Il existe deux John Lennon dans la littérature : celui des vingt anecdotes que tout le monde répète — Woolton, le LSD chez le dentiste, « plus populaires que Jésus », le lit d’Amsterdam — et celui des archives. Cet article s’occupe du second. Vingt épisodes datés, sourcés, cités, qui vont d’un harmonica volé dans une boutique d’Arnhem en août 1960 à une guitare retrouvée cinquante-deux ans après son vol et adjugée 2,41 millions de dollars. Entre les deux : une Rolls-Royce attaquée à l’ombrelle, un pays sans terre dont l’hymne national est un silence, un OVNI imprimé sur la pochette d’un album, un dossier d’expulsion qui a fait jurisprudence, et un troupeau de vaches holsteins dans le comté de Delaware.
En bref — Vingt anecdotes vérifiées, classées chronologiquement de 1960 à 2015, avec leurs dates, leurs citations et leurs sources. On y croise l’harmonica de « Love Me Do » et ses deux versions concurrentes, la plaque gravée offerte à sa tante Mimi, le déjeuner littéraire de Foyle’s où il ne prononça qu’une phrase, le single raté de son père Freddie, l’origine cinématographique de ses lunettes rondes, la Phantom V repeinte pour 290 livres et revendue 2,3 millions de dollars, les glands de Coventry, le seul groupe qu’il ait mené hors des Beatles avant 1969, la conférence de presse de Vienne donnée à l’intérieur d’un sac, l’accident de Golspie et l’épave transformée en sculpture, le concert de Toronto répété dans l’avion, la lettre à la Reine, le disque enregistré et mixé en une nuit, la brouille définitive avec Jann Wenner, le pays imaginaire de Nutopie, la nuit du Troubadour, l’OVNI du 23 août 1974, cinq ans de procédure d’expulsion, l’élevage laitier et une guitare disparue pendant un demi-siècle. Ce dossier est le pendant de nos vingt faits méconnus sur Paul McCartney.
Sommaire
1. L’harmonica de « Love Me Do » a probablement été volé à Arnhem
Août 1960, sur la route de Hambourg
La camionnette qui emmène les Beatles à Hambourg pour leur première résidence allemande fait halte aux Pays-Bas. À Arnhem, la petite bande visite une boutique de musique. Lennon en ressort avec un harmonica qu’il n’a pas payé. L’épisode est raconté par plusieurs témoins de l’entourage et fait partie des rares faits de chapardage documentés de sa jeunesse — il en existe d’autres, moins reluisants.
L’instrument compte, parce que c’est celui qu’on entend sur le premier single des Beatles. George Martin a lui-même désigné cet élément comme le motif de son intérêt initial : ce qui l’a fait remarquer « Love Me Do », c’est le son de l’harmonica. Autrement dit, la carrière discographique du groupe s’ouvre sur un instrument acquis en dehors de toute transaction commerciale.
L’autre version, et pourquoi il faut les garder toutes les deux
Une seconde histoire circule, tout aussi documentée : lors d’un voyage en autocar vers l’Écosse, chez sa tante Mater et son oncle Bert, un chauffeur bienveillant aurait offert au jeune Lennon un harmonica de bien meilleure facture, oublié par un passager. Les deux récits ne sont pas incompatibles — un enfant peut recevoir un harmonica en 1952 et en voler un autre en 1960 — mais ils sont systématiquement présentés comme concurrents.
Il faut y ajouter un troisième nom, presque toujours oublié : Arthur Pendleton, voisin de Julia Baird, la mère de John, qui aurait pris le garçon sous son aile et lui aurait montré comment jouer. Le plus célèbre autodidacte du rock a donc eu, sur cet instrument précis, un professeur.
Correctif factuel — On affirme couramment que « l’harmonica de Love Me Do a été volé ». La formulation exacte devrait être : l’instrument le plus probablement utilisé en séance provient du vol d’Arnhem, mais aucune pièce ne l’établit avec certitude, et il a existé au moins deux autres harmonicas dans la vie de Lennon avant 1962. La légende a tranché ; les sources, non.
2. La phrase de tante Mimi, gravée sur une plaque et renvoyée à l’expéditrice
La citation la plus reprise de l’histoire des Beatles
Mary Elizabeth Smith, dite Mimi, la sœur de Julia qui a élevé John à Menlove Avenue, a prononcé une phrase devenue proverbiale. Lennon l’a citée lui-même, sous une forme stable : sa tante lui répétait que la guitare était très bien comme passe-temps, mais qu’il n’en vivrait jamais.
La riposte, quinze ans plus tard
Ce que l’on retient moins, c’est ce qu’il en a fait. Devenu riche, Lennon a fait graver la phrase sur une plaque et la lui a offerte — dans la maison qu’il venait de lui acheter. En 1965, il installe Mimi à Sandbanks, sur la presqu’île de Poole dans le Dorset, dans une villa avec vue sur la mer, pour l’éloigner des touristes qui campaient devant Mendips.
Le geste dit tout du personnage : la revanche, l’humour, et l’incapacité de la formuler autrement que par un objet. Lennon n’a jamais dit à sa tante qu’elle s’était trompée. Il le lui a fait fabriquer en laiton, et il le lui a accroché au mur.
3. Le déjeuner littéraire de Foyle’s : une phrase, et une catastrophe mondaine
23 avril 1964, Dorchester Hotel
Trois semaines après la parution d’In His Own Write, le livre de textes et de dessins qui a stupéfié la critique britannique, Lennon est l’invité d’honneur du déjeuner littéraire de la librairie Foyle’s, au Dorchester. La salle est un panorama de l’establishment culturel : Osbert Lancaster préside, Yehudi Menuhin, Harry Secombe, Arthur Askey, Joan Littlewood, Mary Quant et Helen Shapiro sont là. Brian Epstein et Cynthia Lennon accompagnent l’auteur.
Lennon a quitté le tournage d’A Hard Day’s Night le matin même. Il a une gueule de bois carabinée. Et personne ne lui a dit qu’un discours était attendu.
Ce qu’il a dit, exactement
Sommé de parler, il se lève et prononce une formule de remerciement d’une brièveté légendaire, puis se rassied. La version canonique, celle qui circule depuis soixante ans, est qu’il aurait dit à son voisin de table, en guise de discours : « merci beaucoup, vous avez une tête qui porte chance ».
Les comptes rendus les plus précis distinguent en réalité deux énoncés : un remerciement formel adressé à la salle, et la remarque sur la « tête qui porte chance » lancée à son voisin. Peu importe : l’effet est le même. Le plus littéraire des Beatles vient d’infliger à l’élite culturelle britannique l’affront le plus élégant qui soit — un silence poli.
Correctif factuel — La légende fait de « you’ve got a lucky face » l’intégralité du discours. Les sources les plus fiables rapportent plutôt un remerciement bref suivi de cette réplique adressée à un voisin. La légende est plus belle ; elle n’est pas exactement vraie.
4. Son père a sorti un disque en 1965 — et il a disparu des ondes
Freddie Lennon, réapparu après dix-sept ans
Alfred « Freddie » Lennon, marin de la marine marchande, avait disparu de la vie de son fils à la fin des années quarante. Il réapparaît en 1964, au moment exact où le nom Lennon devient une valeur cotée, et vend son histoire à la presse. Les retrouvailles ont lieu ; elles sont froides.
Le single, l’orchestre et les futurs Jimi Hendrix Experience
Fin 1965, Freddie enregistre un 45 tours, « That’s My Life (My Love and My Home) », coécrit avec Tony Cartwright. Le détail qui rend l’affaire irrésistible : la séance mobilise un orchestre d’une trentaine de musiciens, parmi lesquels deux inconnus nommés Mitch Mitchell et Noel Redding — les futurs membres du Jimi Hendrix Experience.
Le disque démarre bien, puis s’évapore. Cartwright a toujours soutenu que John Lennon était intervenu pour le faire retirer des programmations. L’accusation n’a jamais été prouvée. Ce qui est certain, c’est que Freddie a renoncé à la musique après cet échec.
La réconciliation, à la toute fin
La suite est plus douce qu’on ne le croit. Freddie épouse en 1968 une étudiante de dix-neuf ans, Pauline Jones — il en a cinquante-six — et devient père d’un second fils, David, en 1969. Lennon coupe les ponts, spectaculairement, puis renoue par téléphone dans les dernières semaines de la vie de son père, mort le 1er avril 1976. C’est la seule réconciliation familiale de sa vie d’adulte à avoir abouti.
5. Ses lunettes rondes sont un accessoire de cinéma
6 septembre 1966, Celle, Allemagne
L’objet le plus reconnaissable du XXᵉ siècle après la guitare de Hendrix est né dans une loge de maquillage. Le 6 septembre 1966, en préproduction du film de Richard Lester How I Won the War, Lennon subit une coupe militaire réalisée par le coiffeur Klaus Baruch à l’Inn on the Heath de Celle. Avec la coupe vient la paire de lunettes rondes en fil de fer du personnage qu’il doit incarner, le soldat Gripweed : des montures National Health, c’est-à-dire des lunettes de Sécurité sociale britannique, l’objet le plus banal et le plus légèrement méprisé qui soit.
Un homme presque aveugle qui refusait de le montrer
Il faut mesurer ce que cela signifie. Lennon était très fortement myope — pratiquement aveugle sans correction — et avait passé toute la Beatlemania à porter des lentilles ou à ne rien porter du tout, jouant sur scène devant des foules qu’il ne voyait pas. La vanité l’avait emporté sur la vue pendant quatre ans.
C’est un costume de film qui a réglé la question. Il conserve les lunettes après le tournage, la mode s’en empare en quelques mois, et il les gardera jusqu’à sa mort. Les gens qui achètent aujourd’hui des « lunettes John Lennon » achètent, sans le savoir, un accessoire de figuration de l’armée britannique.
Almería, dans la foulée
Le tournage se poursuit à Almería, en Andalousie, en septembre-octobre 1966. Lennon s’y ennuie profondément — c’est le propre des tournages — et écrit dans la villa Santa Isabel les premières esquisses de « Strawberry Fields Forever ». Les deux objets sortis de cette parenthèse cinématographique sont donc une paire de lunettes et l’une des trois plus grandes chansons du groupe.
6. La Rolls-Royce psychédélique, 290 livres de peinture et un coup d’ombrelle
Décembre 1964 – mai 1967
Lennon commande une Rolls-Royce Phantom V en décembre 1964 et la reçoit en juin 1965, peinte en noir mat. Il la fait équiper comme un appartement roulant : lit escamotable, tourne-disque monté sur suspension, lecteur de cartouches huit pistes, téléviseur, radiotéléphone — et une sonorisation extérieure dont il raffolait, qui lui permettait d’apostropher les passants depuis la banquette arrière.
La voiture est abîmée pendant le tournage espagnol de 1966. Plutôt que de la faire repeindre à l’identique, Lennon se rend le 8 avril 1967 chez le carrossier J.P. Fallon Ltd. et commande autre chose. L’artiste Steve Weaver achève le travail le 25 mai 1967 : fond jaune vif, volutes art nouveau rouges, oranges, vertes et bleues, panneaux floraux sur les flancs, et le signe de la Balance sur le toit. La facture s’élève à 290 livres.
« Espèce de porc ! »
La réaction britannique est instantanée et furieuse. L’anecdote la plus célèbre est celle d’une femme âgée qui, croisant la voiture, s’en prend à elle avec son parapluie en criant qu’on n’a pas le droit de faire ça à une Rolls-Royce. L’épisode dit assez bien ce qu’était l’Angleterre de 1967 : un pays où repeindre une automobile de prestige constituait une provocation politique.
290 livres qui en valaient 2,3 millions de dollars
La fin de l’histoire est un cas d’école. Lennon et Yoko Ono donnent la voiture au Cooper-Hewitt Museum en décembre 1977. En juin 1985, Sotheby’s la vend à l’homme d’affaires canadien Jim Pattison pour 2 299 000 dollars — alors le prix le plus élevé jamais atteint par une automobile aux enchères. Elle est aujourd’hui au Royal British Columbia Museum de Victoria.
Un travail de peinture facturé 290 livres a donc produit une plus-value d’environ deux millions de dollars en dix-huit ans. Aucun tableau contemporain n’a fait mieux sur la même période.
7. Les glands de Coventry, refusés en terre consacrée
15 juin 1968, cathédrale Saint-Michel
C’est la toute première apparition publique commune de John Lennon et Yoko Ono, et elle a lieu dans un lieu de culte. Le couple est invité au Festival national de sculpture de Coventry et propose une œuvre conceptuelle : deux glands plantés côte à côte, l’un tourné vers l’est, l’autre vers l’ouest, sous un banc de fer circulaire — une sculpture vivante pour la paix.
Le chanoine Verney oppose son veto. Le motif est d’une clarté administrative désarmante : un couple non marié ne peut rien enterrer en terre consacrée. Les glands sont donc plantés à l’extérieur du périmètre consacré.
Volés, remplacés, mis sous garde
La suite est presque comique. Des fans dérobent les glands. Le couple en fait envoyer d’autres, qui doivent être placés sous surveillance vingt-quatre heures sur vingt-quatre. La première œuvre d’art commune de Lennon et Ono aura donc nécessité un service de sécurité pour deux graines.
1969 : les glands aux chefs d’État
L’idée est reprise à l’échelle mondiale au printemps 1969. Lennon et Ono expédient des glands, accompagnés d’une lettre, à une longue liste de chefs d’État et de gouvernement, en les invitant à les planter pour la paix. Quelques-uns répondent. Certains plantent réellement.
L’opération est généralement rangée au rayon des excentricités. Elle est plus intéressante que cela : c’est un dispositif de communication politique à coût quasi nul, qui oblige le destinataire à répondre par un geste physique. Yoko Ono l’a d’ailleurs relancée quarante ans plus tard, en 2009, auprès de plus de cent vingt dirigeants.
8. Le Dirty Mac : le seul groupe qu’il ait mené avant la fin des Beatles
11 décembre 1968, Intertel Studios, Wembley
Pour le Rock and Roll Circus des Rolling Stones — émission tournée en décembre 1968 et restée inédite pendant vingt-huit ans —, Lennon monte une formation d’un soir dont le nom est une plaisanterie sur celui de Fleetwood Mac : the Dirty Mac.
Le personnel est stupéfiant : Lennon à la guitare et au chant, Eric Clapton à la seconde guitare, Keith Richards à la basse — instrument dont il n’est pas le titulaire dans son propre groupe — et Mitch Mitchell, le batteur du Jimi Hendrix Experience. Ils jouent « Yer Blues », le blues le plus noir de l’album blanc, puis accompagnent Yoko Ono et le violoniste Ivry Gitlis sur une improvisation.
Ce que cette soirée signifie réellement
C’est la première fois depuis 1957 que John Lennon dirige un groupe qui n’est pas les Beatles. La date est capitale pour comprendre la suite : nous sommes en décembre 1968, entre l’album blanc et les séances Get Back, à un moment où le groupe se défait sans le dire encore. Lennon vient de vérifier, en public, qu’il pouvait exister musicalement ailleurs.
Neuf mois plus tard, il montera sur la scène de Toronto avec une formation improvisée. Trois mois après cela, il annoncera son départ. Le Dirty Mac est la première pierre de cette séquence, et à peu près personne ne l’a vu venir — puisque le film n’est sorti qu’en 1996.
9. La conférence de presse de Vienne, donnée à l’intérieur d’un sac
31 mars 1969, Hôtel Sacher
Quinze jours après leur mariage à Gibraltar et pendant la semaine du bed-in d’Amsterdam, Lennon et Ono font un aller-retour éclair à Vienne pour la première mondiale de Rape, un film de soixante-dix-sept minutes réalisé par Yoko Ono et commandé par la télévision autrichienne — le portrait d’une jeune femme, Eva Majlata, poursuivie dans Londres par un caméraman qu’elle ne connaît pas.
La conférence de presse qui suit est l’un des grands moments d’art conceptuel appliqué du XXᵉ siècle. Le couple arrive par l’ascenseur, déjà enfermé dans un grand sac blanc, et répond aux journalistes sans jamais se montrer. Sommés de prouver leur identité, ils chantent — Ono interprète une chanson traditionnelle japonaise. Lennon résume le principe : c’est une communication totale, sans préjugé.
Le gâteau, et la chanson
Le couple passe la nuit à l’hôtel et goûte la Sachertorte. L’épisode aurait pu s’arrêter là. Il entre dans l’histoire parce que Lennon le met en chanson quinze jours plus tard : le voyage éclair à Vienne et le gâteau au chocolat mangé dans un sac sont deux vers de « The Ballad of John and Yoko », enregistrée le 14 avril 1969 par McCartney et lui, seuls tous les deux dans le Studio Three.
C’est l’un des rares cas documentés d’anecdote biographique passée intégralement, en quinze jours, du fait divers au single numéro un.
10. L’accident de Golspie, et l’épave installée dans le jardin
1er juillet 1969, Highlands
Lennon a passé son permis tard — il a vingt-quatre ans — et il conduit mal. Le 1er juillet 1969, en vacances en Écosse avec Yoko Ono, Julian et Kyoko, il envoie son Austin Maxi blanche dans un fossé près de Golspie, dans le Sutherland.
Le bilan est lourd : dix-sept points de suture au visage pour Lennon, quatorze au front pour Yoko Ono — enceinte, et blessée au dos —, quatre pour Kyoko ; Julian est traité pour choc. Tous sont admis au Lawson Memorial Hospital de Golspie. Lennon y reste cinq jours.
Le jour où tout se jouait à Abbey Road
La date n’est pas neutre. Le 1er juillet 1969 est le premier jour officiel des séances d’Abbey Road. Lennon est absent du démarrage de l’album, rentre trois jours chez lui et ne rejoint le groupe que le 9 juillet.
Et il arrive accompagné. Yoko Ono, convalescente, ne peut pas rester assise : Lennon fait livrer par Harrods un lit double dans le studio et suspendre un microphone au-dessus, pour qu’elle puisse commenter les prises. C’est l’image la plus commentée des séances d’Abbey Road, et elle est la conséquence directe d’un accident de la route.
La sculpture involontaire
Le dernier acte est du pur Lennon. L’épave de l’Austin Maxi est rapatriée, montée sur un socle et exposée dans le parc de Tittenhurst, la propriété d’Ascot que le couple vient d’acquérir. Une voiture accidentée transformée en œuvre d’art, dans le jardin d’un homme qui a failli y mourir avec sa famille.
11. Toronto, 13 septembre 1969 : un groupe qui répète dans l’avion
Un appel la veille
Les organisateurs du Toronto Rock and Roll Revival, festival de rock des années cinquante réunissant Chuck Berry, Little Richard, Bo Diddley, Jerry Lee Lewis et Gene Vincent, appellent Lennon pour qu’il vienne en simple spectateur d’honneur. Il répond qu’il viendra jouer. Il n’a pas de groupe.
Il en constitue un en quelques heures : Eric Clapton à la guitare, Klaus Voormann à la basse, Alan White à la batterie. C’est la naissance publique du Plastic Ono Band.
La répétition en vol
Le détail que l’on n’invente pas : le groupe répète dans l’avion, entre Londres et Toronto, sur des guitares non amplifiées. Le répertoire est constitué de ce que tout le monde connaît sans avoir à l’apprendre — « Blue Suede Shoes », « Money », « Dizzy Miss Lizzy » — plus « Yer Blues », « Cold Turkey », que personne n’a jamais entendue, et « Give Peace a Chance », dont Lennon oublie une partie du texte sur scène.
Avant d’entrer en scène, Lennon vomit. Il l’a raconté sans détour : la trouille physique d’un homme qui n’a plus joué devant un public depuis le toit d’Apple, en janvier, et devant un vrai public payant depuis 1966.
Ce qui s’est décidé dans l’avion du retour
L’enregistrement paraît le 12 décembre 1969 sous le titre Live Peace in Toronto 1969 — premier album live du Plastic Ono Band, et disque de Lennon avant tout disque solo. Mais l’essentiel est ailleurs : c’est en revenant de ce concert que Lennon prend sa décision. Le 20 septembre 1969, dans les bureaux d’Apple, il annonce aux autres qu’il quitte les Beatles. L’annonce restera secrète pendant sept mois.
12. La lettre à la Reine, et la troisième raison
25 novembre 1969
Les Beatles avaient été faits membres de l’Ordre de l’Empire britannique dans la liste d’honneurs du 11 juin 1965, et décorés au palais de Buckingham le 26 octobre 1965. Quatre ans plus tard, Lennon renvoie la sienne.
Son chauffeur, Les Anthony, dépose l’insigne à Buckingham Palace le matin du 25 novembre 1969, accompagné d’une lettre dont le texte est resté célèbre : il renvoie sa MBE pour protester contre l’implication britannique dans « l’affaire Nigeria-Biafra », contre le soutien apporté aux Américains au Vietnam, et contre « Cold Turkey qui descend dans les classements ». Signé : John Lennon de Bag.
La troisième raison n’est pas une blague
Tout le monde retient la troisième cause comme une pitrerie. C’est une lecture paresseuse. Lennon savait exactement ce qu’il faisait : en accolant une cause dérisoire à deux causes graves, il empêchait toute récupération solennelle du geste, et il obligeait la presse à citer les trois — donc à mentionner « Cold Turkey », son single sur le sevrage de l’héroïne, dans les colonnes politiques.
C’est de la mécanique médiatique de haut niveau, et elle a parfaitement fonctionné : la phrase est citée intégralement depuis cinquante-sept ans.
Ce qu’il n’a pas fait
Deux précisions comptent. D’abord, Lennon n’a jamais été déchu de sa distinction : renvoyer l’insigne n’annule pas la nomination, qui reste inscrite au registre. Ensuite, il n’a consulté aucun des trois autres Beatles, qui ont appris la nouvelle par la presse — un mode opératoire qui résume assez bien l’année 1969 au sein du groupe.
13. « Instant Karma! » : écrit, enregistré et mixé en une nuit
27 janvier 1970, Studio Two, Abbey Road
Le matin du 27 janvier 1970, Lennon écrit une chanson. Le soir même, à 19 heures, il est en séance au Studio Two d’Abbey Road avec George Harrison à la guitare acoustique, Klaus Voormann à la basse, Alan White à la batterie et Mal Evans aux percussions et aux chœurs. À la production : Phil Spector, suggéré par Harrison.
Dix prises sont bouclées avant minuit. Les surimpressions durent jusqu’à trois heures du matin, dont trois pistes de chant. Quatre mixages stéréo sont réalisés dans la dernière heure. Détail savoureux : les choristes ont été recrutés le soir même dans une boîte de nuit voisine, le Hatchetts, et amenés au studio.
La formule et la réalité
Lennon a résumé l’affaire par une phrase devenue proverbiale : il l’a écrite au petit-déjeuner, enregistrée au déjeuner, et on la sort au dîner.
Correctif factuel — La formule est une image, pas un calendrier. Ce qui a été fait en une journée, c’est l’écriture, l’enregistrement et le mixage. Le single est sorti le 6 février 1970 au Royaume-Uni et le 20 février aux Etats-Unis — soit dix et vingt-quatre jours plus tard. Pour l’industrie du disque de 1970, c’était déjà un record absolu de rapidité : fabrication des matrices, pressage, pochettes et distribution en une semaine et demie.
Top of the Pops, 11 février
Lennon interprète le titre à Top of the Pops le 11 février 1970 — l’une des rares apparitions télévisées où l’on voit Yoko Ono, assise, les yeux bandés, tricotant tranquillement pendant que le groupe joue. Le contraste entre l’urgence du disque et l’immobilité de la scène est l’un des grands moments de télévision de la décennie.
14. « Lennon Remembers » : l’entretien qui a coûté une amitié
8 décembre 1970, bureaux d’ABKCO, New York
Dix ans jour pour jour avant sa mort, Lennon accorde à Jann Wenner, fondateur de Rolling Stone, l’entretien le plus violent de sa vie. Il se tient dans les bureaux new-yorkais d’Allen Klein, quelques jours après la parution de John Lennon/Plastic Ono Band.
Le contenu est une démolition méthodique. Lennon y qualifie son propre album de meilleure chose qu’il ait jamais faite. Il déclare que le rêve est terminé. Il expédie le premier disque solo de McCartney d’un mot. Il s’en prend au style de scène de Mick Jagger et au pseudonyme de Bob Dylan. Il règle ses comptes avec Brian Epstein, avec la Beatlemania, avec les journalistes et avec lui-même.
L’entretien paraît en deux parties, les 21 janvier et 4 février 1971, avec des couvertures signées Annie Leibovitz. Les deux numéros sont épuisés immédiatement. Rolling Stone change de statut du jour au lendemain et devient un magazine international.
La trahison
Puis Wenner publie l’entretien en volume, à l’automne 1971, chez Straight Arrow Press — sans l’accord de Lennon. La réaction est immédiate et définitive. Lennon estime que Wenner a agi illégalement, laisse un message rageur, retire la publicité Apple du magazine, et ne lui adressera plus jamais la parole de sa vie.
Pourquoi cet épisode compte
Parce qu’il éclaire une constante de Lennon que l’on confond souvent avec de l’impulsivité : il n’a jamais eu de problème à dire des choses terribles, mais il exigeait de contrôler le cadre dans lequel elles étaient dites. Un entretien de magazine est une conversation. Un livre est un monument. Il avait accepté la première, pas le second.
C’est aussi le document dont on tire, depuis cinquante-cinq ans, l’essentiel des citations agressives de Lennon sur ses anciens partenaires — y compris celles qui alimentent le dossier de sa rancœur envers McCartney. Il faut se souvenir qu’elles proviennent toutes d’une seule journée, d’un seul état d’esprit, et d’un homme qui venait de passer plusieurs mois en thérapie primale.
15. Nutopie : un pays sans terre dont l’hymne national est un silence
1er-2 avril 1973
Le 1er avril 1973, Lennon et Ono rédigent la Déclaration de Nutopie. Le lendemain, 2 avril à dix heures du matin, ils la présentent au siège de l’Association du barreau de la ville de New York, devant la presse.
Le texte est bref et parfaitement construit. Nutopie n’a pas de terre, pas de frontières, pas de passeports — seulement des habitants. On en obtient la citoyenneté par simple déclaration de conscience de son existence. Elle ne connaît d’autres lois que cosmiques. Et ses deux ambassadeurs, Lennon et Ono, sollicitent formellement l’immunité diplomatique ainsi que la reconnaissance de leur pays aux Nations unies.
Le drapeau national est un mouchoir blanc, agité pendant la conférence.
Le contexte, qui n’a rien de facétieux
Cette pantalonnade est une manœuvre juridique. Elle intervient au moment précis où les services de l’immigration américains viennent de refuser à Lennon le droit de résider aux Etats-Unis. Un homme menacé d’expulsion se déclare ambassadeur d’un pays imaginaire et demande l’immunité diplomatique : c’est une pitrerie, et c’est aussi la mise en scène la plus efficace possible de l’absurdité d’un dossier.
La presse américaine a couvert Nutopie. Elle a donc couvert, du même coup, la procédure d’expulsion.
Six secondes de silence sur un album
Le prolongement discographique est l’un des objets les plus étranges du catalogue Lennon. Sur Mind Games, paru en novembre 1973, figure une plage intitulée « Nutopian International Anthem ». Elle ne contient rien : quelques secondes de silence absolu, hymne national d’un pays qui n’existe pas.
Vingt-quatre ans avant que John Cage ne devienne une référence pop, Lennon avait glissé une pièce silencieuse dans un album de variété internationale, et personne n’a demandé de remboursement.
16. La nuit du Troubadour, et la phrase de la serveuse
Mars 1974, West Hollywood
C’est l’épisode le plus raconté du « Lost Week-end », cette séparation de dix-huit mois d’avec Yoko Ono passée à Los Angeles puis à New York. Lennon assiste au Troubadour à un spectacle des Smothers Brothers, considérablement aviné — les Brandy Alexander, cocktail crémeux qu’il découvre alors, sont en cause dans la plupart des récits.
Il perturbe le spectacle, s’accroche avec le service, et sort de l’établissement avec une protection hygiénique collée sur le front. À la porte, il interpelle une serveuse : « Vous savez qui je suis ? » Réponse restée dans l’histoire du rock : oui, vous êtes un connard avec un Kotex sur la tête.
Ce que l’anecdote a fait au récit
Il faut la citer, parce qu’elle est vraie et parce qu’elle est drôle. Il faut aussi dire ce qu’elle a coûté à la compréhension de cette période. Ces dix-huit mois ont produit trois albums — Mind Games, Walls and Bridges, Rock ‘n’ Roll —, un numéro un américain, la production de l’album de Harry Nilsson et la réconciliation avec Paul McCartney lors d’une séance commune en mars 1974.
L’anecdote du Kotex a phagocyté tout cela. C’est le sort ordinaire des bonnes histoires : elles remplacent les faits.
17. L’OVNI du 23 août 1974, imprimé sur la pochette de l’album
21 heures, terrasse du penthouse Tower B, 434 East 52nd Street
Le 23 août 1974, vers 21 heures, Lennon sort sur la terrasse de l’appartement new-yorkais qu’il partage avec May Pang. Il n’est pas habillé. Il voit un objet en forme de soucoupe, entouré de lumières blanches aveuglantes, se déplacer lentement à environ trente kilomètres-heure, sous le niveau des toits, à une trentaine de mètres.
Sa description est d’une précision de mécanicien : des ampoules électriques ordinaires clignotant tout autour de la partie basse, et une seule lumière rouge fixe au sommet. Il appelle May Pang, qui le rejoint. Elle prend des photographies : la pellicule reviendra du laboratoire entièrement voilée.
« Je n’en ai pas quitté l’objet des yeux »
Lennon a raconté l’épisode à plusieurs reprises et n’en a jamais démordu. Il en a tiré deux formules, l’une factuelle — il n’a pas quitté l’objet des yeux — et l’autre plus troublante : il aurait aimé que la chose les emporte tous les deux.
Il fait immédiatement appeler par le photographe Bob Gruen le Daily News, le Times et la police. Deux autres témoins signalent la même observation ce soir-là.
La ligne imprimée
Ce qui rend l’affaire remarquable, c’est ce que Lennon en a fait. Sur la première page du livret de paroles de Walls and Bridges, paru moins de deux mois plus tard, figure cette mention manuscrite : le 23 août 1974 à neuf heures, j’ai vu un OVNI — J.L.
Il y reviendra une dernière fois en 1980, dans « Nobody Told Me », avec le vers sur les soucoupes volantes au-dessus de New York. Aucun autre musicien de ce niveau n’a jamais daté et signé une observation de ce type sur un objet commercial.
18. Cinq ans de procédure d’expulsion, et une jurisprudence
Le motif : une condamnation londonienne de 1968
L’administration américaine s’appuie sur un fait précis : le 28 novembre 1968, Lennon avait plaidé coupable à Londres pour détention de cannabis, à la suite d’une perquisition menée par le sergent Norman Pilcher. Cette condamnation le rend, au regard du droit américain de l’époque, inadmissible sur le territoire.
Le motif réel est politique, et il est documenté : l’entourage de Richard Nixon considérait qu’un Lennon installé aux Etats-Unis pouvait peser sur l’élection présidentielle de 1972, la première où votaient les jeunes de dix-huit ans. Un mémorandum interne, attribué au sénateur Strom Thurmond, recommandait début février 1972 d’envisager une mesure d’éloignement comme « contre-mesure stratégique ».
Leon Wildes et la trouvaille juridique
L’avocat qui prend le dossier, Leon Wildes, n’était pas un spécialiste des célébrités et n’avait, de son propre aveu, jamais entendu parler de Lennon avant 1972. Sa stratégie est devenue un cas d’école en droit de l’immigration américain.
Wildes découvre l’existence d’une pratique administrative non publiée : le service de l’immigration entretenait une liste de dossiers « non prioritaires », permettant de suspendre discrètement des expulsions pour raisons humanitaires. En exigeant la communication de cette pratique, il l’a fait sortir de l’ombre — c’est l’ancêtre direct de la « deferred action », le mécanisme sur lequel reposera, quarante ans plus tard, le programme protégeant les jeunes sans-papiers.
7 octobre 1975, puis 27 juillet 1976
La cour d’appel fédérale du deuxième circuit annule l’ordonnance d’expulsion le 7 octobre 1975 — deux jours avant le trente-cinquième anniversaire de Lennon et la naissance de Sean. L’arrêt contient une phrase que l’on cite encore : les Etats-Unis ont une longue tradition d’asile, et Lennon ne doit pas en être privé pour des motifs de désaccord politique.
Le 27 juillet 1976, le juge Ira Fieldsteel lui accorde la résidence permanente. Lennon a alors trente-cinq ans et vit à New York depuis cinq ans. Sa réaction, en sortant de l’audience, tient en une formule : cela lui aura pris longtemps, mais il est ravi que ce soit terminé — et il vaut mieux tard que jamais.
19. Éleveur de vaches holsteins dans le comté de Delaware
Les années de retrait, version cadastrale
La période 1975-1980, celle du retrait volontaire, est généralement résumée à un homme qui fait du pain et s’occupe de son fils au Dakota. C’est la moitié de l’histoire. L’autre moitié est agricole.
Lennon et Ono achètent plusieurs propriétés dans le comté de Delaware, dans l’État de New York, dont Argyle Farm à Bovina Center, et exploitent un élevage laitier de holsteins. Ils possédaient déjà une ferme à Tittenhurst, dans le Berkshire. Lennon donne lui-même des noms à certaines bêtes — dont une vache appelée Dandelion.
La vente, et la phrase
En juin 1980, à une vente aux enchères de bétail nommée Summer Dreams Sale, une de leurs holsteins, Spring Farm Fond Rose, est adjugée 250 000 dollars. Lennon en aurait tiré la formule qu’on lui prête depuis : il n’y a qu’un Beatle pour obtenir un prix pareil pour une vache.
Correctif factuel — Deux inexactitudes circulent systématiquement. D’abord le montant : on lit 265 000 dollars presque partout, alors que les sources spécialisées en élevage laitier retiennent 250 000 dollars pour la vente de juin 1980. Ensuite le statut : ce n’était pas un record mondial. Le record de l’époque appartenait à Romandale Trillium, adjugée 330 000 dollars en 1979. Il s’agit d’une très grosse vente, pas d’un record.
Ce que l’élevage dit du personnage
On range volontiers cet épisode au rayon de l’excentricité de milliardaire. C’est passer à côté de deux choses. La première est fiscale : l’élevage laitier américain de la fin des années 1970 bénéficiait de mécanismes d’amortissement accéléré et de crédits d’impôt qui en faisaient un placement recherché par des investisseurs new-yorkais — le couple n’était pas seul dans ce cas, loin de là.
La seconde est plus intéressante. L’homme qui avait passé les années 1968-1972 à faire de sa vie privée une œuvre publique a passé les cinq dernières à faire exactement l’inverse : acheter des terres, nommer des vaches, faire du pain, ne rien publier. Le silence discographique de 1975-1980 n’était pas une absence d’activité. C’était un changement complet de métier.
20. La guitare volée en 1963, retrouvée cinquante-deux ans plus tard
Septembre 1962 : deux guitares identiques
À l’automne 1962, John Lennon et George Harrison achètent chez Rushworth’s, à Liverpool, deux Gibson J-160E acoustiques-électriques identiques, à crédit. Ce sont les instruments sur lesquels sera écrit et enregistré l’essentiel du premier répertoire du groupe : « Please Please Me », « She Loves You », « I Want to Hold Your Hand », « All My Loving ».
Les deux guitares se ressemblent tellement que Lennon et Harrison les échangeaient sans s’en apercevoir, et que leurs numéros de série ont été inversés dans la mémoire collective pendant un demi-siècle.
Décembre 1963 : la disparition
Pendant la série de concerts de Noël des Beatles à Londres, en décembre 1963, la guitare de Lennon disparaît des coulisses. Aucune plainte spectaculaire, aucune enquête : à ce stade de la Beatlemania, le groupe perd du matériel en permanence. Lennon en rachète une autre et l’affaire est classée.
Un magasin de San Diego, et une photographie
L’instrument refait surface dans les années 1970, acheté pour quelques centaines de dollars par un musicien américain, John McCaw, dans une boutique de San Diego. Il en joue pendant des décennies sans se douter de rien.
C’est la comparaison des veinages du bois — la structure du grain, aussi individuelle qu’une empreinte digitale — avec les photographies de 1963 qui permet, dans les années 2010, d’établir l’identité de l’instrument avec certitude. Gibson confirme.
7 novembre 2015 : 2,41 millions de dollars
La guitare est mise aux enchères le 7 novembre 2015 chez Julien’s Auctions à Beverly Hills. Elle est adjugée 2 410 000 dollars, ce qui en fait alors la guitare la plus chère jamais vendue. Une part du produit revient à des œuvres, dont l’association Spirit Foundation créée par Lennon et Ono.
Le chiffre mérite d’être mis en regard du prix d’achat de 1962 : quelques dizaines de livres, réglées à tempérament par deux garçons de vingt-deux et dix-neuf ans qui n’avaient pas encore enregistré leur premier album.
Tableau récapitulatif des vingt anecdotes
| Date | Épisode | Le détail qui compte |
|---|---|---|
| Août 1960 | L’harmonica d’Arnhem | Trois harmonicas concurrents dans les sources, un seul sur « Love Me Do » |
| 1965 | La plaque de tante Mimi | Offerte dans la maison de Sandbanks qu’il venait de lui acheter |
| 23 avril 1964 | Le déjeuner Foyle’s | Il quitte le tournage d’A Hard Day’s Night le matin même |
| Décembre 1965 | Le single de Freddie Lennon | Mitch Mitchell et Noel Redding dans l’orchestre de séance |
| 6 septembre 1966 | Les lunettes rondes | Un accessoire de costume pour le soldat Gripweed |
| 25 mai 1967 | La Phantom V psychédélique | 290 £ de peinture, 2 299 000 $ à la revente de 1985 |
| 15 juin 1968 | Les glands de Coventry | Refusés en terre consacrée, puis volés |
| 11 décembre 1968 | Le Dirty Mac | Keith Richards à la basse, film inédit pendant vingt-huit ans |
| 31 mars 1969 | Le sac de Vienne | Deux vers de « The Ballad of John and Yoko » quinze jours plus tard |
| 1er juillet 1969 | L’accident de Golspie | Le lit livré par Harrods au Studio Two d’Abbey Road |
| 13 septembre 1969 | Toronto | Le groupe répète dans l’avion ; décision de quitter les Beatles au retour |
| 25 novembre 1969 | La MBE renvoyée | Trois motifs, dont un single qui descend dans les charts |
| 27 janvier 1970 | « Instant Karma! » | Écrit, enregistré et mixé en une journée ; sorti dix jours après |
| 8 décembre 1970 | « Lennon Remembers » | La publication en livre met fin à sa relation avec Jann Wenner |
| 1er-2 avril 1973 | Nutopie | Un hymne national fait de silence sur Mind Games |
| Mars 1974 | Le Troubadour | La réplique de la serveuse a effacé trois albums |
| 23 août 1974 | L’OVNI | Daté et signé sur le livret de Walls and Bridges |
| 1972-1976 | La procédure d’expulsion | La stratégie de Leon Wildes a créé une jurisprudence encore appliquée |
| Juin 1980 | La vache à 250 000 dollars | Ni 265 000 dollars, ni un record mondial |
| 7 novembre 2015 | La Gibson J-160E retrouvée | Identifiée par le veinage du bois, adjugée 2,41 M$ |
Ce qu’on ne sait toujours pas
1. Quel harmonica exactement. Aucune pièce ne relie matériellement l’instrument d’Arnhem à la séance du 4 septembre ou du 11 septembre 1962.
2. Le texte intégral du discours de Foyle’s. Les témoignages divergent sur le nombre de phrases prononcées.
3. Si Lennon a réellement fait retirer le disque de son père. L’accusation vient de son coauteur ; aucun document ne l’étaye.
4. L’identité de l’objet observé le 23 août 1974. La pellicule de May Pang est revenue voilée, et les deux autres signalements n’ont jamais été instruits.
5. Le contenu exact du mémorandum de 1972. Les documents déclassifiés du FBI ont été publiés par fragments, sur trois décennies, et certains restent expurgés.
6. Le montant exact de la vente de juin 1980. Les sources d’élevage et la presse généraliste ne concordent pas.
7. Où la Gibson est passée entre décembre 1963 et le début des années 1970. Personne ne sait ni qui l’a volée, ni comment elle a traversé l’Atlantique.
Chronologie des vingt épisodes
Août 1960 — Halte à Arnhem sur la route de Hambourg ; l’harmonica.
Septembre 1962 — Achat des deux Gibson J-160E chez Rushworth’s, à Liverpool.
Décembre 1963 — Disparition de la J-160E de Lennon lors des concerts de Noël londoniens.
23 avril 1964 — Déjeuner littéraire de Foyle’s au Dorchester.
11 juin 1965 — Annonce des MBE dans la liste d’honneurs royale.
26 octobre 1965 — Remise des insignes à Buckingham Palace.
Décembre 1965 — Parution du single de Freddie Lennon.
6 septembre 1966 — Coupe militaire et lunettes rondes à Celle, pour How I Won the War.
Septembre-octobre 1966 — Tournage à Almería ; premières esquisses de « Strawberry Fields Forever ».
8 avril 1967 — Commande de la décoration de la Phantom V chez J.P. Fallon Ltd.
25 mai 1967 — Livraison de la Rolls-Royce psychédélique.
15 juin 1968 — Plantation des glands à la cathédrale de Coventry.
28 novembre 1968 — Condamnation londonienne pour détention de cannabis.
11 décembre 1968 — Le Dirty Mac au Rock and Roll Circus.
31 mars 1969 — Conférence de presse dans un sac à l’Hôtel Sacher de Vienne.
14 avril 1969 — Enregistrement de « The Ballad of John and Yoko » par McCartney et Lennon seuls.
1er juillet 1969 — Accident de Golspie ; premier jour des séances d’Abbey Road.
9 juillet 1969 — Retour de Lennon en studio, avec le lit de Harrods.
13 septembre 1969 — Toronto Rock and Roll Revival ; naissance publique du Plastic Ono Band.
20 septembre 1969 — Lennon annonce à Apple qu’il quitte les Beatles.
25 novembre 1969 — Restitution de la MBE.
12 décembre 1969 — Parution de Live Peace in Toronto 1969.
27 janvier 1970 — Écriture, enregistrement et mixage d’« Instant Karma! ».
6 février 1970 — Sortie britannique du single ; Top of the Pops le 11.
8 décembre 1970 — Entretien avec Jann Wenner dans les bureaux d’ABKCO.
21 janvier et 4 février 1971 — Publication en deux parties dans Rolling Stone.
Automne 1971 — Publication en livre sans son accord ; rupture définitive.
Début février 1972 — Mémorandum recommandant l’éloignement de Lennon.
1er-2 avril 1973 — Déclaration puis conférence de presse de Nutopie.
Novembre 1973 — Mind Games et son hymne silencieux.
Mars 1974 — Incident du Troubadour.
23 août 1974 — Observation de l’OVNI, 434 East 52nd Street.
Septembre 1974 — Parution de Walls and Bridges et de sa mention manuscrite.
7 octobre 1975 — La cour d’appel annule l’ordonnance d’expulsion.
1er avril 1976 — Mort d’Alfred Lennon, après une réconciliation téléphonique.
27 juillet 1976 — Résidence permanente accordée par le juge Ira Fieldsteel.
Décembre 1977 — Don de la Phantom V au Cooper-Hewitt Museum.
Juin 1980 — Vente de Spring Farm Fond Rose à la Summer Dreams Sale.
Juin 1985 — La Rolls-Royce adjugée 2 299 000 dollars chez Sotheby’s.
7 novembre 2015 — La Gibson J-160E adjugée 2 410 000 dollars chez Julien’s.
Guide d’écoute et de visionnage
1. « Love Me Do » (1962). L’harmonica d’Arnhem, ou d’ailleurs. Écouter la place qu’il occupe : il ne décore pas, il porte la chanson.
2. « Yer Blues » par the Dirty Mac (1968). Disponible depuis la sortie du Rock and Roll Circus en 1996. Lennon devant un public, sans les Beatles, pour la première fois depuis onze ans.
3. « The Ballad of John and Yoko » (1969). Le journal de bord chanté : Gibraltar, Amsterdam, Vienne, le gâteau au chocolat dans un sac. Deux Beatles seulement sur l’enregistrement.
4. Live Peace in Toronto 1969. Le disque d’un groupe qui a répété en vol. La fragilité s’entend, et c’est ce qui le rend précieux.
5. « Cold Turkey » (1969). Le single cité dans la lettre à la Reine. Un des enregistrements les plus physiquement pénibles du répertoire rock.
6. « Instant Karma! » (1970). Le son de Phil Spector obtenu en une nuit dans le Studio Two. Écouter la réverbération de la batterie d’Alan White.
7. « Nutopian International Anthem », Mind Games (1973). Quelques secondes de silence. À écouter au casque, pour l’expérience.
8. Walls and Bridges (1974). Ouvrir le livret avant d’écouter le disque, et lire la ligne manuscrite du 23 août.
9. « Nobody Told Me » (posthume, 1984). Le vers sur les soucoupes au-dessus de New York, dix ans après.
10. The U.S. vs. John Lennon (2006). Le documentaire consacré à la procédure d’expulsion, avec les images d’audience et le témoignage de Leon Wildes.
Cinq anecdotes qu’il faudrait cesser de répéter
Puisque ce dossier s’est fixé pour règle d’éviter les banalités, il serait malhonnête de ne pas dire un mot des cinq histoires que l’on trouve dans absolument tous les articles consacrés à John Lennon — et de ce qui, dans chacune, est faux, déformé ou incomplet.
« Rattlez vos bijoux »
Au Royal Variety Performance du 4 novembre 1963, devant la reine mère et la princesse Margaret, Lennon aurait lancé aux places chères de secouer leurs bijoux en guise d’applaudissements. C’est vrai. Ce qu’on omet, c’est la version qu’il avait préparée en coulisses et que Brian Epstein l’a supplié de ne pas dire : elle comportait un adjectif ordurier avant le mot « bijoux ». Lennon a cédé. La phrase la plus insolente de l’histoire des Beatles est donc une version édulcorée, négociée avec le manager quelques minutes avant le rideau.
« Plus populaires que Jésus »
La phrase date du 4 mars 1966 et figure dans un portrait signé Maureen Cleave pour l’Evening Standard. Elle ne provoque aucune réaction en Grande-Bretagne — strictement aucune. Le scandale naît cinq mois plus tard, le 29 juillet 1966, quand le magazine américain Datebook reprend l’entretien en la mettant en couverture, sortie de son contexte. L’épisode n’est donc pas une provocation de Lennon : c’est un accident de recyclage éditorial, à cinq mois et cinq mille kilomètres de distance.
Le LSD chez le dentiste
Au printemps 1965, le dentiste John Riley met du LSD dans le café de Lennon, Harrison, Cynthia Lennon et Pattie Boyd, à leur insu. L’anecdote est exacte et se raconte toujours comme une farce psychédélique. On oublie systématiquement de préciser ce que Lennon en a dit ensuite : il a longtemps considéré cet épisode comme une agression, et le mot qu’il employait n’était pas « farce ».
Le bed-in d’Amsterdam
La chambre 902 du Hilton d’Amsterdam, du 25 au 31 mars 1969. La légende veut que la presse mondiale soit venue en espérant assister à quelque chose de sexuel et se soit trouvée face à deux militants en pyjama. C’est exact, et c’était calculé — mais la moitié qu’on oublie est la seconde. Le bed-in de Montréal, du 26 mai au 2 juin 1969, tenu à l’hôtel Reine Elizabeth parce que les Etats-Unis refusaient l’entrée à Lennon, a produit un disque : « Give Peace a Chance », enregistré dans la chambre 1742 le 1er juin. C’est le bed-in canadien, et non le hollandais, qui a laissé une trace musicale.
« Woman is the Nigger of the World »
On présente souvent ce titre de 1972 comme une provocation isolée. Le fait intéressant est ailleurs : la formule n’est pas de Lennon. Elle est de Yoko Ono, qui l’avait employée dans un entretien accordé au magazine britannique Nova en 1969, où elle avait servi de titre de couverture. Lennon a construit une chanson autour d’une phrase de sa femme, ce qui est très exactement l’inverse de ce que l’histoire du couple raconte d’ordinaire.
Pourquoi cette liste compte
Parce qu’elle indique le mécanisme général. Les anecdotes les plus célèbres ne sont presque jamais fausses : elles sont tronquées. Il leur manque systématiquement l’élément qui les rendrait vraiment intéressantes — la négociation de coulisses, le décalage de cinq mois, le ressentiment durable, l’autre bed-in, l’autrice de la phrase.
C’est le propre du récit populaire : il conserve la chute et jette le contexte. Les vingt épisodes qui précèdent ont été choisis parce qu’ils n’ont pas encore subi ce traitement.
Ce que ces vingt épisodes ont en commun
Un homme qui documentait tout, y compris ce qui l’accablait
Le trait le plus frappant, une fois les vingt récits alignés, n’est pas l’excentricité : c’est la mise en archive. Lennon datait, signait, imprimait. Il fait graver la phrase de sa tante sur une plaque. Il inscrit la date et l’heure de son observation d’OVNI sur un livret de disque vendu à des millions d’exemplaires. Il transforme un voyage de vingt-quatre heures à Vienne en deux vers d’un single numéro un. Il monte l’épave de sa voiture accidentée sur un socle dans son jardin.
Ce n’est pas de la vanité, ou pas seulement. C’est un réflexe d’auteur : tout ce qui arrive est une matière première, et une matière première ne se jette pas.
Une intelligence tactique constamment sous-estimée
Le second trait est plus rarement relevé. Lennon avait une compréhension exceptionnelle du fonctionnement des médias, et il l’a employée en permanence. La lettre à la Reine avec sa troisième cause absurde ; Nutopie proclamée au moment précis où l’immigration lui refuse sa résidence ; les glands envoyés à des chefs d’État qui doivent répondre par un geste ; la conférence de presse dans un sac, qui garantit une photographie que tous les journaux publieront parce qu’on n’y voit rien.
Chacune de ces opérations coûte presque rien et produit une couverture mondiale. C’est de la stratégie, pas de la fantaisie. Le « clown » de la légende était un communicant de tout premier ordre.
Et une constante : il ne demandait jamais la permission
Le troisième fil est le plus simple. Aucun des vingt épisodes n’a été soumis à qui que ce soit avant d’être exécuté. La MBE part sans que les trois autres Beatles soient prévenus. Le concert de Toronto est accepté sans groupe constitué. La Rolls-Royce est repeinte sans consulter personne. Le disque du 27 janvier 1970 est écrit, gravé et mixé avant qu’aucune maison de disques n’ait été informée.
C’est aussi ce qui explique la seule chose qu’il n’ait jamais pardonnée : que Jann Wenner publie un livre à partir de ses propres paroles, sans lui demander. L’homme qui n’a jamais demandé la permission exigeait qu’on la lui demande.
Foire aux questions
L’harmonica de « Love Me Do » était-il vraiment volé ?
C’est la version la plus répandue et la plus probable : Lennon aurait dérobé un harmonica dans un magasin d’Arnhem, aux Pays-Bas, en août 1960, sur la route de Hambourg. Aucune pièce matérielle ne relie toutefois cet instrument précis à la séance de 1962, et deux autres harmonicas figurent dans les sources — dont un offert par un chauffeur d’autocar écossais.
Qu’a dit exactement John Lennon au déjeuner de Foyle’s ?
Le 23 avril 1964, au Dorchester, il a prononcé un remerciement d’une phrase, et lancé à son voisin de table qu’il avait « une tête qui porte chance ». La légende a fusionné les deux en un unique discours de sept mots.
D’où viennent ses lunettes rondes ?
D’un costume de cinéma. Le 6 septembre 1966, pour le rôle du soldat Gripweed dans How I Won the War de Richard Lester, on lui fournit une coupe militaire et des lunettes rondes en fil de fer de la Sécurité sociale britannique. Il les a gardées jusqu’à sa mort.
Combien a coûté la peinture psychédélique de sa Rolls-Royce ?
290 livres, facturées par le carrossier J.P. Fallon Ltd. pour un travail achevé le 25 mai 1967. La voiture a été adjugée 2 299 000 dollars chez Sotheby’s en juin 1985, alors record mondial pour une automobile.
Qu’a écrit Lennon dans sa lettre à la Reine ?
Qu’il renvoyait sa MBE pour protester contre l’implication britannique dans l’affaire du Biafra, contre le soutien apporté aux Américains au Vietnam, et contre « Cold Turkey » qui descendait dans les classements. La lettre est datée du 25 novembre 1969 et a été portée à Buckingham Palace par son chauffeur.
A-t-il été déchu de sa distinction ?
Non. Renvoyer l’insigne n’annule pas la nomination : elle demeure inscrite au registre de l’Ordre. Lennon est resté membre de l’Ordre de l’Empire britannique jusqu’à sa mort.
Qui composait le Dirty Mac ?
John Lennon (guitare, chant), Eric Clapton (guitare), Keith Richards (basse) et Mitch Mitchell (batterie), le 11 décembre 1968, pour le Rock and Roll Circus des Rolling Stones. Le film est resté inédit jusqu’en 1996.
Pourquoi la conférence de presse de Vienne s’est-elle tenue dans un sac ?
C’est une application du principe du « bagism » : en se dissimulant, on oblige l’interlocuteur à écouter le propos plutôt qu’à juger l’apparence. Lennon parlait de communication totale, sans préjugé. La scène a eu lieu le 31 mars 1969 à l’Hôtel Sacher.
Que s’est-il passé à Golspie le 1er juillet 1969 ?
Lennon a envoyé son Austin Maxi dans un fossé, avec Yoko Ono, Julian et Kyoko à bord. Bilan : dix-sept points de suture pour lui, quatorze pour Yoko Ono, quatre pour Kyoko. Il a manqué le premier jour des séances d’Abbey Road et a fait installer un lit dans le studio à son retour.
« Instant Karma! » a-t-elle vraiment été faite en une journée ?
L’écriture, l’enregistrement et le mixage, oui : le 27 janvier 1970, entre le matin et trois heures du lendemain. La sortie, non : le single est paru le 6 février au Royaume-Uni, soit dix jours plus tard — ce qui restait un record de rapidité industrielle.
Qu’est-ce que Nutopie ?
Un pays conceptuel déclaré par Lennon et Ono le 1er avril 1973 et annoncé le lendemain devant la presse : sans terre, sans frontières, sans passeports, avec un mouchoir blanc pour drapeau et, sur l’album Mind Games, un hymne national constitué de quelques secondes de silence. Les deux ambassadeurs y demandaient l’immunité diplomatique, en pleine procédure d’expulsion.
Lennon a-t-il vraiment vu un OVNI ?
Il a affirmé avoir observé un objet lumineux le 23 août 1974 à 21 heures depuis la terrasse de son appartement new-yorkais, en présence de May Pang, et n’en a jamais démordu. Il a fait figurer la date et l’heure sur le livret de Walls and Bridges. Les photographies prises ce soir-là sont revenues voilées.
Pourquoi les États-Unis voulaient-ils l’expulser ?
Officiellement à cause de sa condamnation londonienne de novembre 1968 pour détention de cannabis. En réalité pour des motifs politiques liés à son influence supposée sur la jeunesse à l’approche de l’élection présidentielle de 1972. La procédure a duré de 1972 à 1976 et s’est achevée par l’octroi de la résidence permanente le 27 juillet 1976.
Combien s’est vendue sa vache ?
250 000 dollars en juin 1980, pour une holstein nommée Spring Farm Fond Rose. Le chiffre de 265 000 dollars et la mention d’un record mondial, très répandus, sont l’un et l’autre inexacts.
Comment a-t-on retrouvé sa guitare volée ?
En comparant le veinage du bois de l’instrument, détenu depuis les années 1970 par un musicien américain, John McCaw, avec des photographies de 1963. La Gibson J-160E a été adjugée 2 410 000 dollars le 7 novembre 2015 chez Julien’s Auctions.
Glossaire
Bagism — Concept forgé par Lennon et Ono en 1969 : se dissimuler entièrement pour être jugé sur ses idées et non sur son apparence. Mis en pratique à Vienne le 31 mars 1969.
Deferred action — Mécanisme américain de suspension discrétionnaire d’une mesure d’éloignement, mis au jour dans le cadre du dossier Lennon par l’avocat Leon Wildes.
Dirty Mac — Formation d’un soir réunie par Lennon le 11 décembre 1968 pour le Rock and Roll Circus, avec Clapton, Richards et Mitchell.
Gibson J-160E — Guitare acoustique-électrique achetée par Lennon et Harrison en septembre 1962 chez Rushworth’s, instrument du premier répertoire des Beatles.
Holstein — Race bovine laitière noire et blanche, la plus répandue au monde, élevée par Lennon et Ono dans le comté de Delaware.
MBE — Member of the Order of the British Empire, distinction reçue par les Beatles en 1965 et dont Lennon a renvoyé l’insigne en 1969.
National Health glasses — Montures rondes en fil de fer distribuées par le service public de santé britannique, devenues la signature visuelle de Lennon.
Nutopie — Pays conceptuel proclamé le 1er avril 1973, sans territoire ni frontières, dont l’hymne national est un silence.
Phantom V — Modèle de Rolls-Royce commandé par Lennon en décembre 1964 et repeint en mai 1967 dans des motifs art nouveau.
Plastic Ono Band — Formation à géométrie variable créée par Lennon et Ono en 1969, dont le premier concert public est celui de Toronto.
Primal scream — Cri primal : technique centrale de la thérapie d’Arthur Janov, dont Lennon a fait un procédé vocal sur plusieurs titres de 1970.
Thérapie primale — Méthode d’Arthur Janov suivie par Lennon en 1970, dont l’album John Lennon/Plastic Ono Band et l’entretien avec Jann Wenner portent la marque.
Pour aller plus loin sur yellow-sub.net
Le pendant de ce dossier — 20 faits méconnus sur Paul McCartney, construit sur le même principe : des sources primaires, des dates, et rien de ce qu’on lit partout.
Sur les années Lennon — La liste secrète de Tittenhurst, le « Lost Week-end », le retrait de 1975, la dernière rencontre avec Paul McCartney, la vraie chronologie du 8 décembre 1980 et son vœu de tout réenregistrer.
Sur les Beatles autour de lui — les trois démissions qui ont précédé la séparation, l’arrêt des tournées en 1966, Brian Epstein, la butcher cover, la bande de travail de Kenwood et les 585 minutes du 11 février 1963.
Autour du sujet — l’œuvre discographique de Yoko Ono, le portrait de Sean Lennon et Charlotte Kemp Muhl, la déroute fiscale du Concert for Bangladesh, le réseau des collaborations des ex-Beatles, la décennie 1970-1980 et le panorama des quatre carrières solo.
Sources
The Beatles Bible (fiches du 23 avril 1964, du 6 septembre 1966, du 15 juin 1968, du 31 mars 1969, du 1er juillet 1969, du 25 novembre 1969, du 8 décembre 1970, du 2 avril 1973 et du 23 août 1974 ; fiche de chanson « Instant Karma! » ; compte rendu de la vente du 7 novembre 2015) ; Wikipédia en anglais (John Lennon’s psychedelic Rolls-Royce, The Dirty Mac, Lennon Remembers, Nutopia, Nutopian International Anthem, That’s My Life, How I Won the War, Bagism, Walls and Bridges) ; Wildes & Weinberg et PBS NewsHour (dossier d’expulsion, stratégie de Leon Wildes, chronologie 1972-1976) ; Rolling Stone (histoire de la Phantom V) ; CultureSonar (les versions concurrentes de l’harmonica, témoignage sur Arthur Pendleton) ; The Bullvine (élevage laitier de Lennon et Ono, vente de juin 1980, records de l’époque) ; Reverb et Guitar Player (identification et redécouverte de la Gibson J-160E) ; propos de Lennon rapportés sur johnlennon.com ; ainsi que nos propres articles cités en liens.
