Ringo Starr et le All-Starr Band, illustration des études historiques

All-Starr Band › Tournée 2019 › Étude musicale et discographique

2019 : pourquoi les chansons de 10cc ont disparu du programme

La substitution de Hamish Stuart à Graham Gouldman entre 2018 et 2019 a profondément modifié la couleur du All-Starr Band. Les succès de 10cc cèdent leur place à ceux de l’Average White Band, mais le mécanisme est musical avant d’être polémique : le groupe donne à ses membres l’occasion de chanter le répertoire qu’ils ont eux-mêmes porté.

Deux formations, deux répertoires

En 2018, la treizième formation associe Ringo Starr à Steve Lukather, Colin Hay, Gregg Rolie, Graham Gouldman, Warren Ham et Gregg Bissonette. La présence de Gouldman, cofondateur de 10cc, donne une place particulière à « Dreadlock Holiday », « I’m Not in Love » et « The Things We Do for Love ». Ces trois chansons illustrent des facettes différentes de la pop britannique des années 1970 : reggae stylisé, construction de studio presque chorale et écriture mélodique conçue pour le single. En 2019, le retour de Hamish Stuart, membre historique de l’Average White Band, introduit un répertoire moins centré sur la pop de studio et davantage lié au funk, à la soul et au jeu collectif.

Les six accompagnateurs de Ringo annoncés pour 2019 sont Steve Lukather, Colin Hay, Gregg Rolie, Hamish Stuart, Warren Ham et Gregg Bissonette. Ce remplacement est explicitement identifié dans les annonces de tournée du trentième anniversaire. Il n’est pas nécessaire d’imaginer un désaccord entre Gouldman et Starr pour expliquer le renouvellement : la formule de l’All-Starr Band prévoit précisément que les œuvres des solistes changent lorsque la distribution évolue.

Trois chansons qui transforment la scène

« Pick Up the Pieces », popularisé par l’Average White Band en 1974, est principalement instrumental. Sa présence modifie la mécanique du spectacle : les cuivres et la section rythmique prennent davantage d’importance que dans une ballade chantée. Warren Ham y trouve un terrain naturel de mise en valeur, mais une description du détail des solos exigerait l’étude d’une vidéo ou d’un enregistrement précisément identifié.

« Cut the Cake », autre grand succès de l’Average White Band, repose sur la tension entre guitare, basse, batterie et parties de vents. Son phrasé rythmique invite à écouter les interactions de Hamish Stuart avec Gregg Bissonette et Ringo Starr, plutôt qu’à chercher une reproduction mécanique de la bande de studio des années 1970. L’inscription au programme de 2019 est attestée, sans permettre d’affirmer que chaque percussionniste joue strictement le même motif sur chaque date.

« Work to Do » n’est pas à l’origine une composition de l’Average White Band : l’œuvre vient des Isley Brothers et a ensuite été reprise par le groupe de Stuart. Cette distinction est essentielle à une encyclopédie des chansons. Un musicien peut avoir popularisé une version sans être l’auteur de l’œuvre, et la performance de Ringo en 2019 constitue encore un troisième objet musical.

Le Greek Theatre comme photographie du répertoire en 2019

Le 1er septembre 2019, au Greek Theatre de Los Angeles, le groupe joue le dernier spectacle de la tournée du trentième anniversaire. Le programme recensé comprend « Pick Up the Pieces », « Cut the Cake » et « Work to Do » ; aucun des trois titres associés à Gouldman en 2018 ne figure dans ce relevé. Cette observation vaut pour le programme connu de cette soirée et pour la formation de 2019, non comme preuve absolue qu’aucun fragment de chanson de 10cc n’aurait jamais été cité spontanément dans un concert.

Dans la même représentation, « Evil Ways », « Black Magic Woman / Gypsy Queen » et « Oye cómo va » rappellent le Santana des débuts, tandis que « Rosanna », « Africa » et « Hold the Line » donnent une place importante à Toto. Colin Hay représente Men at Work avec « Down Under », « Overkill » et « Who Can It Be Now? ». Le remplacement d’une seule personnalité change donc certains sommets du spectacle mais laisse intact le principe d’alternance entre les artistes.

Le trentième anniversaire et le fil Beatles

Ringo présente également « What Goes On », « Boys », « Don’t Pass Me By », « Yellow Submarine » et « I Wanna Be Your Man » : ces chansons retracent plusieurs aspects de son identité de chanteur au sein des Beatles, de l’appropriation de morceaux extérieurs jusqu’à l’écriture de ses propres chansons. « It Don’t Come Easy » et « Photograph » rappellent ensuite la première partie de sa carrière solo. En 2019, le concert n’oppose pas l’histoire des Beatles aux autres grands succès : il les juxtapose pour montrer que ses partenaires ont, eux aussi, une trajectoire artistique autonome.

Comprendre les disques publiés après coup

Le concert de Los Angeles est édité commercialement en 2022 sous le titre Live at the Greek Theater 2019. Les éditions physiques n’incluent pas toutes exactement les mêmes plages : « Work to Do » figure sur les programmes CD et vidéo annoncés en 2022, mais a été signalé comme absent du double vinyle en édition spéciale. La présence d’une chanson dans la setlist de 2019 ne prouve donc pas sa présence sur tous les pressages du disque de 2022. Les versions musicales, les œuvres d’origine et les supports doivent être indexés séparément.

Cette évolution se lit dans la tournée de 2018, dans la chronologie de 2019 et dans le catalogue des chansons. L’étude complémentaire La captation du Greek Theatre et les éditions de 2022 traite les variantes matérielles.

Deux patrimoines britanniques successifs, mais non interchangeables

La treizième formation de 2018 faisait entendre Dreadlock Holiday, I’m Not in Love et The Things We Do for Love grâce à Graham Gouldman. En 2019, Hamish Stuart rejoint le groupe et présente Pick Up the Pieces, Cut the Cake et Work to Do, chansons associées à son histoire avec l’Average White Band. La continuité se situe dans le rôle de musicien-chanteur, non dans les œuvres ou leurs auteurs.

La disparition des chansons de 10cc ne prouve pas un conflit ni une décision esthétique indépendante du recrutement. Une nouvelle distribution modifie naturellement le répertoire du groupe. L’encyclopédie doit documenter cette transformation sans inventer les circonstances privées des engagements.

Le Greek Theatre comme point de comparaison

Le concert du 1er septembre 2019 au Greek Theatre présente les trois titres associés à Stuart répartis entre plusieurs interventions d’autres chanteurs. L’arrangement général reste celui d’une anthologie collective où Ringo chante les morceaux de son propre catalogue et accompagne parfois ses partenaires à la batterie.

La date est celle de la performance, tandis que l’album et le film qui en ont été tirés sont publiés en 2022. Cette distinction évite de traiter le disque de 2022 comme un concert supplémentaire et de lui attribuer la formation d’une autre année.

Un changement de bassiste est aussi un changement de mémoire musicale

Gouldman représente les constructions harmoniques et le travail de studio caractéristiques d’une partie du catalogue de 10cc. Stuart apporte une histoire liée au funk et à la soul de l’Average White Band. Les deux musiciens peuvent tenir un rôle d’accompagnement comparable, mais les chansons qu’ils mettent au premier plan possèdent des identités très différentes.

Cette comparaison fournit un exemple particulièrement clair du principe de Ringo : chaque All-Starr apporte plusieurs chansons de sa carrière et participe en même temps aux œuvres des autres. L’histoire d’une formation se comprend donc par ses membres autant que par son programme.

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