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Paris, Olympia, 6 juin 2018 : histoire des 22 numéros, de Matchbox à Give Peace a Chance
Une analyse de l’intégralité du programme parisien de Ringo Starr : chansons des Beatles, Toto, Santana, Men at Work, 10cc et participation exceptionnelle de Joan Baez.
L’Olympia en juin 2018 : une soirée du treizième All-Starr Band
Le 6 juin 2018, Ringo Starr se produit à l’Olympia de Paris avec la treizième formation de son All-Starr Band. La soirée associe l’histoire des Beatles à des succès de 10cc, Toto, Santana et Men at Work. Le groupe comprend Ringo, Steve Lukather, Colin Hay, Graham Gouldman, Gregg Rolie, Warren Ham et Gregg Bissonette. Cette distribution est importante : Graham Gouldman a rejoint l’ensemble en 2018, tandis que Gregg Rolie y demeure encore. Les crédits de 2019 ne peuvent donc être repris mécaniquement pour Paris.
La fiche de représentation du 6 juin conserve vingt-deux entrées, depuis Matchbox jusqu’au refrain final de Give Peace a Chance. Le programme comprend un medley et une coda qu’il serait inexact de traiter sans distinction comme des chansons indépendantes intégralement jouées. La présente étude suit les vingt-deux entrées dans leur ordre, tout en replaçant leurs œuvres, auteurs et interprètes dans leur histoire.
Matchbox et It Don’t Come Easy : deux racines de Ringo
L’ouverture par Matchbox, associée à Carl Perkins, rappelle l’admiration des Beatles pour le rockabilly américain et les chansons que Ringo chantait durant leur carrière. Elle place le concert sous le signe d’une histoire antérieure aux Beatles eux-mêmes. It Don’t Come Easy, succès solo publié en 1971, constitue un second repère, cette fois dans les premières années de son indépendance discographique.
Le contraste est riche : une reprise issue des traditions américaines des années 1950 précède une chanson qui devient l’un des emblèmes de Ringo après la séparation des Beatles. Les deux morceaux sont associés à sa voix, mais n’ont pas le même statut d’auteur. Une notice savante doit conserver cette distinction, même lorsqu’ils servent ensemble à ouvrir un concert.
Dreadlock Holiday : Graham Gouldman et la mémoire de 10cc
La troisième chanson, Dreadlock Holiday, est confiée à Graham Gouldman. Elle appartient au catalogue de 10cc et représente une inflexion reggae dans l’histoire de la pop britannique. Son apparition très tôt dans le programme signale que le All-Starr Band n’est pas une représentation où les invités attendent la seconde partie pour être entendus : les carrières alternent dès l’ouverture.
Dreadlock Holiday est associée à Gouldman et Eric Stewart dans les crédits de composition. Sa version de scène à l’Olympia repose sur les musiciens réunis par Ringo, et non sur une reconstitution de l’effectif originel de 10cc. Le rôle du bassiste-chanteur est central dans cette alternance : Gouldman soutient les titres des autres puis devient à son tour la voix principale.
Evil Ways et Rosanna : deux histoires de clavier et de guitare
Evil Ways donne ensuite la parole à Gregg Rolie, qui rappelle ses débuts avec Santana. La composition de Sonny Henry préexiste à la version célèbre du groupe californien. Rosanna apporte immédiatement après la voix et la guitare de Steve Lukather, figure de Toto, sur une chanson écrite par David Paich pour l’album Toto IV de 1982.
Ces deux passages révèlent la méthode du concert. L’une des œuvres est liée à un univers de rock latin fondé sur l’orgue et les percussions ; l’autre à un arrangement pop-rock minutieux. Le All-Starr Band doit faire entendre ces identités successives avec la même distribution. Il est indispensable de distinguer la célébrité de l’interprète de l’écriture originale de la chanson.
Down Under, Boys et Don’t Pass Me By
Colin Hay chante ensuite Down Under, célèbre titre de Men at Work, avant un retour à Ringo avec Boys et Don’t Pass Me By. La première des deux chansons de Ringo appartient à l’histoire des Shirelles, puis aux premières reprises des Beatles ; la seconde est l’une de ses compositions personnelles, enregistrée par les Beatles pour le double album de 1968.
Ce triple enchaînement met en relation trois continents et trois traditions. L’Australie de Men at Work passe le relais à un titre de rhythm and blues américain, puis à une chanson originale du batteur de Liverpool. La continuité est celle du spectacle et de ses interprètes, non celle d’une même école de composition. Le passage de Boys à Don’t Pass Me By est particulièrement utile pour comprendre la différence entre reprise chantée par Ringo et œuvre écrite par lui.
Yellow Submarine, I’m Not in Love et le medley Santana
Yellow Submarine, neuvième entrée, est une chanson Lennon–McCartney de l’époque Revolver, dont Ringo reste la voix immédiatement identifiable. I’m Not in Love donne ensuite à Gouldman l’occasion d’évoquer les harmonies vocales sophistiquées de 10cc. Le programme se poursuit par un enchaînement de Black Magic Woman et de Gypsy Queen sous l’identité sonore de Gregg Rolie et de Santana.
Black Magic Woman a été écrite par Peter Green pour Fleetwood Mac, avant la version de Santana ; Gypsy Queen renvoie à Gábor Szabó. Les deux pièces sont jouées en medley et doivent donc être distinguées comme œuvres même lorsque l’index du concert les réunit sur une seule ligne numérotée. Cette situation explique pourquoi vingt-deux entrées ne correspondent pas nécessairement à vingt-deux compositions autonomes.
You’re Sixteen et Anthem : une autre dimension de la carrière solo
You’re Sixteen, succès de Ringo en 1973, est une reprise d’une chanson de Richard et Robert Sherman popularisée auparavant par Johnny Burnette. Sa présence à l’Olympia rappelle que la carrière de Ringo ne se limite pas à ses propres compositions : son choix de chansons et sa voix peuvent transformer un répertoire préexistant en succès personnel.
Anthem appartient à une période plus récente, associée à l’album Ringo 2012. Son inclusion en 2018 fait entendre que Ringo continue d’intégrer des chansons nouvelles dans le dispositif All-Starr. La mise en regard d’une reprise devenue succès solo dans les années 1970 et d’un titre de l’époque contemporaine relie deux étapes de sa discographie à travers le même chanteur.
Who Can It Be Now? et The Things We Do for Love
Avec Who Can It Be Now?, Colin Hay ramène Men at Work au premier plan. Le titre est lié au son immédiatement reconnaissable de la pop australienne du début des années 1980. Il est suivi de The Things We Do for Love, chanson de 10cc cosignée Eric Stewart et Graham Gouldman, publiée en 1976. Les deux morceaux ont connu des vies radiophoniques importantes, mais ne possèdent ni les mêmes auteurs ni les mêmes arrangements historiques.
La succession renforce la place de Hay et Gouldman dans l’identité de la treizième formation. Contrairement aux éditions précédentes, qui accueillaient Richard Page et Todd Rundgren, le groupe de 2018 représente une autre répartition des chanteurs. Les œuvres apportées par les membres sont donc un indicateur particulièrement pertinent des changements de personnel.
Oye Como Va et I Wanna Be Your Man
Oye Como Va est interprétée dans la tradition de Santana représentée par Gregg Rolie. La chanson est de Tito Puente et appartient d’abord à l’histoire de la musique afro-cubaine. L’adaptation de Santana lui donne une visibilité majeure auprès du public rock ; sa présence chez Ringo constitue une nouvelle étape de cette circulation des répertoires.
Avec I Wanna Be Your Man, Ringo revient à Lennon–McCartney. La chanson possède une histoire particulière puisqu’elle fut donnée très tôt aux Rolling Stones et enregistrée également par les Beatles, avec Ringo au chant. Elle appartient donc à une mémoire des deux groupes britanniques plutôt qu’au seul patrimoine vocal du batteur. Ce rapprochement avec Tito Puente montre la capacité du concert à unir des traditions éloignées dans une même représentation.
Hold the Line : Toto, puis Photograph et Act Naturally
Hold the Line, chanson écrite par David Paich, permet à Steve Lukather de représenter le rock de Toto. Les deux entrées suivantes ramènent Ringo à ses références personnelles : Photograph, cosignée avec George Harrison, et Act Naturally, reprise issue du répertoire country écrit par Johnny Russell et Voni Morrison. Ces œuvres participent à une progression qui retrouve la biographie du maître de cérémonie avant le final.
Leur succession n’est pas un simple catalogue de tubes. Hold the Line appartient au premier album de Toto et à une production de studio de la fin des années 1970 ; Photograph renvoie à l’après-Beatles et à l’album Ringo de 1973 ; Act Naturally évoque les influences américaines du chanteur. Les auteurs et les contextes originaux diffèrent, mais Ringo rassemble ces chansons dans une conclusion tournée vers son propre parcours.
With a Little Help from My Friends et l’arrivée de Joan Baez
La vingt et unième entrée, With a Little Help from My Friends, prend une dimension particulière à Paris : Joan Baez rejoint Ringo sur scène pendant cette séquence. Figure majeure de la chanson folk américaine et de l’engagement pacifiste, elle apporte un lien symbolique fort avec l’histoire des protest songs. Sa présence est attestée pour cette partie finale du concert ; elle ne doit pas être étendue rétroactivement aux vingt premières entrées.
La chanson, écrite par Lennon–McCartney et chantée par Ringo sur Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, possède un thème qui correspond parfaitement à la formule du All-Starr Band. Elle rassemble les chanteurs qui ont présenté leurs propres succès. Le crédit de Joan Baez doit rester un crédit d’invitée ponctuelle du 6 juin 2018, non un changement de la distribution régulière de la tournée.
Give Peace a Chance : vingt-deuxième entrée ou coda ?
La dernière entrée du relevé parisien est Give Peace a Chance, associée à John Lennon. La fiche précise qu’il s’agit du refrain de la conclusion collective. Il faut donc veiller à ne pas décrire automatiquement cette partie comme l’exécution intégrale et autonome de la chanson. Une coda peut être clairement identifiable musicalement sans avoir la durée ou l’arrangement d’un numéro séparé.
La présence de Joan Baez dans ce final accentue sa portée symbolique. Mais l’historien doit distinguer signification culturelle et réalité instrumentale : rien n’autorise à lui attribuer des interventions sur les autres morceaux de la soirée. Le classement le plus exact conserve vingt-deux entrées de programme, un medley Black Magic Woman / Gypsy Queen et un refrain conclusif de Give Peace a Chance.
Une soirée française dans l’histoire des All-Starrs
Le concert de l’Olympia se situe entre le spectacle du 2 juin à Atlantic City et celui du 8 juin au Holland Blues Festival de Grolloo, aux Pays-Bas. Il s’inscrit dans la phase européenne de la treizième formation. Son intérêt ne réside pas uniquement dans la venue de l’ancien Beatle à Paris : le programme donne un aperçu précis des équilibres entre les carrières de ses partenaires en 2018.
La fiche de concert du 6 juin 2018 constitue la référence pour les vingt-deux entrées. La présente étude explique leur ordre et leurs origines ; elle ne doit pas créer de set-list concurrente. Les notices des chansons apportent les informations complémentaires sur les auteurs et les versions de studio.
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