Ringo Starr, le Beatle sous-estimé : comment il a résisté aux comparaisons avec Lennon, McCartney et Harrison
Pourquoi Ringo Starr a-t-il si longtemps été présenté comme le « quatrième Beatle », comme si le dernier arrivé devait nécessairement être le moins important ? Derrière la plaisanterie se cache une erreur d’appréciation musicale, mais aussi une histoire de classe sociale, de survie, de confiance et de place au sein d’un collectif hors norme. De Liverpool aux studios d’Abbey Road, des séances orageuses de l’Album blanc à la tournée de l’All-Starr Band, Richard Starkey a construit une forme de légitimité bien différente de celle des auteurs-compositeurs. Loin de n’avoir été que le témoin privilégié du génie de John Lennon, Paul McCartney et George Harrison, il fut l’un des artisans du son des Beatles. Son parcours montre également qu’accepter son rôle ne signifie ni se croire inférieur ni renoncer à sa propre carrière.
Le dossier qui suit part d’une question simple — comment Ringo Starr a-t-il supporté les comparaisons avec les trois autres Beatles ? — pour en explorer les dimensions historiques, psychologiques au sens non clinique du terme, musicales et culturelles. Il faut, pour y répondre sérieusement, séparer les souvenirs des témoignages directs, les anecdotes des faits établis et les jugements esthétiques de ce que montrent les enregistrements. Surtout, il faut écouter la batterie : ses silences comptent parfois autant que ses coups.
Sommaire
Le « quatrième Beatle » : comment une plaisanterie a faussé la perception d’un musicien
Dans l’imaginaire populaire, le partage des rôles semble d’une simplicité suspecte. John Lennon serait l’esprit rebelle, Paul McCartney le mélodiste perfectionniste, George Harrison le chercheur spirituel, et Ringo Starr l’homme souriant derrière les fûts. Chaque raccourci contient une part reconnaissable de vérité ; aucun ne suffit à décrire quatre individus. Pour Ringo, la caricature a eu un effet particulier : elle a transformé une compétence collective — savoir jouer exactement ce dont une chanson a besoin — en apparente absence d’ambition.
Le public a longtemps évalué les membres d’un groupe à l’aide d’un barème implicite : qui a signé les chansons, qui chante le plus, qui joue le solo le plus spectaculaire, qui s’exprime le plus volontiers sur l’art et la politique ? Dans un tel concours, le batteur part avec un handicap. Il travaille souvent à la périphérie de l’image, même lorsqu’il se trouve au centre de la musique. Les crédits de composition, imprimés sur les pochettes, renforcent la hiérarchie apparente. Sur des dizaines de millions de disques, les noms de Lennon et McCartney disent qui a écrit ; ils ne racontent pas comment quatre musiciens ont créé l’enregistrement que nous connaissons.
Cette confusion entre auteur et interprète devient encore plus trompeuse lorsqu’on l’applique aux Beatles. Leur histoire n’est pas celle de trois compositeurs accompagnés par un exécutant interchangeable. Le groupe s’est forgé sur scène, dans une économie de moyens et d’instants, avant d’étendre ses ambitions en studio. Le placement d’une caisse claire, une relance de toms, un silence au seuil d’un refrain, une manière de ralentir imperceptiblement le mouvement perçu sans changer réellement de tempo : autant de décisions qui n’apparaissent pas dans la partition de la chanson mais qui participent pleinement à son identité.
Lorsque l’on dit « Ringo était un batteur de chansons », l’expression doit être prise au sérieux. Elle ne décrit pas un musicien incapable de jouer davantage. Elle désigne une hiérarchie de priorités : d’abord le morceau, ensuite la démonstration instrumentale. L’approche n’interdit ni les idées surprenantes ni l’audace. Il suffit d’écouter « Rain » ou « A Day in the Life » pour constater que le jeu de Ringo n’est pas une succession de formules standard. Il peut sembler discret précisément parce qu’il donne aux autres instruments la place dont ils ont besoin.
La phrase que John Lennon n’a pas dite
L’anecdote la plus résistante de cette réputation repose sur une prétendue répartie de John Lennon. Interrogé sur le statut de Ringo comme meilleur batteur du monde, Lennon aurait répondu qu’il n’était même pas le meilleur batteur des Beatles. L’histoire est parfaite : mordante, immédiatement mémorisable, conforme à l’image d’un John impitoyable. Elle n’en est pas moins dépourvue de source authentifiée dans les entretiens connus de Lennon.
Le travail de vérification a permis de retrouver un antécédent précis. Une version de la plaisanterie se trouve dans l’émission comique radiophonique britannique Radio Active, diffusée sur la BBC en octobre 1981. La réplique y est prononcée par Philip Pope. Le spécialiste des Beatles Mark Lewisohn l’a signalée publiquement en 2018, en rappelant que l’attribution à Lennon était fausse. Une autre tradition attribuait le mot à l’humoriste Jasper Carrott, autour de 1983 ; cette datation ne saurait en tout cas expliquer une version attestée dès 1981. La responsabilité littéraire exacte de la formule au sein de l’équipe de Radio Active demande de la prudence : l’émission était associée notamment à Geoffrey Perkins et Angus Deayton.
Cette mise au point est plus qu’une note de bas de page. Lennon est mort le 8 décembre 1980, soit avant la trace radiophonique retrouvée. En présentant sans preuve la boutade comme un jugement personnel du principal partenaire musical de Ringo, on transforme une blague de comédie en témoignage sur la valeur du batteur. On prête alors à Lennon une cruauté peut-être amusante sur le papier, mais historiquement non démontrée. C’est ainsi qu’un bon mot devient un faux argument d’autorité et, à force d’être répété, une « vérité » que les nouvelles générations héritent sans l’avoir vérifiée.
Le mécanisme mérite d’être observé. La célébrité de Lennon donne à la phrase une crédibilité qui dispense beaucoup de lecteurs de chercher une date, un enregistrement ou un contexte. La plaisanterie est ensuite citée pour prouver que Ringo serait médiocre ; son succès sert à expliquer sa propre circulation. Or la documentation disponible permet d’affirmer une chose, et une seule : la célèbre phrase ne peut pas être attribuée sérieusement à John Lennon. Cela ne signifie pas que les Beatles ne se moquaient jamais les uns des autres. Cela signifie qu’en histoire culturelle, une formule séduisante ne remplace pas une source.
Avant les Beatles : Richard Starkey, l’enfant de Liverpool qui apprit à durer
Ringo Starr naît Richard Starkey le 7 juillet 1940, à Liverpool. La ville portuaire n’est pas encore la capitale mondiale de la musique pop : elle est une cité ouvrière que la guerre, puis les années de reconstruction, laissent profondément marquée. L’enfance de Richard ne ressemble pas au récit linéaire d’un jeune prodige prenant des leçons de batterie avant de conquérir la scène. Elle est traversée par les difficultés financières, une famille recomposée et surtout par la maladie.
Vers l’âge de six ans, une appendicite compliquée d’une péritonite le contraint à une longue hospitalisation. À l’adolescence, la tuberculose lui impose un nouveau séjour prolongé dans un établissement de soins. Ces épisodes interrompent sa scolarité et changent son rapport au temps. L’école, la santé, les possibilités d’avenir ne lui sont pas données comme des évidences. Dans le sanatorium, des activités musicales destinées aux enfants malades participent à son éveil à la percussion. Ringo a raconté à plusieurs reprises combien la possibilité de frapper sur un tambour avait compté dans sa décision de devenir musicien.
Il serait abusif d’en tirer un diagnostic rétrospectif : aucun document ne permet de mesurer directement ce que les séjours à l’hôpital auraient « fabriqué » dans son caractère d’adulte. On peut néanmoins constater une continuité biographique. La musique ne s’est pas présentée à lui comme un privilège social ou un accessoire de prestige, mais comme une activité immédiatement désirable, concrète, partagée. Son goût ultérieur pour les groupes et pour le travail avec d’autres musiciens prend place dans cette histoire, sans qu’il soit nécessaire d’y chercher une explication psychologique absolue.
La Liverpool des années 1950 est animée par le skiffle, le rhythm and blues, le rockabilly et les disques américains. Les répertoires circulent par les radios, les disquaires, les marins et les scènes locales. Le jeune Starkey ne grandit pas dans l’ombre de Lennon et McCartney : il appartient à la même génération musicale, mais suit son propre parcours. Il joue notamment avec Rory Storm and the Hurricanes, une formation reconnue sur le circuit du Merseyside, et gagne l’expérience de longues soirées où l’on doit faire danser une salle plutôt que briller devant un jury de virtuoses.
Le surnom « Ringo » renvoie à son goût des bagues ; « Starr » devient le nom de scène idéal pour annoncer un moment de batterie, le fameux « Starr Time ». Ce pseudonyme est souvent présenté comme une fantaisie légère. Il traduit aussi une intelligence du spectacle : savoir être reconnaissable, faire sourire, apparaître comme un personnage sans devoir se mettre au-dessus du groupe. Bien avant la Beatlemania, le batteur a compris que l’audience perçoit une prestation autant par son énergie que par sa difficulté technique.
Hambourg : l’école de l’endurance et de l’écoute
Les séjours à Hambourg, au début des années 1960, jouent un rôle essentiel dans la formation de plusieurs groupes de Liverpool. Les Beatles et Rory Storm and the Hurricanes partagent cet univers de clubs où les musiciens peuvent jouer durant de très longues plages horaires. Ringo y rencontre les futurs membres du groupe qu’il rejoindra plus tard. Les affinités sont celles de jeunes professionnels de la scène : ils connaissent les mêmes standards, les mêmes contraintes de volume sonore, la fatigue, la nécessité de maintenir l’attention d’un public parfois peu disposé à écouter avec recueillement.
Cette expérience explique mieux le choix de Ringo en 1962 que la formule du « hasard heureux ». Un groupe en pleine mutation cherche un batteur capable de lui donner de l’aplomb, de réagir rapidement et de supporter un calendrier de représentations. Ringo apporte une réputation déjà constituée, une connaissance des chansons et des habitudes de jeu des autres. Il n’arrive pas comme un débutant que l’on aurait installé derrière trois génies en attendant de voir ce qui se passerait. Il possède, à l’échelle de la scène locale, une légitimité de professionnel.
Il y a, bien sûr, une part de contingence dans toutes les biographies. Si une rencontre n’a pas lieu, si un musicien manque une audition, si le calendrier des studios change, la suite peut devenir différente. Mais réduire une carrière à cette contingence efface les compétences qui ont rendu la rencontre fructueuse. La chance peut ouvrir une porte ; elle ne suffit pas à expliquer des années de succès, des milliers d’heures de travail et un style immédiatement identifiable.
Août 1962 : pourquoi les Beatles choisissent Ringo plutôt que Pete Best
À l’été 1962, les Beatles se préparent à enregistrer pour Parlophone, sous la direction de George Martin. Le batteur de leurs débuts, Pete Best, est écarté. Le 16 août, Brian Epstein lui annonce son renvoi. Le 18 août 1962, Ringo joue pour la première fois comme membre officiel des Beatles, à Hulme Hall, Port Sunlight. La décision suscite une réaction défavorable chez certains admirateurs de Best. Elle n’a rien d’une substitution paisible ou unanimement accueillie.
Les raisons du départ de Best ont été racontées de plusieurs manières, selon les époques et les interlocuteurs. George Martin n’était pas convaincu par ce qu’il avait entendu en studio ; les autres Beatles avaient, de leur côté, une préférence musicale et humaine pour Ringo. Il serait trop simple d’attribuer l’ensemble de la décision à un seul homme ou à un seul critère. Le choix croise des considérations de jeu, de cohésion et d’avenir. Il serait tout aussi injuste de transformer ce changement en procès définitif de Pete Best, dont la place dans la première histoire du groupe reste importante.
L’épisode d’« Love Me Do » ajoute une difficulté intéressante. Le 4 septembre, Ringo joue sur une version du morceau. Le 11 septembre, le batteur de séance Andy White est appelé pour une autre prise, tandis que Ringo tient le tambourin sur cet enregistrement. Les différentes éditions du titre ont ensuite entretenu les confusions. L’existence de White ne démontre pas que Ringo était un imposteur : elle montre qu’en 1962 un producteur pouvait faire appel à un spécialiste de studio pour sécuriser un enregistrement, avant de découvrir pleinement les qualités du batteur que le groupe venait de recruter.
La question déterminante n’est donc pas : « Était-il dès le premier jour le meilleur batteur que George Martin eût entendu ? » Elle serait plutôt : « Pourquoi, une fois les séances lancées et le répertoire développé, le jeu de Ringo s’est-il imposé comme celui des Beatles ? » La réponse se trouve dans la progression rapide du groupe, dans la complicité avec la basse de McCartney et dans la capacité de Starr à créer des parties singulières au service de compositions en évolution permanente.
Il faut aussi restituer les autres musiciens dans ce choix. John, Paul et George ont eu la possibilité de faire entendre une préférence. Ils connaissaient la scène où Ringo avait travaillé. Lorsqu’ils le prennent avec eux, ils ne sélectionnent pas seulement un chronomètre humain : ils veulent un partenaire capable de suivre leurs accélérations, leurs plaisanteries, leurs idées en chantier et leurs changements d’humeur. L’histoire a abondamment raconté l’arrivée du « dernier Beatles » ; elle a moins souvent expliqué que la réussite des trois autres dépendait désormais, au quotidien, de sa présence.
Un premier enseignement sur les comparaisons
Dès l’entrée de Ringo dans le groupe, une chose frappe : il n’a pas à gagner une compétition de compositeurs pour justifier sa place. Il doit remplir une fonction d’ensemble que les trois autres jugent indispensable. Cela ne le met pas à l’abri des doutes, ni des blessures d’orgueil — l’année 1968 le montrera —, mais change la nature de son rapport au succès. Le batteur sait ce qu’il apporte parce qu’il l’a apporté avant les disques d’or et les grands hôtels. L’expérience du club précède l’icône.
Au fil de l’histoire, le public tend à penser les Beatles comme un monument immobile. En 1962, ils sont pourtant un groupe au travail, dépendant des circonstances, des répétitions et de l’équilibre de leurs tempéraments. La valeur de Ringo se lit d’abord dans ce mouvement collectif. Si l’on veut comprendre sa résistance ultérieure aux comparaisons, il faut partir de là : il ne se voit pas seulement comme celui que l’on applaudit moins. Il est celui avec qui le groupe a enfin trouvé sa forme.
Le son de Ringo : ce que l’on entend lorsque l’on cesse de chercher un solo
Le premier malentendu est technique. Dans beaucoup de discussions sur les grands batteurs, la virtuosité est mesurée au nombre de coups, à la vitesse, à la complexité des subdivisions ou à la longueur des solos. Ces qualités existent et peuvent être passionnantes. Elles ne sont toutefois ni les seules ni forcément les plus utiles dans un morceau de trois minutes. Les Beatles ont souvent demandé à leur batteur exactement l’inverse : installer une pulsation compréhensible dès les premières secondes, produire un climat, souligner une rupture, puis se retirer assez pour laisser la mélodie respirer.
On ne devrait pas confondre « jouer simple » et « jouer sans idées ». Une figure répétée peut être très facile à transcrire et beaucoup plus difficile à imaginer au bon endroit. Le problème posé à Ringo n’est pas toujours celui de la coordination de quatre membres. C’est celui de l’arrangement : quelle figure donnera à la chanson sa personnalité ? Le geste du batteur dépend aussi de la voix, de la basse, des guitares et de la prise de son. Les parties de Ringo deviennent réellement intelligibles si on les écoute comme des propositions d’orchestration.
Son jeu privilégie une relation physique avec le tempo. Les accents ne tombent pas comme des points posés par un logiciel, et c’est heureux. Dans de nombreux enregistrements des années 1960, les micro-variations de durée, la force variable des coups et l’attaque des cymbales construisent le sentiment de mouvement. Le mot « groove » peut devenir vague ; ici, il désigne la façon dont plusieurs instruments rendent un même rythme vivant. McCartney et Starr forment un couple basse-batterie qui s’écoute, se répond et parfois se contredit utilement.
Un autre détail contribue à la signature sonore de Ringo : la manière dont il utilise les toms. Dans plusieurs titres, ils servent moins à décorer la fin des phrases qu’à déplacer le centre de gravité du morceau. Ils annoncent le changement d’un paysage harmonique, ouvrent un espace sous une phrase vocale ou produisent une tension que la guitare ne saurait créer seule. Ce rôle dramatique devient particulièrement net dans les enregistrements de 1966 et 1967, mais il se prépare dans la période des concerts.
« I Saw Her Standing There » : la pulsation de la première urgence
Sur « I Saw Her Standing There », enregistré pour Please Please Me, l’énergie vient d’un mélange de rock’n’roll direct et de discipline d’ensemble. La basse de Paul McCartney, mobile et déjà très affirmée, pousse le morceau vers l’avant. La batterie ne cherche pas à concurrencer chaque note de cette ligne ; elle fournit un cadre où l’agitation devient dansante. La caisse claire assure les repères du temps fort ressenti, tandis que le jeu des cymbales et les relances donnent l’impression que le refrain peut surgir à chaque instant.
Écouter cette chanson, c’est se rappeler que le groupe n’est pas encore entré dans l’ère des montages complexes. L’efficacité doit tenir à quatre corps capables de produire immédiatement l’impact. Ringo ne possède pas le monopole de cette énergie : la voix, les guitares, le jeu de McCartney et la qualité des prises contribuent à la faire exister. Mais une batterie simplement placée au bon tempo sans cette nervosité rendrait le résultat moins tranchant. Elle traduirait la chanson ; elle ne la propulserait pas.
« All My Loving » : la constance derrière la course
« All My Loving », sur With The Beatles, propose un autre exercice. La guitare rythmique de Lennon y impose un mouvement extrêmement serré, presque continu. La tentation, pour un batteur désireux de se faire remarquer, serait de remplir chaque interstice. Ringo choisit au contraire une assise qui permet à la course de la guitare de rester lisible. La régularité n’est pas une absence de présence : elle est ce qui fait ressortir le travail des autres.
Cette qualité se remarque particulièrement si l’on compare la chanson à certaines reprises contemporaines. Lorsque la batterie accentue tous les déplacements, le morceau paraît plus démonstratif, mais aussi plus lourd. Dans la version des Beatles, il respire malgré sa vitesse. Le batteur donne une direction sans transformer chaque mesure en commentaire. On comprend alors pourquoi l’efficacité de Ringo a parfois trompé les auditeurs : ce qu’il fait paraît évident une fois que cela a été enregistré.
« I Feel Fine » : l’Afrique réinventée par la pop, sans folklore facile
Le motif de batterie d’« I Feel Fine », en 1964, attire l’oreille dès que la guitare introductive a fixé son idée. Les Beatles ont évoqué des influences de rythmes afro-latins et du travail de musiciens comme Ray Charles, dont les enregistrements avaient familiarisé les jeunes groupes britanniques avec des figures de percussion éloignées du strict rock binaire. Il faut se garder de transformer ces filiations en tableau simpliste d’appropriation ou de copie : elles rappellent surtout que le rock britannique se nourrissait d’un vaste réseau de disques, d’arrangements et d’imaginaires venus des États-Unis.
Dans ce contexte, Ringo ne joue pas seulement un accompagnement interchangeable. Les accents de toms et de caisse claire participent immédiatement à l’identification du titre. Le fameux effet de guitare à l’ouverture reste un jalon dans l’histoire de l’enregistrement ; la batterie, elle, explique pourquoi la chanson fonctionne une fois la surprise passée. À une époque où les rythmes des groupes à guitares sont souvent présentés comme uniformes, cette partie atteste d’un travail de caractérisation très précis.
« Ticket to Ride » : le motif qui fait tanguer le morceau
En 1965, « Ticket to Ride » donne à entendre un Ringo plus étrange que ne le suggère sa réputation. Son motif de batterie, irrégulier dans la façon dont l’auditeur perçoit les appuis, crée une sensation de balancement légèrement contrarié. Le morceau possède des guitares insistantes, une mélodie qui semble hésiter entre détachement et reproche, et un rapport au temps moins lisse que celui d’une pop conçue pour rassurer. La batterie y joue un rôle de premier plan.
Le fait que McCartney ait participé aux décisions d’arrangement ne doit pas être gommé. L’invention au sein des Beatles est souvent collective, parfois discutée longtemps après dans des souvenirs divergents. Faire de chaque élément spectaculaire une illumination isolée de Ringo serait aussi trompeur que de lui refuser toute initiative. L’important est que le motif existe sur l’enregistrement final, et que sa réalisation transforme la composition. La distinction entre « qui a suggéré » et « qui a fait sonner » est fondamentale dans une histoire honnête du groupe.
Le contraste entre la partie de batterie et la voix explique une grande part du charme du titre. Là où Lennon chante avec une forme de froideur mélodique, le rythme semble physiquement engagé. La tension émotionnelle n’est pas exprimée par un grand solo, mais par une façon d’empêcher la chanson de se poser confortablement. Pour mesurer la contribution de Starr, il suffit d’imaginer quelques mesures accompagnées par un rock binaire plus neutre. La chanson resterait identifiable ; elle perdrait un de ses caractères essentiels.
« In My Life » et « Norwegian Wood » : l’intelligence de la retenue
Les deux chansons de Rubber Soul éclairent une autre facette. « In My Life » ne demande pas une démonstration de batterie. Le texte nostalgique de Lennon, l’économie des voix et la parenthèse de clavier associée à George Martin commandent une attention délicate. Une batterie trop expansive écraserait le souvenir raconté. Ringo laisse le chant guider la perception du temps et intervient à l’intérieur d’une forme presque classique de chanson pop.
« Norwegian Wood (This Bird Has Flown) » pousse plus loin encore la question des couleurs. Avec la guitare acoustique et le sitar de George Harrison, le groupe fait entrer dans son univers des timbres qui appellent un autre type de réponse rythmique. Ce n’est plus l’urgence d’une salle de danse de Hambourg. C’est une miniature où les coups doivent s’inscrire dans un espace précisément dosé. L’économie instrumentale ne constitue pas une démission du batteur ; elle marque le passage du groupe à un art de l’arrangement dans lequel chaque son est pesé.
Une identité née de la contrainte : pourquoi sa manière de jouer n’est pas celle des autres
Les amateurs de batterie décrivent parfois Ringo à travers une particularité de geste liée à sa gaucherie. Le musicien, gaucher, a joué sur une batterie généralement disposée pour droitier. Cette organisation influence ses trajectoires et la façon dont ses mains trouvent des solutions. Il serait exagéré de prétendre que toute sa personnalité musicale découle d’une caractéristique physique ; on peut en revanche y voir un facteur parmi d’autres de ses enchaînements de toms et de certains déplacements moins attendus.
Le point mérite de dépasser l’anecdote. Un instrument n’est pas une machine transparente qui transforme automatiquement une idée en son. La taille du musicien, la disposition des éléments, la fatigue, les habitudes et les choix de baguettes modifient la phrase jouée. Deux batteurs peuvent lire exactement le même relevé rythmique et donner des interprétations sensiblement différentes. Les Beatles ont enregistré à une époque où la performance et la prise de son comptaient autant que l’écriture des parties ; le style personnel apparaissait donc à chaque mesure.
La qualité de l’accord avec McCartney est également déterminante. Dans les débuts, la basse se charge souvent de relier les accords par des lignes mobiles. Ringo, plutôt que de jouer systématiquement à l’unisson de ces mouvements, stabilise le cadre. Plus tard, lorsque Paul enrichit ses parties de basse, une conversation se met en place : le batteur peut marquer une attente tandis que la basse traverse la mesure, puis souligner le retour du groupe. Ce dialogue ne se résume pas à une hiérarchie où le compositeur dicterait et l’instrumentiste exécuterait.
La prise de son achève de donner sa valeur à cette personnalité. Les évolutions techniques des studios EMI, du quatre-pistes aux dispositifs plus élaborés, rendent les détails de batterie de plus en plus audibles. Une compression différente, l’éloignement ou la proximité des microphones, la réverbération, la vitesse de la bande et la manière de placer les instruments dans le mixage peuvent donner aux mêmes gestes des caractères opposés. Lorsque l’on célèbre le « son Ringo », on parle donc d’une rencontre : un musicien, des compositeurs, un producteur, des ingénieurs et une technologie.
Cette dimension collective protège l’analyse de deux erreurs symétriques. La première ferait du batteur une pièce secondaire dont le seul mérite serait de rester à l’heure. La seconde le transformerait en inventeur solitaire de toute la modernité rythmique des Beatles. Les enregistrements ne justifient ni l’une ni l’autre. Ils montrent un professionnel singulier, disposant d’un vocabulaire reconnaissable, placé dans un environnement exceptionnellement stimulant et capable d’y apporter des solutions déterminantes.
Le faux duel avec Keith Moon et John Bonham : comparer quoi, exactement ?
Les débats de fans opposent régulièrement Ringo Starr à Keith Moon des Who, John Bonham de Led Zeppelin, Charlie Watts des Rolling Stones ou Ginger Baker de Cream. Ils se déroulent comme si le but des quatre hommes avait été le même. Pourtant, leurs groupes, leurs répertoires et la place accordée à la batterie diffèrent profondément. Keith Moon construit une part de la dramaturgie des Who sur une agitation permanente et un rapport explosif aux ruptures. Bonham développe, dans Led Zeppelin, une puissance et une architecture de groove liées au blues électrique et au hard rock. Watts fait de la retenue et du placement une forme d’élégance très personnelle.
Ringo travaille dans un ensemble où les chansons changent rapidement de forme, de style et de besoins. Il peut passer d’un rock primitif à une ballade, d’une imitation country à une expérimentation de studio, d’une pulsation ostensiblement dansante à un paysage de sons presque abstrait. Le critère pertinent n’est donc pas : « Peut-il jouer un solo comme Bonham ? » Il est : « Sa batterie apporte-t-elle au morceau une présence musicale juste et singulière ? » La réponse, sur les meilleurs disques des Beatles, ne nécessite aucune indulgence.
L’absence relative de longs solos sur les albums du groupe reflète aussi un parti pris esthétique. Lennon et McCartney ne construisent pas leurs disques autour d’exploits individuels, mais de chansons et d’expériences d’arrangement. Le célèbre solo de batterie d’« The End », sur Abbey Road, constitue précisément un événement parce qu’il reste exceptionnel. Sa brièveté, son dessin et sa place dans le medley suffisent à produire une signature. Un musicien n’a pas besoin de remplir dix minutes de bande pour devenir mémorable.
Il faut également reconnaître que les préférences esthétiques restent légitimes. On peut préférer la violence de Moon, l’ampleur de Bonham ou la sécheresse de Watts sans diminuer Ringo. La question de la « supériorité » absolue ne se laisse pas réduire à un classement universel. Un auditeur cherchant des syncopes complexes pourra retenir d’autres noms. Un historien étudiant le son de la pop des années 1960 constatera en revanche que les interventions de Starr ont contribué à définir une grammaire reprise par d’innombrables groupes.
Les autres musiciens ne sont pas tenus de voter dans un palmarès unique pour reconnaître ce fait. En 2015, lorsque Paul McCartney présente Ringo au Rock & Roll Hall of Fame dans la catégorie « Musical Excellence », l’institution ne récompense pas une capacité à gagner des concours de vitesse. Elle reconnaît la valeur historique d’un jeu qui a marqué plusieurs générations. Cette distinction, différente de l’entrée des Beatles comme groupe en 1988, rappelle que le batteur possède une trajectoire et un apport évaluables pour eux-mêmes.
1966, l’année où l’argument du « simple accompagnateur » ne tient plus
Le printemps et l’été 1966 imposent un changement d’échelle. Avec « Paperback Writer », « Rain » et les séances de Revolver, les Beatles explorent des sonorités qui ne se confondent plus avec les recettes de leurs premiers disques. La scène devient moins centrale ; le studio est un instrument de composition à part entière. Les contraintes du concert, où tout devait être immédiatement reproductible, cèdent la place à une recherche sur les textures, la durée des sons et les effets de bande. Ringo reste derrière la batterie, mais l’instrument auquel il donne voix n’a plus tout à fait les mêmes contours.
Le plus remarquable est sa capacité d’adaptation. Certains batteurs excellent dans une formule et se révèlent moins convaincants lorsqu’on leur demande de changer brutalement de langage. Ringo accompagne chez les Beatles une succession très rapide de styles : soul revue à l’anglaise, rock énergique, country, psychédélisme, chanson introspective, emprunts à la musique indienne. Il ne possède pas une technique universelle lui permettant d’effacer toutes les frontières ; aucun musicien n’en possède. Il développe plutôt un ensemble de réponses pragmatiques qui donnent à chaque pièce la meilleure chance de fonctionner.
« Rain » : la partie de batterie que Ringo lui-même revendique
« Rain », face B de « Paperback Writer », offre sans doute l’exemple le plus convaincant d’une batterie à la fois virtuose et entièrement intégrée à une chanson. Enregistrée dans le contexte des séances de 1966, la pièce associe une sensation de pesanteur sonore à une mobilité rythmique extraordinaire. Les toms semblent agrandir l’espace, la caisse claire circule avec une autorité presque insolente, et la basse de McCartney répond en lignes denses. L’auditeur a l’impression d’un groupe très lourd et remarquablement souple à la fois.
Le recours à des manipulations de vitesse de bande participe à cette impression. Une performance enregistrée dans certaines conditions de tempo puis reproduite différemment ne produit pas exactement la même sensation que l’exécution directe à la vitesse finale. Le son des tambours est épaissi, leurs attaques modifiées. Mais la technologie n’invente pas les idées musicales. Elle amplifie la qualité d’une partie que le batteur a conçue et jouée. Opposer artificiellement talent instrumental et technique de studio reviendrait à méconnaître l’esthétique des Beatles à ce moment de leur carrière.
Ringo a lui-même cité « Rain » parmi ses prestations préférées. Dans un entretien repris par plusieurs publications en 2021, il expliquait avoir longtemps présenté ce titre comme un sommet personnel, en mentionnant aussi « Paperback Writer ». Cette préférence est précieuse parce qu’elle contredit l’image d’un homme incapable de juger son propre travail. Ringo n’ignore pas ce qu’il a accompli. Il sait identifier le disque où son jeu lui semble sortir de l’ordinaire, jusqu’à donner l’impression qu’un autre personnage aurait pris sa place à la batterie.
La chanson se prête à une écoute analytique. Il faut d’abord suivre la batterie seule, mentalement, sans chercher immédiatement le texte de Lennon. Puis réintroduire la basse. Enfin, écouter comment les voix et les instruments produisent ensemble l’illusion d’un mouvement lent, mais incessamment relancé. Les détails cessent d’être décoratifs : ils structurent la chanson. C’est précisément ce que rate l’opinion selon laquelle Ringo aurait été incapable de produire autre chose qu’un « boum-tchac » fonctionnel.
« Tomorrow Never Knows » : le rythme comme paysage mental
Sur « Tomorrow Never Knows », clôture de Revolver en 1966, la contribution de la batterie est d’une autre nature. Lennon souhaite un univers sonore inspiré par les recherches psychédéliques et les lectures spirituelles qui traversent alors son écriture. Le morceau combine une pulsation insistante, un bourdon harmonique, des boucles de bande et des transformations de timbre. Ringo ne remplit pas l’espace par des ornements : il pose un motif qui résiste au chaos apparent des éléments environnants.
Cette stabilité n’a rien de passif. Une grande part de l’effet hypnotique naît du contraste entre la répétition rythmique et les événements sonores qui passent autour d’elle. Le cerveau du public reconnaît le retour régulier de la batterie et peut, grâce à ce point fixe, percevoir plus intensément les bandes inversées, les fragments de sons et les textures mouvantes. Dans l’histoire ultérieure de la musique, de nombreux genres électroniques utiliseront ce principe d’un centre rythmique persistant sous un décor en transformation.
Parler de « préfiguration » demande de la prudence. Il ne s’agit pas de faire de Ringo l’inventeur solitaire de la techno ou du sampling, mais de remarquer que les Beatles de 1966 mettent en place certaines relations entre boucle, percussion et texture que l’on retrouvera sous d’autres formes. La performance du batteur appartient à un processus collectif où Lennon, McCartney, Harrison, George Martin et les ingénieurs participent chacun à l’édifice. Sans la batterie, le morceau perdrait pourtant son ancrage corporel et une part de son caractère de transe.
La comparaison entre « Rain » et « Tomorrow Never Knows » suffit à réfuter l’idée d’un style unique répété sans imagination. Dans l’un, Ringo introduit des déplacements et des rebonds presque exubérants. Dans l’autre, il renonce à cette mobilité pour installer un climat. Ce ne sont pas deux degrés de compétence, mais deux solutions esthétiques. Le bon choix ne consiste pas toujours à jouer davantage ; parfois, il consiste à répéter avec une conviction telle que l’arrangement entier puisse graviter autour d’un motif.
« She Said She Said », « Good Day Sunshine » : une polyvalence que les classements ignorent
Les autres titres de Revolver rappellent que le groupe ne se limite pas aux expérimentations les plus célèbres. « She Said She Said » fait entendre une batterie qui participe aux changements de tension et aux déplacements harmoniques de la composition. Le travail paraît organique, presque conversationnel. Les guitares et les voix donnent à la chanson une sensation de déséquilibre ; le rythme en accompagne les angles sans chercher à les redresser complètement.
Sur un morceau comme « Good Day Sunshine », la question est presque inverse. Il faut soutenir une bonne humeur pianistique, un swing qui regarde vers des formes plus anciennes de chanson populaire et des arrangements qui demandent de la légèreté. Là encore, la compétence ne se mesure pas à la quantité de coups joués. Il s’agit de proposer un terrain cohérent pour un vocabulaire musical différent. Les Beatles enregistrent dans une même période des pièces qui, sur le papier, sembleraient destinées à des formations distinctes.
Une histoire trop rapide de Ringo retient deux ou trois solos imaginaires et oublie cette plasticité. Or la polyvalence professionnelle constitue une qualité majeure. Lorsque l’on écoute les albums dans leur continuité, la batterie traverse des climats incompatibles sans que le groupe perde complètement son unité sonore. Starr fait partie des rares éléments qui accompagnent presque toutes ces métamorphoses. Cette continuité donne au catalogue une cohérence discrète, plus difficile à percevoir qu’un riff de guitare mais tout aussi précieuse.
1967 : « A Day in the Life » et l’art de faire raconter une histoire aux toms
Le 1er juin 1967, Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band paraît au Royaume-Uni. La date a acquis le statut d’un symbole, parfois au risque d’effacer la somme de séances, d’expérimentations et de décisions qu’elle recouvre. L’album est devenu l’emblème d’une pop qui ose emprunter au music-hall, à la musique classique, à l’Inde et à l’univers du studio. Ringo y occupe une place différente selon les titres : personnage chantant, moteur rythmique, coloriste ou gardien de l’espace.
« A Day in the Life » offre une démonstration particulièrement belle de sa contribution. La chanson commence dans un climat presque suspendu. La voix de Lennon paraît distante, les accords s’enchaînent sans urgence et le récit juxtapose des images de la vie ordinaire et de l’absurde. Lorsque les interventions de batterie prennent de l’ampleur, elles ne se contentent pas de marquer la mesure. Les roulements de toms semblent commenter l’émotion, accentuer un vertige, faire glisser l’auditeur d’une phrase à l’autre.
Ces descentes de toms ont souvent été décrites comme des interventions mélodiques. Le terme n’est pas absurde : même si les fûts ne produisent pas une ligne de notes comparable à celle d’un piano, leurs registres, leurs timbres et leurs enchaînements dessinent des contours reconnaissables. Le batteur paraît répondre à Lennon comme le ferait un autre instrument soliste. Il ne cherche pas à voler la vedette ; il élargit le sens de ce qui est chanté.
Il faut écouter la manière dont Ringo laisse des respirations entre ces phrases percussives. Son jeu n’est pas un remplissage continu. Il avance par événements : une attente, une relance, une retombée. Lors des célèbres montées orchestrales, la batterie cohabite avec un dispositif sonore qui cherche volontairement à déborder les cadres habituels de la chanson. Sur ce terrain mouvant, un batteur moins attentif aurait pu installer une routine ou, inversement, saturer tout l’espace. Ringo choisit de maintenir la tension sans la banaliser.
Un tel arrangement met en lumière une réalité souvent oubliée : les voix et les auteurs ne sont pas les seuls narrateurs d’une chanson. Un batteur peut raconter avec la dynamique, la densité et la durée. « A Day in the Life » fournit un cas d’école, non parce qu’il serait techniquement impossible à rejouer, mais parce que l’enregistrement original donne le sentiment qu’aucune autre partie ne serait aussi juste. Ce type d’évidence est précisément le résultat d’un savoir-faire.
« With a Little Help from My Friends » : le personnage et le musicien
Sur le même disque, Ringo chante « With a Little Help from My Friends », chanson conçue par Lennon et McCartney pour sa voix et pour le personnage de Billy Shears. L’interprétation est souvent associée à son charme, à son humour et à sa proximité avec le public. Mais l’épisode touche aussi à la question des comparaisons : les deux principaux auteurs lui donnent un morceau important dans l’économie de leur album le plus ambitieux, et l’enregistrement repose sur sa capacité à faire vivre une voix qui ne ressemble à aucune des leurs.
Ringo n’a jamais possédé l’étendue vocale de McCartney ni la manière tranchante de Lennon. En conclure qu’il ne devrait pas chanter serait passer à côté de son timbre, de sa diction et de son rapport au texte. La chanson évoque le soutien des amis et l’interdépendance. Dans le contexte des Beatles, cette idée prend une couleur particulière. Le chanteur n’est pas celui qui se proclame le plus fort ; il est celui qui assume de ne pas suffire à lui-même et qui transforme ce constat en invitation collective.
Les échanges entre les chœurs et la voix de Ringo dramatisent cette position. Le groupe ne disparaît pas pour laisser un soliste prouver sa valeur ; il construit autour de lui une scène miniature. La place du batteur est donc aussi une place sociale : celui auquel les autres font de la place, et qui rend cette place accueillante pour l’auditeur. Les grandes chansons des Beatles ne sont pas toujours celles dans lesquelles chaque membre démontre individuellement son habileté. Elles sont souvent celles où les différences cessent d’être un problème.
Le paradoxe du visage sympathique
Les films et les apparitions télévisées avaient installé depuis 1964 une image de Ringo à la fois mélancolique et drôle. Sa démarche, ses expressions et son sens de la réplique le distinguaient des autres. Cette popularité contribue à expliquer pourquoi le public le reconnaît immédiatement, mais elle nourrit aussi un piège. À force de considérer le musicien comme l’homme amusant du groupe, on finit par oublier que l’humour n’exclut ni la compétence ni la réflexion.
Dans A Hard Day’s Night, l’épisode consacré à ses pérégrinations solitaires montre une présence cinématographique très particulière. Ce n’est pas un hasard si les critiques ont souvent relevé ses dispositions naturelles à l’écran. Mais cette visibilité rend la caricature possible : l’acteur sympathique remplacerait le batteur supposé ordinaire. En réalité, les deux facettes procèdent d’une même qualité observable, le sens du moment. Dans un échange comique comme dans une mesure, Ringo sait souvent intervenir juste assez et au bon instant.
Son image publique l’a sans doute aidé à amortir certaines comparaisons, car le public attendait de lui une réponse humoristique. Elle a aussi pu rendre plus difficile la reconnaissance de son travail musical. Ce double effet explique une partie de sa singularité : être très célèbre, très aimé, et néanmoins présenté périodiquement comme le membre que l’on pourrait remplacer. C’est un paradoxe qu’une analyse sérieuse doit conserver, plutôt que de fabriquer un portrait sans ombre.
1968 : le jour où Ringo quitte les Beatles, preuve qu’il n’était pas insensible aux comparaisons
La thèse d’un Ringo Starr parfaitement imperméable au jugement d’autrui est séduisante. Elle permet de transformer sa vie en fable : trois géants obsédés par leurs ambitions, un quatrième tranquille parce qu’il se connaît. Mais le dossier historique oppose un démenti décisif à cette image trop lisse. Le 22 août 1968, au cours des séances du futur Album blanc, Ringo quitte les Beatles. Si son rapport au groupe avait été dépourvu d’insécurité, l’événement serait difficile à comprendre. En réalité, son départ démontre qu’il pouvait être blessé, éprouver un sentiment d’exclusion et juger la situation devenue intenable.
Les séances de 1968 mettent à rude épreuve la forme traditionnelle du groupe. Les chansons se multiplient, les ambitions individuelles grandissent, les horaires s’étirent. Lennon travaille de plus en plus souvent dans la proximité de Yoko Ono ; McCartney intervient fréquemment dans les arrangements ; Harrison cherche davantage d’espace pour ses compositions. George Martin lui-même ne dirige plus chaque minute des sessions comme dans les débuts. La technologie permet à un seul Beatle de construire une grande part d’un morceau, avec des collaborateurs variables. Le vieux réflexe des quatre musiciens réunis pour trouver ensemble la bonne prise n’est plus systématique.
Dans cette atmosphère, Ringo a le sentiment de ne plus trouver sa place. Le témoignage qu’il livre pour The Beatles Anthology, et qu’il répétera dans des entretiens, est particulièrement révélateur. Il raconte avoir pensé que les trois autres formaient désormais un bloc dont il était exclu. Or, lorsqu’il exprime ce sentiment séparément à ses camarades, il découvre que chacun a pu se sentir lui aussi à l’écart. Cette scène est essentielle : la crise n’oppose pas seulement un batteur marginalisé à trois créateurs unis. Elle montre un groupe dont les membres ne parviennent plus à mesurer correctement la solitude des autres.
La nuance change la lecture de l’événement. Ringo ne quitte pas les Beatles parce qu’il voudrait devenir Lennon ou McCartney. Il part parce que son utilité, ses liens et son plaisir de jouer ne lui semblent plus reconnus dans un travail quotidien qui s’est transformé. Le problème n’est donc pas l’envie d’obtenir davantage de crédits d’auteur. Il touche à l’appartenance. Être respecté n’est pas la même chose qu’être applaudi ; se sentir attendu au studio n’est pas équivalent à voir son visage sur une pochette.
« Back in the U.S.S.R. » : la batterie sans Ringo
La rupture survient au début du travail sur « Back in the U.S.S.R. ». Les Beatles poursuivent l’enregistrement en son absence. McCartney participe au jeu de batterie, avec des ajouts et ajustements lors des séances suivantes ; les souvenirs de certains témoins évoquent aussi le concours d’autres membres du groupe. Les crédits détaillés de cette piste ont alimenté les discussions, ce qui recommande de distinguer soigneusement le travail de base des overdubs et les reconstructions rétrospectives. Le résultat final fonctionne musicalement. Cela établit une chose importante : il serait faux de prétendre qu’aucun des trois autres ne pouvait tenir des baguettes.
Mais cet exemple n’autorise pas non plus la conclusion inverse, selon laquelle Ringo serait devenu inutile. Un musicien capable de jouer une partie de batterie sur un titre n’est pas automatiquement un remplaçant pour sept années d’arrangements, de concerts et de studio. McCartney sait jouer plusieurs instruments, et il le prouvera abondamment dans sa carrière solo. Les Beatles ne sont pourtant pas devenus un trio permanent avec Paul à la batterie. Une compétence ponctuelle et une place stable au sein d’un collectif ne sont pas identiques.
Le cas de « Dear Prudence », dont les premières séances se déroulent pendant l’absence de Ringo, montre encore mieux l’intérêt d’examiner les sources plutôt que de répéter un récit tout fait. Le groupe réussit à travailler et à produire de grands enregistrements pendant sa courte absence. Il n’en résulte pas que l’exclusion serait souhaitable, ni que les tensions seraient imaginaires. L’histoire du rock est pleine de disques réussis dans des circonstances humaines difficiles. La qualité d’un morceau ne suffit pas à mesurer l’état des relations entre ceux qui l’ont enregistré.
Les fleurs autour de la batterie : un geste de reconnaissance
Ringo revient au début du mois de septembre 1968, après une parenthèse en Méditerranée. Son récit évoque un message de ses camarades le qualifiant de meilleur batteur de rock’n’roll et lui demandant de rentrer. À son retour dans le studio EMI, il découvre sa batterie décorée de fleurs. L’initiative est associée à George Harrison et à Mal Evans, l’assistant du groupe, qui participe à sa mise en œuvre. Ce détail visuel est devenu l’une des images les plus touchantes de l’histoire de l’Album blanc.
Il est tentant de raconter la scène comme une guérison définitive. Les quatre musiciens se seraient réconciliés, les tensions auraient disparu et le groupe aurait retrouvé sa merveilleuse unité. La suite montre le contraire. L’Album blanc reste un chantier difficile, et la séparation se rapproche. Mais le geste possède une valeur réelle. Les autres reconnaissent que Ringo est attendu, qu’il leur manque et que sa place ne peut être réduite au simple exécutant qui reçoit un ordre de travail.
La formule « meilleur batteur de rock’n’roll » n’est pas à traiter comme un classement universel certifié par les Beatles. Son importance tient à la situation dans laquelle elle est formulée. Elle répond à un homme qui doute de son appartenance et de sa valeur au sein du groupe. Ce qui est vrai, documentable et historiquement fort n’est pas que les autres auraient rédigé le verdict définitif de l’histoire de la batterie. C’est qu’ils cherchent alors à ramener leur partenaire en lui rappelant sa singularité.
Cette scène offre peut-être la meilleure réponse à la question initiale. Comment Ringo gérait-il le sentiment d’être moins important ? Pas toujours en plaisantant, pas toujours en se taisant : parfois en partant, en mettant une limite, puis en revenant lorsque la reconnaissance redevenait possible. C’est beaucoup plus humain qu’un personnage condamné à sourire éternellement. Et c’est une histoire plus instructive pour les lecteurs que la légende d’un musicien dépourvu d’ego.
1969 : ce que les images de Get Back montrent réellement de Ringo
Les séances de janvier 1969 ont longtemps été perçues à travers le film Let It Be, sorti en 1970, puis à travers les multiples récits de la rupture. La série documentaire The Beatles: Get Back, réalisée par Peter Jackson à partir des images et enregistrements originaux, a compliqué cette mémoire. Elle donne accès à des heures de travail, d’ennui, de plaisanteries, de discussions et de moments de grâce. Le document n’efface pas les tensions : George Harrison s’absente un temps, les questions de direction deviennent plus visibles et la préparation du concert tourne parfois en rond. Mais l’atmosphère ne se résume pas à une hostilité permanente.
Ringo apparaît souvent comme une présence relativement stable. Il écoute, joue, attend les décisions, reprend. Son rôle a quelque chose de modeste au sens ancien du terme : il n’a pas besoin de commenter chaque proposition pour agir sur le résultat. Les caméras rendent cette attitude observable. Mais il serait dangereux d’en faire une preuve médicale ou psychologique de stabilité absolue. Nous regardons des images sélectionnées, montées et accompagnées d’un récit documentaire ; elles montrent des comportements, pas les pensées inaccessibles de leurs protagonistes.
Les moments les plus éclairants sont parfois les moins spectaculaires. Une chanson est commencée, interrompue, reprise avec un autre accent ; une plaisanterie détend la pièce ; un détail rythmique suffit à donner une direction au groupe. Le travail de Ringo consiste alors à convertir des idées encore flottantes en un mouvement commun. Il ne conduit pas l’écriture comme McCartney, ne lance pas les mêmes provocations que Lennon, ne revendique pas l’espace de composition de Harrison. Il apporte une continuité de jeu sans laquelle ces échanges resteraient des discussions entre guitaristes.
La stabilité n’est pas le pouvoir
Un point doit cependant être souligné : se montrer disponible ne signifie pas contrôler la situation. Ringo ne possède pas le pouvoir d’empêcher à lui seul la séparation. Le batteur ne peut résoudre les différends autour d’Apple, les choix de management, les ambitions individuelles ou les tensions personnelles qui s’accumulent. Les récits qui en font « la colle qui aurait dû sauver les Beatles » attribuent à un homme une responsabilité qu’aucun membre ne pouvait assumer seul.
Dire qu’il a contribué à la cohésion est raisonnable. Dire qu’il a maintenu à lui seul le groupe vivant jusqu’au dernier jour est une proposition plus forte, qui demande des preuves différentes. L’histoire des Beatles résiste aux explications monocausales : les relations se modifient selon les jours et les projets, les enjeux financiers s’ajoutent aux facteurs artistiques, et la vie privée de chacun entre de plus en plus dans le travail. Ringo peut faciliter la collaboration ; il ne peut remplacer les décisions collectives qui ne se prennent plus.
Le 30 janvier 1969, sur le toit : être batteur dans l’instant
Le concert improvisé sur le toit du siège d’Apple, au 3 Savile Row à Londres, le 30 janvier 1969, offre un terrain de comparaison idéal entre studio et scène. Les Beatles n’ont plus joué régulièrement devant un public depuis 1966. Le froid, le vent, les conditions matérielles et l’incertitude sur la durée de la prestation rendent la situation singulière. Pourtant, lorsque « Get Back », « Don’t Let Me Down », « I’ve Got a Feeling », « One After 909 » ou « Dig a Pony » prennent forme, on entend les réflexes d’un groupe qui s’est construit dans les clubs.
Dans « Get Back », la batterie se tient au cœur d’une machine rythmique comprenant la basse de McCartney, les guitares de Lennon et Harrison et le piano électrique de Billy Preston. Le groove paraît simple, mais chacun doit accepter un espace. Preston apporte une souplesse qui rappelle les racines rhythm and blues de la formation. Ringo doit soutenir la danse tout en conservant assez de liberté pour répondre aux relances et aux fins de prise. Le résultat n’est pas une démonstration de prestige, mais un très bel exemple de musique fonctionnant par écoute mutuelle.
La présence de Preston change également l’équilibre. Souvent présenté comme le « cinquième Beatle » de ces séances, le claviériste n’ajoute pas seulement un instrument. Son jeu crée un centre d’attention musical qui aide les autres à dépasser certaines tensions. Cette observation invite à nuancer la formule du « ciment émotionnel » associée exclusivement à Ringo. D’autres personnes, à d’autres moments, contribuent à restaurer la possibilité de jouer ensemble. Le mérite de Starr ne s’en trouve pas diminué ; il apparaît au sein d’une histoire de collaboration plus riche.
Au terme de la prestation, les policiers et les curieux sont entrés, eux aussi, dans la légende. Mais le véritable document musical reste le son de quatre musiciens qui savent encore travailler ensemble lorsque les conditions leur demandent de le faire. La batterie permet de sentir cette connaissance réciproque sans qu’il soit besoin de déclarations. Elle n’efface pas les problèmes ; elle montre que le langage commun survit parfois plus longtemps que l’organisation du groupe.
« Abbey Road » : la fin d’un groupe, non la fin du style de Ringo
Les séances d’Abbey Road, publié au Royaume-Uni le 26 septembre 1969, déplacent une dernière fois les paramètres. Les Beatles reviennent à un travail de studio plus structuré, bénéficiant d’installations modernisées et d’une ambition d’arrangement extrême. Le célèbre medley de la seconde face met en évidence la façon dont des fragments de chansons peuvent se soutenir mutuellement. Pour la batterie, le défi est délicat : assurer les transitions sans donner le sentiment d’un collage mécanique.
« Come Together », en ouverture de l’album, propose l’un des motifs les plus reconnaissables de la carrière de Ringo. La batterie y avance comme une créature nocturne, avec des toms, une caisse claire et des espaces qui constituent une véritable signature. La basse de McCartney et la voix de Lennon trouvent dans ce rythme une atmosphère à la fois souple et menaçante. On peut discuter les influences et les arrangements ; personne ne peut sérieusement réduire cette partie à un accompagnement standard.
À l’autre extrémité du disque, « The End » offre le solo de batterie que la légende de Ringo présente parfois comme son exception tardive. L’épisode prend place avant les échanges de guitares entre les trois autres Beatles. La mise en scène musicale est remarquable : chacun affirme sa voix instrumentale, mais le morceau reste un dialogue. Le solo n’a pas besoin d’établir un record de durée ou de vitesse. Il doit reconnaître le batteur comme partenaire au moment où le groupe s’approche de sa dissolution.
Il serait trop commode de lire l’intégralité de l’album comme un testament consciemment composé pour raconter la fin. Les musiciens ne disposent pas de la perspective que leur donnera l’histoire. Pourtant, le résultat laisse entendre une distribution de la parole particulièrement symbolique. Ringo ouvre le passage instrumental par les tambours, puis les guitares se répondent, avant que la musique ne revienne à une formule collective. Dans le disque achevé, le batteur est pleinement intégré à l’architecture de l’adieu.
Le fait qu’il n’ait pas écrit la majorité des chansons ne réduit pas cette participation. Dans « Come Together » comme dans « The End », sa contribution est suffisamment identifiable pour devenir une part du souvenir que conservent les auditeurs. Un bon test de l’importance d’un musicien consiste à demander ce qui manquerait à un enregistrement si l’on retirait sa prestation. Sur ces morceaux, la réponse est immédiate : une grande part de leur personnalité.
Deux chansons de Ringo, mais une empreinte sur tout le catalogue
Au sein du répertoire officiellement publié des Beatles, Ringo signe principalement « Don’t Pass Me By », sur l’Album blanc, et « Octopus’s Garden », sur Abbey Road. Ces compositions ne rivalisent pas par leur ambition harmonique avec les pièces les plus élaborées de Lennon, McCartney ou Harrison. Elles révèlent pourtant des goûts qui existaient depuis longtemps : une affection pour la country, une écriture directe, des refrains accessibles, un mélange de fantaisie et de mélancolie.
« Don’t Pass Me By » sonne comme l’expression d’un univers personnel, jusque dans son apparente naïveté. « Octopus’s Garden » naît, selon le récit du musicien, d’une conversation sur les pieuvres pendant le séjour qu’il effectue après sa rupture temporaire avec les Beatles. La chanson devient un refuge imaginaire, un espace sous-marin où le narrateur rêve de se mettre à l’abri. L’image peut faire sourire ; elle prend un sens plus riche si on la replace dans une année de fatigue et de conflits.
Pour autant, juger Ringo uniquement à travers ces deux titres serait une erreur de méthode. Une discographie de groupe possède plusieurs formes d’auteur : les compositeurs, les arrangeurs, les interprètes et les artisans du son. Les distinctions sont utiles pour établir les crédits, mais elles ne dessinent pas une échelle fixe de valeur. La contribution de Ringo aux Beatles se mesure dans son corpus de prestations, pas seulement dans le petit nombre d’œuvres enregistrées sous son nom.
Après la séparation : ne pas chercher à devenir un second Lennon
En 1970, la séparation des Beatles impose une nouvelle question à chacun des quatre musiciens. Lennon peut travailler sous son propre nom et pousser plus loin la dimension personnelle de son écriture. McCartney doit reconstruire la liberté de faire des disques à l’écart de son ancien partenaire. Harrison, dont le répertoire a été longtemps moins représenté sur les albums du groupe, découvre l’ampleur de la place qu’il peut occuper seul. Pour Ringo, le problème est différent. Comment bâtir un chemin crédible sans posséder ni le tandem de composition Lennon-McCartney ni la réserve de chansons de Harrison ?
La réponse ne consiste pas à imiter les ambitions de ses anciens camarades. Son premier album solo, Sentimental Journey, paraît au Royaume-Uni le 27 mars 1970. Il réunit des standards de la chanson populaire et du répertoire pré-rock. La décision a souvent surpris : alors que la presse attendait des Beatles de nouvelles expérimentations et que les tensions de leur séparation alimentaient les commentaires, le batteur propose des chansons que sa famille connaissait. Le geste peut sembler rétrograde. Il prend une cohérence si l’on se rappelle que Ringo a toujours revendiqué une relation affective, et non doctrinaire, aux styles musicaux.
Il ne cherche pas à publier un manifeste artistique sur la fin des Beatles. Il célèbre une mémoire, des voix, des mélodies antérieures à la révolution pop dont il est devenu l’un des visages. L’album n’est pas considéré comme un sommet critique de sa discographie, et il serait absurde de le présenter comme tel pour compenser les moqueries. Mais il marque une orientation durable : l’ancien batteur ne veut pas prouver qu’il pourrait écrire un « A Day in the Life » à lui tout seul. Il préfère interpréter des pièces qui correspondent à son timbre et à ses souvenirs.
« Beaucoups of Blues » : Nashville avant la mode du retour aux racines
Quelques mois plus tard, Beaucoups of Blues, publié en septembre 1970, marque un déplacement radical. Ringo enregistre à Nashville avec le producteur et steel-guitariste Pete Drake et des musiciens familiers de la country. Le titre, avec son calembour franco-anglais, ne doit pas faire oublier la sincérité de la démarche. Dès l’époque des Beatles, son goût pour Buck Owens, Carl Perkins et les chansons country avait fourni au groupe une couleur que Lennon et McCartney ne cultivaient pas de la même façon.
La country est souvent associée, dans le récit de la pop britannique, à un passé que les groupes auraient dû dépasser. Pour Ringo, elle constitue au contraire un territoire de continuité. Les chansons parlent de relations humaines, de perte, de promesses, de fatalisme parfois souriant. Leur efficacité repose sur la personnalité du chanteur plus que sur la recherche d’une technique vocale spectaculaire. Le timbre de Ringo, légèrement voilé, direct, volontiers proche de la conversation, y trouve une place naturelle.
Le disque connaît un succès commercial modeste comparé aux attentes suscitées par le nom Beatles. Il démontre néanmoins que Starr ne choisit pas son répertoire uniquement pour se mesurer aux classements de ses amis. Beaucoup de ses décisions de carrière paraîtront, vues de loin, irrégulières. Certaines aboutissent à des échecs artistiques ou économiques ; d’autres ouvrent des voies fécondes. On ne peut les comprendre si l’on suppose qu’un seul objectif l’aurait guidé : devenir le plus grand auteur de l’après-Beatles.
« It Don’t Come Easy », « Photograph » : Ringo prouve qu’il peut avoir ses propres succès
Il serait toutefois faux de présenter sa carrière solo comme une succession d’hommages à des styles anciens. Le single « It Don’t Come Easy », sorti en 1971, constitue un véritable succès pop et l’un des titres emblématiques de sa discographie. George Harrison a joué un rôle déterminant dans sa réalisation. La chanson, avec son refrain direct et son mélange de confiance et d’effort, permet à Ringo de s’installer dans les classements sans renoncer à sa personnalité. Elle confirme également une constante : l’ancien Beatle aime travailler avec d’autres musiciens plutôt que construire une image de créateur autosuffisant.
L’entourage musical compte énormément dans cette réussite. Il ne faut pas en conclure que les collaborateurs seraient les « véritables » artistes et que Ringo se contenterait d’apposer son nom sur le disque. Le rock et la pop sont remplis de grands chanteurs-interprètes dont les œuvres dépendent d’auteurs, d’arrangeurs et de producteurs. La contribution consiste à choisir les bonnes personnes, faire exister une chanson dans sa voix, participer à l’identité de l’enregistrement et savoir quand une prise fonctionne. Ces compétences sont trop souvent négligées dans les récits consacrés aux anciennes vedettes de groupes mythiques.
« Photograph », composé avec Harrison et publié en 1973, atteint la première place du classement américain des singles. Son succès est révélateur. La chanson possède une ampleur mélodique et un lyrisme qui dépassent l’image du chanteur de fantaisie. Elle parle du souvenir et de l’absence ; avec le recul, sa réception sera naturellement transformée par les morts successives de Lennon et Harrison. Il ne faut pas confondre l’intention originelle du morceau et les émotions que son histoire ultérieure lui attachera, mais cette capacité à accueillir de nouvelles significations explique une part de sa longévité.
Le disque Ringo, publié en 1973, occupe une place particulière dans les années postérieures à la séparation. Les quatre anciens Beatles y participent d’une manière ou d’une autre, sans enregistrer tous ensemble un morceau réunissant le quatuor. L’album devient ainsi l’occasion d’une proximité musicale qui ne débouche pas sur une réunion officielle. Il serait trompeur de vendre cet épisode comme la reformation secrète des Beatles ; il témoigne plutôt du fait que les relations individuelles et les possibilités de collaboration survivent à la dissolution de l’entreprise commune.
« You’re Sixteen », reprise d’une chanson antérieure, rencontre à son tour un grand succès américain. « Oh My My » complète une période où Ringo apparaît comme une vedette pop à part entière. À cet instant, la comparaison automatique avec Lennon et McCartney ne résiste guère à l’évidence : le batteur a su toucher le grand public avec des disques signés de son nom. Il n’a pas besoin de posséder exactement la même stature de compositeur que les autres pour disposer d’une carrière reconnue.
Les liens avec John, Paul et George : une solidarité sans fiction de réconciliation générale
Les parcours des quatre hommes après 1970 ne dessinent pas un réseau d’amitié toujours harmonieux. Les désaccords financiers, les procès, les prises de position publiques et les blessures nées de la séparation changent selon les périodes. Ringo occupe pourtant souvent une position particulière : il travaille avec Harrison, participe à des séances de Lennon et entretient, malgré les hauts et les bas, des relations avec McCartney. Cette disponibilité ne signifie pas qu’il serait l’unique membre capable de pardonner. Elle traduit une conception de la musique comme activité partagée, qui peut se poursuivre au-delà des ruptures institutionnelles.
Sa présence à la batterie sur John Lennon/Plastic Ono Band, enregistré en 1970, fournit l’un des exemples les plus frappants. Avec Lennon et Klaus Voormann, il contribue à un son volontairement dépouillé, très éloigné des productions luxuriantes de la fin des Beatles. Sur « Mother », « I Found Out » ou « Well Well Well », la batterie donne du poids à une musique fondée sur l’exposition émotionnelle. Elle n’essaie pas de maquiller la douleur par des ornements. Ce type de retenue est parfois plus difficile à réussir qu’un arrangement complexe.
On retrouve ici la distinction entre modestie sonore et effacement artistique. Ringo fournit à Lennon un environnement rythmique dans lequel la voix peut se montrer nue, agressive ou fragile. L’album aurait pu être enregistré avec un autre batteur talentueux, mais sa sonorité aurait alors été différente. Le fait que Lennon ait souhaité ce type de collaboration après la séparation constitue un témoignage plus concret sur son estime musicale que n’importe quelle plaisanterie tardivement attribuée à l’ancien Beatle.
Ringo et Harrison partagent aussi des affinités avec le rockabilly, la country et l’univers de Carl Perkins. Dans les années 1970 et au-delà, ces goûts communs donnent lieu à des apparitions et des travaux qui dépassent la simple nostalgie des Beatles. Le souvenir du groupe reste présent, mais il ne représente pas l’unique contenu de la relation. Cette continuité artistique montre qu’un collectif peut se dissoudre sans abolir toutes les complicités qui l’ont rendu possible.
Le revers de la célébrité : lorsque le personnage souriant ne suffit plus
Les succès de 1973 et 1974 ne garantissent pas une trajectoire régulière. À mesure que les années passent, les ventes deviennent plus incertaines, les collaborations varient et certains albums reçoivent un accueil réservé. Ringo’s Rotogravure, Ringo the 4th, Bad Boy ou Old Wave appartiennent à une période que les rétrospectives traitent souvent à la hâte. L’image du bon camarade, qui facilite les invitations dans les studios et les soirées, peut aussi empêcher de mesurer les difficultés personnelles qui se développent à cette époque.
Le contexte musical a changé. Le disco, le punk, la new wave puis les transformations de la production des années 1980 redessinent les attentes. Un artiste associé aux Beatles peut bénéficier d’une reconnaissance immédiate et subir simultanément le poids de son passé. Tout nouveau disque est entendu à travers la légende, puis jugé décevant s’il ne recrée pas une émotion comparable. Cette asymétrie concerne les quatre ex-Beatles, mais elle est particulièrement rude pour Ringo, à qui certains critiques avaient refusé dès l’origine une véritable ambition artistique.
Il faut aussi reconnaître les limites de certains albums. Des arrangements datés, des choix de répertoire discutables ou des chansons moins convaincantes ne disparaissent pas parce que l’on souhaite réparer une injustice faite au batteur. La défense sérieuse de Ringo n’a pas besoin de prétendre que chaque disque solo serait indispensable. Elle consiste à expliquer son œuvre dans sa variété, à distinguer les réussites des impasses et à mesurer les efforts de réinvention. Une carrière longue est rarement un progrès continu ; elle comporte des périodes où l’artiste peine à trouver la bonne forme.
Dans la vie privée, la consommation d’alcool prend une place inquiétante. Les témoignages rétrospectifs du musicien et des articles contemporains établissent que les années 1980 ont été marquées par une dépendance importante. C’est un chapitre qui demande retenue et précision. On ne doit pas réduire une personne à cette difficulté ni la transformer en argument pour expliquer mécaniquement chaque échec musical. Ringo a néanmoins lui-même décrit l’isolement qu’il ressentait et les effets de cette période sur son travail et sur ses relations.
1988 : la décision de se soigner avec Barbara Bach
En 1988, Ringo Starr et son épouse Barbara Bach entreprennent ensemble un traitement pour leur problème d’alcool. La presse de l’époque, notamment le Los Angeles Times, documente leur séjour dans un établissement spécialisé en Arizona et le retour du musicien en Grande-Bretagne à la fin de novembre. Le fait de s’appuyer sur des articles contemporains, plutôt que sur une légende reconstruite des décennies après, permet de fixer l’événement dans une chronologie. Il ne s’agit pas d’une parenthèse pittoresque avant la tournée suivante, mais d’une décision importante dans une vie devenue difficile.
Ringo a ensuite parlé de cette période sans chercher à en faire un motif de gloire. Son humour demeure, mais il ne remplace pas le sérieux du sujet. Le sens de la survie que l’on peut reconnaître dans son parcours prend ici une dimension concrète : demander de l’aide, accepter un soin, transformer ses habitudes et construire une continuité. Il n’existe pas de preuve que son enfance malade aurait « causé » cette faculté de rebond. Ce que l’on peut constater, c’est que son existence a comporté plusieurs moments où la vulnérabilité ne pouvait être ni cachée ni résolue par la célébrité.
Cette rupture avec l’alcool ouvre une nouvelle phase publique. L’année suivante, Ringo remonte sur scène dans une formule qui mettra longtemps à définir son identité d’artiste. Il serait réducteur de raconter le rétablissement comme une simple préparation au spectacle : la santé ne vaut pas seulement pour la productivité qu’elle permet. Mais le retour à une activité musicale régulière donne à cette étape biographique un prolongement visible. Celui qui, pendant plusieurs années, semblait avoir du mal à retrouver sa place recommence à faire ce qu’il aime depuis Liverpool : jouer avec un groupe.
Ce que la comparaison avec les autres Beatles masque dans ce parcours
Observer la vie de Ringo uniquement sous l’angle du classement des talents conduit à manquer l’essentiel de cette séquence. Lennon a connu une trajectoire créative marquée par l’affirmation de son indépendance puis interrompue par son assassinat en 1980. McCartney a reconstruit un groupe, Wings, avant de multiplier les formes de carrière solo. Harrison a exploré une œuvre personnelle, la production et des projets collectifs. Ringo, lui, connaît des succès radiophoniques, des échecs, des collaborations, une dépendance puis un nouveau départ.
Il n’existe pas de méthode sérieuse pour hiérarchiser ces vies comme on comparerait quatre performances lors d’une compétition sportive. Les œuvres peuvent être étudiées, les ventes relevées, les choix critiqués. Mais la valeur d’un parcours humain n’est pas réductible à une suite de positions dans le hit-parade. Une partie de la force publique de Ringo tient peut-être au refus de transformer chaque étape de sa biographie en démonstration contre les autres. Lorsqu’il revient sur scène en 1989, il ne demande pas que l’on efface les Beatles. Il construit un espace où l’ancien groupe cesse d’être une prison.
1989 : l’All-Starr Band, ou comment Ringo transforme la comparaison en compagnie
Lorsque Ringo Starr lance sa première tournée avec l’All-Starr Band en 1989, il ne crée pas un groupe de jeunes inconnus chargés d’accompagner une légende. Il rassemble des musiciens qui possèdent chacun un passé, des chansons et une réputation : Joe Walsh, Billy Preston, Dr. John, Nils Lofgren, Clarence Clemons, Rick Danko, Levon Helm ou Jim Keltner figurent dans l’entourage de cette première aventure. Le projet répond à une idée simple, presque ancienne : des artistes reconnaissables jouent ensemble, partagent les titres et renouent avec le plaisir de la scène.
La formule surprend ceux qui attendent d’une vedette qu’elle occupe chaque minute du concert. Ringo chante, joue de la batterie, présente ses partenaires, puis leur laisse interpréter leurs propres succès. Cette circulation de la lumière relève à la fois de l’intelligence musicale et de l’intelligence du spectacle. Le public obtient davantage qu’un récital consacré à un seul catalogue ; les musiciens peuvent se détendre dans un répertoire où chacun a quelque chose à défendre ; le leader ne porte pas seul la responsabilité de toutes les chansons de la soirée.
On a parfois interprété ce système comme un habile moyen de contourner les limites de Ringo chanteur. La remarque contient une part de logique pragmatique : son catalogue solo, aussi riche soit-il, n’appelle pas forcément un concert organisé sur le modèle de celui de McCartney. Mais elle manque l’essentiel. Une formule peut être artistiquement pertinente précisément parce qu’elle épouse les qualités de son initiateur. Le goût de Starr pour la convivialité, son aisance à présenter les autres et son rapport non possessif au répertoire deviennent ici les principes d’un spectacle durable.
Le premier All-Starr Band réunit aussi plusieurs batteurs. La présence de Levon Helm ou de Jim Keltner n’a rien d’un aveu d’insuffisance. Elle autorise une pluralité d’arrangements, elle permet à Ringo de chanter devant son propre groupe sans être constamment assis derrière les fûts et elle installe la batterie comme instrument de dialogue. Dans un monde obsédé par le classement du « meilleur », inviter des musiciens réputés à partager sa scène représente une manière élégante de déplacer la question.
Un orchestre de vedettes sans concours de vedettes
Le mot « All-Starr » fonctionne comme un clin d’œil au nom de scène de Ringo, mais son jeu de mots dévoile un programme : tout le monde doit pouvoir apparaître comme une vedette à son tour. Selon les éditions, la composition change et le spectacle intègre des noms issus du rock, de la pop, du rhythm and blues ou de la musique progressive. Les spectateurs viennent retrouver quelques chansons de Starr, mais aussi les titres associés aux autres participants. Cette structure permet au projet de rester vivant sans dépendre d’une production de nouvel album tous les deux ans.
La comparaison avec les tournées solo des autres Beatles devient alors peu pertinente. McCartney a constitué des groupes de scène au service de son répertoire, en mélangeant les chansons de Wings, les succès solo et une partie de l’œuvre des Beatles. Harrison, lors de ses rares aventures scéniques, a abordé d’autres relations entre musique, amis et spiritualité. Ringo fait de la tournée un principe de partage des répertoires. Les différences ne disent pas qui a gagné : elles montrent comment chaque ancien membre réinvente son rapport à un passé qui ne peut être supprimé.
Le projet comporte pourtant des contraintes artistiques réelles. Il faut construire une dramaturgie à partir de titres de provenance très différente, trouver des transitions cohérentes, éviter que la soirée se transforme en défilé nostalgique et maintenir la qualité d’ensemble malgré les renouvellements de personnel. La figure du batteur qui rassemble devient alors aussi celle d’un maître de cérémonie. Sa force repose moins sur l’autorité verticale que sur une capacité à faire coexister des individualités.
La place du public : le droit de venir pour les Beatles
Ringo ne demande pas aux spectateurs d’oublier qui il était dans les années 1960. Au contraire, ses concerts accueillent les chansons associées aux Beatles et les souvenirs qu’elles suscitent. Ce rapport tranquille à l’héritage mérite d’être distingué d’une simple exploitation commerciale du passé. Une chanson connue du public n’est pas disqualifiée parce qu’elle a cinquante ou soixante ans. Elle peut devenir, à chaque interprétation, le lieu d’un nouveau rassemblement.
Pour un artiste qui a passé sept années dans un phénomène culturel aussi puissant, refuser systématiquement de jouer les titres anciens serait une décision esthétique possible, mais nullement une preuve supérieure d’authenticité. Ringo choisit une autre route. Le public peut aimer les Beatles, aimer les musiciens invités et découvrir des morceaux de sa carrière personnelle sans devoir décider lequel de ces attachements serait légitime. La nostalgie, lorsque les interprètes restent présents et engagés, n’interdit pas la vie musicale.
Cette façon de faire réduit aussi une pression qui a souvent pesé sur les ex-membres du groupe : chaque concert serait supposé réinventer la révolution de 1963. Ringo ne prétend pas que ses nouvelles prestations effaceront Revolver ou Abbey Road. Il propose une expérience de musique partagée. Ce n’est pas un recul devant le génie de ses anciens partenaires, mais la formulation d’une ambition différente, plus proche de ses premiers apprentissages dans les clubs.
L’humour de Liverpool : un bouclier, pas une explication totale
Le comportement public de Ringo Starr donne souvent l’impression qu’il répond aux questions difficiles par le trait d’esprit. Son accent de Liverpool, ses expressions familières, sa manière de dégonfler les situations et son signe de paix font partie de son personnage. Les interviews ont ainsi tendance à opposer le Ringo souriant à des Lennon, McCartney ou Harrison réputés plus complexes. Là encore, l’opposition est trop nette pour être historiquement satisfaisante. Lennon pouvait être tendre, McCartney drôle, Harrison caustique ; Ringo pouvait être blessé ou agacé.
L’humour possède toutefois une fonction sociale observable. Une plaisanterie permet de répondre sans entrer dans la compétition imposée par la question. Si un journaliste demande à Ringo s’il regrette de ne pas avoir écrit autant de chansons que McCartney, la prémisse contient déjà une hiérarchie. Une réponse légère peut refuser cette hiérarchie sans donner une leçon. Elle permet de maintenir la conversation dans un espace que le musicien contrôle, où l’ironie remplace l’autojustification interminable.
La difficulté, pour l’historien, consiste à ne pas transformer chaque sourire en signe d’une paix intérieure totale. Les personnes publiques mettent en scène des aspects de leur caractère, et la durée de leur carrière rend certains gestes emblématiques. Le signe des deux doigts, associé au message « Peace and Love », ne prouve pas que Ringo n’a plus jamais connu de colère. Il signale qu’il a choisi de mettre en avant une attitude. Entre un comportement public constant et une personnalité sans contradictions, il existe une différence essentielle.
On peut toutefois défendre une hypothèse raisonnable : l’humour a aidé Ringo à éviter la position défensive dans laquelle les comparaisons auraient pu l’enfermer. Au lieu d’exiger que chaque interview reconnaisse son rang dans une échelle imaginaire, il s’appuie sur les chansons, sur l’ancien groupe et sur ses activités présentes. C’est une manière de refuser de vivre dans le commentaire permanent de sa propre réputation. Pour un homme souvent résumé par une caricature, le choix n’est pas négligeable.
Le besoin de reconnaissance n’est pas une faiblesse de caractère
L’épisode de 1968 révèle précisément la limite de l’image de la confiance absolue. Ringo a eu besoin d’entendre que les autres l’aimaient et voulaient le revoir. Plus tard, le succès d’un album, la chaleur d’un concert, l’amitié de ses collaborateurs ou la reconnaissance d’une institution ont pu jouer leur rôle. Il n’est pas nécessaire de nier ces besoins pour admirer son parcours. La confiance adulte n’est pas l’absence de doutes ; elle peut se manifester dans la manière de les traverser.
Cette distinction aide à comprendre pourquoi Ringo a continué de travailler malgré les critiques. Il n’a pas toujours ignoré ce que l’on disait de lui. Il a construit une activité dans laquelle le jugement des autres ne décide pas à lui seul de son identité. Quand un album reçoit de mauvaises critiques, il ne cesse pas nécessairement de jouer ; lorsque la gloire des Beatles menace de réduire sa carrière à une note de bas de page, il reconstitue un groupe ; lorsqu’il rencontre une difficulté personnelle grave, il choisit un traitement puis revient sur scène.
Rien de tout cela ne donne accès à un « secret psychologique » définitif. Les documents permettent de raconter des décisions et des comportements. Ils ne permettent pas de diagnostiquer rétrospectivement les mécanismes intimes d’un homme que l’on connaît surtout par ses œuvres et ses entretiens. Une bonne enquête doit accepter cette frontière. Elle peut dire que Ringo a souvent refusé les hiérarchies imposées ; elle ne peut prétendre mesurer avec certitude tout ce qu’il ressentait lorsqu’elles lui étaient rappelées.
Paul McCartney et Ringo Starr : la continuité d’une relation de travail exceptionnelle
À mesure que les décennies passent, la relation entre Paul et Ringo devient l’un des principaux fils visibles reliant le présent à l’histoire des Beatles. Les deux hommes ont vécu un niveau de notoriété impossible à reproduire, partagé les clubs, les tournées, les studios, les films, les conflits et la séparation. Leur langage commun n’est pas réductible aux souvenirs. Il repose sur une expérience musicale concrète : McCartney connaît les réflexes du batteur, Starr sait comment Paul bâtit une chanson et tous deux savent ce qu’il faut parfois laisser au hasard de l’interprétation.
Leurs retrouvailles sur scène attirent toujours l’attention. Le public y voit naturellement la survivance d’une époque. Mais ces rencontres ont une valeur plus intéressante si on les observe comme des collaborations actuelles. Elles montrent des musiciens âgés qui retrouvent des morceaux anciens sans chercher à reconstruire exactement le son de vingt ans. La musique reste vivante parce qu’elle est encore jouée, ajustée, ressentie. Le geste peut être simple ; son effet est démultiplié par la connaissance de ce que les deux hommes ont partagé.
La reconnaissance formulée par McCartney lors de l’entrée de Ringo au Rock & Roll Hall of Fame en 2015 appartient à cette continuité. Qu’un ancien partenaire vante son ami n’est pas, à lui seul, une expertise neutre ; l’affection est évidente. Mais il serait tout aussi étrange d’écarter son témoignage au motif de cette proximité. McCartney a une expérience directe incomparable du travail avec Starr. Sa parole doit donc être lue comme une source située, précieuse, à confronter aux enregistrements et à d’autres jugements de musiciens.
La différence entre les deux carrières reste considérable et il n’y a aucune raison de la dissimuler. McCartney est l’un des auteurs-compositeurs les plus prolifiques du rock ; Ringo a construit une identité d’interprète, de batteur, de chanteur et d’animateur de collaborations. Leur proximité ne suppose pas une égalité dans chaque domaine. Elle rappelle qu’un groupe peut réunir des talents complémentaires dont l’importance ne se mesure pas à l’aide d’un seul instrument de comparaison.
La mort de John Lennon et de George Harrison : le poids d’un cercle devenu plus petit
L’assassinat de John Lennon en décembre 1980 puis la mort de George Harrison en novembre 2001 ont changé la signification de toutes les apparitions réunissant les deux Beatles survivants. Chacun porte à sa manière une mémoire qui n’est plus entièrement partageable à quatre. Cette situation a rendu les rencontres entre Ringo et Paul particulièrement émouvantes pour les admirateurs, mais elle leur impose aussi un rôle public involontaire : celui de témoins vivants d’une histoire dont l’immensité culturelle dépasse désormais les individus.
Ringo ne peut répondre à chaque question sur Lennon ou Harrison en produisant un récit nouveau. Certains souvenirs deviennent des classiques de l’entretien, d’autres restent privés, et la curiosité du public ne crée pas un droit illimité à l’intimité. Son humour et son désir de parler de musique actuelle peuvent ainsi être interprétés autrement : non comme un refus du passé, mais comme le besoin légitime de ne pas se voir réduit à un monument commémoratif.
Le maintien d’un dialogue avec McCartney ne constitue pas non plus une preuve que toutes les blessures de l’histoire des Beatles auraient été effacées. Les relations humaines sont plus complexes que les formules destinées à la presse. Les retrouvailles visibles sont réelles, l’attachement peut l’être aussi, sans que le public soit en mesure de juger tous les détails d’une amitié vieille de plus de soixante ans. Respecter cette complexité permet d’écrire une histoire des Beatles plus adulte et moins dépendante des mythologies de fans.
De la reconnaissance tardive à l’actualité de 2026 : Ringo n’est pas seulement un souvenir
Une carrière aussi longue invite à distinguer deux phénomènes : la reconnaissance patrimoniale d’un ancien Beatle et l’activité présente d’un musicien. La première relève de l’histoire culturelle ; la seconde demande de suivre des disques, des tournées, des collaborations et leurs résultats. Ringo Starr possède les deux. La nostalgie liée aux Beatles explique une partie de l’intérêt que lui portent les médias, mais elle n’épuise pas la réalité d’un artiste qui continue à enregistrer bien au-delà de quatre-vingts ans.
En 2015, son entrée individuelle au Rock & Roll Hall of Fame, dans la catégorie « Musical Excellence », constitue une reconnaissance institutionnelle de son apport. Les Beatles avaient déjà été admis comme groupe en 1988. Cette seconde cérémonie est donc significative : elle invite à considérer la place de Starr comme musicien au-delà de la seule appartenance au quatuor. Paul McCartney participe à son introduction, inscrivant l’hommage dans une histoire de collaboration qu’aucun historien extérieur ne saurait connaître de l’intérieur avec une précision équivalente.
Trois ans plus tard, Ringo devient chevalier lors des distinctions britanniques de 2018. Sir Richard Starkey appartient dès lors à cette catégorie singulière d’artistes populaires que les institutions nationales célèbrent pour leur contribution culturelle. Le titre honorifique peut faire sourire lorsqu’on repense au garçon de Liverpool marqué par les séjours à l’hôpital. Il n’atteste pas, bien entendu, d’une supériorité musicale mesurable ; il montre que la société britannique ne voit plus simplement en lui le compagnon comique des deux grands auteurs du groupe.
« Now and Then » en 2023 : une dernière collaboration sans reconstitution impossible
La publication de « Now and Then », en novembre 2023, redonne une actualité singulière aux quatre Beatles. Le morceau repose sur une maquette de Lennon et sur un travail entamé par les survivants dans les années 1990, avec la participation de Harrison, avant d’être achevé à l’aide de techniques plus récentes. McCartney et Starr contribuent à la version finale. L’événement est parfois présenté comme une réunion miraculeuse, mais il faut distinguer la réunion symbolique de quatre contributions enregistrées à des époques différentes d’une séance où les quatre musiciens se seraient retrouvés physiquement ensemble.
Pour Ringo, cette participation montre une continuité particulièrement forte. Son rôle ne consiste pas à revendiquer la place centrale dans l’écriture du titre. Il apporte sa présence, sa voix, sa batterie et son histoire à un projet dont la charge affective est immense. La possibilité même de compléter une chanson de Lennon sans réduire l’ensemble à un montage impersonnel repose, en partie, sur la reconnaissance des gestes et des sonorités associés aux anciens membres.
La technologie est ici le moyen d’un travail éditorial et musical, non un substitut à l’histoire. On peut discuter les choix artistiques du disque ou la manière dont sa communication a utilisé la formule de « dernière chanson des Beatles ». Mais la présence de Ringo permet une forme de passage entre l’enregistrement originel et le présent. Pour approfondir les étapes de cette réalisation, Yellow-Sub.net propose son enquête sur « Now and Then » et les quatre Beatles.
2025-2026 : la country comme fil rouge plutôt que comme reconversion opportuniste
Le 10 janvier 2025 paraît Look Up, album country produit et largement coécrit par T Bone Burnett. Ringo y retrouve un langage qu’il explore depuis les années 1960 et qu’il avait déjà affirmé avec Beaucoups of Blues. L’album réunit notamment Billy Strings, Molly Tuttle, Larkin Poe, Lucius et Alison Krauss. L’intérêt du projet ne vient pas seulement du prestige des invités. Burnett construit autour de la voix et du jeu de Starr un environnement musical où les racines country ne sont ni une plaisanterie ni un costume de circonstance.
Le succès de Look Up relance l’attention portée à son œuvre récente. Il atteint notamment la première place du classement britannique des albums country, une performance à ne pas confondre avec une première place du classement général des albums. Cette distinction peut paraître tatillonne ; elle est indispensable pour que la reconnaissance ne se transforme pas en publicité approximative. Une grande partie de la crédibilité d’une chronique repose sur ce genre de précision.
Le 24 avril 2026, Starr publie Long Long Road, nouvelle collaboration avec T Bone Burnett. Le disque compte dix titres et accueille, parmi d’autres, Sheryl Crow, St. Vincent, Billy Strings, Molly Tuttle et Sarah Jarosz. Ce retour rapide confirme que Look Up n’était pas simplement une excursion isolée. La country demeure un des lieux les plus naturels de son identité d’interprète : une musique de récit, de rythme, de mémoire et de compagnonnage. Le titre même du projet, « long, long road », prend la valeur d’un autoportrait sans prétention grandiose.
L’album n’exige pas du public qu’il le compare systématiquement au dernier disque de Paul McCartney ou aux grands albums solo de Harrison et Lennon. Il demande d’être entendu pour ce qu’il propose : un chanteur âgé, entouré de musiciens de plusieurs générations, qui travaille sur des formes familières et cherche à les rendre vivantes. On peut apprécier davantage certains titres que d’autres, trouver les arrangements plus convaincants que l’écriture, ou regretter l’absence de surprises radicales. Ce sont des critiques de musique, autrement plus intéressantes qu’un concours imaginaire entre les quatre Beatles.
En 2026, Ringo a quatre-vingt-six ans. Cette donnée modifie inévitablement la réception de ses disques : chaque album est commenté comme la preuve remarquable d’une longévité. Pourtant, s’arrêter à son âge revient à lui retirer une nouvelle fois sa qualité d’artiste. Le sujet n’est pas seulement qu’il continue ; c’est la manière dont il continue. La constance du travail collectif, la préférence pour certains répertoires et la place accordée à la chanson traversent plus de six décennies sans que tout y soit identique.
Pourquoi les batteurs professionnels réévaluent son héritage
Les classements de lecteurs et les discussions sur les réseaux sociaux ont longtemps privilégié les solos, la puissance sonore et l’habileté immédiatement visible. Les musiciens de studio, les batteurs de groupes et les enseignants de la batterie ne jugent pas toujours selon ces critères. Beaucoup insistent sur la régularité, le placement, l’écoute et la faculté de fournir à une chanson une forme identifiable. Le débat autour de Ringo est devenu un cas d’école : il montre à quel point une performance peut être influente sans paraître techniquement spectaculaire à un public non spécialiste.
Le Boston Globe a ainsi consacré en octobre 2022 un article à la façon dont plusieurs batteurs jugent sa contribution. L’un des témoignages, celui de Liberty DeVitto, ancien accompagnateur de Billy Joel, insiste sur le caractère fondateur de son jeu pour les générations suivantes. Il ne s’agit pas d’accepter automatiquement toute louange d’un confrère : les musiciens célèbres possèdent leurs préférences et leurs fidélités. Mais ces évaluations sont utiles pour déplacer le débat des plaisanteries vers les choix instrumentaux que l’on peut réellement entendre.
Ringo a laissé des modèles de partie : le balancement de « Ticket to Ride », la densité de « Rain », le battement hypnotique de « Tomorrow Never Knows », les phrases de toms d’« A Day in the Life », l’atmosphère de « Come Together ». Les apprentis batteurs peuvent rejouer ces motifs et découvrir que la difficulté ne réside pas nécessairement dans leur transcription. Elle tient au son, au dosage des accents, à l’espace laissé entre les notes, à la relation avec la basse et à l’émotion suscitée. C’est un enseignement central du jeu de Starr.
On peut également réévaluer son travail en le comparant non à celui de grands solistes, mais à des batteurs dont la réputation repose sur l’intelligence du morceau : Charlie Watts, Al Jackson Jr., Earl Palmer, Hal Blaine ou Jim Keltner. Chacun possède un vocabulaire et un parcours différents ; les regrouper ne revient pas à les rendre identiques. Cela permet simplement de rappeler qu’une grande partie de l’histoire de la musique enregistrée a été façonnée par des percussionnistes qui pensaient en termes d’arrangement, de groove et de soutien aux interprètes.
Et si le public avait confondu simplicité d’écoute et facilité d’exécution ?
Le succès d’une chanson pop dépend souvent du fait que ses éléments paraissent naturels. L’auditeur n’a pas à compter les mesures pour être entraîné. Le batteur qui produit cette impression risque alors de voir son travail considéré comme facile. C’est un paradoxe général de la musique populaire : les détails les plus décisifs sont parfois ceux qui ne réclament aucune attention consciente. Lorsque le jeu est juste, il s’intègre si profondément à la chanson qu’on ne pense plus à le détacher.
On le constate en écoutant des reprises. Certaines reproduisent parfaitement les accords et les paroles, mais donnent au morceau une sensation différente, plus rigide ou plus démonstrative. La batterie originelle n’est pas le seul facteur de cet écart, cependant elle joue souvent un rôle majeur. Ringo n’a pas écrit les paroles d’« A Day in the Life » ; sa façon de répondre à la voix a contribué à inscrire l’enregistrement dans la mémoire. L’effet n’est pas moindre parce qu’il ne figure pas sur une ligne de crédit d’auteur.
Ce qu’il faut retenir des comparaisons entre Ringo et les autres Beatles
Il est possible de répondre clairement à la question qui traverse ce dossier. Ringo Starr n’a pas échappé aux comparaisons en prouvant qu’il était un compositeur plus important que Lennon, McCartney ou Harrison ; il a progressivement construit sa vie et sa carrière autour d’une autre définition de la réussite. Cette définition fait une place décisive à l’utilité musicale, à la fidélité à certains goûts, à l’humour et au plaisir du collectif. Elle n’est pas une absence d’ambition. Elle correspond à une ambition spécifique : être reconnu pour ce que l’on apporte réellement.
Les faits obligent cependant à refuser le portrait d’un homme toujours sûr de lui. La rupture de 1968 montre qu’il a souffert d’un sentiment d’exclusion. Les difficultés de la carrière solo et les années marquées par l’alcool témoignent d’un parcours qui n’a rien d’un long sourire ininterrompu. Le redémarrage de 1989, les collaborations maintenues et le travail accompli jusque dans les années 2020 montrent la possibilité d’une reconstruction. Ces éléments rendent son histoire plus solide que la simple affirmation selon laquelle il aurait « gagné » une compétition à laquelle il n’aurait jamais voulu participer.
Dans les Beatles, chacun a été irremplaçable d’une manière différente. Lennon, McCartney et Harrison ont donné au groupe une formidable variété d’écritures et de visions. Ringo a fourni, avec eux, une présence rythmique, un humour et une intelligence des chansons qui ont contribué à l’identité du quatuor. Aucun historien sérieux ne peut démontrer ce que seraient devenus les Beatles avec un autre batteur dans un univers alternatif. Les disques, eux, sont là : ils constituent le document d’une rencontre précise entre quatre musiciens, et non la preuve d’une hiérarchie définitive entre les êtres humains.
La meilleure manière de rendre justice à Ringo consiste donc à cesser d’exiger qu’il soit un autre Beatle. Il n’a pas à être Lennon pour avoir compté, ni McCartney pour être musical, ni Harrison pour posséder une personnalité. Il a été le batteur de chansons dont la contribution se découvre en réécoutant les enregistrements, et l’artiste qui a trouvé, après une histoire collective incomparable, la possibilité de continuer à jouer en son nom. Le secret n’est pas une invulnérabilité miraculeuse : c’est un travail de longue durée pour faire coïncider sa place publique avec ce qu’il aimait faire.
Questions fréquentes sur Ringo Starr, son talent et sa place dans les Beatles
Ringo Starr était-il vraiment le moins bon musicien des Beatles ?
Il n’existe pas de classement objectif entre les quatre Beatles, dont les spécialités étaient différentes. Lennon, McCartney et Harrison étaient notamment guitaristes, chanteurs et compositeurs ; Ringo était avant tout batteur, chanteur et interprète. Sa contribution est particulièrement manifeste sur « Rain », « A Day in the Life », « Come Together » ou « Tomorrow Never Knows ». Le qualifier de moins bon musicien parce qu’il a signé moins de chansons confond l’écriture avec l’interprétation.
John Lennon a-t-il dit que Ringo n’était même pas le meilleur batteur des Beatles ?
Aucun enregistrement authentifié ne permet d’attribuer cette réplique à John Lennon. Une version apparaît dans l’émission humoristique radiophonique Radio Active en octobre 1981, après la mort de Lennon, avec la voix de Philip Pope. Le chercheur Mark Lewisohn a documenté cette antériorité en 2018. La citation doit donc être présentée comme une plaisanterie apocryphe, et non comme l’opinion de Lennon sur son partenaire.
Pourquoi Ringo Starr a-t-il quitté les Beatles en 1968 ?
Le 22 août 1968, pendant les séances de l’Album blanc, Ringo quitte temporairement le groupe. Il a raconté s’être senti exclu et mal à l’aise dans un climat de tensions personnelles et artistiques. Les trois autres poursuivent momentanément le travail. Il revient au début du mois de septembre, encouragé par ses camarades, et retrouve sa batterie décorée de fleurs.
Quel est le meilleur enregistrement de batterie de Ringo Starr ?
Il n’existe pas de réponse universelle, mais Ringo a lui-même souvent cité « Rain », enregistré en 1966, parmi ses performances préférées. Les spécialistes évoquent également les parties d’« A Day in the Life », « Ticket to Ride », « Tomorrow Never Knows », « Come Together » et « The End ». Chaque morceau illustre une qualité distincte : invention, atmosphère, retenue ou placement.
Ringo Starr a-t-il écrit des chansons pour les Beatles ?
Oui. Deux compositions principalement attribuées à Ringo figurent dans le catalogue officiel des Beatles : « Don’t Pass Me By » sur The Beatles, dit l’Album blanc, en 1968, et « Octopus’s Garden » sur Abbey Road, en 1969. Son apport musical ne se limite pas à ces crédits : il a joué de la batterie sur la très grande majorité des enregistrements du groupe.
Pourquoi a-t-il créé l’All-Starr Band en 1989 ?
Ringo voulait retrouver le plaisir de jouer en concert dans un cadre collectif. L’All-Starr Band rassemble des artistes reconnus qui alternent ses succès et leurs propres chansons. La formule lui permet de chanter, de jouer de la batterie et de partager la scène sans construire toute la soirée autour d’un seul répertoire. Elle est devenue l’une des marques les plus durables de sa carrière après les Beatles.
Ringo Starr fait-il encore de la musique en 2026 ?
Oui. Après l’album country Look Up, paru le 10 janvier 2025, il a publié Long Long Road le 24 avril 2026, tous deux produits et largement conçus avec T Bone Burnett. Le second réunit notamment Sheryl Crow, St. Vincent, Billy Strings, Molly Tuttle et Sarah Jarosz. Ringo Starr a 86 ans depuis le 7 juillet 2026.
Repères documentaires et prolongements de lecture
Les faits et les interprétations de ce dossier ont été confrontés aux archives des Beatles, à des témoignages de musiciens et à des publications spécialisées. Pour le point controversé de la fausse citation de Lennon, voir la présentation du travail de Mark Lewisohn et de l’extrait de Radio Active ; pour l’arrivée de Starr chez EMI en 1962, l’historien Gordon R. Thompson revient sur les séances dans un article publié par Oxford University Press.
Le départ temporaire de 1968 et le retour de Ringo sont notamment documentés par les archives officielles des Beatles consacrées à l’enregistrement de l’Album blanc. La distinction de 2015 peut être vérifiée auprès du Rock & Roll Hall of Fame. Le développement de l’All-Starr Band est retracé dans la biographie publiée par Ringo Starr. Enfin, son actualité discographique de 2026 est documentée par l’annonce officielle de Long Long Road du 24 avril 2026.
Sur Yellow-Sub.net, on pourra poursuivre cette enquête avec le dossier consacré à l’enfance de Ringo Starr et ses hospitalisations, l’analyse de « Love Me Do », entre Pete Best, Ringo et Andy White, l’étude de sa participation à John Lennon/Plastic Ono Band, et son entretien autour de Long Long Road, Rory Storm et « Come Together ». Ces prolongements montrent que le parcours de Ringo mérite une documentation autonome, à la hauteur de celle consacrée aux trois autres Beatles.












