apple Records 1974-1976 : tous les derniers singles.
Ringo a-t-il vraiment été le premier ? La comptabilité de Wings
Une affirmation devenue un lieu commun
Depuis des décennies, biographies, sites de fans, notices de rééditions et jusqu’à certaines pages promotionnelles répètent la même formule : Ringo aurait été le premier ancien Beatle à aligner sept Top 10 consécutifs. Le texte anglais d’octobre 2026 va plus loin, en affirmant qu’aucun des trois autres n’avait égalé cette régularité dans une séquence ininterrompue et qu’au printemps 1975 Ringo avait fixé une norme qu’aucun d’eux n’avait encore atteinte. Ces deux affirmations méritent d’être vérifiées semaine par semaine, car elles reposent sur une question de méthode que les auteurs passent sous silence : faut-il compter les disques de Wings dans le bilan de Paul McCartney ?
La série parallèle de McCartney et Wings
Reprenons les singles américains de McCartney et de son groupe à partir de la fin de 1972, dans l’ordre de leur sortie. “Mary Had a Little Lamb”, au printemps 1972, ne dépasse pas la vingt-huitième place : c’est le point de départ. Ensuite, la liste est la suivante.
| Single américain | Crédit sur l’étiquette | Pic Hot 100 |
|---|---|---|
| “Hi, Hi, Hi” (décembre 1972) | Wings | 10 (janvier 1973) |
| “My Love” (avril 1973) | Paul McCartney & Wings | 1 |
| “Live and Let Die” (juin 1973) | Wings | 2 (11 août 1973) |
| “Helen Wheels” (novembre 1973) | Paul McCartney & Wings | 10 (12 janvier 1974) |
| “Jet” (janvier 1974) | Paul McCartney & Wings | 7 |
| “Band on the Run” (avril 1974) | Paul McCartney & Wings | 1 |
| “Junior’s Farm” / “Sally G” (novembre 1974) | Paul McCartney & Wings | 3 (11 janvier 1975) |
| “Walking in the Park with Eloise” (2 décembre 1974) | The Country Hams | non classé |
| “Listen to What the Man Said” (mai 1975) | Wings | 1 |
| “Letting Go” (automne 1975) | Wings | 39 |
De “Hi, Hi, Hi” à “Junior’s Farm”, McCartney et son groupe alignent donc sept Top 10 consécutifs. Et le septième, “Junior’s Farm”, atteint son sommet la semaine du 11 janvier 1975. À cette date, Ringo n’en compte encore que six : “Only You”, son sixième Top 10, culmine précisément la même semaine, à la sixième place, et “No No Song” ne sortira que le 27 janvier. Le septième Top 10 de Ringo n’est acquis que le 5 avril 1975, près de trois mois plus tard. Si l’on compte Wings, McCartney a atteint le chiffre de sept avant lui.
11 janvier 1975 : deux ex-Beatles dans la même semaine
Cette semaine du 11 janvier 1975 mérite qu’on s’y arrête. Dans le Top 10 du Billboard, on trouve “Junior’s Farm” de Paul McCartney et Wings à la troisième place et “Only You” de Ringo à la sixième. Et la première place est occupée, pour la seconde semaine consécutive, par “Lucy in the Sky with Diamonds” d’Elton John, une reprise sur laquelle John Lennon joue de la guitare et chante les chœurs sous le pseudonyme de Dr. Winston O’Boogie. Au tournant de 1975, les anciens Beatles, ensemble ou séparément, occupent donc une place considérable dans la radio américaine, cinq ans après la séparation. Notre article Junior’s Farm : le 4 novembre 1974, Wings repart à la conquête de l’Amérique raconte la campagne de ce single, sorti sur Apple 1875, juste avant “Only You” sur Apple 1876.
Les trois façons de compter
Selon les règles retenues, le palmarès change du tout au tout. Première règle : on ne compte que les disques crédités à l’artiste sous son seul nom. Dans ce cas, Ringo est le seul ancien Beatle à atteindre sept Top 10 consécutifs, et il le reste aujourd’hui. Deuxième règle : on compte les disques où le nom de l’ancien Beatle figure sur l’étiquette, même associé à un groupe. La série de McCartney se fragmente alors, car les étiquettes varient d’un disque à l’autre : “Hi, Hi, Hi” et “Live and Let Die” sont crédités au seul nom de Wings, alors que “My Love” et les quatre singles suivants portent la mention “Paul McCartney & Wings”. La plus longue séquence ininterrompue avec son nom sur l’étiquette compte quatre Top 10, de “Helen Wheels” à “Junior’s Farm”. Selon cette règle, Ringo garde une nette avance. Troisième règle : on compte tous les disques d’un groupe dirigé par l’ancien Beatle. McCartney et Wings atteignent alors sept, et même huit si l’on écarte le single des Country Hams, qui ne portait ni le nom de McCartney ni celui de Wings et n’est jamais entré au classement.
Il existe enfin une subtilité technique. Au début de 1975, la maison de disques a relancé “Sally G”, la face B country de “Junior’s Farm”, en la faisant promouvoir comme une face A. Le Billboard l’a alors classée séparément, à la trente-neuvième place, alors qu’elle avait déjà culminé à la dix-septième place lorsqu’elle était listée avec “Junior’s Farm”. Selon que l’on considère cette relance comme un nouveau single ou comme l’exploitation prolongée d’un disque déjà paru, la série de Wings s’arrête à sept ou se poursuit jusqu’à “Listen to What the Man Said”. Dans aucun cas, en tout cas, Ringo n’a été le premier à franchir la barre des sept Top 10, si l’on accepte d’inclure Wings.
Correctif factuel : la “norme qu’aucun autre n’avait atteinte” ne résiste pas au Billboard de janvier 1975
L’affirmation selon laquelle Ringo aurait, au printemps 1975, fixé une norme qu’aucun de ses anciens partenaires n’avait encore égalée n’est exacte que si l’on exclut Wings du bilan de Paul McCartney. Or Wings était le groupe de McCartney, composé de lui, de sa femme Linda et de Denny Laine autour de musiciens changeants, et la plupart de ses singles portaient son nom. Avec “Hi, Hi, Hi”, “My Love”, “Live and Let Die”, “Helen Wheels”, “Jet”, “Band on the Run” et “Junior’s Farm”, McCartney et Wings atteignent sept Top 10 américains consécutifs le 11 janvier 1975, près de trois mois avant que “No No Song” n’offre à Ringo son septième. La formulation juste est donc : Ringo est le seul ancien Beatle à avoir aligné sept Top 10 consécutifs sous son seul nom. C’est un exploit réel, mais ce n’est pas un record absolu.
Lennon et Harrison, loin derrière
Pour Lennon et Harrison, la question ne se pose pas dans les mêmes termes. Dans les années 1970, John Lennon n’aligne jamais plus de deux Top 10 consécutifs : “Whatever Gets You Thru the Night”, numéro un en novembre 1974, puis “#9 Dream”, neuvième au début de 1975, avant que “Stand by Me” ne s’arrête à la vingtième place. Sa meilleure série viendra après sa mort, avec “(Just Like) Starting Over”, “Woman”, “Watching the Wheels”, puis, en 1984, “Nobody Told Me” : quatre Top 10 consécutifs, dont trois tirés de Double Fantasy. George Harrison, lui, n’enchaîne jamais plus de deux Top 10 : “My Sweet Lord” et “What Is Life” en 1970-1971, avant que “Bangla Desh” ne plafonne à la vingt-troisième place ; plus tard, “Give Me Love” sera suivi de “Dark Horse”, quinzième.
Ces chiffres confirment que, parmi les quatre, la régularité commerciale de Ringo au milieu des années 1970 n’a qu’un seul équivalent, celui de McCartney. Ils rappellent aussi une évidence que les comparaisons de palmarès ont tendance à faire oublier : Lennon et Harrison publiaient des singles qui n’étaient pas conçus pour la radio. “Power to the People”, “Bangla Desh”, et chez McCartney lui-même “Give Ireland Back to the Irish”, interdit d’antenne par la BBC en 1972, étaient des manifestes, pas des produits calibrés. Le classement mesure une forme de réussite, celle que visait Ringo, pas l’ambition artistique de ceux qui visaient autre chose. Les données de Wings sont rassemblées dans notre page Wings au Billboard américain (1971-1979).
Ce que la comparaison révèle vraiment
Il serait injuste de retourner l’argument contre Ringo. Sa série reste, de loin, la plus improbable des quatre. McCartney était le plus grand mélodiste de la pop britannique, à la tête d’un groupe qui tournait dans le monde entier, avec une machine de promotion considérable. Ringo n’avait ni groupe permanent, ni tournée, ni catalogue de chansons personnelles, et il publiait un single tous les six à dix-huit mois. Qu’il ait égalé, sous son seul nom, la régularité de McCartney pendant la même période dit beaucoup de l’efficacité de sa méthode et du choix de ses partenaires. La rigueur oblige simplement à ne pas lui attribuer un record qu’il partage. Les deux séries, d’ailleurs, se terminent à quelques mois d’intervalle : celle de Ringo en juin 1975 avec “Goodnight Vienna”, celle de Wings à l’automne 1975 avec “Letting Go”.
“Probablement meilleure que la mienne” : ce que Lennon a vraiment dit chez Tom Snyder
Une émission enregistrée le 8 avril 1975
Au moment où “No No Song” culmine dans le classement, John Lennon se rend dans les studios de NBC, au 30 Rockefeller Plaza à Manhattan, pour une longue interview avec Tom Snyder, l’animateur de Tomorrow, l’émission de fin de soirée diffusée après le Tonight Show de Johnny Carson. L’entretien est enregistré le 8 avril 1975, trois jours après la semaine où “No No Song” atteint la troisième place. La date de diffusion varie selon les sources : l’encyclopédie de Bill Harry et plusieurs références télévisuelles donnent le 28 avril, l’édition DVD publiée en 2008 par Shout! Factory le 25 avril. Toutes s’accordent sur un point : ce fut la dernière grande interview télévisée de Lennon, rediffusée par Snyder le 9 décembre 1980, au lendemain de son assassinat.
L’émission porte surtout sur les démêlés de Lennon avec les services américains de l’immigration, qui cherchent alors à l’expulser en raison d’une condamnation pour possession de cannabis à Londres en 1968. Son avocat, Leon Wildes, rejoint le plateau pour la seconde partie. Mais Snyder, comme tous les intervieweurs de l’époque, ramène sans cesse la conversation vers les Beatles. C’est dans ce cadre que Lennon parle de Ringo.
Les mots de Lennon
Selon la transcription reprise par Far Out Magazine et par le recueil d’entretiens Lennon on Lennon, Lennon dit être particulièrement heureux du succès de Ringo, parce qu’on a toujours prétendu que celui-ci était bête, et qu’il ne l’est pas. Il explique que Ringo n’avait pas une grande aptitude à l’écriture et n’était pas connu pour composer ses propres chansons, et qu’il y avait donc une inquiétude sur sa carrière de disque, même s’il savait faire des films. Puis il conclut, en riant, que cette carrière se porte en somme “probablement mieux que la mienne”. La phrase anglaise tient en quelques mots : “it’s probably better than mine, actually”.
Le texte anglais qui a relancé le sujet résume correctement le propos. Il gomme toutefois sa partie la plus forte : Lennon ne dit pas seulement qu’on a sous-estimé Ringo, il dit qu’on l’a traité d’idiot, et il prend publiquement sa défense. Le ton n’est pas celui d’une politesse de plateau. Lennon a écrit pour Ringo “I’m the Greatest” en 1973 et la chanson-titre de Goodnight Vienna en 1974, il lui a suggéré “Only You” et joué sur sa version. Il parle d’un disque dans lequel il est personnellement impliqué, et d’un ami qu’il a vu travailler.
Une plaisanterie qui est aussi un constat
La boutade de Lennon repose sur des chiffres exacts. Au moment de l’entretien, Ringo compte deux numéros un américains en solo, “Photograph” et “You’re Sixteen”, et sept Top 10 d’affilée. Lennon, lui, n’a obtenu son premier numéro un américain qu’en novembre 1974 avec “Whatever Gets You Thru the Night”, et son album Rock ‘n’ Roll, sorti en février 1975, est un disque de reprises né d’un litige avec l’éditeur Morris Levy plus que d’un projet artistique. Il traverse aussi une période de doute personnel : il vient de se réconcilier avec Yoko Ono après dix-huit mois de séparation, et quelques mois plus tard, à la naissance de son fils Sean le 9 octobre 1975, il se retirera de la vie musicale pendant cinq ans.
Dans ce contexte, la plaisanterie est presque une confidence. L’auteur de “Imagine” constate que le batteur dont il se moquait affectueusement dans les années 1960 vend désormais davantage de 45 tours que lui. Et il le fait sans amertume apparente. Les quatre musiciens, en 1975, ne sont plus en concurrence pour la même place dans un groupe ; ils sont libres de se réjouir des succès les uns des autres, ce que Lennon fait ici avec une générosité réelle.
Correctif factuel : l’interview de Lennon n’est pas “de 1975” au sens d’une date unique
Les articles qui citent la phrase de Lennon la datent tantôt du 8, tantôt du 25, tantôt du 28 avril 1975. Le 8 avril est la date d’enregistrement aux studios NBC de Rockefeller Plaza, documentée par Bill Harry et par The Beatles Bible. Le 25 et le 28 avril sont deux dates de diffusion concurrentes, la seconde étant la plus souvent retenue par les sources consacrées à l’émission. La précision a son importance pour notre sujet : quand Lennon parle, la série de Ringo vient d’atteindre son septième Top 10, le 5 avril. Il commente donc, à quelques jours près, un exploit qui vient de s’accomplir.
Ringo chez le même Snyder, six ans plus tard
L’histoire a une suite. Le 25 novembre 1981, onze mois après la mort de Lennon, c’est Ringo qui reçoit Tom Snyder chez lui à Los Angeles pour promouvoir l’album Stop and Smell the Roses. Assis sur le canapé de cette résidence provisoire, Snyder l’interroge sur le disque, dont il présente le clip de “Wrack My Brain”, sur ses films et sur sa relation avec John Lennon, avant que Barbara Bach ne se joigne à la conversation. L’écho avec l’émission de 1975 est saisissant : six ans plus tôt, c’est Lennon qui parlait de Ringo dans ce même programme ; désormais, c’est Ringo qui parle de Lennon. Les trois entretiens de Snyder avec Lennon, McCartney et Starr ont été réunis en 2008 sur le double DVD John, Paul, Tom & Ringo, publié par Shout! Factory.
On notera enfin que l’image du Beatle “idiot” est largement une construction médiatique des années 1964-1965, née des scénarios de A Hard Day’s Night et de Help!, qui faisaient de Ringo le personnage comique et mélancolique du groupe. Les autres Beatles l’ont régulièrement contestée. La série des sept Top 10, quelle que soit la façon dont on la compte, a été l’argument le plus concret contre ce cliché, et Lennon a été l’un des premiers à le dire publiquement.
Pourquoi la série s’arrête en 1975
La fin d’Apple et le départ chez Polydor
La rupture de 1975 n’est pas seulement artistique. Elle est d’abord contractuelle. Le contrat qui liait les quatre Beatles à EMI, et par extension leur distribution par Capitol aux États-Unis, arrive à échéance en janvier 1976. Apple Records, qui avait publié tous les disques de la série, entre en sommeil : Blast from Your Past, en novembre 1975, est son dernier album. Ringo signe un nouveau contrat, avec Polydor pour le monde et Atlantic pour l’Amérique du Nord. Il perd au passage Richard Perry, qui produisait chacun de ses succès depuis 1973, et l’ensemble de l’infrastructure de promotion de Capitol, qui connaissait parfaitement le public américain des Beatles.
Le premier album de cette nouvelle période, Ringo’s Rotogravure, paraît en 1976, produit par Arif Mardin. Il réunit encore des contributions de Lennon, de McCartney et de Harrison, et c’est d’ailleurs sur “Cookin’ (In the Kitchen of Love)” que Lennon tient pour la dernière fois le piano sur un disque de Ringo, lors d’une séance qui sera aussi l’une de ses dernières avant son retrait. Mais le disque ne dépasse pas la vingt-huitième place du Billboard, la dernière apparition de Ringo dans le Top 40 des albums américains. Ses deux singles, “A Dose of Rock ‘n’ Roll” et une reprise de “Hey! Baby”, s’arrêtent à la vingt-sixième et à la soixante-quatorzième place. Polydor tente ensuite de moderniser la formule avec Ringo the 4th en 1977, mélange de disco et de pop, qui plafonne à la cent soixante-deuxième place, puis Bad Boy en 1978, cent vingt-neuvième. La série est bien terminée. Nous avons retracé cette longue éclipse, de 1975 à 1992, dans notre enquête sur la traversée du désert de Ringo Starr.
Une formule qui s’use
Le contrat n’explique pas tout. La recette mise au point avec Perry, chansons d’amis célèbres, reprises de succès des années 1950, refrains à reprendre en chœur, était particulièrement adaptée à un moment précis : celui où le public américain, quatre ou cinq ans après la séparation, cherchait encore à retrouver l’esprit des Beatles dans les disques de leurs membres. Les disques de Ringo offraient ce plaisir mieux que d’autres, parce qu’ils réunissaient les amis plutôt que d’exprimer une vision personnelle. Au milieu des années 1970, la nostalgie change de forme. Le disco, le rock FM, le punk naissant redessinent le paysage radiophonique, et la formule de Ringo, qui reposait sur la sympathie et le souvenir, perd de son évidence.
Il faut aussi tenir compte de la vie de Ringo pendant ces années. Son mariage avec Maureen s’achève par un divorce en 1975. Il fonde la même année son propre label, Ring O’ Records, consacré à d’autres artistes et qui restera actif jusqu’en 1978. Il vit entre Los Angeles et Monte-Carlo, fréquente assidûment Nilsson et Keith Moon, et reconnaîtra plus tard que l’alcool occupait alors une place croissante dans ses journées. La régularité qu’exige une carrière de tubes s’accommode mal de cette existence.
Le batteur des autres, toujours
Le paradoxe de cette fin de série est que Ringo ne cesse jamais d’être recherché comme musicien. En 1976, il apparaît dans The Last Waltz, le concert d’adieu de The Band filmé par Martin Scorsese, à la batterie aux côtés de Levon Helm et de Bob Dylan. Il jouera pour Harrison, pour McCartney, pour Nilsson, pour Lennon, et plus tard pour une multitude d’artistes. Son statut de vedette du Hot 100 s’efface ; son statut de batteur, celui que la série avait presque fait oublier, demeure. Notre analyse Le batteur Ringo Starr dans sa discographie solo, de 1970 à 2026 suit cette autre ligne de sa carrière.
Ce que la série dit de Ringo, cinquante ans après
Le talent de l’interprète
Le texte anglais qui a relancé le sujet tire de la série une conclusion juste : Ringo n’était pas devenu un auteur supérieur à Lennon ou McCartney, mais il savait quelles chansons convenaient à sa voix et à sa personnalité, et il savait s’entourer. On peut préciser ce jugement. Sur les sept titres, quatre reposent sur une collaboration d’écriture où Ringo apporte une idée, un titre, un refrain : “It Don’t Come Easy”, “Back Off Boogaloo”, “Photograph”, “Oh My My”. Les trois autres, “You’re Sixteen”, “Only You” et “No No Song”, sont des chansons d’autres auteurs, choisies par Perry ou par Lennon. Dans tous les cas, la valeur ajoutée de Ringo est la même : une voix immédiatement reconnaissable, chaleureuse, légèrement fragile, qui transforme une chanson en moment de sympathie.
Cette forme de talent, l’industrie la connaît bien. C’est celle des grands interprètes de l’avant-rock, de Bing Crosby à Dean Martin, que Ringo avait célébrés sur Sentimental Journey. La série des sept Top 10 est, en un sens, la revanche de ce premier album : Ringo a réussi dans la pop des années 1970 en appliquant la méthode des chanteurs de standards, choisir les bonnes chansons et les bons arrangeurs, plutôt que celle des auteurs-compositeurs du rock.
Le rôle décisif des amis
La série dit aussi quelque chose des relations entre les quatre musiciens après 1970. Harrison a lancé la série, Lennon l’a prolongée, McCartney y a contribué. Ringo est le seul ancien Beatle avec lequel les trois autres ont collaboré pendant les années de brouille. C’est sur ses disques, et non sur ceux de Lennon, McCartney ou Harrison, que les quatre noms se retrouvent. Le succès commercial de ces disques tient en partie à cette position unique : pour un public qui rêvait de retrouvailles, acheter un single de Ringo, c’était acheter un fragment de Beatles réunis. La série des sept Top 10 est, en ce sens, la chronique commerciale d’une amitié qui avait survécu à la séparation. Sur la dimension biographique de ce lien, notre biographie complète de Ringo Starr offre le cadre d’ensemble.
2026 : la longue route continue
Cinquante et un ans après “No No Song”, Ringo Starr reste en activité, et dans une veine qui renoue avec le début de sa carrière solo. Après Look Up, son album country de janvier 2025 produit par T Bone Burnett, il a publié le 24 avril 2026 Long Long Road, son deuxième album avec Burnett, coproduit par Daniel Tashian et Bruce Sugar, et des invités comme Billy Strings, Sheryl Crow, Molly Tuttle, Sarah Jarosz et St. Vincent. Il a fêté ses quatre-vingt-six ans le 7 juillet 2026, tourné dans l’Ouest américain au printemps avec son All-Starr Band, puis repris la route dans le Nord-Est entre le 24 septembre et le 7 octobre. Il chante aussi en duo avec Paul McCartney sur “Home to Us”, extrait de l’album de McCartney The Boys of Dungeon Lane, paru en mai 2026. L’album Long Long Road est disponible en CD et en vinyle.
Dans l’entretien qu’il a accordé en 2026 à l’historien Mark Updegrove pour la série Live from the LBJ Library, diffusée sur PBS, Ringo parle de Long Long Road, de son attachement ancien à la country, celui-là même qui l’avait conduit à Nashville en 1970, et des souvenirs qu’il garde des années Beatles. La vidéo de cet entretien, ci-dessous, constitue l’un de ses témoignages les plus récents.
Ce qu’il faut retenir
Ringo Starr a bien aligné sept Top 10 consécutifs aux États-Unis entre 1971 et 1975, de “It Don’t Come Easy” à “No No Song”, avec deux numéros un, “Photograph” et “You’re Sixteen”. Il reste le seul ancien Beatle à l’avoir fait sous son seul nom. Mais il n’a pas été le premier à atteindre ce chiffre si l’on compte Wings : Paul McCartney et son groupe y étaient parvenus le 11 janvier 1975, trois mois plus tôt. La série est un phénomène exclusivement américain, appuyé sur trois partenaires, George Harrison, Richard Perry et John Lennon, et sur une stratégie de singles rares et soigneusement choisis. Elle s’arrête au printemps 1975, avec la fin d’Apple, la fin de la collaboration avec Perry et l’usure d’une formule de nostalgie. Lennon, qui l’avait vue naître de près, en a donné le meilleur résumé : la carrière de disque de Ringo se portait probablement mieux que la sienne.
Chronologie de la série
| Date | Événement |
|---|---|
| 27 octobre 1969 | Début des séances de Sentimental Journey |
| 18-19 février 1970 | Premières versions de “It Don’t Come Easy” à Abbey Road |
| 8 mars 1970 | Troisième version aux studios Trident, produite par George Harrison |
| 27 mars 1970 | Sentimental Journey sort au Royaume-Uni |
| 25-27 juin 1970 | Séances de Beaucoups of Blues à Nashville |
| 5 octobre 1970 | Single américain “Beaucoups of Blues” (87e) |
| 9 avril 1971 | “It Don’t Come Easy” sort au Royaume-Uni (4e aux États-Unis et au Royaume-Uni) |
| Mai 1971 | “Photograph” écrite à Cannes sur le yacht Marala |
| 1er août 1971 | Concert for Bangladesh au Madison Square Garden |
| 17 mars 1972 | “Back Off Boogaloo” (2e au Royaume-Uni, 9e aux États-Unis) |
| 3 mars 1973 | Grammy Awards à Nashville : Ringo propose un album à Richard Perry |
| 5 mars 1973 | Première séance de l’album Ringo à Sunset Sound |
| 13 mars 1973 | “I’m the Greatest” avec Lennon et Harrison |
| 24 septembre 1973 | “Photograph” sort aux États-Unis |
| 2 novembre 1973 | Album Ringo aux États-Unis (2e) |
| 24 novembre 1973 | “Photograph” numéro un du Billboard |
| 3 décembre 1973 | “You’re Sixteen” sort aux États-Unis (numéro un fin janvier 1974) |
| 18 février 1974 | “Oh My My” (5e), uniquement en Amérique du Nord |
| Août 1974 | Séances de Goodnight Vienna à Los Angeles |
| 11 novembre 1974 | “Only You” sort aux États-Unis |
| 11 janvier 1975 | “Only You” 6e et “Junior’s Farm” de McCartney et Wings 3e, septième Top 10 consécutif de Wings |
| 27 janvier 1975 | “No No Song” / “Snookeroo” aux États-Unis |
| 5 avril 1975 | “No No Song” 3e : septième Top 10 consécutif de Ringo |
| 8 avril 1975 | Lennon enregistre l’interview de Tomorrow avec Tom Snyder |
| 2 juin 1975 | “Goodnight Vienna” (31e) : fin de la série |
| 20 novembre 1975 | Blast from Your Past, dernier album d’Apple Records |
| 24 décembre 2024 | Mort de Richard Perry à Los Angeles |
| 24 avril 2026 | Long Long Road, deuxième album de Ringo avec T Bone Burnett |
Pour suivre l’ensemble des disques de cette période, notre page Ringo Starr chez Apple Records : albums et singles (1970-1976) détaille les références britanniques et américaines, et la discographie complète de Ringo Starr prolonge le parcours jusqu’à 2026.
Questions fréquentes
Quels sont les sept Top 10 consécutifs de Ringo Starr aux États-Unis ?
“It Don’t Come Easy” (4e, 1971), “Back Off Boogaloo” (9e, 1972), “Photograph” (1er, 1973), “You’re Sixteen” (1er, 1974), “Oh My My” (5e, 1974), “Only You (And You Alone)” (6e, janvier 1975) et “No No Song” (3e, avril 1975), tous classés au Billboard Hot 100.
Ringo a-t-il été le premier ancien Beatle à aligner sept Top 10 ?
Seulement si l’on exclut Wings. Paul McCartney et son groupe ont aligné sept Top 10 consécutifs, de “Hi, Hi, Hi” à “Junior’s Farm”, dont le sommet date du 11 janvier 1975, près de trois mois avant que “No No Song” n’apporte à Ringo son septième. Ringo reste le seul à l’avoir fait sous son seul nom.
Qui a écrit “It Don’t Come Easy” ?
La chanson est créditée à Richard Starkey seul, mais Ringo a reconnu en 1998 l’avoir écrite avec George Harrison, qui en a aussi produit la version publiée aux studios Trident en 1970.
Les quatre Beatles ont-ils joué ensemble sur l’album Ringo de 1973 ?
Non. Les quatre figurent sur l’album, mais jamais ensemble. Lennon, Harrison et Starr ont enregistré “I’m the Greatest” le 13 mars 1973 à Los Angeles ; McCartney a enregistré “Six O’Clock” et son solo sur “You’re Sixteen” séparément, à Londres.
Le solo de “You’re Sixteen” est-il joué au kazoo ?
Non. Selon le producteur Richard Perry, Paul McCartney a improvisé ce solo à la voix en écoutant la piste. McCartney l’a confirmé : ça ressemble à un kazoo, mais c’est lui qui imite l’instrument.
Qu’a dit John Lennon du succès de Ringo ?
Dans l’émission Tomorrow de Tom Snyder, enregistrée le 8 avril 1975, Lennon s’est dit particulièrement heureux du succès de Ringo, qu’on disait à tort bête, avant d’ajouter que sa carrière de disque se portait probablement mieux que la sienne.
Pourquoi la série s’est-elle arrêtée en 1975 ?
Le single suivant, “Goodnight Vienna”, ne dépasse pas la 31e place en juin 1975. La fin d’Apple Records, le départ de Ringo chez Polydor et Atlantic, la séparation d’avec le producteur Richard Perry et l’usure d’une formule fondée sur la nostalgie expliquent la rupture.
Quelle compilation réunit les sept singles ?
Blast from Your Past, publiée le 20 novembre 1975, dernier album d’Apple Records, puis Photograph: The Very Best of Ringo Starr, parue en 2007, qui couvre l’ensemble de sa carrière solo.
Sources
- Texte source en anglais, “Ringo Starr’s Solo Success: Seven Straight Top 10 Hits”, publié le 31 octobre 2026.
- Billboard, archives du Hot 100, semaines du 4, 11 et 18 janvier 1975 et du 5 avril 1975 (billboard.com), consultées le 4 novembre 2026.
- Wikipédia (en anglais), articles “It Don’t Come Easy”, “Back Off Boogaloo”, “Ringo (album)”, “Goodnight Vienna”, “No No Song”, “Only You (And You Alone)”, “Sally G”, “Junior’s Farm”, “Walking in the Park with Eloise”, “Wings discography”, “List of Billboard Hot 100 top-ten singles in 1975”, “Richard Perry”, consultés le 4 novembre 2026.
- The Beatles Bible, fiches des chansons “It Don’t Come Easy”, “Back Off Boogaloo”, “Photograph”, “You’re Sixteen”, “Oh My My”, “Only You”, “Snookeroo”, “Sentimental Journey”, et journal des séances de 1970 et 1973 (beatlesbible.com).
- The Paul McCartney Project, fiches de l’album Ringo et du single des Country Hams (the-paulmccartney-project.com).
- Far Out Magazine, “Revisiting John Lennon’s final ever TV interview on The Tomorrow Show in 1975” (faroutmagazine.co.uk).
- Shout! Factory, DVD The Tomorrow Show with Tom Snyder: John, Paul, Tom & Ringo, 2008, et comptes rendus de DVD Talk et PopMatters.
- uDiscover Music, articles consacrés à Sentimental Journey et à Goodnight Vienna.
- Associated Press et Best Classic Bands, nécrologies de Richard Perry, décembre 2024.
- Best Classic Bands, Pollstar et Stereoboard, annonces de l’album Long Long Road et des tournées 2026 de Ringo Starr and His All Starr Band.
- Bill Harry, The Ringo Starr Encyclopedia, Virgin Books, 2004 ; Bill Harry, The John Lennon Encyclopedia.
- Bruce Spizer, The Beatles Solo on Apple Records, 498 Productions, 2005 ; Keith Badman, The Beatles Diary, volume 2, Omnibus, 2001.












