Maureen Cox, la première femme de Ringo Starr

Elle n’a jamais écrit de livre, presque jamais donné d’interview, et pourtant on l’entend sur deux disques des Beatles. Maureen Cox Starkey, née Mary Cox à Liverpool le 4 août 1946 et morte à Seattle le 30 décembre 1994, a été pendant dix ans l’épouse de Ringo Starr et la mère de ses trois enfants, Zak, Jason et Lee. Coiffeuse en apprentissage, habituée du Cavern Club à quinze ans, mariée à dix-huit ans en pleine Beatlemania, elle a vécu au premier rang les années les plus folles du groupe : Help!, Rishikesh, l’Album blanc, le concert sur le toit d’Apple, la séparation. C’est à elle que Paul McCartney lance le célèbre “Thanks, Mo” à la fin de Get Back, et c’est pour ses enfants qu’il écrira Little Willow après sa mort.

Cette biographie de Maureen Cox Starkey reprend sa vie dans l’ordre : l’enfance à Liverpool, la rencontre avec Ringo, le mariage de Caxton Hall, la vie d’épouse de Beatle dans le Surrey, les enfants, les années de crise, le divorce de 1975, la seconde vie aux côtés d’Isaac Tigrett, le fondateur du Hard Rock Cafe, la maladie et la mort. Elle comprend aussi une fiche d’identité, des citations sourcées, une chronologie, une FAQ, et les erreurs les plus répandues, corrigées une à une.

En bref — Maureen Cox Starkey en dix points

  • Naissance : Mary Cox, le 4 août 1946 à Liverpool, fille unique de Joseph Cox, steward dans la marine marchande, et de Florence Barrett.
  • Surnoms : elle se fait appeler Maureen dès l’adolescence ; ses proches l’appellent “Mo”.
  • Métier : apprentie dans un salon de coiffure de Liverpool, Ashley du Pré, avant que la célébrité de Ringo ne l’oblige à arrêter.
  • Rencontre : au Cavern Club, en 1962 ; elle a quinze ou seize ans, Ringo vingt-deux.
  • Mariage : le 11 février 1965, à 8 heures du matin, à Caxton Hall, à Londres, avec Brian Epstein pour témoin.
  • Enfants avec Ringo : Zak (1965), Jason (1967) et Lee (1970).
  • Sur les disques des Beatles : les chœurs de The Continuing Story of Bungalow Bill (1968) et le “Thanks, Mo” de Paul McCartney sur Let It Be.
  • Divorce : prononcé le 17 juillet 1975.
  • Seconde vie : compagne à partir de 1976, puis épouse en 1989, d’Isaac Tigrett, cofondateur du Hard Rock Cafe ; une fille, Augusta, née en 1987.
  • Décès : le 30 décembre 1994 à Seattle, à quarante-huit ans, des suites d’une maladie de la moelle osseuse, entourée de ses enfants, de sa mère, de son mari et de Ringo Starr.

Fiche d’identité de Maureen Cox Starkey

Les données ci-dessous sont établies à partir des biographies de référence des Beatles, des archives de presse et des notices encyclopédiques. Elles servent de repère pour toute la suite de l’article.

Nom de naissance Mary Cox
Noms d’usage Maureen Cox, Maureen Starkey, Maureen Starkey Tigrett ; “Mo” pour ses proches
Naissance 4 août 1946, Liverpool (Angleterre)
Décès 30 décembre 1994, Seattle (États-Unis), à 48 ans
Parents Joseph Cox, steward de navire ; Florence Cox, née Barrett
Profession Apprentie coiffeuse et manucure chez Ashley du Pré, à Liverpool
Époux Ringo Starr (1965-1975) ; Isaac Tigrett (1989-1994)
Enfants Zak Starkey (1965), Jason Starkey (1967), Lee Starkey (1970), Augusta King Tigrett (1987)
Résidences Liverpool ; Londres (Montagu Square) ; Weybridge (Sunny Heights) ; Elstead ; Highgate ; Tittenhurst Park ; Los Angeles
Traces discographiques Chœurs de The Continuing Story of Bungalow Bill (1968) ; “Thanks, Mo” sur Get Back (Let It Be, 1970)
Chanson écrite en sa mémoire Little Willow, Paul McCartney, album Flaming Pie (1997)

Maureen Cox Starkey en quelques chiffres

Quelques repères permettent de mesurer à quel point la vie de Maureen a été précipitée par la célébrité de Ringo.

  • 15 ans : son âge lorsqu’elle devient une habituée du Cavern Club ; elle en a seize quand sa relation avec Ringo commence, à l’automne 1962.
  • 18 ans : son âge le jour de son mariage, le 11 février 1965.
  • 22 jours : le temps écoulé entre la demande en mariage du 20 janvier 1965 et la cérémonie de Caxton Hall.
  • 11 jours : le temps écoulé entre le mariage et le départ de Ringo pour le tournage de Help! aux Bahamas.
  • 19 ans : son âge à la naissance de Zak, son premier enfant.
  • 10 ans et 5 mois : la durée de son mariage avec Ringo, de février 1965 à juillet 1975.
  • 5 adresses : le nombre de domiciles du couple entre 1965 et 1973, de Montagu Square à Tittenhurst Park.
  • 2 disques des Beatles : l’Album blanc, où elle chante dans les chœurs, et Let It Be, où Paul McCartney la remercie.
  • 39 ans : son âge lorsqu’elle devient grand-mère, en 1985.
  • 4 enfants : Zak, Jason, Lee et Augusta.
  • 48 ans : son âge à sa mort, le 30 décembre 1994, et non 47 comme on le lit souvent.

Liverpool, 1946-1961 : l’enfance de Mary Cox

Une fille unique dans le Liverpool d’après-guerre

Mary Cox naît le 4 août 1946 à Liverpool, un an après la fin de la Seconde Guerre mondiale. La ville porte encore les cicatrices du Blitz, qui a frappé le port avec une violence rarement égalée en Grande-Bretagne. Elle est l’unique enfant de Joseph Cox et de Florence Barrett. Son père est steward dans la marine marchande : il sert à bord des navires qui relient Liverpool au reste du monde, et notamment à l’Amérique.

Ce détail compte. Les marins de Liverpool, surnommés les “Cunard Yanks”, rapportent de New York des disques de rhythm and blues, de country et de rock’n’roll introuvables en Angleterre. C’est dans cette ville portuaire, ouverte sur l’Atlantique, que naîtra quelques années plus tard le Merseybeat. Mary Cox grandit dans le même milieu ouvrier et populaire que Richard Starkey, de six ans son aîné, né en 1940 dans le quartier du Dingle. Les deux futurs époux viennent du même monde.

L’école du couvent

Mary est scolarisée dans une école catholique tenue par des religieuses, comme beaucoup de filles de familles irlandaises ou catholiques de Liverpool. Elle quitte l’école à quatorze ans, l’âge où la plupart des enfants de son milieu entrent dans la vie active à la fin des années 1950. Les rares anecdotes qui nous sont parvenues sur cette période, rapportées notamment par l’Américaine Chris O’Dell, qui deviendra son amie, dessinent une adolescente coquette et décidée, qui transforme son uniforme pour le rendre plus élégant et veut apprendre à fumer “comme il faut”.

Ashley du Pré : apprentie coiffeuse

À sa sortie de l’école, elle entre comme apprentie dans un salon de coiffure du centre de Liverpool, Ashley du Pré. Selon les sources, elle y est apprentie coiffeuse ou apprentie manucure ; dans un salon de l’époque, la distinction est mince, et les débutantes passent de l’un à l’autre. Elle apprend le métier, se fait une clientèle et développe un goût sûr pour la mode : cheveux noirs, frange très droite, maquillage soigné. Son allure frappera tous ceux qui la croiseront dans les années 1960.

De Mary à Maureen, puis à “Mo”

C’est à cette époque qu’elle abandonne son prénom de baptême. Mary devient Maureen, un prénom qu’elle juge plus moderne. Pour ses amis, elle devient vite “Mo”, ou parfois “Mitch”. Ce changement de nom est un geste discret mais révélateur : à l’heure où Richard Starkey se transforme en Ringo Starr, la jeune Liverpudlienne se réinvente elle aussi, à son échelle. Elle gardera ce surnom de “Mo” toute sa vie, jusque sur un disque des Beatles.

Le Cavern Club et la rencontre avec Ringo (1961-1962)

Une habituée du Cavern à quinze ans

Au début des années 1960, la jeunesse de Liverpool a un lieu de rendez-vous : le Cavern Club, une ancienne cave d’entrepôt du 10 Mathew Street, où les groupes de la ville se produisent à l’heure du déjeuner et le soir. Les employées de bureau et les apprenties du centre-ville y passent leur pause de midi. Maureen, quinze ans, devient une habituée. Elle y voit les Beatles, mais aussi tous les autres groupes de la scène locale, dont Rory Storm and the Hurricanes, le groupe dont Ringo est alors le batteur. Pour l’histoire du lieu, voir notre guide du Cavern Club de Mathew Street.

Avant Ringo, Maureen fréquente un autre musicien des Hurricanes, le guitariste Johnny Byrne, connu sur scène sous le nom de Johnny Guitar. Elle n’est donc pas une inconnue tombée du ciel dans l’entourage d’un Beatle : elle appartient déjà au petit monde du Merseybeat, où tout le monde se connaît.

Un autographe, puis une danse

Ringo rejoint les Beatles le 18 août 1962, en remplacement de Pete Best. La version la plus fiable de la rencontre est aussi la plus simple : Maureen lui demande un autographe au Cavern ; quelques semaines plus tard, il la remarque et l’invite à danser. Leur relation commence à l’automne 1962. Elle a seize ans à peine, il en a vingt-deux. Les témoins de l’époque décrivent un couple assorti : lui séduit par son allure et son caractère, elle trouvant chez lui un garçon drôle, simple et sans prétention, aux antipodes de l’image de star qu’il est en train d’acquérir.

Pour le parcours de Ringo avant cette rencontre, de ses longues années d’hôpital à son arrivée chez les Beatles, voir Ringo Starr, l’enfant d’hôpital et la biographie complète de Ringo Starr.

Correctif factuel — “Johnny Brynne”, le baiser et le mot “groupie”

Trois erreurs circulent sur cette période. Le premier petit ami de Maureen est souvent appelé “John Brynne” : il s’agit d’une coquille pour Johnny Byrne, alias Johnny Guitar, guitariste des Hurricanes. L’anecdote selon laquelle elle aurait embrassé Paul McCartney et Ringo le même soir, sur un pari, n’est confirmée par aucun des intéressés et doit être tenue pour une légende. Enfin, le mot “groupie”, parfois employé pour la décrire, est anachronique : il ne s’impose qu’à la fin des années 1960, et Maureen était en 1962 une adolescente de Liverpool qui allait écouter les groupes de sa ville, comme des milliers d’autres.

Aimer un Beatle en secret (1962-1964)

La doctrine du célibat

En 1963, les Beatles deviennent le phénomène que l’on sait. Leur manager, Brian Epstein, impose alors une règle stricte : aux yeux du public, les quatre garçons doivent paraître disponibles. John Lennon est marié depuis août 1962 à Cynthia Powell et père d’un petit Julian depuis avril 1963, mais cette union est tenue aussi discrète que possible. Maureen se retrouve dans la même situation : elle existe, mais pas pour la presse. Sur le rôle de Brian Epstein dans la carrière du groupe, voir notre portrait de Brian Epstein, le cinquième Beatle.

Cette discrétion imposée façonne durablement sa personnalité publique. Elle n’accordera presque jamais d’interview, et toute sa vie elle laissera les autres parler à sa place. On présente souvent ce trait comme de la timidité ; il est aussi le produit d’une consigne apprise à seize ans.

La jalousie des fans

Le secret ne tient pas longtemps à Liverpool. Les admiratrices de Ringo apprennent vite qui est sa petite amie, et Maureen en paie le prix. Elle reçoit des menaces, et, selon le reportage du journaliste Hunter Davies paru dans le magazine Life en 1968, une rivale la griffe au visage. La pression devient telle qu’elle doit renoncer à travailler au salon de coiffure. Contrairement à une idée reçue, Maureen n’a donc pas “abandonné son métier” par confort : elle a dû y renoncer parce que la célébrité de Ringo rendait sa vie quotidienne impossible.

Grèce, 1963 ; îles Vierges, 1964

Deux voyages marquent ces années de fiançailles informelles. En septembre 1963, Maureen part en Grèce avec Ringo, Paul McCartney et sa compagne Jane Asher, avec l’autorisation de ses parents. En mai 1964, après la conquête de l’Amérique et le tournage de A Hard Day’s Night, Ringo l’emmène dans les îles Vierges ; cette fois, ses parents l’apprennent par les journaux. La Beatlemania a changé d’échelle, et la vie privée des musiciens devient un sujet de presse à part entière.

Juin 1964 – février 1965 : de l’hôpital à la demande en mariage

L’hospitalisation de Ringo

Le 3 juin 1964, à la veille d’une tournée mondiale qui doit conduire les Beatles au Danemark, aux Pays-Bas, à Hong Kong et en Australie, Ringo s’effondre pendant une séance photo à Londres. Le diagnostic tombe : amygdalite aiguë et forte fièvre. Il est hospitalisé, et le groupe part sans lui, avec un batteur de remplacement, Jimmie Nicol. L’épisode est l’un des plus durs de la carrière de Ringo, qui se voit soudain remplaçable. Voir notre article sur Jimmie Nicol, le Beatle d’un été.

Pendant toute son hospitalisation, Maureen vient le voir chaque jour. Plusieurs biographes situent à ce moment le passage d’une relation intermittente à un engagement exclusif. Pour Ringo, qui a passé une grande partie de son enfance à l’hôpital, cette présence fidèle compte plus que tout. Certaines sources placent même la demande en mariage à l’hôpital, mais la chronologie la mieux établie la situe sept mois plus tard.

20 janvier 1965 : la demande à l’Ad Lib

Le 20 janvier 1965, Ringo demande Maureen en mariage à l’Ad Lib Club, un club très en vogue installé au dernier étage d’un immeuble de Leicester Place, au cœur du Swinging London naissant. Les Beatles, les Rolling Stones, les Animals et tout ce que Londres compte de mannequins et de photographes s’y retrouvent. Maureen a dix-huit ans. Quelques jours plus tard, elle apprend qu’elle est enceinte. Le mariage est organisé dans l’urgence.

Le mariage du 11 février 1965 à Caxton Hall

Huit heures du matin, pour semer la presse

Ringo Starr et Maureen Cox se marient le jeudi 11 février 1965, à 8 heures du matin, au bureau d’état civil de Caxton Hall, à Westminster. L’heure n’a rien d’un hasard : Brian Epstein a tout organisé dans le plus grand secret pour devancer les journalistes. Le stratagème ne fonctionne qu’à moitié : la nouvelle se répand dans la journée, et des dizaines de photographes se lancent à la poursuite des jeunes mariés.

Brian Epstein est le témoin principal. John Lennon et son épouse Cynthia sont présents, ainsi que George Harrison, qui, selon le biographe Bob Spitz, serait arrivé à bicyclette. Les parents de Maureen, Joseph et Florence Cox, et la mère de Ringo, Elsie, accompagnée de son second mari, Harry Graves, complètent la petite assemblée. Paul McCartney est absent : il est en vacances à l’étranger, en Tunisie selon la plupart des sources. La réception se tient chez Brian Epstein. Pour retrouver le contexte de cette journée, voir Un 11 février dans la vie des Beatles.

Deux phrases restées célèbres

Deux répliques de la journée sont passées à la postérité. John Lennon aurait prévenu la jeune mariée qu’il ne fallait pas pleurer, sous peine de ne pas faire partie de “la bande”, une formule rapportée par la musicologue Kate Mulligan. George Harrison, lui, plaisante sur l’état matrimonial du groupe : “Deux de faits, deux à venir.” Il ne reste plus que lui et Paul de célibataires ; George épousera Pattie Boyd onze mois plus tard, le 21 janvier 1966.

La lune de miel à Hove

Les jeunes mariés partent pour une lune de miel de trois jours à Hove, sur la côte du Sussex, dans une maison prêtée par David Jacobs, l’avocat des Beatles. Les journalistes les retrouvent rapidement. Assiégé, le couple accepte de répondre à quelques questions dans le jardin : c’est l’une des très rares occasions où l’on entend la voix de Maureen. On la découvre souriante, un peu intimidée, laissant Ringo répondre à l’essentiel des questions.

Le 22 février 1965, onze jours seulement après le mariage, Ringo s’envole pour les Bahamas, où commence le tournage du deuxième film des Beatles, Help!. Le ton des années suivantes est donné : le groupe passe avant tout. Le film est disponible en Blu-ray.

Un mariage qui inspire un disque

L’annonce du mariage provoque un petit séisme chez les fans de Ringo. Aux États-Unis, l’industrie du disque, qui produit alors à la chaîne des chansons de circonstance sur les Beatles, sort un 45 tours intitulé I Want to Kiss Ringo Goodbye, interprété par la Britannique Penny Valentine. Le texte met en scène une adolescente désespérée par le mariage de son idole. Maureen n’y est jamais nommée : elle reste, comme souvent, hors champ.

Correctif factuel — Les erreurs les plus fréquentes sur le mariage de 1965

Le mariage est souvent daté de janvier 1965 : c’est la date de la demande, le 20 janvier ; la cérémonie a lieu le 11 février. On lit aussi que Maureen avait dix-neuf ans : née le 4 août 1946, elle en avait dix-huit. L’identité des témoins varie selon les récits ; le rôle de témoin principal de Brian Epstein est en revanche attesté par toutes les sources sérieuses. Paul McCartney est parfois placé au Portugal ; la plupart des biographes, dont Barry Miles, le situent en Tunisie. Enfin, l’idée que Maureen aurait cousu elle-même des éléments des costumes de Sgt. Pepper ne repose sur aucune source fiable : les uniformes ont été réalisés par des costumiers professionnels.

Épouse d’un Beatle : la vie dans le Surrey (1965-1968)

De Montagu Square à Sunny Heights

Les jeunes mariés s’installent d’abord dans un appartement du 34 Montagu Square, à Marylebone, que Ringo conservera ensuite et qui sera occupé plus tard par Jimi Hendrix, puis par John Lennon et Yoko Ono. Mais, comme les autres Beatles, ils partent bientôt pour la banlieue verte du Surrey. John Lennon s’installe à Weybridge, George Harrison à Esher, dans la maison de Kinfauns (voir Kinfauns, la maison de George Harrison). Le 24 juillet 1965, les Starkey achètent Sunny Heights, une grande maison de St George’s Hill, à Weybridge, à quelques minutes de chez les Lennon.

La maison est à l’image de la Beatlemania : un pub privé, baptisé The Flying Cow, est aménagé au-dessus du garage, avec bar, billard et juke-box ; un circuit de karting est tracé dans le parc ; des téléviseurs fonctionnent dans presque toutes les pièces. Maureen cuisine pour la famille, mais une nurse et une femme de ménage complètent la maisonnée. Cynthia Lennon a laissé dans ses mémoires des descriptions savoureuses de ce décor.

Le quotidien d’une “Beatle wife”

Être l’épouse d’un Beatle, au milieu des années 1960, c’est un statut sans fonction. Les épouses attendent, souvent tard dans la nuit, le retour des séances d’enregistrement à Abbey Road. Elles accompagnent leurs maris dans les clubs londoniens, l’Ad Lib, le Scotch of St James ou le Speakeasy. Elles partagent les vacances, les fêtes de Noël, les sorties. Maureen se lie d’une solide amitié avec Cynthia Lennon et Pattie Boyd, la femme de George. Sur cette dernière, voir notre portrait de Pattie Boyd, muse de George Harrison et d’Eric Clapton.

Maureen prend aussi en charge une partie du courrier des fans, que le fan-club reçoit par milliers. Selon l’attaché de presse Tony Barrow, elle répond elle-même à de nombreuses lettres, un travail invisible et non rémunéré. Ringo lui avait promis de l’aider à ouvrir une chaîne de salons de coiffure ; le projet est abandonné, car, toujours selon Barrow, son rôle de mère et d’épouse de Beatle ne lui en laisse pas le temps.

Une fan restée fan

Tous les témoins s’accordent sur un trait de caractère : Maureen est restée, toute sa vie, une admiratrice des Beatles. Elle connaît les chansons, assiste volontiers aux séances, applaudit avec enthousiasme. Le couple partage aussi un goût pour les arts plastiques : selon le journaliste Chris Ingham, Ringo et Maureen réalisaient ensemble des photomontages, des peintures et de petites sculptures. Ringo exposera bien plus tard ses œuvres graphiques ; Maureen, jamais.

Les enfants : Zak, Jason et Lee

Zak, né le 13 septembre 1965

Le premier enfant du couple, Zak Richard Starkey, naît le 13 septembre 1965 au Queen Charlotte’s Hospital, à Londres. Maureen a dix-neuf ans depuis cinq semaines. Interrogée par la presse, elle déclare qu’elle aimerait que le bébé ressemble à Ringo, sans forcément suivre les traces de son père. Ringo, de son côté, affirme qu’il ne laissera jamais son fils devenir batteur. L’histoire lui donnera tort : Zak deviendra l’un des batteurs les plus respectés de sa génération, formé non par son père mais par son parrain, Keith Moon, le batteur des Who, qui lui offre sa première batterie.

Jason, né le 19 août 1967

Le deuxième fils, Jason, naît le 19 août 1967, huit jours avant la mort de Brian Epstein, le 27 août. Les Beatles perdent leur manager au moment même où la famille Starkey s’agrandit. Jason mènera une vie beaucoup plus discrète que son frère, entre musique, photographie et travail en coulisses. Son parcours est raconté dans Jason Starkey, le fils de Ringo qui voulait échapper au poids du nom Beatles.

Lee, née le 11 novembre 1970

La fille du couple, Lee Parkin Starkey, naît le 11 novembre 1970, quelques mois après la séparation officielle des Beatles. Elle deviendra styliste et créatrice. Plusieurs sources donnent par erreur le 17 novembre 1970 ; la date du 11 novembre est celle que retiennent les ouvrages de référence. Pour le portrait complet des trois enfants, voir Les enfants de Ringo Starr : Zak, Jason, Lee et toute la famille Starkey.

Une famille qui déménage sans cesse

Entre 1965 et 1973, la famille change plusieurs fois d’adresse. Après Sunny Heights, les Starkey achètent à Elstead, dans le Surrey, une demeure ancienne qui appartenait à l’acteur Peter Sellers, et qu’ils revendront ensuite au musicien Stephen Stills. Le 25 avril 1969, ils s’installent à Highgate, au nord de Londres, dans une maison baptisée Roundhill. En 1973 viendra Tittenhurst Park. Trois enfants, cinq adresses en huit ans : la vie de Maureen suit le rythme d’une carrière qui ne s’arrête jamais.

1968 : Rishikesh, l’Album blanc et le cadeau de Frank Sinatra

Dix jours en Inde

Le 19 février 1968, Ringo et Maureen s’envolent pour l’Inde avec Paul McCartney et Jane Asher. Ils rejoignent à Rishikesh, au pied de l’Himalaya, John et Cynthia Lennon, George Harrison et Pattie Boyd, arrivés quelques jours plus tôt à l’ashram du Maharishi Mahesh Yogi. Le séjour doit durer plusieurs semaines et sera, pour la musique des Beatles, l’un des plus féconds de leur histoire : une trentaine de chansons y sont écrites, qui formeront le cœur de l’Album blanc.

Pour Maureen, l’expérience tourne court. Elle supporte mal la chaleur, les mouches et surtout les insectes, dont elle a une peur panique. Ringo, de son côté, a l’estomac fragile depuis les maladies de son enfance et se méfie de la cuisine épicée ; il avait d’ailleurs emporté, raconte-t-on, une valise de conserves. Le couple quitte l’ashram le 1er mars 1968, après une dizaine de jours seulement, en invoquant la nourriture et le manque de leurs enfants. Ringo résumera plus tard le séjour avec humour, en le comparant à un camp de vacances britannique.

Pendant que les hommes composent le soir sur les marches de l’ashram, les femmes se retrouvent souvent entre elles, dans l’une des chambres, pour parler de leur vie d’épouses de Beatles. De ces conversations, il ne reste aucune trace, sinon quelques souvenirs rapportés dans les livres de Cynthia Lennon et de Pattie Boyd. Une carte postale de Maureen, envoyée d’Inde et citée par The Observer en 2004, se résume à quelques mots sur la chaleur et l’absence de l’être aimé : c’est à peu près tout ce qui subsiste de sa voix sur ce voyage légendaire.

The Continuing Story of Bungalow Bill : Maureen dans les chœurs

Rishikesh produit aussi la seule chanson des Beatles où l’on entend Maureen chanter. The Continuing Story of Bungalow Bill, écrite par John Lennon, s’inspire d’un épisode réel de l’ashram : un jeune Américain parti chasser le tigre avec sa mère était revenu demander au Maharishi si cet acte était compatible avec la méditation. Lennon en tire une satire grinçante de l’Américain chasseur.

Enregistrée à Abbey Road le 8 octobre 1968, la chanson se termine par un refrain chanté en chœur par un groupe élargi. On y entend, outre les Beatles, Yoko Ono, qui chante aussi un vers en solo, Maureen Starkey et, selon plusieurs sources, d’autres proches présents ce soir-là. C’est la seule apparition vocale documentée de Maureen sur un disque officiel des Beatles. Elle n’est pas créditée nommément sur la pochette, comme aucun des participants occasionnels.

L’Album blanc existe dans une édition remixée par Giles Martin, avec maquettes et prises inédites : The Beatles (White Album), coffret deluxe 3 CD.

4 août 1968 : “The Lady Is a Champ”, le Sinatra le plus rare du monde

Pour les vingt-deux ans de Maureen, le 4 août 1968, Ringo lui offre un cadeau que peu de gens au monde ont jamais reçu : une chanson de Frank Sinatra écrite pour elle. Le parolier Sammy Cahn, auteur attitré de Sinatra, réécrit les paroles de The Lady Is a Tramp, le standard de Rodgers et Hart, pour en faire The Lady Is a Champ, avec des allusions à la vie de Maureen et à son mari Beatle. Sinatra l’enregistre aux studios Capitol de Los Angeles, et un pressage privé, d’un ou de quelques exemplaires, est réalisé pour l’occasion.

Le disque porte un numéro de catalogue qui fera rêver des générations de collectionneurs : Apple 1. En 2009, le journaliste Daniel Finkelstein écrit dans The Times qu’il pourrait s’agir du disque le plus rare jamais fabriqué. Un enregistrement de qualité médiocre circule depuis des années parmi les collectionneurs, mais aucune édition officielle n’a jamais vu le jour. L’initiative est attribuée tantôt à Peter Brown, bras droit du management des Beatles, tantôt à Ron Kass, le patron d’Apple Records ; les deux versions coexistent dans la littérature. Sur Peter Brown, voir Peter Brown, l’homme qui décrochait le téléphone des Beatles.

Correctif factuel — Le Sinatra de Maureen est-il “le premier disque Apple” ?

Oui et non. Le pressage privé de The Lady Is a Champ porte bien le numéro de catalogue Apple 1. Mais il n’a jamais été commercialisé : le premier 45 tours vendu dans cette série est Those Were the Days de Mary Hopkin, numéroté Apple 2, paru fin août 1968. Quant à Hey Jude, publié le même jour au Royaume-Uni sous étiquette Apple, il conserve un numéro de catalogue Parlophone. Le nombre d’exemplaires pressés n’est pas établi avec certitude : les sources hésitent entre un seul et quelques-uns.

30 janvier 1969 : “Thanks, Mo”, sur le toit d’Apple

Le dernier concert des Beatles

Le 30 janvier 1969, les Beatles montent sur le toit de leur immeuble du 3 Savile Row, à Londres, pour un concert improvisé dans le froid de l’hiver. Quarante-deux minutes, quelques chansons jouées plusieurs fois, des passants massés dans la rue, et la police qui finit par interrompre la séance. Ce sera leur dernière prestation publique. Maureen est là, assise près d’une cheminée avec Yoko Ono pour s’abriter du vent. Les images du film Let It Be (1970), puis celles, beaucoup plus nombreuses, de la série The Beatles: Get Back de Peter Jackson (2021), la montrent attentive, emmitouflée, réagissant aux chansons.

Deux mots sur le dernier disque

À la fin de la dernière version de Get Back, Maureen applaudit avec un enthousiasme que l’on entend distinctement sur la bande. Paul McCartney lui répond par un “Thanks, Mo” amusé, juste avant que John Lennon ne lance sa réplique devenue légendaire, où il remercie le public au nom du groupe et espère qu’ils ont réussi l’audition. Le passage figure à la fin de l’album Let It Be, publié en mai 1970.

Le symbole est saisissant. Sur le dernier album publié par les Beatles, au terme de leur dernier concert, les derniers mots de Paul McCartney s’adressent à Maureen Starkey, par son surnom. Sept ans après le Cavern, la fille du premier rang applaudissait toujours. Le concert intégral et les séances de janvier 1969 sont disponibles en Blu-ray : The Beatles: Get Back, et l’album sur Let It Be.

La fin d’une époque

Le 10 avril 1970, Paul McCartney annonce publiquement qu’il quitte les Beatles. Le groupe autour duquel Maureen a organisé toute sa vie d’adulte n’existe plus. Pour elle, comme pour Cynthia Lennon et Pattie Boyd, les années qui suivent sont celles de la dispersion du clan : chaque ancien Beatle part dans sa direction, et les liens tissés entre les familles se distendent. Sur cette période, voir 1970-1980 : la décennie des ex-Beatles.

1970-1975 : un mariage qui se défait

L’alcool et les absences

Les années qui suivent la séparation des Beatles sont pour Ringo celles d’une liberté nouvelle et désordonnée. Il tourne des films, enregistre ses premiers albums solo, voyage, sort beaucoup. Il boit aussi de plus en plus. Selon Chris O’Dell, qui travaillait pour Apple et vivait dans l’entourage du couple, le mariage se délite pour deux raisons principales : les infidélités de Ringo, de plus en plus fréquentes, et son alcoolisme, qui s’aggrave. Ringo a lui-même reconnu, des décennies plus tard, que des pans entiers des années 1970 et 1980 s’étaient effacés de sa mémoire à cause de l’alcool. Il est sobre depuis 1988.

Maureen, de son côté, élève trois jeunes enfants dans des maisons trop grandes, souvent seule. La fille de Liverpool qui avait tout quitté à dix-huit ans pour suivre un Beatle voit le monde qui structurait sa vie se défaire, sans métier ni projet à elle pour prendre le relais.

Tittenhurst Park, la maison de John

Le 18 septembre 1973, Ringo rachète à John Lennon, installé définitivement à New York, le domaine de Tittenhurst Park, à Sunninghill, dans le Berkshire. C’est là que Lennon avait tourné le clip d’Imagine dans la célèbre pièce blanche, et que les quatre Beatles avaient posé, le 22 août 1969, pour leur toute dernière séance photo collective. Ringo y installe un studio d’enregistrement. Pour Maureen, l’installation dans cette maison chargée d’histoire coïncide avec la phase finale de son mariage : le couple n’y vivra ensemble que moins de deux ans.

L’affaire George Harrison

C’est l’épisode le plus connu, et le plus commenté, de la vie de Maureen. Au début des années 1970, George Harrison, lors d’une visite chez les Starkey, déclare devant témoins son attirance pour Maureen. Une liaison s’ensuit. Pattie Boyd, l’épouse de George, en a fait le récit dans ses mémoires, Wonderful Tonight. Ringo, informé, est profondément blessé. John Lennon, mis au courant à New York, parle d’une forme d’“inceste virtuel”, selon une formule rapportée par le journaliste Mikal Gilmore : pour lui, les Beatles et leurs compagnes formaient une famille au sens presque littéral.

Les dates avancées varient selon les auteurs, entre 1972 et 1974, et aucune chronologie précise n’a pu être établie. L’épisode marque en tout cas la fin du premier mariage de George, qui se sépare de Pattie en 1974, et accélère celle du mariage des Starkey. Il n’a pas empêché l’amitié entre Ringo et George de se reconstruire : les deux hommes resteront proches jusqu’à la mort de George en 2001. Pour la trajectoire de George après les Beatles, voir la carrière de George Harrison après la séparation des Beatles.

Correctif factuel — Il n’y a pas eu d’“échange d’épouses”

On lit régulièrement que Ringo et George auraient “échangé leurs épouses”, ou que Ringo aurait proposé un tel arrangement. Aucune source de première main ne l’atteste, et les récits qui la colportent la présentent eux-mêmes comme une rumeur. Ce qui est documenté, c’est une liaison entre George Harrison et Maureen, découverte par Pattie Boyd, et la colère de Ringo. Il est tout aussi hasardeux de présenter cette liaison comme une “vengeance” de Maureen contre les infidélités de son mari : rien ne permet de l’affirmer, et elle ne s’est jamais exprimée sur le sujet.

17 juillet 1975 : le divorce

En 1974, Ringo entame une relation avec Nancy Lee Andrews, mannequin et photographe américaine, avec qui il vivra jusqu’en 1980. Le divorce de Ringo et Maureen est prononcé le 17 juillet 1975, aux torts de Ringo, en raison de cette liaison. Maureen obtient la garde des trois enfants ; Ringo, un droit de visite. Selon les montants rendus publics plus tard lors d’un procès, le règlement comprend une somme forfaitaire et une pension annuelle pour elle et pour chacun des enfants.

Élément du règlement de 1975 Montant (livres sterling de 1975)
Versement forfaitaire 125 000
Pension annuelle pour Maureen 23 000
Pension annuelle par enfant 2 500
Garde des trois enfants Confiée à Maureen

Toutes les sources s’accordent sur un point : Maureen ne voulait pas divorcer. À vingt-huit ans, avec trois enfants et dix années de vie entièrement organisées autour d’un homme et d’un groupe, elle voit disparaître le monde qui était le sien. La fin de son mariage la plonge dans une période très sombre, dont plusieurs biographes ont rendu compte. Pour Ringo, ce divorce ouvre une décennie difficile, racontée dans La traversée du désert de Ringo Starr (1975-1992).

Correctif factuel — Nancy Lee Andrews, pas “Nancy Lee Adams”

La compagne de Ringo dont la liaison a motivé le divorce est souvent appelée “Nancy Lee Adams”, y compris dans des magazines américains. Son nom est Nancy Lee Andrews. Mannequin et photographe, elle a partagé la vie de Ringo de 1974 à 1980 et a publié en 2008 un livre de photographies de cette période.

1976-1993 : une seconde vie aux côtés d’Isaac Tigrett

Le fondateur du Hard Rock Cafe

En 1976, un an après son divorce, Maureen commence une nouvelle vie avec Isaac Tigrett. Originaire du Tennessee, Tigrett a cofondé à Londres en 1971, avec Peter Morton, le premier Hard Rock Cafe, sur Old Park Lane. C’est lui qui a eu l’idée d’accrocher aux murs du restaurant des guitares et des souvenirs de musiciens célèbres, un concept qui fera le tour du monde. Plus tard, en 1992, il fondera la chaîne de salles de concert House of Blues, avec l’acteur Dan Aykroyd.

Le couple vit entre Londres et les États-Unis. Maureen semble avoir trouvé dans cette relation une forme de stabilité et de légèreté. Chris O’Dell rapporte une formule qu’elle aimait répéter, avec un humour assumé, sur les fourrures, les bijoux et l’immobilier : la phrase d’une femme qui a compris comment le monde la regardait, et qui a décidé d’en rire. Isaac Tigrett, de son côté, a eu sur elle une formule moins heureuse, la qualifiant de “pièce de collection ultime” ; venant d’un collectionneur de souvenirs rock, le mot dit beaucoup de la façon dont Maureen a souvent été perçue.

Keith Moon, 1978

Le 13 septembre 1978, Maureen assiste aux obsèques de Keith Moon, le batteur des Who, mort à trente-deux ans. Moon était le parrain de Zak et lui avait offert sa première batterie. Pour le fils de Maureen, qui a presque treize ans, c’est la perte d’un mentor. Dix-huit ans plus tard, Zak prendra la place de Keith Moon derrière la batterie des Who.

8 décembre 1980 : le coup de téléphone

Le soir du 8 décembre 1980, Cynthia Lennon se trouve chez Maureen, à Londres, quand le téléphone sonne. C’est Ringo, qui appelle pour annoncer l’assassinat de John Lennon à New York. Les deux premières épouses de Beatles, celles que le management avait tenues dans l’ombre au début des années 1960, apprennent ensemble la mort de John. Cinq ans après leurs divorces, elles restaient proches. Sur la réaction de Ringo ce jour-là, voir Ringo Starr : des mots bouleversants en apprenant la mort de John Lennon.

Grand-mère à trente-neuf ans, mère à quarante

Le 7 septembre 1985, Zak et sa compagne Sarah ont une fille, Tatia Jayne Starkey. Maureen devient grand-mère à trente-neuf ans, et Ringo le premier Beatle grand-père. Tatia est aujourd’hui artiste ; voir Tatia Starkey, petite-fille de Ringo Starr, expose Invert. Le 4 janvier 1987, à Dallas, au Texas, Maureen donne naissance à son quatrième enfant, Augusta King Tigrett, la fille d’Isaac Tigrett.

Novembre 1987 : le procès contre ses anciens avocats

En novembre 1987, Maureen poursuit en justice le cabinet londonien qui avait négocié son divorce douze ans plus tôt. Elle reproche à son ancien avocat de ne pas avoir suffisamment évalué la fortune réelle de Ringo, et d’avoir accepté un règlement insuffisant. Pendant trois semaines d’audience, elle assiste à tous les débats et témoigne à la barre. C’est le seul moment de sa vie où elle s’exprime longuement en public. La presse populaire britannique en fait ses gros titres, retenant surtout les formules les plus crues, sur elle-même comme sur son ex-mari.

Elle perd. Le juge estime que Ringo s’est montré “un homme généreux”, puisqu’il a revalorisé à deux reprises la pension depuis le divorce, et la condamne à payer les frais de justice, estimés à plus de 200 000 livres. Les tabloïds de l’époque racontent l’histoire d’une ex-épouse réclamant davantage d’argent ; on peut aussi y voir une femme qui, seule face à un cabinet d’avocats, a cherché à faire reconnaître qu’on avait négocié son avenir sans en mesurer les enjeux.

27 mai 1989 : le mariage à Monaco

Le 27 mai 1989, Maureen épouse Isaac Tigrett à Monaco. Le couple vit ensuite principalement à Los Angeles. Maureen a quarante-deux ans. Ses trois aînés sont adultes ou presque : Zak est déjà un batteur reconnu, Jason cherche sa voie, Lee se lance dans la mode. Ringo, de son côté, est remarié depuis 1981 à l’actrice Barbara Bach ; voir notre biographie de Barbara Bach. Les relations entre les deux familles sont apaisées.

1994 : la maladie et la mort à Seattle

Le diagnostic

En 1994, Maureen fait un malaise lors de l’inauguration d’un établissement House of Blues. Les médecins pensent d’abord à une simple anémie, avant d’identifier une maladie de la moelle osseuse. Le 20 octobre 1994, elle est admise au Fred Hutchinson Cancer Research Center de Seattle, dans l’État de Washington, l’un des centres pionniers au monde pour les greffes de moelle osseuse. Le diagnostic communiqué à l’agence Associated Press par l’hôpital est celui d’un syndrome myélodysplasique, une affection considérée comme pré-leucémique.

Le don de Zak

Le traitement nécessite une greffe de moelle osseuse. Le donneur est son fils aîné, Zak, alors âgé de vingt-neuf ans, qui donne ensuite des plaquettes et des globules blancs. Des complications surviennent après la greffe. Maureen meurt le vendredi 30 décembre 1994, à quarante-huit ans. Sont à son chevet ses quatre enfants, Zak, Jason, Lee et Augusta, sa mère Florence, âgée de quatre-vingt-deux ans, son mari Isaac Tigrett, et son ex-mari Ringo Starr. Un service commémoratif est organisé à Los Angeles la semaine suivante.

Zak Starkey deviendra, deux ans plus tard, le batteur des Who, poste qu’il occupera jusqu’en 2025. Il a rarement évoqué publiquement ce geste et la mort de sa mère.

Correctif factuel — 47 ou 48 ans, leucémie ou syndrome myélodysplasique, Los Angeles ou Seattle ?

La dépêche d’agence publiée au lendemain de sa mort lui donnait quarante-sept ans, une erreur reprise depuis par de nombreux articles : née le 4 août 1946, Maureen avait quarante-huit ans révolus le 30 décembre 1994. Sa maladie est souvent résumée par le mot “leucémie” ; le diagnostic communiqué par l’hôpital était un syndrome myélodysplasique, une affection de la moelle osseuse susceptible d’évoluer en leucémie, et elle est morte des complications du traitement. Enfin, elle est morte à Seattle, où elle était soignée, et non à Los Angeles, où elle vivait. Quant à la rumeur, répandue sur certains forums, selon laquelle Ringo ne lui aurait pas rendu visite, elle est contredite par la dépêche d’agence de l’époque, qui le mentionne à son chevet.

Little Willow : la chanson de Paul McCartney

Une lettre en musique

Au début de 1995, quelques semaines après la mort de Maureen, Paul McCartney écrit Little Willow, une chanson destinée à ses enfants. Paul et Linda étaient restés proches de Maureen ; ils lui avaient rendu visite pendant sa maladie. McCartney a expliqué avoir écrit la chanson pour dire combien il tenait à elle, à la manière d’une lettre qu’il n’arrivait pas à écrire autrement. Le texte ne nomme personne : il parle d’un saule frêle face à la tempête et d’une consolation offerte à ceux qui restent.

Little Willow paraît le 5 mai 1997 sur Flaming Pie, l’album coproduit par McCartney et Jeff Lynne. Le clip, tourné par le cinéaste John Schlesinger, réalisateur de Macadam Cowboy, est diffusé à la fin de 1997. La chanson figurera ensuite sur un disque caritatif en hommage à Diana, princesse de Galles.

L’album est disponible dans sa version remastérisée : Flaming Pie de Paul McCartney. Sur la place de cette chanson dans l’œuvre de McCartney, voir Les plus belles chansons d’amour de Paul McCartney et notre classement des 10 meilleurs albums solo des Beatles.

Un album, deux hommages à Ringo

Le même album contient Really Love You, la première chanson signée conjointement par Paul McCartney et Richard Starkey, née d’une improvisation en studio entre les deux hommes, ainsi que Beautiful Night, sur laquelle Ringo joue de la batterie. Flaming Pie réunit ainsi, à quelques plages d’écart, la première cosignature Paul-Ringo et l’élégie pour la première femme du batteur. Trente-cinq ans après le Cavern, la fille du premier rang était devenue le sujet de l’une des chansons les plus tendres de McCartney.

Correctif factuel — Ringo ne chante pas sur Little Willow

On lit parfois que Ringo Starr aurait participé à Little Willow. C’est inexact : la chanson est interprétée par Paul McCartney, avec Jeff Lynne. Ringo joue en revanche sur deux autres titres de Flaming Pie, Really Love You et Beautiful Night.

La famille de Maureen Cox Starkey

Zak Starkey, le batteur

Né le 13 septembre 1965, Zak est l’aîné. Formé par Keith Moon, il a joué avec les Who à partir de 1996 et jusqu’en 2025, avec Oasis au milieu des années 2000, ainsi qu’avec Johnny Marr, Paul Weller ou les Lightning Seeds. Il a aussi tenu la batterie dans le All-Starr Band de son père dans les années 1990. Il a raconté avoir longtemps gardé ses distances avec la musique des Beatles, qu’il n’a vraiment écoutée qu’à l’âge adulte. Sur son passage chez Oasis, voir Oasis, de Liverpool à Manchester.

Jason Starkey, le discret

Né le 19 août 1967, Jason est le plus réservé des enfants. Il a été batteur lui aussi, puis s’est tourné vers la photographie et le travail technique en tournée. Il a toujours cherché à vivre loin du nom Beatles.

Lee Starkey, la créatrice

Née le 11 novembre 1970, Lee s’est fait connaître dans la mode et le stylisme à Londres. Au début des années 2000, elle a affronté une grave maladie, dont elle s’est remise ; c’est pour être auprès d’elle que Ringo se trouvait à Boston en 2001, quelques semaines avant la mort de George Harrison.

Augusta King Tigrett

Née le 4 janvier 1987 à Dallas, Augusta est la fille de Maureen et d’Isaac Tigrett. Elle avait sept ans à la mort de sa mère. Elle a grandi loin des projecteurs.

Petits-enfants

Maureen est la grand-mère de Tatia Jayne Starkey, fille de Zak, née en 1985 et devenue artiste plasticienne. La famille s’est agrandie depuis, côté Starkey comme côté Tigrett. Ringo est devenu arrière-grand-père lorsque Tatia a eu à son tour un enfant ; Maureen ne l’a pas connu. Pour l’arbre complet, voir Les enfants de Ringo Starr : Zak, Jason, Lee et toute la famille Starkey.

Maureen et le cercle des femmes des Beatles

Cynthia, Pattie, Maureen : le premier cercle

Dans les années 1960, Maureen forme avec Cynthia Lennon et Pattie Boyd un trio d’amies très proches. Les trois femmes partagent les vacances, les fêtes, les attentes interminables, les maisons voisines du Surrey. Cynthia, mariée dès 1962, a vécu la même clandestinité qu’elle ; Pattie, mannequin rencontrée sur le tournage de A Hard Day’s Night, a épousé George en 1966. Les trois couples se défont entre 1968 et 1975 : Cynthia et John divorcent en 1968, Pattie quitte George en 1974, Maureen et Ringo divorcent en 1975. L’amitié, elle, survit : c’est chez Maureen que se trouve Cynthia le soir de la mort de John.

Cynthia Lennon a raconté cette époque dans ses mémoires, John (2005), et Pattie Boyd dans Wonderful Tonight (2007). L’Américaine Chris O’Dell, amie de Maureen, a aussi laissé un témoignage précieux dans Miss O’Dell (2010). Maureen, elle, n’a jamais écrit.

Linda et Yoko

À partir de 1968-1969, deux nouvelles compagnes entrent dans le cercle : Yoko Ono, aux côtés de John, et Linda Eastman, qui épouse Paul en mars 1969. Sur le toit d’Apple, Maureen est assise à côté de Yoko. Les relations avec Linda resteront chaleureuses jusqu’à la fin : Paul et Linda seront de ceux qui l’entoureront pendant sa maladie, et c’est Paul qui écrira la chanson de son souvenir.

Ce que l’histoire a oublié

La littérature sur les Beatles compte des milliers de pages sur les guitares, les studios et les séances d’enregistrement. Elle en compte très peu sur la vie quotidienne de ces femmes qui ont tenu les maisons, élevé les enfants, attendu les retours de tournée, répondu au courrier des fans. Maureen Starkey est sans doute celle dont on connaît le moins la parole, faute d’écrits et d’interviews. C’est pourquoi sa biographie repose presque entièrement sur les témoignages des autres, et pourquoi il faut la raconter avec prudence. Le portrait le plus complet que nous lui ayons consacré se trouve dans Maureen Cox aurait eu 80 ans : la vie entière de la première femme de Ringo Starr.

Maureen Starkey au cinéma : les films de Sam Mendes (2028)

Mia McKenna-Bruce dans le rôle de Maureen

Trente ans après sa mort, Maureen s’apprête à entrer au cinéma. Le réalisateur Sam Mendes prépare quatre longs métrages consacrés aux Beatles, un par musicien, produits avec l’accord d’Apple Corps et attendus en salles en avril 2028. L’actrice britannique Mia McKenna-Bruce, lauréate du BAFTA Rising Star, a été choisie pour incarner Maureen, face à Barry Keoghan dans le rôle de Ringo. La distribution réunit aussi Paul Mescal (Paul McCartney), Harris Dickinson (John Lennon), Joseph Quinn (George Harrison) et Aimee Lou Wood (Pattie Boyd).

Ringo réécrit leurs scènes

En juillet 2025, Ringo Starr a révélé au New York Times qu’il avait passé deux jours à Londres avec Sam Mendes pour revoir le scénario ligne par ligne, et que ses objections portaient avant tout sur les scènes le montrant avec Maureen. Le texte était bien écrit, a-t-il expliqué, mais ne ressemblait pas à ce qu’ils avaient vécu ensemble ; il s’est dit ensuite bien plus satisfait du résultat. Près de cinquante ans après leur divorce, l’ancien Beatle a donc tenu à protéger la mémoire de sa première femme.

La personnalité de Maureen : ce que l’on sait vraiment

“Mo”, la fille de Liverpool

Les témoins décrivent une femme drôle, directe, à l’humour très liverpudlien, sans prétention malgré la fortune et la célébrité. Elle n’est jamais devenue une mondaine, et elle est restée attachée à sa ville et à sa famille : sa mère, Florence, est à son chevet jusqu’à la fin. Elle avait le goût de la mode et de l’élégance, hérité de ses années de coiffeuse, et une passion jamais démentie pour la musique de son mari et de ses amis.

Une discrétion devenue principe

Maureen n’a pas écrit de mémoires, contrairement à Cynthia Lennon et Pattie Boyd. Elle n’a pas donné d’entretien de fond. Dès février 1965, un porte-parole des Beatles expliquait qu’elle ne souhaitait pas être mêlée à la publicité, et que Ringo ne le souhaitait pas non plus. Cette discrétion, apprise à seize ans, est restée sa ligne de conduite. Elle explique que l’on sache si peu de choses d’elle, sinon par le regard des autres.

Une fan jusqu’au bout

C’est le trait que tous les récits retiennent : Maureen est restée, toute sa vie, une admiratrice sincère des Beatles. Sur le toit d’Apple, alors que le groupe vit ses derniers mois, elle applaudit si fort qu’on l’entend sur le disque. Ses enfants sont devenus musiciens, et son fils aîné a fait carrière derrière les plus grands. La fille du Cavern n’a jamais cessé d’aimer la musique de sa jeunesse.

Les lieux de la vie de Maureen

Pour les amateurs qui voudraient suivre ses traces, voici les principaux lieux qui jalonnent la vie de Maureen Cox Starkey, de Liverpool à Seattle.

Liverpool : le centre-ville et Mathew Street

C’est à Liverpool que tout commence : la naissance de Mary Cox en 1946, l’école du couvent, le salon Ashley du Pré, puis le Cavern Club du 10 Mathew Street. Le club d’origine a été détruit en 1973, puis reconstruit en partie au même endroit ; il accueille aujourd’hui des milliers de visiteurs chaque année. Pour préparer une visite, voir notre guide Voyage à Liverpool sur les traces des Beatles.

Caxton Hall, Westminster

Le bâtiment de Caxton Hall, à Westminster, a longtemps abrité l’un des bureaux d’état civil les plus prisés des célébrités londoniennes. C’est là que Ringo et Maureen se marient au petit matin du 11 février 1965. Les actualités filmées de l’époque montrent la sortie des jeunes mariés et l’agitation des photographes :

Hove, Sussex

La station balnéaire de Hove, voisine de Brighton, accueille la courte lune de miel du couple, dans la maison de l’avocat David Jacobs. C’est dans son jardin que Maureen accorde l’une de ses très rares interviews.

Montagu Square, Marylebone

Le premier domicile londonien du couple, au 34 Montagu Square, devient par la suite l’un des appartements les plus célèbres de l’histoire du rock : Jimi Hendrix y vit, puis John Lennon et Yoko Ono, qui y réalisent la photo de couverture de Two Virgins en 1968.

Sunny Heights, Weybridge

Sur la colline boisée de St George’s Hill, Sunny Heights est la maison des grandes années. Zak et Jason y passent leur petite enfance, et le pub privé du couple, The Flying Cow, y voit défiler amis et musiciens. La maison est privée et ne se visite pas.

Elstead et Highgate

À la fin des années 1960, la famille s’installe brièvement à Elstead, dans le Surrey, dans une demeure ancienne achetée à Peter Sellers, puis à Highgate, au nord de Londres, à partir du 25 avril 1969. Lee naît pendant les années de Highgate.

3 Savile Row, Mayfair

Le siège d’Apple, au 3 Savile Row, est le lieu du concert sur le toit du 30 janvier 1969. C’est là que Maureen applaudit si fort que Paul McCartney la remercie sur le disque. L’immeuble existe toujours ; les fans viennent s’y faire photographier.

Tittenhurst Park, Sunninghill

Le domaine racheté à John Lennon en 1973 est la dernière maison commune de Ringo et Maureen. Ringo le revendra en 1988.

Los Angeles et Seattle

Après son mariage avec Isaac Tigrett, Maureen vit principalement à Los Angeles. C’est à Seattle, au Fred Hutchinson Cancer Research Center, qu’elle passe ses dernières semaines et qu’elle meurt, le 30 décembre 1994.

L’héritage de Maureen Cox Starkey

Une place longtemps sous-estimée

Pendant des décennies, Maureen Starkey a été réduite dans la littérature sur les Beatles à quelques lignes : la coiffeuse de Liverpool, la femme du batteur, l’épouse trompée, puis infidèle. Les biographies récentes et la mémoire des fans lui ont rendu une place plus juste. Elle apparaît désormais comme un témoin de premier plan de l’aventure des Beatles, présente au Cavern, à Caxton Hall, à Rishikesh, à Abbey Road et sur le toit d’Apple, et comme l’une de ces femmes dont le travail invisible a rendu possible la vie quotidienne du groupe.

Une famille de musiciens

L’héritage de Maureen passe aussi par ses enfants. Zak a fait une carrière de premier plan derrière la batterie des Who et d’Oasis, perpétuant la lignée de son père et de son parrain Keith Moon. Jason a lui aussi joué de la batterie avant de se tourner vers d’autres métiers. Lee a construit sa propre trajectoire dans la mode. Les petits-enfants ont pris le relais, dans la musique comme dans les arts plastiques.

Quatre-vingts ans en 2026, un film en 2028

Le 4 août 2026, Maureen aurait eu quatre-vingts ans. L’anniversaire a été l’occasion, pour de nombreux fans, de revenir sur sa vie. Les films de Sam Mendes, attendus en avril 2028, lui offriront pour la première fois une place à l’écran, sous les traits de Mia McKenna-Bruce. Grâce à l’intervention de Ringo, le portrait qui sera présenté au grand public devrait être plus fidèle à celle qu’elle était vraiment.

Une chanson pour toujours

Enfin, il y a Little Willow. Tant que l’on écoutera Flaming Pie, la chanson de Paul McCartney gardera vivante la mémoire de Maureen, sans jamais la nommer, comme elle l’aurait sans doute souhaité. C’est peut-être le plus bel hommage qu’on pouvait rendre à une femme qui a toujours préféré laisser les autres parler à sa place.

Comment connaît-on Maureen ? Les témoins et les sources

Écrire la biographie de Maureen Starkey pose un problème particulier : elle n’a laissé ni livre, ni journal, ni interview de fond. Tout ce que nous savons d’elle provient de témoins, de journalistes et de biographes. Il est utile de savoir qui a parlé d’elle, et d’où.

Les femmes du cercle

Les témoignages les plus proches viennent des autres femmes de l’entourage des Beatles. Cynthia Lennon, son amie la plus intime dans les années 1960, a évoqué leur vie dans le Surrey dans deux livres, A Twist of Lennon (1978) et John (2005). Pattie Boyd, dans Wonderful Tonight (2007), raconte la vie du trio d’épouses et revient sur la liaison de son mari avec Maureen. L’Américaine Chris O’Dell, employée d’Apple puis assistante de plusieurs musiciens, a côtoyé de près les Starkey dans les années 1970 et consacre à Maureen plusieurs passages de ses souvenirs, Miss O’Dell (2010) ; c’est elle qui a rapporté plusieurs des anecdotes les plus vivantes sur sa personnalité.

Les hommes de l’entourage professionnel

Les collaborateurs des Beatles ont aussi laissé des souvenirs. Tony Barrow, leur attaché de presse, décrit le quotidien des épouses, le courrier des fans et le projet de salons de coiffure abandonné. Peter Brown, l’assistant de Brian Epstein, est à l’origine de plusieurs récits sur le disque de Frank Sinatra. Tony Bramwell, un autre proche, en propose une version concurrente. Ces témoignages, souvent écrits des décennies plus tard, sont précieux mais doivent être croisés.

La presse : 1965, 1968, 1987, 1994

La presse a parlé de Maureen à quatre moments clés. En 1965, au moment du mariage, les journaux du monde entier publient sa photo et rapportent ses rares déclarations. En 1968, le reportage de Hunter Davies pour le magazine américain Life donne un aperçu de sa vie à Weybridge et révèle les violences subies de la part de fans jalouses. En 1987, les tabloïds britanniques couvrent son procès contre ses anciens avocats, en retenant surtout les formules choc. En 1994, enfin, la dépêche de l’Associated Press annonce sa mort, avec une erreur sur son âge reprise pendant trente ans.

Les biographes

Les grandes biographies des Beatles, celles de Bob Spitz ou de Jonathan Gould, les chronologies de Keith Badman et de Craig Cross, ou l’encyclopédie de Bill Harry consacrée à Ringo, fournissent l’essentiel des dates et des faits. Elles la traitent toutefois presque toujours comme un personnage secondaire de l’histoire d’un autre. Les zones d’ombre qui demeurent, comme la date exacte de la liaison avec George Harrison ou le nombre d’exemplaires du disque de Sinatra, tiennent à cette absence de source directe.

Ce que cette biographie retient

Dans ces conditions, nous avons privilégié les faits attestés par plusieurs sources indépendantes, signalé les divergences quand elles existent, et écarté les anecdotes invérifiables qui circulent depuis des années, du baiser sur un pari à l’échange d’épouses. Les encadrés de correction factuelle répartis dans l’article recensent les erreurs les plus fréquentes.

Ils ont parlé de Maureen : citations

Maureen Starkey a très peu parlé en public, et ce que nous savons d’elle passe presque toujours par la voix des autres. Voici les citations dont la source est identifiée. Les traductions sont de la rédaction ; l’original anglais est indiqué.

Le porte-parole des Beatles, 1965

“Elle ne souhaite pas être mêlée à la publicité, et Ringo ne le souhaite pas non plus.”

— Un porte-parole des Beatles, propos rapportés par la presse américaine en 1965.

George Harrison, le jour du mariage

“Deux de faits, deux à venir.”

— George Harrison, le 11 février 1965, rapporté par Tony Barrow dans John, Paul, George, Ringo and Me (2006). Original : “Two down, two to go.”

Maureen, à la naissance de Zak

“J’aimerais que le bébé ressemble à Ringo, mais il n’est pas obligé de suivre les traces de son père.”

— Maureen Starkey, citée par The Miami News, 14 septembre 1965. Original : “I’d like the baby to be like Ringo, but he need not necessarily follow in his father’s footsteps.”

Ringo Starr, la même année

“Je ne laisserai pas Zak devenir batteur.”

— Ringo Starr, rapporté par Bob Spitz dans The Beatles: The Biography (2005). Original : “I won’t let Zak be a drummer.”

Les deux phrases, prononcées autour de la naissance de Zak, prennent un relief particulier quand on sait que Zak est devenu le batteur des Who.

Paul McCartney, sur le toit d’Apple

“Thanks, Mo.”

— Paul McCartney, le 30 janvier 1969, à la fin de Get Back, en réponse aux applaudissements de Maureen ; passage publié sur l’album Let It Be (1970).

John Lennon, sur l’affaire Harrison

“Un inceste virtuel.”

— John Lennon, à propos de la liaison entre George Harrison et Maureen, rapporté par Mikal Gilmore dans Stories Done (2009). Original : “virtual incest”.

Isaac Tigrett

“Ma pièce de collection ultime.”

— Isaac Tigrett, à propos de Maureen, cité par le journaliste Joe Nick Patoski en 1987. Original : “ultimate collectable”.

Le juge du procès de 1987

“Un homme généreux.”

— Le juge Bush, à propos de Ringo Starr, dans son jugement de novembre 1987 déboutant Maureen de sa plainte contre ses anciens avocats. Original : “a generous man”.

Paul McCartney, sur Little Willow

“Je voulais exprimer d’une manière ou d’une autre combien je tenais à elle. Pour elle et pour ses enfants. […] C’est une chanson sincère, et j’espère qu’elle aidera un peu.”

— Paul McCartney, propos rapportés par Far Out Magazine. Original : “I wanted to somehow convey how much I thought of her. For her and her kids. […] It certainly is heartfelt, and I hope it will help a bit.”

Ringo Starr, en 2025

“Il avait un scénariste, un très bon scénariste, avec une excellente réputation, et c’était très bien écrit, mais cela n’avait rien à voir avec Maureen et moi. Ce n’est pas comme ça que nous étions. Je disais : nous n’aurions jamais fait ça.”

— Ringo Starr, à propos du scénario des films de Sam Mendes, The New York Times, 2 juillet 2025. Original : “He had a writer — very good writer, great reputation, and he wrote it great, but it had nothing to do with Maureen and I. That’s not how we were. I’d say, ‘We would never do that.’”

Où voir et entendre Maureen Starkey

Faute de mémoires et d’interviews, les traces de Maureen sont rares. Voici celles que l’on peut consulter.

Source Ce qu’on y trouve
Actualités filmées de février 1965 Le mariage et la brève interview de Hove, l’une des rares fois où l’on entend sa voix
Photographies de Robert Freeman Le mariage de Caxton Hall, le 11 février 1965
The Continuing Story of Bungalow Bill (1968) Sa voix dans les chœurs du refrain final
Let It Be, film et album (1970) Sa présence sur le toit d’Apple et le “Thanks, Mo” de Paul McCartney
The Beatles: Get Back (2021) De nombreux plans d’elle pendant le concert sur le toit
The Lady Is a Champ, Frank Sinatra (1968) La chanson écrite pour ses vingt-deux ans, jamais éditée officiellement
Little Willow, Paul McCartney (1997) La chanson écrite après sa mort, pour ses enfants

Les idées reçues sur Maureen Cox Starkey

Elle était une simple “groupie” ?

Non. Maureen était une adolescente de Liverpool qui fréquentait le Cavern, comme des milliers d’autres, et qui appartenait déjà au milieu du Merseybeat avant de rencontrer Ringo. Le mot “groupie”, apparu à la fin des années 1960, ne décrit pas cette réalité.

Elle a abandonné son métier pour vivre dans le luxe ?

Non. Elle a dû renoncer à la coiffure parce que la jalousie des fans de Ringo, allant jusqu’aux menaces et à une agression, rendait son travail impossible. Le projet de salons de coiffure que Ringo lui avait promis a ensuite été abandonné.

Elle n’a jamais rien fait sur un disque des Beatles ?

Si. Elle chante dans les chœurs de The Continuing Story of Bungalow Bill sur l’Album blanc, et ses applaudissements, salués par Paul McCartney, sont audibles à la fin de Get Back sur Let It Be.

Ringo l’a abandonnée pendant sa maladie ?

Non. Ringo était à son chevet, avec leurs enfants, quand elle est morte à Seattle le 30 décembre 1994. Trente ans plus tard, il a tenu à faire réécrire les scènes de leur couple dans les films de Sam Mendes.

Elle était la mère de tous les enfants de Ringo ?

Oui. Les trois enfants de Ringo, Zak, Jason et Lee, sont nés de son mariage avec Maureen. Ringo n’a pas eu d’enfant avec sa seconde épouse, Barbara Bach, qui avait elle-même deux enfants d’un premier mariage. Maureen a eu un quatrième enfant, Augusta, avec Isaac Tigrett.

Chronologie de Maureen Cox Starkey

Date Événement
4 août 1946 Naissance de Mary Cox à Liverpool.
Vers 1960 Quitte l’école à quatorze ans ; apprentissage chez Ashley du Pré ; devient Maureen, puis “Mo”.
1961-1962 Habituée du Cavern Club.
18 août 1962 Ringo Starr rejoint les Beatles.
Automne 1962 Début de sa relation avec Ringo.
Septembre 1963 Voyage en Grèce avec Ringo, Paul McCartney et Jane Asher.
Juin 1964 Hospitalisation de Ringo ; Maureen le visite chaque jour.
20 janvier 1965 Demande en mariage à l’Ad Lib Club, à Londres.
11 février 1965 Mariage à Caxton Hall, à 8 heures du matin.
24 juillet 1965 Achat de Sunny Heights, à Weybridge.
13 septembre 1965 Naissance de Zak.
19 août 1967 Naissance de Jason.
19 février – 1er mars 1968 Séjour à Rishikesh.
4 août 1968 Reçoit The Lady Is a Champ de Frank Sinatra pour ses vingt-deux ans.
8 octobre 1968 Chœurs de The Continuing Story of Bungalow Bill.
30 janvier 1969 Concert sur le toit d’Apple ; le “Thanks, Mo” de Paul McCartney.
25 avril 1969 Installation à Highgate.
11 novembre 1970 Naissance de Lee.
18 septembre 1973 Achat de Tittenhurst Park à John Lennon.
17 juillet 1975 Divorce d’avec Ringo Starr.
1976 Début de sa vie commune avec Isaac Tigrett.
13 septembre 1978 Obsèques de Keith Moon, parrain de Zak.
8 décembre 1980 Cynthia Lennon est chez elle quand Ringo appelle pour annoncer la mort de John.
7 septembre 1985 Naissance de sa petite-fille Tatia.
4 janvier 1987 Naissance d’Augusta King Tigrett, à Dallas.
Novembre 1987 Procès perdu contre ses anciens avocats.
27 mai 1989 Mariage avec Isaac Tigrett à Monaco.
20 octobre 1994 Admission au Fred Hutchinson Cancer Research Center de Seattle.
30 décembre 1994 Décès à Seattle, à quarante-huit ans.
5 mai 1997 Sortie de Little Willow sur Flaming Pie.
Juillet 2025 Ringo révèle avoir fait réécrire leurs scènes dans les films de Sam Mendes.
4 août 2026 Elle aurait eu quatre-vingts ans.
Avril 2028 Sortie annoncée des films de Sam Mendes, où elle est incarnée par Mia McKenna-Bruce.

Questions fréquentes sur Maureen Cox Starkey

Qui était Maureen Cox Starkey ?

Maureen Cox Starkey, née Mary Cox le 4 août 1946 à Liverpool et morte le 30 décembre 1994 à Seattle, était la première épouse de Ringo Starr, le batteur des Beatles, de 1965 à 1975, et la mère de ses trois enfants, Zak, Jason et Lee.

Quel était son vrai nom ?

Elle est née Mary Cox. Elle a pris le prénom de Maureen à l’adolescence, et ses proches l’appelaient “Mo”. Après ses mariages, elle a porté les noms de Maureen Starkey, puis de Maureen Tigrett.

Comment Maureen Cox a-t-elle rencontré Ringo Starr ?

Au Cavern Club de Liverpool, en 1962. Elle lui a d’abord demandé un autographe, puis il l’a invitée à danser quelques semaines plus tard. Elle avait quinze ou seize ans, lui vingt-deux.

Quand Ringo Starr et Maureen se sont-ils mariés ?

Le 11 février 1965, à 8 heures du matin, au bureau d’état civil de Caxton Hall, à Londres. Brian Epstein était le témoin principal ; John Lennon et George Harrison étaient présents, Paul McCartney était en vacances.

Combien d’enfants a-t-elle eus ?

Quatre : Zak (1965), Jason (1967) et Lee (1970) avec Ringo Starr, et Augusta (1987) avec Isaac Tigrett.

Pourquoi Paul McCartney dit-il “Thanks, Mo” à la fin de Get Back ?

Pour remercier Maureen Starkey, surnommée Mo, dont les applaudissements enthousiastes sont audibles à la fin du concert sur le toit d’Apple, le 30 janvier 1969. Le passage figure sur l’album Let It Be.

Maureen chante-t-elle sur un disque des Beatles ?

Oui, dans les chœurs de The Continuing Story of Bungalow Bill, sur l’Album blanc (1968), aux côtés notamment de Yoko Ono.

Frank Sinatra a-t-il vraiment chanté pour elle ?

Oui. Pour ses vingt-deux ans, en 1968, Sinatra a enregistré The Lady Is a Champ, une version de The Lady Is a Tramp dont Sammy Cahn avait réécrit les paroles pour elle. Le disque, pressé à titre privé sous le numéro Apple 1, n’a jamais été commercialisé.

Que s’est-il passé entre Maureen et George Harrison ?

Au début des années 1970, George Harrison a eu une liaison avec Maureen. Pattie Boyd l’a découverte, et Ringo en a été très affecté. John Lennon a parlé d’“inceste virtuel”. La rumeur d’un “échange d’épouses” n’est attestée par aucune source fiable.

Pourquoi Ringo et Maureen ont-ils divorcé ?

Le mariage s’est défait au début des années 1970, sur fond d’alcoolisme et d’infidélités de Ringo, puis de la liaison de Maureen avec George Harrison. Le divorce a été prononcé le 17 juillet 1975, aux torts de Ringo, en raison de sa relation avec Nancy Lee Andrews.

Qui était Isaac Tigrett ?

Un entrepreneur américain, cofondateur du premier Hard Rock Cafe à Londres en 1971, puis fondateur de House of Blues. Il a été le compagnon de Maureen à partir de 1976, puis son mari à partir de 1989, et le père de sa fille Augusta.

De quoi Maureen Starkey est-elle morte ?

Des complications du traitement d’un syndrome myélodysplasique, une maladie de la moelle osseuse considérée comme pré-leucémique, après une greffe de moelle donnée par son fils Zak. Elle est morte le 30 décembre 1994 au Fred Hutchinson Cancer Research Center de Seattle.

Quel âge avait-elle à sa mort ?

Quarante-huit ans. Le chiffre de quarante-sept ans, souvent repris, provient d’une erreur de la dépêche d’agence de l’époque.

Ringo était-il présent à sa mort ?

Oui. Ringo Starr était à son chevet, aux côtés des quatre enfants de Maureen, de sa mère et de son mari, Isaac Tigrett.

Quelle chanson Paul McCartney a-t-il écrite pour elle ?

Little Willow, écrite au début de 1995 pour ses enfants et publiée en 1997 sur l’album Flaming Pie.

Qui jouera Maureen au cinéma ?

L’actrice britannique Mia McKenna-Bruce, face à Barry Keoghan en Ringo Starr, dans les quatre films consacrés aux Beatles par Sam Mendes, attendus en avril 2028.

Maureen Starkey a-t-elle écrit ses mémoires ?

Non. Contrairement à Cynthia Lennon et à Pattie Boyd, elle n’a jamais publié de livre et n’a presque jamais accordé d’interview. Ce que l’on sait d’elle provient des témoignages de son entourage.

Où Ringo et Maureen ont-ils vécu ?

Après un appartement au 34 Montagu Square, à Londres, le couple a vécu à Sunny Heights, à Weybridge (1965), puis à Elstead, à Highgate (1969) et enfin à Tittenhurst Park, le domaine racheté à John Lennon en 1973.

Maureen était-elle présente à Rishikesh ?

Oui, brièvement. Elle est arrivée en Inde avec Ringo le 19 février 1968 et l’a quitté dès le 1er mars, après une dizaine de jours, gênée par la chaleur, les insectes et l’absence de ses enfants.

Maureen et Cynthia Lennon étaient-elles amies ?

Oui, très proches. Avec Pattie Boyd, elles formaient le premier cercle des épouses des Beatles. Le 8 décembre 1980, Cynthia se trouvait chez Maureen quand Ringo a appelé pour annoncer la mort de John Lennon.

Quel âge avait Maureen à son mariage avec Ringo ?

Dix-huit ans. Née le 4 août 1946, elle s’est mariée le 11 février 1965, six mois avant ses dix-neuf ans. Ringo, né le 7 juillet 1940, avait vingt-quatre ans.

Où est enterrée Maureen Starkey ?

Aucune information fiable n’a été rendue publique sur sa sépulture. On sait seulement qu’un service commémoratif a été organisé à Los Angeles dans la semaine qui a suivi sa mort, en présence de sa famille et de ses proches.

Pourquoi parle-t-on si peu de Maureen dans l’histoire des Beatles ?

Parce qu’elle a toujours refusé de s’exprimer publiquement, n’a écrit aucun livre et n’a laissé aucun témoignage direct. Son histoire est donc connue presque exclusivement à travers les récits de son entourage, ce qui explique les nombreuses zones d’ombre et les légendes qui circulent sur elle.

Glossaire

  • Ad Lib Club : club londonien de Leicester Place, haut lieu du Swinging London, où Ringo a demandé Maureen en mariage le 20 janvier 1965.
  • Apple 1 : numéro de catalogue du disque privé de Frank Sinatra offert à Maureen en 1968, jamais commercialisé.
  • Beatle wives : expression de la presse anglo-saxonne désignant les épouses des Beatles, notamment Cynthia Lennon, Maureen Starkey et Pattie Boyd.
  • Caxton Hall : bureau d’état civil de Westminster où Ringo et Maureen se sont mariés le 11 février 1965.
  • Cavern Club : cave du 10 Mathew Street, à Liverpool, où les Beatles se sont produits près de trois cents fois et où Maureen a rencontré Ringo.
  • Fred Hutchinson Cancer Research Center : centre de recherche et de soins de Seattle, pionnier de la greffe de moelle osseuse, où Maureen est morte.
  • Hard Rock Cafe : chaîne de restaurants fondée à Londres en 1971 par Isaac Tigrett et Peter Morton.
  • Merseybeat : scène musicale de Liverpool au début des années 1960, dont les Beatles et Rory Storm and the Hurricanes faisaient partie.
  • Sunny Heights : maison de Weybridge, dans le Surrey, achetée par les Starkey en 1965, avec son pub privé, The Flying Cow.
  • Syndrome myélodysplasique : maladie de la moelle osseuse qui perturbe la production des cellules sanguines et peut évoluer en leucémie.
  • Tittenhurst Park : domaine du Berkshire racheté par Ringo à John Lennon en 1973.

Pour aller plus loin

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À lire et à écouter

Sources

  • Wikipédia (anglais), article Maureen Starkey Tigrett, et les ouvrages qu’il cite.
  • Tony Barrow, John, Paul, George, Ringo and Me, 2006.
  • Bob Spitz, The Beatles: The Biography, 2005.
  • Chris O’Dell et Katherine Ketcham, Miss O’Dell, 2010.
  • Cynthia Lennon, John, 2005 ; Pattie Boyd, Wonderful Tonight, 2007.
  • Mikal Gilmore, Stories Done, 2009 ; Kate Siobhan Mulligan, The Beatles: A Musical Biography, 2010.
  • Keith Badman, The Beatles Diary, Volume 2, 2001 ; Jonathan Gould, Can’t Buy Me Love, 2008.
  • The Miami News, 14 septembre 1965 ; dépêche Associated Press, 31 décembre 1994.
  • The New York Times, entretien avec Ringo Starr, 2 juillet 2025, cité par American Songwriter.
  • Far Out Magazine, “The song Paul McCartney wrote for The Beatles’ children”, 2025.