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CHOBA B CCCP a 35 ans : l’histoire complète de l’album russe de Paul McCartney, de Hog Hill à Melodiya

Par Clive Helday
CHOBA B CCCP : l'histoire complète de l'album russe de Paul McCartney

Le 30 septembre 1991, un disque de Paul McCartney arrive dans les bacs britanniques avec trois ans de retard sur sa propre sortie. Sa pochette rouge porte un titre que presque personne en Occident ne sait prononcer, et que la plupart lisent de travers : CHOBA B CCCP. En cyrillique, il faut lire Snova v SSSR, littéralement De nouveau en URSS. L’album a été enregistré en deux jours de juillet 1987, avec une poignée de musiciens réunis presque au pied levé, dans le studio personnel de McCartney, au fond du Sussex. Il a ensuite été cédé, par un accord sans précédent, à la firme d’État soviétique Melodiya, qui l’a publié le 31 octobre 1988 pour le seul marché de l’URSS, pendant que les exemplaires passés en contrebande se revendaient à prix d’or à Londres et à New York. Trente-cinq ans après sa sortie britannique, voici l’histoire complète du disque le plus singulier de la discographie de Paul McCartney : pourquoi il existe, qui y joue, comment il est parti pour Moscou, ce qu’en ont pensé le public et la critique, et ce que valent, une à une, ses quatorze chansons.

En bref

  • Titre : Снова в СССР (Snova v SSSR), soit De nouveau en URSS, clin d’œil à Back in the U.S.S.R. des Beatles. Lu à l’occidentale, il devient CHOBA B CCCP.
  • Enregistrement : 20 et 21 juillet 1987, en direct en studio, à Hog Hill, le studio de Paul McCartney près de Rye (Sussex de l’Est). Mixage le 22 juillet.
  • Musiciens : Mick Green (guitare), Mick Gallagher (piano, claviers), Chris Whitten et Henry Spinetti (batterie), Nick Garvey (basse le second jour). Ingénieur : Peter Henderson. Production : Paul McCartney.
  • Sorties : URSS le 31 octobre 1988 chez Melodiya (11 titres, puis 13 titres un mois plus tard) ; Royaume-Uni le 30 septembre 1991 (14 titres) ; États-Unis le mois suivant.
  • Chiffres : licence de 400 000 exemplaires accordée à Melodiya ; plus de 400 000 ventes la première année en URSS ; 63e place au Royaume-Uni, 109e aux États-Unis en 1991.
  • Réédition : remaster d’Abbey Road en 2019, dans la configuration soviétique d’origine en 11 titres.

Le contexte : un McCartney en quête de lui-même (1986-1987)

Pour comprendre pourquoi Paul McCartney, en juillet 1987, convoque quelques musiciens chevronnés pour jouer pendant deux jours les chansons de son adolescence, il faut regarder où en est sa carrière à ce moment-là. Le tableau n’est pas flatteur.

Press to Play, ou le succès qui n’est pas venu

Press to Play, publié en septembre 1986, devait être l’album du renouveau. McCartney y a travaillé avec Hugh Padgham, le producteur de Phil Collins, de Genesis et de The Police, l’homme du son de batterie qui domine les radios du milieu des années 1980. Il y a collaboré avec Eric Stewart, de 10cc, pour une partie de l’écriture. Le résultat est un disque ambitieux, tendu, souvent intéressant, mais qui ne rencontre pas son public : il ne dépasse pas la 8e place au Royaume-Uni et la 30e aux États-Unis, ce qui est, à l’échelle de McCartney, un échec. Le single Press lui-même ne fait qu’une brève apparition dans les classements.

Ce revers n’arrive pas seul. Deux ans plus tôt, le film Give My Regards to Broad Street, que McCartney avait écrit, produit et financé, a été un désastre critique et commercial, comme nous l’avons raconté dans notre anatomie du film Give My Regards to Broad Street. Le milieu des années 1980 est, pour l’ancien Beatle, une période de doute. Il n’a plus de groupe depuis la fin de Wings en 1981. Il ne tourne plus depuis 1979. Il cherche un producteur, une méthode, une direction.

Les séances avortées avec Phil Ramone

Au printemps 1987, McCartney tente une nouvelle piste avec Phil Ramone, le producteur de Billy Joel et de Paul Simon. Les séances de mars produisent assez de matière pour un album, mais un seul morceau en sortira : Once Upon a Long Ago, ballade aux accents celtiques, publiée en single au Royaume-Uni en novembre 1987 avec Back on My Feet en face B. Le reste reste dans les tiroirs. Le cheminement est typique de cette époque : McCartney essaie des producteurs comme on essaie des costumes, et aucun ne lui va tout à fait. Nous avons retracé ces tâtonnements dans Les producteurs de Paul McCartney et les métamorphoses de sa carrière solo.

Revenir aux racines

C’est dans ce contexte que naît l’idée la plus simple possible : jouer, sans arrangement préparé, sans surcharge, sans producteur extérieur, les chansons qu’il chantait à quinze ans dans sa chambre de Forthlin Road et, plus tard, sur la scène du Cavern et dans les clubs de Hambourg. Au fil de l’été 1987, McCartney organise une série de jam sessions avec divers musiciens britanniques, où l’on joue ces standards des années 1950. L’énergie lui plaît. Il décide de les fixer sur bande, en direct, comme on le faisait en 1956.

L’intention n’est pas de faire un album. C’est le point essentiel, et il est souvent mal compris. Les séances de juillet 1987 ne sont pas pensées pour l’URSS, ni même pour une publication. Elles sont une respiration, un exercice, presque une thérapie : se rappeler ce qu’on sait faire mieux que personne quand on ne se pose pas de questions. McCartney n’est d’ailleurs pas le premier ex-Beatle à passer par là. John Lennon avait fait le même retour aux sources avec l’album Rock ‘n’ Roll, enregistré en partie avec Phil Spector pendant le Lost Weekend et publié en février 1975, dans des circonstances autrement chaotiques que nous évoquons dans notre article sur May Pang, Julian Lennon et le Lost Weekend. Trois des chansons de CHOBA B CCCP figuraient déjà sur ce disque de Lennon. Nous y reviendrons.

L’enregistrement : deux jours à Hog Hill (20-22 juillet 1987)

Le studio du moulin

Les séances ont lieu à Hog Hill, le studio que McCartney s’est aménagé dans un ancien moulin près de Rye, dans le Sussex de l’Est, non loin de sa ferme. C’est un lieu de travail privé, tranquille, où il peut convoquer des musiciens sans réserver de studio, sans horaire imposé, sans le poids symbolique d’Abbey Road. Pour une séance de rock ‘n’ roll en direct, c’est l’endroit idéal : une pièce, des amplis, des micros, et la bande qui tourne.

Lundi 20 juillet 1987 : le quatuor de base

Le premier jour, la formation est un quatuor. McCartney tient la basse et chante. Mick Green joue la guitare, Mick Gallagher le piano, Chris Whitten la batterie. C’est ce jour-là que naît l’essentiel du disque : Kansas City, Twenty Flight Rock, Lawdy Miss Clawdy, I’m in Love Again, Bring It On Home to Me, Lucille, I’m Gonna Be a Wheel Someday, That’s All Right (Mama), Summertime, Just Because, Midnight Special, et aussi It’s Now or Never, qui ne figurera pas sur l’album.

Le principe est celui d’un groupe de bal ou d’un groupe de club : on choisit une chanson, on se met d’accord sur la tonalité et sur la structure, on la joue une ou deux fois, et l’on garde la meilleure prise. Il n’y a presque pas de réenregistrement ni de superposition. Ce que l’on entend sur le disque, c’est quatre musiciens qui jouent ensemble, en même temps, dans une même pièce. En 1987, à l’heure des boîtes à rythmes, des synthétiseurs numériques et de la réverbération à portes, c’est presque un acte de résistance.

Mardi 21 juillet 1987 : changement de formation

Le lendemain, la formation change. McCartney passe à la guitare. Nick Garvey prend la basse et fait les chœurs, Henry Spinetti s’installe à la batterie, Mick Gallagher reste aux claviers. C’est ce jour-là que sont enregistrés Don’t Get Around Much Anymore, Ain’t That a Shame et Crackin’ Up. La différence d’instrumentation s’entend : le premier jour a le tranchant d’un groupe de rock ‘n’ roll anglais avec une guitare électrique en première ligne ; le second a quelque chose de plus rond, plus rhythm and blues, avec McCartney qui dirige depuis la guitare.

Mercredi 22 juillet 1987 : le mixage

Le troisième jour est consacré au mixage, toujours à Hog Hill, avec l’ingénieur Peter Henderson, connu pour avoir coproduit avec Supertramp l’album Breakfast in America en 1979. La production est créditée à McCartney seul. En trois jours, tout est bouclé. C’est l’un des albums les plus rapidement réalisés de sa carrière, avec son premier album solo McCartney de 1970 et, bien plus tard, Run Devil Run.

Combien de chansons ?

Le nombre exact de titres enregistrés reste flou. Wikipédia parle d’une vingtaine de chansons, la présentation officielle de la réédition de 2019 en annonce vingt-deux, et le recensement du Paul McCartney Project en documente dix-huit avec certitude. Parmi les titres restés inédits, on trouve Take This Hammer, chant de travail traditionnel popularisé par Lead Belly, No Other Baby, que McCartney reprendra en 1999 sur Run Devil Run, Cut Across Shorty, créé par Eddie Cochran, Poor Boy, du répertoire d’Elvis Presley, Lend Me Your Comb, que les Beatles jouaient au Cavern et à la BBC, et surtout une version de I Saw Her Standing There, la chanson des Beatles, jamais publiée. Deux autres titres ont connu un destin à part : It’s Now or Never, publié en 1990 sur la compilation caritative du New Musical Express The Last Temptation of Elvis, et I Wanna Cry, une composition originale, parue en face B du maxi-single This One en 1989.

Correctif factuel : trois musiciens de studio, vraiment ?

La présentation officielle de la réédition de 2019 affirme que McCartney aurait engagé trois musiciens de studio pour deux jours d’enregistrement. C’est vrai pour le premier jour, qui réunit Mick Green, Mick Gallagher et Chris Whitten autour de lui. Mais le second jour fait intervenir deux autres musiciens, Nick Garvey à la basse et Henry Spinetti à la batterie. Au total, cinq musiciens accompagnent McCartney sur l’album, en deux formations distinctes. Par ailleurs, qualifier Mick Green, figure majeure de la guitare rock britannique, ou Mick Gallagher, pilier des Blockheads, de simples musiciens de studio est une simplification : ce sont des musiciens de scène aguerris, choisis pour leur connaissance intime de ce répertoire.

Les musiciens : un casting de connaisseurs

McCartney n’a pas choisi des virtuoses de séance interchangeables. Il a choisi des musiciens qui, chacun à leur manière, portent en eux l’histoire du rock ‘n’ roll britannique.

Mick Green, la guitare des Pirates

Mick Green (1944-2010) est le guitariste de Johnny Kidd and the Pirates, l’un des rares groupes britanniques d’avant les Beatles à avoir forgé un rock ‘n’ roll authentiquement anglais, avec Shakin’ All Over en 1960. Son style, qui mêle rythmique et solo dans un même jeu de guitare, à la manière d’un trio sans second guitariste, a influencé toute une génération, de Wilko Johnson, du groupe Dr. Feelgood, à bien d’autres. Les Beatles connaissaient les Pirates, qu’ils ont croisés à l’époque du Merseybeat. Faire appel à Mick Green, c’est convoquer le son même de la scène anglaise de 1962. McCartney le rappellera douze ans plus tard pour Run Devil Run, en 1999, et pour le concert du Cavern Club du 14 décembre 1999.

Mick Gallagher, le pianiste des Blockheads

Mick Gallagher est le claviériste des Blockheads, le groupe d’Ian Dury, avec lequel il a enregistré New Boots and Panties!! et le tube Hit Me with Your Rhythm Stick. Il a aussi joué avec The Clash à l’époque de Sandinista!. C’est un pianiste de pub rock, nourri de boogie-woogie et de rhythm and blues, capable de reproduire le jeu de Fats Domino ou de Little Richard sans jamais le pasticher. Il est le seul musicien présent les deux jours, et c’est lui qui donne à l’album son ossature : sur presque chaque chanson, le piano est le moteur.

Chris Whitten, le batteur de la tournée à venir

Chris Whitten est le batteur du premier jour. Sa présence à Hog Hill n’est pas anodine : il deviendra le batteur de McCartney pour l’album Flowers in the Dirt et pour la grande tournée mondiale de 1989-1990, la première de McCartney depuis dix ans. Il rejoindra ensuite Dire Straits pour la tournée On Every Street. En un sens, les séances de CHOBA B CCCP sont une audition qui ne dit pas son nom : c’est ici que se forme une partie de l’équipe qui ramènera McCartney sur scène.

Nick Garvey, des Ducks Deluxe aux Motors

Nick Garvey, bassiste et chanteur du second jour, vient lui aussi du pub rock : il a joué avec Ducks Deluxe avant de fonder The Motors, dont le single Airport fut un succès au Royaume-Uni en 1978. Sa présence permet à McCartney de passer à la guitare et de chanter plus librement.

Henry Spinetti, le batteur de studio au nom familier

Henry Spinetti, batteur du second jour, est un musicien de studio très demandé, qui a joué notamment avec Eric Clapton et Gerry Rafferty. Son nom sonnera familier aux amateurs des Beatles : il est le frère de l’acteur Victor Spinetti, l’un des rares comédiens à avoir figuré dans trois films des Beatles, A Hard Day’s Night, Help! et Magical Mystery Tour.

Peter Henderson, à la console

Peter Henderson est l’ingénieur du son des séances. Coproducteur et ingénieur de Breakfast in America de Supertramp, il sait capter un groupe en direct avec clarté. Il est crédité sur tous les titres de l’album, enregistrement et mixage.

De la bande dormante au pressage soviétique (1987-1988)

Quatre titres en faces B

Une fois les séances terminées, les bandes dorment. Quatre titres en sortent d’abord, discrètement : Kansas City, Lawdy Miss Clawdy, Don’t Get Around Much Anymore et Midnight Special apparaissent, répartis entre les formats maxi 45 tours et CD, sur le single Once Upon a Long Ago, publié au Royaume-Uni le 16 novembre 1987. Le single entre dans le top 10 britannique. Les faces B sont bien reçues par la critique et par les fans, qui y entendent un McCartney décontracté, loin des productions léchées de Press to Play.

L’idée du faux bootleg russe

Il reste une quinzaine de titres inédits. Selon le récit publié dans Club Sandwich, le bulletin du fan-club de McCartney, à l’été 1988, Paul dit alors à Richard Ogden, directeur général de MPL, sa société, qu’il faudrait les sortir. Mais comment faire comprendre qu’il ne s’agit pas d’un album de McCartney au sens habituel, mais de quelque chose de plus informel ? Une idée surgit : le déguiser en disque pirate russe, comme s’il avait été passé en contrebande depuis l’URSS. McCartney voulait le publier au Royaume-Uni en dehors des circuits de distribution habituels. EMI refuse : la complexité commerciale et juridique est trop grande.

Richard Ogden, qui a étudié l’histoire russe, s’amuse de l’idée. Il fait presser une cinquantaine de faux disques pirates russes, avec pochette en cyrillique, et les offre à McCartney pour Noël. Paul est ravi, mais glisse une remarque rêveuse : ce serait bien que le disque puisse sortir là-bas pour de vrai. Ogden répond qu’il n’y a pas de problème. Ce n’était pas tout à fait vrai, mais la volonté était là.

Trois jours à Moscou

La négociation qui suit est l’un des épisodes les plus savoureux de la carrière de McCartney. Ogden part pour Moscou avec sa femme et Ron Harris, le spécialiste de la Russie chez EMI, avec de simples visas touristiques pour gagner du temps. Chez Melodiya, la firme d’État qui détient le monopole de l’édition phonographique en URSS, personne ne parle anglais. Il faut négocier par l’intermédiaire de Mezhdunarodnaya Kniga, l’agence d’État chargée des échanges culturels et du commerce du livre avec l’étranger, où un certain Oleg Popov se montre particulièrement serviable. Certains interlocuteurs soviétiques sont perplexes : ils ne comprennent pas qu’il s’agisse d’enregistrements nouveaux de chansons anciennes. Il y a des hommes de la vieille école, décorés de médailles de campagne. Ogden raconte avoir demandé à l’un d’eux, nommé Joukov, s’il était apparenté au maréchal. Il ne l’était pas, mais l’idée semblait lui plaire.

Il faut trois jours pour réunir toutes les parties autour d’une table. Pour Melodiya, c’est une première : jamais un artiste n’avait exigé d’approuver la pochette et les tests de pressage. L’accord prévoit que Melodiya, qui dispose de peu de devises étrangères, verse un forfait unique en échange du droit de fabriquer au maximum 400 000 exemplaires, destinés au seul marché soviétique, sans exportation. McCartney renonce à une partie de ses redevances, ce qui permet un tirage plus important que ce qui était habituel pour un disque occidental. Pendant son séjour, Ogden dîne avec le chanteur Iouri Antonov, star de la variété soviétique, et avec le producteur Vladimir Matetski. Il remarque que Yesterday est joué dans chacun des cinq restaurants où il a mangé, par des musiciens qui ignorent tout de son lien avec l’auteur.

Le titre qui fâche

Même le titre fait débat. Снова в СССР reprend, en russe, le titre de Back in the U.S.S.R., la chanson de l’Album blanc. Une faction à Moscou est mécontente, puisque la chanson ne figure pas sur le disque, mais finit par s’y résoudre. Les plus âgés, eux, trouvent irrespectueuse la forme familière du nom de l’artiste sur la pochette. La pochette, conçue par Michael Ross, est dominée par le rouge. Au dos, un texte du journaliste Roy Carr, du New Musical Express, présente le disque, traduit en russe. Et McCartney y signe un message personnel.

La main tendue

Ce message est devenu la citation la plus célèbre associée au disque. McCartney y raconte qu’enfant, il avait demandé à son père si les gens voulaient la paix. Jim McCartney lui aurait répondu que les gens, partout, veulent la paix, et que ce sont d’habitude les politiciens qui causent les problèmes. La manière dont la musique des Beatles était aimée en URSS, écrit Paul, lui semblait donner raison à son père. Puis vient la phrase qui résume l’opération : “In releasing this record exclusively in the Soviet Union, I extend the hand of peace and friendship to the people of the U.S.S.R.” En publiant ce disque exclusivement en Union soviétique, il tend la main de la paix et de l’amitié au peuple soviétique.

La phrase s’inscrit dans le moment historique. Mikhaïl Gorbatchev est au pouvoir depuis 1985, la glasnost et la perestroïka ouvrent le pays, le traité sur les forces nucléaires intermédiaires a été signé en décembre 1987. Pour la jeunesse soviétique, les Beatles ont été pendant vingt ans une musique interdite ou tolérée, circulant sur des disques pirates gravés sur des radiographies, les fameux disques sur os. Qu’un Beatle choisisse de publier un disque pour eux seuls, c’est un geste d’une portée symbolique considérable.

Le rock en URSS avant CHOBA B CCCP : un long chemin

Pour mesurer la portée du geste, il faut rappeler ce qu’était la place de la musique occidentale en Union soviétique pendant les trois décennies précédentes. Le rock n’y a jamais été totalement interdit par une loi unique, mais il a été pendant longtemps suspect, marginalisé, contrôlé, et presque absent des canaux officiels.

Les disques sur os

Dans les années 1950, alors que le rock ‘n’ roll naît aux États-Unis, une jeunesse soviétique curieuse invente un moyen de copier les disques interdits : graver les sillons sur de vieilles radiographies récupérées dans les hôpitaux. On appelle ces disques des disques sur os, ou roentgenizdat, par analogie avec le samizdat, la littérature clandestine. On y voit en transparence une cage thoracique ou un crâne, et l’on y entend, avec un son précaire, Elvis Presley, Bill Haley ou le jazz américain. Ces objets étonnants sont aujourd’hui exposés dans des musées et recherchés par les collectionneurs. Ils disent l’ampleur du désir de musique occidentale dans un pays qui ne la diffusait pas.

La Beatlemania à distance

Quand les Beatles explosent, au milieu des années 1960, la jeunesse soviétique les découvre par les ondes étrangères captées tant bien que mal, par les bandes magnétiques recopiées de main en main, ce que l’on a appelé le magnitizdat, et par les disques rapportés de l’Ouest. Le groupe n’a jamais joué en URSS. Ses disques n’y ont été publiés officiellement qu’au compte-gouttes et tardivement. Pourtant, toute une génération de musiciens soviétiques, d’Andreï Makarevitch, le fondateur de Machina Vremeni, aux groupes de rock de Leningrad des années 1980, a raconté avoir voulu faire de la musique après avoir entendu les Beatles. Le chanteur Iouri Antonov, avec qui Richard Ogden dîna en 1988, appartient lui-même à cette génération. C’est ce que McCartney résume dans son message de pochette : l’amour dont la musique des Beatles faisait l’objet en URSS prouvait que les peuples avaient beaucoup en commun.

Les pionniers occidentaux

Dans les années 1970 et 1980, quelques artistes occidentaux avaient ouvert la voie. Elton John a donné en mai 1979 une série de concerts à Leningrad et à Moscou, une première pour une grande vedette du rock occidental. Billy Joel a tourné en URSS à l’été 1987, quelques semaines à peine après les séances de Hog Hill, et en a tiré l’album Kontsert, publié en octobre 1987. Mais ces opérations restaient des concerts, ou des disques enregistrés en URSS pour être vendus dans le monde entier. Ce que propose McCartney est différent : un disque d’un ancien Beatle, publié seulement là-bas, par la firme d’État, comme un cadeau réservé au public soviétique. Selon la présentation officielle de MPL, c’était la première fois qu’un artiste occidental publiait un album exclusivement pour le marché soviétique.

La sortie en URSS : 31 octobre 1988

Deux éditions en un mois

CHOBA B CCCP paraît en URSS le 31 octobre 1988, sous la référence Melodiya A60 00415 006. Le premier tirage, de 50 000 exemplaires, contient onze titres. Il est épuisé presque immédiatement. Environ un mois plus tard, un deuxième tirage ajoute deux titres enregistrés le 20 juillet 1987 : I’m Gonna Be a Wheel Someday, de Fats Domino, et Summertime, de George Gershwin. L’album passe ainsi à treize titres. Au total, il se vend à plus de 400 000 exemplaires la première année, ce qui en fait l’un des disques occidentaux les plus vendus de l’histoire de Melodiya.

Le marché noir à l’envers

Ce qui suit est d’une ironie parfaite. Pendant des décennies, les disques occidentaux ont été passés en contrebande vers l’URSS. Cette fois, c’est l’inverse. Très vite, des exemplaires de CHOBA B CCCP apparaissent en Occident, rapportés par des voyageurs, des diplomates, des journalistes. Aux États-Unis, ils se vendent entre 100 et 250 dollars ; au Royaume-Uni, jusqu’à 500 livres. Le New York Times consacre le 12 janvier 1989 un article d’Allan Kozinn à ce trafic inversé, sous un titre qui parle de faire sortir clandestinement de l’URSS des disques de pop, grâce à McCartney. L’idée initiale du faux bootleg russe s’est réalisée, mais dans le sens le plus inattendu : c’est l’original soviétique lui-même qui est devenu l’objet de contrebande.

Une tournée russe qui n’a pas eu lieu

Lors de son séjour à Moscou, Ogden a aussi rencontré les organisateurs de concerts d’État. La presse évoque alors une tournée de McCartney en URSS en 1989. Elle n’aura jamais lieu. La tournée mondiale de 1989-1990 passera par l’Europe, l’Amérique et le Japon, mais pas par Moscou. Il faudra attendre quinze ans pour que McCartney joue en Russie.

Les faces B de 1989 et la sortie mondiale de 1991

Le disque se dissout en faces B

Même absent des bacs occidentaux, l’album continue d’y filtrer par morceaux. En 1989, lors de la sortie de Flowers in the Dirt, le single My Brave Face porte en faces B, sur ses formats maxi et CD, I’m Gonna Be a Wheel Someday et Ain’t That a Shame, comme nous le rappelions dans notre anatomie de My Brave Face. Le single This One propose une version abrégée de I’m in Love Again. Au total, près de la moitié des chansons de l’album étaient disponibles en Occident, dispersées sur une série de singles, avant même la sortie officielle.

30 septembre 1991 : la sortie internationale

Le 30 septembre 1991, CHOBA B CCCP sort enfin au Royaume-Uni chez Parlophone, puis aux États-Unis chez Capitol le mois suivant. Cette édition compte quatorze titres : les treize de la deuxième édition soviétique, plus I’m in Love Again, que les éditions soviétiques n’avaient jamais proposé. Le contexte a changé : entre-temps, McCartney a fait une tournée triomphale, publié Tripping the Live Fantastic, puis l’album acoustique Unplugged (The Official Bootleg) en mai 1991. Le mot bootleg dans le titre d’Unplugged fait écho à l’idée d’origine de CHOBA B CCCP : McCartney aime présenter ses disques les plus spontanés comme des enregistrements pirates officiels.

Correctif factuel : l’album n’est pas sorti après la chute de l’URSS

La présentation officielle de la réédition de 2019 affirme que CHOBA B CCCP est sorti dans le reste du monde après l’effondrement de l’Union soviétique, en 1991. La chronologie ne le permet pas. L’album sort au Royaume-Uni le 30 septembre 1991. Le putsch manqué contre Gorbatchev a eu lieu du 19 au 21 août 1991, mais l’URSS n’est officiellement dissoute que le 26 décembre 1991, date de la démission de Gorbatchev. La sortie internationale précède donc de près de trois mois la disparition de l’Union soviétique. Le disque paraît dans un pays qui existe encore, même s’il est en train de se défaire.

Correctif factuel : le titre ne se traduit pas par Back in the USSR

On lit partout que CHOBA B CCCP signifie Back in the USSR. C’est la référence voulue, mais pas la traduction exacte. Снова в СССР (Snova v SSSR) signifie littéralement De nouveau en URSS, ou Encore en URSS, comme le précisait d’ailleurs Club Sandwich dès 1988. Quant à la graphie CHOBA B CCCP, elle résulte d’une lecture à l’occidentale des lettres cyrilliques : С se lit S, Н se lit N, В se lit V. Enfin, l’édition internationale de 1991 comporte une coquille : le titre y est imprimé СНОВА Б СССР, avec un Б, équivalent cyrillique de notre B, à la place du В, qui se lit V. Le graphiste occidental a transcrit la lettre qui ressemblait à un B au lieu de celle qui en avait l’air.

Pour qui veut aujourd’hui retrouver cette édition, le CD CHOBA B CCCP de 1991, en 14 titres reste la seule configuration qui réunisse toutes les chansons publiées sur les différentes éditions.

La réception : public et critique

En URSS, un événement

En Union soviétique, la sortie de l’album est un événement. Le premier tirage part en quelques jours, le second suit, et le disque figure dans les classements publiés par la presse soviétique, notamment celui du quotidien Moskovski Komsomolets. Plus de 400 000 exemplaires vendus la première année, c’est considérable pour un disque de reprises sans le moindre titre des Beatles.

En Occident, un succès d’estime

En 1991, la sortie internationale est discrète. L’album atteint la 63e place au Royaume-Uni et la 109e aux États-Unis. Ce n’est pas un échec : c’est un disque de reprises, publié trois ans après sa sortie originale, que les fans les plus assidus possédaient déjà en partie grâce aux faces B, et qui arrive quatre mois après un autre album de reprises et de relectures, Unplugged. La critique est en général bienveillante. Elle salue la spontanéité, la voix de McCartney, la qualité du groupe. On lui reproche parfois un manque d’audace : ce sont des versions fidèles, sans relecture radicale. Mais c’était précisément le propos.

Avec le temps, l’album a gagné en estime. Le service de musique en ligne Rhapsody l’a cité parmi ses albums de reprises préférés. Et dans la discographie de McCartney, il occupe désormais une place à part, comme nous l’expliquions dans Paul McCartney album par album : celle d’un disque de transition, qui marque le moment où McCartney se retrouve.

La postérité : de Hog Hill à la place Rouge

La tournée de 1989-1990

Les séances de juillet 1987 ont un effet direct sur la suite de la carrière de McCartney. Elles lui ont rappelé le plaisir de jouer avec un groupe, en direct. Deux ans plus tard, il repart en tournée pour la première fois depuis 1979, avec Chris Whitten à la batterie. Le spectacle mêle ses chansons récentes, les classiques de Wings et, pour la première fois, un grand nombre de chansons des Beatles. Le chemin qui mène à ces concerts passe par Hog Hill.

Run Devil Run, la suite en 1999

En 1999, un an après la mort de Linda, McCartney refait exactement le même exercice avec Run Devil Run : un album de reprises de rock ‘n’ roll des années 1950, enregistré en quelques jours, en direct, à Abbey Road, avec David Gilmour, Ian Paice et Mick Green. Deux chansons enregistrées en 1987 et restées inédites, No Other Baby et Lend Me Your Comb, y trouvent leur place. Run Devil Run est souvent considéré comme la version aboutie de CHOBA B CCCP. Il en est, en tout cas, le prolongement direct.

La place Rouge, 24 mai 2003

Quinze ans après la sortie soviétique de CHOBA B CCCP, McCartney joue enfin à Moscou, sur la place Rouge, le 24 mai 2003, devant des dizaines de milliers de spectateurs. Il est reçu au Kremlin par Vladimir Poutine, qui assiste au concert. Il chante Back in the U.S.S.R., cette fois dans le pays qui avait refusé si longtemps les Beatles. Le disque de 1988 était la main tendue ; le concert de 2003 est la poignée de main.

La réédition de 2019

En juillet 2019, dans le cadre de la reprise du catalogue de McCartney par Capitol, l’album est réédité avec quatre autres albums enregistrés en public ou en direct. Il est remasterisé à Abbey Road par Alex Wharton et publié dans sa configuration soviétique d’origine, en onze titres, en CD, en vinyle 180 grammes et en vinyle jaune opaque en édition limitée. Le choix de revenir à la version courte est discutable pour l’amateur, puisqu’il écarte I’m in Love Again, I’m Gonna Be a Wheel Someday et Summertime, mais il a une logique historique : c’est le disque tel qu’il est sorti en URSS en octobre 1988. On le trouve dans l’édition remasterisée de 2019. Le Japon l’a également publié en SHM-CD.

Le son de CHOBA B CCCP : une production à contre-courant

Un disque de 1987 qui ne sonne pas comme 1987

Écouter CHOBA B CCCP aujourd’hui, c’est être frappé par ce qu’il n’a pas. Pas de réverbération à portes sur la caisse claire, ce son gonflé et coupé net qui domine alors les radios, de Phil Collins à Bruce Springsteen. Pas de synthétiseur numérique, pas de boîte à rythmes, pas de basse synthétique. Pas de chœurs superposés en dizaines de pistes. Le disque sonne comme un groupe dans une pièce, avec une légère ambiance naturelle, les instruments bien séparés mais jouant ensemble. En 1987, c’est presque un manifeste. Press to Play, un an plus tôt, était au contraire un produit typique de son temps, avec toute la panoplie de la production des années 1980. Entre les deux disques, McCartney a changé de méthode du tout au tout.

La prise directe comme esthétique

Le choix de la prise directe, sans superposition, n’est pas qu’une question de rapidité. Il impose une esthétique. Les petites imperfections restent : un accord un peu approximatif, une voix qui part légèrement en avant, une fin de morceau improvisée. Ce sont elles qui donnent au disque sa vie. McCartney, qui a passé une partie des années 1980 à polir ses productions jusqu’à la brillance, redécouvre ici le charme de l’accident. Il l’avait connu à Hambourg, où les Beatles jouaient des heures chaque soir sans filet, et au Cavern. Il le retrouve à quarante-cinq ans, dans son propre studio.

La voix de McCartney en 1987

C’est peut-être l’aspect le plus remarquable du disque. En 1987, McCartney a quarante-cinq ans, et sa voix est à son sommet de maturité. Elle a gardé l’étendue et la puissance de ses vingt ans, comme le prouvent Lucille et Kansas City, mais elle a gagné une chaleur et une rugosité qu’elle n’avait pas à l’époque des Beatles. Sur Bring It On Home to Me ou Summertime, il chante avec une profondeur soul que ses propres compositions de l’époque ne lui permettaient pas toujours d’exprimer. CHOBA B CCCP est, à cet égard, un document précieux sur le chanteur McCartney, peut-être plus que sur l’auteur.

Le jeu de basse

Sur les onze chansons du premier jour, McCartney tient la basse, et c’est une autre raison d’écouter le disque avec attention. Loin des lignes mélodiques qu’il a inventées pour les Beatles, de Something à Rain, il revient ici à la basse de rock ‘n’ roll et de rhythm and blues : lignes en walking, figures répétées, accents qui soutiennent le chant. Sur That’s All Right (Mama), il imite le jeu de contrebasse de Bill Black. Sur les titres de Fats Domino, il suit la main gauche du pianiste. Pour un bassiste, c’est une leçon sur l’art de servir une chanson sans chercher à briller.

Guide du collectionneur

Les pressages soviétiques

Pour le collectionneur, les pressages soviétiques de 1988 sont évidemment les exemplaires les plus recherchés. Il faut distinguer le premier tirage en onze titres, le plus rare, et le deuxième en treize titres, plus courant. Le disque a été pressé dans le réseau d’usines de Melodiya, ce qui entraîne des variantes d’étiquettes et de pochettes selon les lots. L’état des pochettes, souvent fabriquées dans un carton assez fragile, et la qualité des pressages, parfois irrégulière, pèsent beaucoup sur la cote. Compte tenu des prix atteints à l’époque en Occident, la prudence s’impose : des rééditions non officielles et des contrefaçons circulent, et il vaut mieux vérifier les références et les inscriptions gravées dans la matière du disque avant d’acheter un exemplaire présenté comme original.

Les faces B occidentales

Pour qui veut reconstituer l’histoire complète du disque en Occident, les singles de 1987-1989 constituent une collection à part entière : les formats maxi et CD de Once Upon a Long Ago, ceux de My Brave Face, et le maxi de This One, avec la version courte de I’m in Love Again et l’inédit I Wanna Cry. Ces disques sont généralement peu chers, et ils permettent d’entendre certaines chansons des années avant la sortie internationale.

Les éditions de 1991 et de 2019

L’édition internationale de 1991, en quatorze titres, reste la plus complète. Elle a été publiée en CD, en vinyle et en cassette. La réédition de 2019 offre un son plus clair grâce au remaster d’Abbey Road, et une version vinyle jaune opaque en édition limitée, mais elle ne compte que onze titres. L’idéal, pour l’amateur, est de posséder les deux. Enfin, la chanson I Saw Her Standing There enregistrée en juillet 1987 reste inédite : si MPL publiait un jour une édition élargie des séances, elle serait le principal argument d’achat.

Track-by-track : les quatorze chansons

Nous suivons l’ordre de l’édition internationale de 1991, qui réunit toutes les chansons parues sur les différentes éditions. Pour chaque titre, nous indiquons le jour d’enregistrement, l’origine de la chanson et ce que McCartney en fait. Les versions sont à écouter sur la playlist intégrée en tête d’article et, titre par titre, ci-dessous.

1. Kansas City (Jerry Leiber, Mike Stoller)

Enregistré le 20 juillet 1987. Durée : environ 4 min.

La chanson de Leiber et Stoller naît en 1952 sous le titre K.C. Lovin’, enregistrée par Little Willie Littlefield. Elle devient un numéro un aux États-Unis en 1959 dans la version de Wilbert Harrison. Mais pour McCartney, Kansas City est d’abord la chanson de Little Richard, qui l’a enchaînée avec son propre Hey-Hey-Hey-Hey!. C’est ce medley que les Beatles ont joué à Hambourg et au Cavern, et qu’ils ont enregistré en une seule prise le 18 octobre 1964 pour Beatles for Sale, avec McCartney au chant dans son registre le plus hurlé.

En 1987, McCartney choisit une autre voie. Il abandonne le medley et le cri à la Little Richard pour une lecture plus proche de Wilbert Harrison, en shuffle posé, avec un chant grave et moqueur. Le piano de Mick Gallagher et la guitare de Mick Green dialoguent sans se marcher dessus. C’est un choix révélateur : ouvrir l’album par une chanson qu’il avait déjà enregistrée avec les Beatles, mais en la jouant autrement, c’est dire d’emblée que ce disque ne sera pas une reconstitution du passé.

2. Twenty Flight Rock (Eddie Cochran, Ned Fairchild)

Enregistré le 20 juillet 1987. Durée : environ 3 min.

C’est la chanson la plus chargée d’histoire de tout l’album. Eddie Cochran la chante dans le film The Girl Can’t Help It en 1956. Le 6 juillet 1957, à Woolton, après le concert des Quarrymen à la fête paroissiale de St Peter, le jeune Paul McCartney, quinze ans, prend une guitare dans la salle paroissiale et joue Twenty Flight Rock devant John Lennon. Il connaît toutes les paroles, ce qui impressionne énormément Lennon et ses camarades, qui les connaissaient mal. Il accorde aussi la guitare de John. Quelques jours plus tard, il est invité à rejoindre le groupe. La suite est connue : nous l’avons racontée dans Paul McCartney, le ciment musical des Beatles et dans l’histoire de la première composition de Lennon et McCartney.

Trente ans plus tard, presque jour pour jour, McCartney la rejoue à Hog Hill. La version est vive, nerveuse, fidèle à Cochran, avec l’histoire du garçon qui doit monter vingt étages à pied pour voir sa fiancée parce que l’ascenseur est en panne. McCartney la reprendra souvent sur scène, notamment lors de la tournée de 1989-1990, où elle faisait partie des rares reprises du concert. On mesure ce que représente, pour un homme de quarante-cinq ans, le fait de rejouer la chanson qui lui a ouvert la porte de sa vie.

3. Lawdy Miss Clawdy (Lloyd Price)

Enregistré le 20 juillet 1987. Durée : environ 3 min 20.

Lloyd Price enregistre Lawdy Miss Clawdy en 1952 à La Nouvelle-Orléans, avec Fats Domino au piano. C’est l’un des disques qui ont fait passer le rhythm and blues noir au public blanc, avant même l’explosion du rock ‘n’ roll. Elvis Presley l’enregistre en 1956. Les Beatles la jouaient à leurs débuts, et on l’entend dans les séances de janvier 1969 qui ont donné naissance à Let It Be, parmi les dizaines de vieux standards qu’ils reprenaient pour se détendre entre deux prises.

La version de 1987 est portée par le piano de Mick Gallagher, qui rend hommage au jeu de Fats Domino, avec ses triolets martelés. McCartney chante avec une voix de gorge rugueuse, plus proche de Price que de Presley. C’est l’une des quatre chansons parues dès novembre 1987 en face B du single Once Upon a Long Ago.

4. I’m in Love Again (Fats Domino, Dave Bartholomew)

Enregistré le 20 juillet 1987. Absent des éditions soviétiques. Présent sur l’édition de 1991.

Fats Domino et son producteur Dave Bartholomew signent en 1956 I’m in Love Again, qui entre dans le top 5 américain et devient l’un de ses plus gros succès. C’est un rhythm and blues paresseux, chaloupé, typique de La Nouvelle-Orléans. McCartney a toujours revendiqué l’influence de Fats Domino : il l’a reconnue en particulier pour Lady Madonna, écrite en 1968 dans son style, comme nous l’avons montré dans notre enquête sur Lady Madonna.

C’est la seule chanson de l’album qui n’est pas parue en URSS. Une version abrégée a d’abord été publiée en face B du single This One, en 1989, avant que la version intégrale ne soit ajoutée à l’édition internationale de 1991. Elle constitue l’exclusivité occidentale de l’album, un renversement ironique de l’idée d’exclusivité soviétique. Elle ne figure pas sur la réédition de 2019, calquée sur l’édition soviétique en onze titres.

5. Bring It On Home to Me (Sam Cooke)

Enregistré le 20 juillet 1987. Durée : environ 3 min 15.

Sam Cooke enregistre Bring It On Home to Me en 1962, avec Lou Rawls en réponse vocale. C’est une chanson de gospel transposée dans l’amour profane, avec cette structure d’appel et réponse qui vient de l’église. The Animals en ont fait un succès britannique en 1965. John Lennon l’a enregistrée en 1975 sur Rock ‘n’ Roll, en medley avec Send Me Some Lovin’.

La version de McCartney est l’une des plus belles de l’album. Il abandonne le registre du rock ‘n’ roll pour une voix soul, retenue, qui monte progressivement. On pense à ce que McCartney a toujours su faire, de Oh! Darling à Maybe I’m Amazed : faire passer la voix de la douceur au cri sans perdre la justesse. C’est aussi le premier des trois titres de l’album que Lennon avait déjà enregistrés sur Rock ‘n’ Roll, ce qui dessine, douze ans après, une conversation posthume entre les deux hommes. Club Sandwich le soulignait dès 1988 : à mesure que leurs désaccords s’effacent dans le passé, il devient de plus en plus évident que John et Paul avaient beaucoup en commun.

6. Lucille (Albert Collins, Richard Penniman)

Enregistré le 20 juillet 1987. Durée : environ 3 min 15.

Little Richard enregistre Lucille en 1957. Pour McCartney, Little Richard est le modèle absolu : c’est de lui qu’il tient sa voix hurlée, qu’il a utilisée sur Long Tall Sally, I’m Down ou Kansas City. Les Beatles jouaient Lucille à la BBC et sur scène au début des années 1960. McCartney l’a aussi chantée le 29 décembre 1979 au Hammersmith Odeon, lors du Concert for Kampuchea, avec le Rockestra, un ensemble réunissant des membres de Wings, des Who, de Led Zeppelin et de Pink Floyd.

En 1987, il la joue avec un groupe réduit, sans cuivres, et la voix à la Little Richard est intacte, à quarante-cinq ans. C’est l’un des moments où l’album prend feu. La guitare de Mick Green, en particulier, y est remarquable de précision rythmique.

Correctif factuel : quel Albert Collins ?

Les crédits de Lucille mentionnent Albert Collins aux côtés de Richard Penniman, le vrai nom de Little Richard. Il ne s’agit pas du célèbre guitariste de blues texan Albert Collins, surnommé The Master of the Telecaster. L’Albert Collins crédité sur Lucille est un homonyme, associé à la création de la chanson dans l’entourage de Little Richard. La confusion revient régulièrement dans les discographies et les fiches de plateformes de streaming.

7. Don’t Get Around Much Anymore (Duke Ellington, Bob Russell)

Enregistré le 21 juillet 1987. Durée : environ 2 min 50.

C’est la seule chanson de l’album qui ne vient pas du rock ‘n’ roll. Duke Ellington l’enregistre en 1940 sous forme instrumentale, sous le titre Never No Lament. Bob Russell y ajoute des paroles en 1942, et la chanson devient un standard du jazz et de la variété américaine, avec des succès pour les Ink Spots et pour Glen Gray en 1943. McCartney a grandi avec ce répertoire : son père Jim, qui dirigeait un petit orchestre de jazz dans les années 1920, jouait ces standards au piano dans la maison familiale. Cette culture de la chanson américaine d’avant-guerre se retrouve dans les compositions de McCartney, de When I’m Sixty-Four à Honey Pie.

La version de 1987, enregistrée le second jour avec McCartney à la guitare, est une réinterprétation en rhythm and blues, plus rapide et plus rugueuse que les versions de jazz. C’est une manière de montrer que la frontière entre jazz et rock ‘n’ roll est plus mince qu’on ne le pense. Elle est parue dès novembre 1987 en face B de Once Upon a Long Ago.

8. I’m Gonna Be a Wheel Someday (Fats Domino, Dave Bartholomew, Roy Hayes)

Enregistré le 20 juillet 1987. Ajouté sur la deuxième édition soviétique.

Fats Domino enregistre I’m Gonna Be a Wheel Someday en 1959. C’est une chanson de fanfaronnade : un homme qu’on a quitté promet qu’il deviendra un jour quelqu’un d’important. Le ton est léger, le rythme chaloupé, typique de la Nouvelle-Orléans. C’est le deuxième titre de Fats Domino de la séance. McCartney le chante avec un plaisir évident, en imitant la diction nonchalante de Domino.

Absente du premier tirage soviétique, la chanson a été ajoutée à la deuxième édition, un mois après la sortie. Elle est ensuite parue en Occident en face B de My Brave Face en 1989. Elle ne figure pas sur la réédition de 2019.

9. That’s All Right (Mama) (Arthur Crudup)

Enregistré le 20 juillet 1987. Durée : environ 3 min 50.

Arthur Crudup enregistre That’s All Right en 1946, dans un blues électrique du Mississippi. Le 5 juillet 1954, dans les studios Sun de Memphis, un jeune chauffeur de camion de dix-neuf ans nommé Elvis Presley la joue en plaisantant, pendant une pause, avec Scotty Moore et Bill Black. Sam Phillips entend quelque chose et fait tourner la bande. C’est le premier single d’Elvis, et, pour beaucoup d’historiens, l’un des actes de naissance du rock ‘n’ roll. Nous avons retracé l’influence d’Elvis sur les Beatles dans Elvis et les Beatles : anatomie d’une dette, d’une rivalité et d’une trahison.

McCartney la joue à la basse, et c’est la ligne de basse de Bill Black qu’il reproduit, en slap à la manière des contrebassistes de rockabilly. La version est l’une des plus longues de l’album, parce que le groupe prend le temps d’improviser. La guitare de Mick Green y rend hommage à Scotty Moore sans le copier. C’est un des sommets du disque, et sans doute celle qui donne le mieux l’idée d’un groupe qui s’amuse.

10. Summertime (George Gershwin, DuBose Heyward, Ira Gershwin)

Enregistré le 20 juillet 1987. Ajouté sur la deuxième édition soviétique.

Summertime est la berceuse qui ouvre l’opéra Porgy and Bess de George Gershwin, créé en 1935, sur un livret de DuBose Heyward. C’est probablement l’une des chansons les plus reprises de l’histoire, par Billie Holiday, Ella Fitzgerald, Miles Davis, Janis Joplin et des milliers d’autres. Club Sandwich précisait en 1988, non sans humour, qu’il ne fallait pas y voir une erreur d’étiquetage : il ne s’agit pas du Summertime Blues d’Eddie Cochran, que l’on aurait pu attendre sur un tel disque, mais bien de la chanson de Gershwin.

McCartney la transforme en blues lent, lourd et chaud, loin de la berceuse d’origine. C’est l’un des moments les plus surprenants de l’album. Absente du premier tirage soviétique, elle a été ajoutée à la deuxième édition, puis reprise dans l’édition internationale de 1991. Elle ne figure pas sur la réédition de 2019.

11. Ain’t That a Shame (Fats Domino, Dave Bartholomew)

Enregistré le 21 juillet 1987. Durée : environ 3 min 45.

Ain’t That a Shame est le premier grand succès de Fats Domino auprès du public blanc, en 1955. La reprise édulcorée de Pat Boone, la même année, grimpe au sommet du classement américain, symbole de l’époque où les chansons des artistes noirs étaient recyclées par des chanteurs blancs pour les radios. Pour les Beatles, Ain’t That a Shame a une place particulière : John Lennon racontait que c’était la première chanson qu’il avait appris à jouer, au banjo, avec sa mère Julia. Il l’a enregistrée en 1975 sur Rock ‘n’ Roll.

La version de McCartney est enregistrée le second jour, avec lui à la guitare, Nick Garvey à la basse et Henry Spinetti à la batterie. Elle est plus rapide et plus rock que l’original, presque punk dans son énergie. C’est la deuxième chanson de l’album commune avec le Rock ‘n’ Roll de Lennon. Difficile de ne pas y entendre un clin d’œil à John, sept ans après sa mort. Elle a été publiée en face B de My Brave Face en 1989.

12. Crackin’ Up (Ellas McDaniel)

Enregistré le 21 juillet 1987. Durée : environ 3 min 55.

Crackin’ Up est une chanson de Bo Diddley, de son vrai nom Ellas McDaniel, publiée en 1959. Elle est inhabituelle dans son répertoire : au lieu du célèbre rythme Bo Diddley, elle adopte un balancement proche du calypso, qu’on pourrait rapprocher du ska jamaïcain naissant. Club Sandwich la décrivait en 1988 comme un fascinant numéro ska et reggae. C’est la chanson la plus obscure de l’album, et sans doute le choix le plus personnel.

La version de McCartney, enregistrée le second jour, garde le balancement caribéen, avec une voix détendue et un groupe qui laisse respirer le rythme. C’est une preuve de la culture musicale de McCartney, qui connaissait non seulement les grands succès des années 1950, mais aussi leurs recoins. C’est aussi un rappel que les Beatles avaient un penchant pour les rythmes jamaïcains, de Ob-La-Di, Ob-La-Da aux essais des séances de 1968.

13. Just Because (Bob Shelton, Joe Shelton, Sydney Robin)

Enregistré le 20 juillet 1987. Durée : environ 3 min 35.

Just Because vient de loin : c’est une chanson des Shelton Brothers, un duo de musique country des années 1930. Elvis Presley l’enregistre en 1954 chez Sun, et elle figure sur son premier album en 1956. Lloyd Price en donne une version rhythm and blues en 1957. John Lennon en a fait le dernier titre de Rock ‘n’ Roll, en 1975, où il glisse un adieu parlé, comme s’il quittait la scène. Nous évoquons cet album dans notre classement des 10 meilleurs albums solo des Beatles.

C’est la troisième chanson commune aux deux albums de reprises de Lennon et de McCartney. McCartney la chante dans le registre rockabilly, plus proche d’Elvis que de Lennon. Le fait qu’elle soit l’avant-dernier titre de CHOBA B CCCP, alors qu’elle était le dernier de Rock ‘n’ Roll, ajoute à l’impression d’un dialogue discret entre les deux albums.

14. Midnight Special (traditionnel)

Enregistré le 20 juillet 1987. Durée : environ 4 min.

Midnight Special est une chanson traditionnelle des prisons du sud des États-Unis. Le train de minuit dont la lumière traverse la cellule est un symbole de liberté. Lead Belly l’enregistre en 1934, alors qu’il est lui-même détenu. La chanson devient un standard du folk et du skiffle, le genre qui, au milieu des années 1950, pousse des milliers d’adolescents britanniques, dont Lennon et McCartney, à prendre une guitare. Creedence Clearwater Revival en fait un succès en 1969.

Terminer l’album par Midnight Special, c’est revenir à l’origine du chemin : le skiffle, les Quarrymen, la guitare achetée à Liverpool. La version de McCartney est enlevée, avec un chœur qui reprend le refrain, comme dans les clubs. C’est l’une des quatre chansons parues en 1987 en face B de Once Upon a Long Ago.

Les chansons restées hors de l’album

It’s Now or Never, pour Elvis

Enregistrée le 20 juillet 1987, It’s Now or Never est l’adaptation par Aaron Schroeder et Wally Gold de O Sole Mio, la chanson napolitaine d’Eduardo Di Capua, qu’Elvis Presley a transformée en numéro un mondial en 1960. McCartney s’y essaie en crooner, avec une voix de ténor qu’on lui entend rarement. La version n’a pas été retenue pour l’album. Elle a été publiée en 1990 sur The Last Temptation of Elvis, compilation caritative réalisée par le New Musical Express, sur laquelle de nombreux artistes reprenaient des chansons des films d’Elvis. Club Sandwich l’annonçait dès 1988, avec un enthousiasme non dissimulé.

I Wanna Cry, l’unique composition

Parmi les titres des séances figure une seule composition originale, I Wanna Cry, un blues lent écrit par McCartney dans l’esprit du répertoire joué ces jours-là. Elle ne pouvait pas trouver sa place sur un album de reprises. Elle est sortie en face B du maxi-single This One, extrait de Flowers in the Dirt, en 1989. C’est un petit trésor méconnu de sa discographie, qui montre à quel point McCartney pouvait écrire dans ce style sans effort.

I Saw Her Standing There, l’inédit fantôme

L’enregistrement le plus intrigant des séances reste inédit : une version de I Saw Her Standing There, la chanson écrite par McCartney et Lennon en 1962, qui ouvre Please Please Me. Elle a été enregistrée pendant les deux jours de juillet 1987, sans qu’on sache précisément lequel. Elle n’a jamais été publiée officiellement. On comprend pourquoi elle ne pouvait pas figurer sur un album de reprises de standards des années 1950 : c’est une chanson des Beatles, écrite par McCartney lui-même. Mais on mesure aussi ce qu’elle raconte : en 1987, dans le même état d’esprit que pour Twenty Flight Rock, McCartney revient à sa propre jeunesse, à la chanson dont son célèbre décompte, un, deux, trois, quatre, ouvre le premier album des Beatles en 1963.

Back in the U.S.S.R., l’absente du titre

Reste la chanson qui a donné son nom au disque sans y figurer. Back in the U.S.S.R. a été enregistrée par les Beatles les 22 et 23 août 1968, pendant le bref départ de Ringo Starr, avec McCartney à la batterie. C’est un pastiche affectueux à la fois des Beach Boys et de Chuck Berry, écrit en Inde au printemps 1968. Le fait que le titre russe du disque fasse référence à une chanson absente a d’abord agacé une partie de l’administration soviétique, qui a fini par s’en accommoder. Il a fallu attendre la place Rouge, en 2003, pour que McCartney la chante enfin en Russie.

Les éditions en un coup d’œil

Édition Date Nombre de titres Particularités
Melodiya, 1er tirage 31 octobre 1988 11 50 000 exemplaires, URSS uniquement
Melodiya, 2e tirage Fin 1988 13 Ajout de I’m Gonna Be a Wheel Someday et Summertime
Parlophone / Capitol 30 septembre 1991 (UK) 14 Ajout de I’m in Love Again ; coquille СНОВА Б СССР
Capitol, remaster Abbey Road Juillet 2019 11 Retour à l’ordre du 1er tirage soviétique ; CD, vinyle noir et jaune

Ce que dit CHOBA B CCCP de Paul McCartney

Au-delà de son histoire rocambolesque, CHOBA B CCCP est un disque révélateur. Il montre d’abord le rapport de McCartney au répertoire. Contrairement à Lennon, dont Rock ‘n’ Roll était une tentative de retrouver l’adolescence perdue dans le chaos du Lost Weekend, McCartney aborde ces chansons en musicien professionnel, avec plaisir mais sans nostalgie douloureuse. Il les connaît, il les maîtrise, il les joue. C’est sa force et sa limite : les versions sont impeccables, parfois trop sages.

Il montre ensuite une constante de sa carrière : le besoin de revenir au jeu direct quand la production devient trop lourde. McCartney en 1970, CHOBA B CCCP en 1987, Unplugged en 1991, Run Devil Run en 1999, et jusqu’à certaines séances de ses albums récents : chaque fois qu’il s’est perdu dans les studios, il s’est retrouvé en jouant en direct, vite, avec peu de musiciens. Nous analysons ce mouvement de balancier dans Chaos and Creation in the Backyard et dans Paul McCartney collaborateur.

Il montre enfin le sens de McCartney pour le geste symbolique. Publier un disque en URSS seulement, en 1988, c’était à la fois un coup commercial original, une opération de communication brillante et un vrai geste politique, dans l’esprit de la détente. McCartney a toujours su donner à sa musique une portée au-delà de la musique, sans jamais le faire lourdement. Nous en avons recensé d’autres exemples dans 20 faits méconnus sur Paul McCartney.

Repères chronologiques

Date Événement
6 juillet 1957 À Woolton, Paul McCartney joue Twenty Flight Rock devant John Lennon.
18 octobre 1964 Les Beatles enregistrent le medley Kansas City / Hey-Hey-Hey-Hey! pour Beatles for Sale.
22-23 août 1968 Les Beatles enregistrent Back in the U.S.S.R., sans Ringo.
Février 1975 Sortie de Rock ‘n’ Roll de John Lennon, avec trois chansons que reprendra CHOBA B CCCP.
Septembre 1986 Sortie de Press to Play, accueil tiède.
Mars 1987 Séances avec Phil Ramone, dont sortira Once Upon a Long Ago.
20 juillet 1987 Premier jour d’enregistrement à Hog Hill avec Mick Green, Mick Gallagher et Chris Whitten.
21 juillet 1987 Second jour, avec Nick Garvey et Henry Spinetti.
22 juillet 1987 Mixage à Hog Hill avec Peter Henderson.
16 novembre 1987 Single Once Upon a Long Ago, avec quatre titres des séances en faces B.
Noël 1987 Richard Ogden offre à McCartney une cinquantaine de faux disques pirates russes.
1988 Négociations à Moscou avec Melodiya et Mezhdunarodnaya Kniga.
31 octobre 1988 Sortie de CHOBA B CCCP en URSS, 11 titres.
Fin 1988 Deuxième tirage soviétique, 13 titres.
12 janvier 1989 Le New York Times décrit le trafic de l’album vers l’Occident.
1989 Faces B de My Brave Face et de This One ; début de la tournée mondiale avec Chris Whitten.
Mai 1991 Sortie d’Unplugged (The Official Bootleg).
19-21 août 1991 Putsch manqué contre Gorbatchev.
30 septembre 1991 Sortie internationale au Royaume-Uni, 14 titres (63e place).
26 décembre 1991 Dissolution officielle de l’URSS.
Octobre 1999 Run Devil Run, avec Mick Green, prolongement de CHOBA B CCCP.
24 mai 2003 Premier concert de McCartney en Russie, sur la place Rouge.
Juillet 2019 Réédition remasterisée à Abbey Road, en 11 titres.
30 septembre 2026 35e anniversaire de la sortie britannique.

Questions fréquentes

Que signifie CHOBA B CCCP ?

C’est la lecture à l’occidentale du titre russe Снова в СССР (Snova v SSSR), qui signifie littéralement De nouveau en URSS. Le titre renvoie à la chanson des Beatles Back in the U.S.S.R., qui ne figure pas sur l’album.

Quand et où l’album a-t-il été enregistré ?

Les 20 et 21 juillet 1987, au studio Hog Hill de Paul McCartney, près de Rye, dans le Sussex de l’Est. Le mixage a été réalisé le 22 juillet.

Qui joue sur l’album ?

Paul McCartney (basse, guitare, chant), Mick Green (guitare), Mick Gallagher (piano, claviers), Chris Whitten et Henry Spinetti (batterie) et Nick Garvey (basse, chœurs). L’ingénieur est Peter Henderson.

Pourquoi l’album est-il sorti en URSS seulement ?

L’idée de départ était de le présenter comme un faux disque pirate russe. EMI l’ayant refusé, MPL a négocié avec la firme d’État Melodiya une publication exclusive en URSS, que McCartney a présentée comme un geste de paix et d’amitié envers le peuple soviétique.

Combien d’exemplaires ont été vendus ?

Melodiya avait le droit de presser 400 000 exemplaires. Le premier tirage de 50 000 exemplaires s’est épuisé presque immédiatement, et l’album a dépassé les 400 000 ventes la première année.

Quelle édition acheter ?

L’édition de 1991, en 14 titres, est la plus complète. La réédition de 2019, remasterisée à Abbey Road, offre un meilleur son mais ne compte que les 11 titres du premier tirage soviétique.

Quelles chansons de l’album Lennon avait-il déjà enregistrées ?

Bring It On Home to Me, Ain’t That a Shame et Just Because figuraient sur l’album Rock ‘n’ Roll de John Lennon, publié en 1975.

Des chansons des Beatles ont-elles été enregistrées pendant les séances ?

Oui, une version de I Saw Her Standing There a été enregistrée, mais elle reste inédite.

Sources et références

  • Club Sandwich n° 49, été 1988, récit de Richard Ogden sur la négociation avec Melodiya.
  • Allan Kozinn, article du New York Times, 12 janvier 1989.
  • James Henke, Can Paul McCartney Get Back?, Rolling Stone, 15 juin 1989.
  • Luca Perasi, Paul McCartney: Music Is Ideas, vol. 1 (1970-1989), et Paul McCartney: Recording Sessions (1969-2013).
  • Kenneth Womack, The Beatles Encyclopedia, vol. 2, 2014.
  • The Paul McCartney Project, fiches des séances des 20, 21 et 22 juillet 1987.
  • Présentation officielle de la réédition de 2019 (MPL / Capitol).
  • Graham Calkin, discographie CHOBA B CCCP (jpgr.co.uk).

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