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Wings Over America : quand Paul McCartney a cessé de demander pardon aux Beatles

Wings Over America : Paul McCartney reconquiert l’Amérique

Cela faisait dix ans que Paul McCartney n’avait plus vraiment affronté l’Amérique sur une scène. Dix ans depuis les derniers concerts des Beatles, les cris plus forts que les amplis, la fin d’un monde avalé par sa propre mythologie. Le 3 mai 1976, à Fort Worth, il revient pourtant là où tout avait basculé, mais il ne revient pas seul, ni en survivant poli d’un miracle disparu. Il revient avec Wings, ce groupe longtemps moqué, souvent réduit à une fantaisie conjugale, parfois regardé comme une note de bas de page dans l’histoire du plus grand groupe du monde. Sauf qu’en 1976, Paul McCartney n’a plus grand-chose à prouver sur disque : Band on the Run, Venus and Mars et At the Speed of Sound ont transformé la convalescence post-Beatles en nouvelle machine à tubes. Il lui reste à conquérir la scène américaine, à faire tenir dans un même souffle les fantômes de Yesterday, la flamboyance de Live and Let Die, la ferveur de Maybe I’m Amazed et l’insolence mélodique de Silly Love Songs. Wings Over America n’est pas un album live de plus. C’est le moment où McCartney cesse d’être prisonnier de son passé et comprend qu’il peut le jouer sans s’y dissoudre. Il n’a pas besoin de tuer les Beatles pour continuer à vivre. Il lui fallait simplement des ailes.

Paul McCartney, deux pieds au-dessus du vide : la nuit où l’ex-Beatle a frôlé la catastrophe en hélicoptère

Paul McCartney : la nuit où son hélicoptère a frôlé le crash

Il y a des soirs où l’histoire du rock ne tient plus à une chanson, à une dispute de studio ou à un concert mythologique, mais à une marge ridicule entre un rotor et des arbres. Le 3 mai 2012, Paul McCartney quitte Londres avec Nancy Shevell après une soirée de famille consacrée au lancement de Food, le livre de cuisine végétarienne de sa fille Mary. Rien, dans ce retour vers Peasmarsh, ne ressemble d’abord à une scène tragique : un hélicoptère affrété, deux pilotes expérimentés, un trajet court, la routine confortable d’une légende qui cherche simplement à rentrer chez elle. Mais la nuit anglaise a parfois le sens du drame le plus sec. Sous la pluie, dans le brouillard et au-dessus d’un site privé mal éclairé, le Sikorsky S-76C transportant l’ex-Beatle descend dangereusement, jusqu’à cette mesure presque absurde que l’enquête retiendra : deux pieds. Deux pieds entre la suite de la légende et l’accident qui aurait pu sidérer le monde. Ni miracle raconté à la grosse louche, ni fait divers people à sensation : l’incident révèle surtout la fragilité très concrète d’un homme que l’on croit volontiers invulnérable.

Another Girl : la chanson “mineure” de Paul McCartney qui raconte mieux que prévu les Beatles de 1965

Another Girl : Paul McCartney et les Beatles en 1965

Dans le grand roman des Beatles, il y a les chapitres que tout le monde relit sans cesse, et puis ces pages plus discrètes que l’on croit connaître parce qu’elles ne font pas de bruit. Another Girl appartient à cette seconde famille : une chanson courte, vive, presque désinvolte, que l’histoire a souvent laissée dans l’ombre de Help!, Yesterday ou Ticket To Ride. Erreur légère, peut-être, mais erreur tout de même. Car derrière ce morceau apparemment mineur se dessine un instantané assez fascinant des Beatles en 1965 : un groupe encore soudé par ses réflexes de scène, déjà travaillé par les individualités, la fatigue, les ambitions de studio et les ambiguïtés sentimentales. Écrite par Paul McCartney à Hammamet, enregistrée en vitesse à Abbey Road puis immortalisée dans le décor solaire des Bahamas, Another Girl a tout de la carte postale pop. Mais une carte postale un peu acide, où McCartney chante la rupture avec un sourire trop éclatant pour être tout à fait innocent. Deux minutes et quelques secondes suffisent alors à révéler un autre Paul : charmeur, impatient, précis, cruel sans en avoir l’air. Pas un chef-d’œuvre caché, non. Plutôt une petite pièce brillante qui raconte mieux que prévu le moment où les Beatles commencent à changer de peau.

Paul McCartney, “The World You’re Coming Into” : l’enfant, la mère et le fracas du monde

Paul McCartney The World You’re Coming Into : berceuse du Liverpool Oratorio

Il y a des chansons de Paul McCartney qui arrivent comme des évidences, portées par cette grâce mélodique qui semble depuis toujours lui permettre de parler à l’endroit le plus fragile de nos vies. “The World You’re Coming Into”, extrait du “Liverpool Oratorio”, appartient à cette famille discrète et bouleversante. Ce n’est ni un standard pop, ni l’un de ces refrains universels que la planète entière reprend machinalement, mais une aria de seuil, une berceuse inquiète chantée par Dame Kiri Te Kanawa, dans laquelle une mère s’adresse à l’enfant qu’elle porte. Elle ne lui promet pas un monde simple, ni une existence débarrassée des orages. Elle lui dit au contraire que naître, c’est déjà entrer dans une histoire abîmée, faite de guerres, de familles cabossées, de peurs transmises et d’amours imparfaits. Mais elle lui dit aussi qu’il ne sera pas seul. Chez McCartney, l’espoir n’a jamais été une négation de la douleur : c’est une manière de la traverser en continuant de chanter. À travers Liverpool, le souvenir de sa mère Mary, la maternité, la transmission et cette foi obstinée dans la consolation, “The World You’re Coming Into” révèle l’un des visages les plus graves et les plus lumineux de son œuvre.

Michelle des Beatles : quand un faux accent français devient miracle pop

Michelle Beatles : le miracle français de Rubber Soul

Il y a des chansons que l’on croit connaître parce qu’elles ont trop longtemps vécu dans les salons, les compilations romantiques et la mémoire attendrie du siècle. Michelle fait partie de celles-là. On l’imagine polie, parfumée, presque inoffensive, comme une parenthèse française posée au milieu de Rubber Soul pendant que les Beatles inventent déjà l’âge adulte de la pop. C’est évidemment beaucoup trop simple. Derrière la douceur du prénom, les quelques mots de français et la ligne mélodique de Paul McCartney, se cache l’un de ces miracles minuscules dont le groupe avait le secret : une blague de jeunesse devenue standard mondial, un pastiche de faux Parisien sauvé par une émotion très réelle, une chanson d’amour qui parle surtout de la difficulté à se faire comprendre. John Lennon y glisse l’ombre du blues et de Nina Simone, George Martin en préserve l’élégance, le groupe tout entier transforme le cliché en objet définitif. Michelle n’est ni une bluette, ni une révolution spectaculaire. C’est une pièce d’orfèvrerie pop, fragile et tenace, où les Beatles prouvent qu’un accent approximatif, une mélodie parfaite et quelques mots empruntés peuvent suffire à toucher l’éternité.

3 mai 1976 : le soir où Paul McCartney reconquit l’Amérique avec Wings

Paul McCartney Wings 1976 : le concert de Fort Worth

Il y a des retours qui ont l’air, vus de loin, d’une simple ligne dans un calendrier de tournée. Un lundi soir de mai, un centre de conventions au Texas, un ancien Beatle qui remonte sur une scène américaine après dix ans d’absence, sa femme aux claviers, un groupe encore regardé avec méfiance, quelques lasers, des cuivres, de la fumée et une trentaine de chansons pour répondre à une question que tout le monde se posait sans toujours l’avouer : Paul McCartney pouvait-il exister, vraiment, en dehors des Beatles ? Le 3 mai 1976, à Fort Worth, la réponse ne fut pas théorique. Elle passa par la basse, les refrains, les harmonies, les morceaux de Wings imposés au public avant que les fantômes de Liverpool ne soient invités à la table. Ce soir-là, McCartney ne revint pas mendier la nostalgie américaine. Il vint défendre son présent, son groupe, Linda, Denny Laine, Jimmy McCulloch, Joe English, et cette idée presque insolente qu’une seconde vie pouvait être autre chose qu’un appendice à la première. Avant Madison Square Garden, avant l’album live Wings Over America, avant la preuve gravée, il y eut cette nuit de Fort Worth : celle où l’Amérique attendait les Beatles et découvrit que Wings savait voler.

John Lennon, “Woman” : la ballade où l’ancien Beatle apprend enfin à dire merci

Woman de John Lennon n’est pas seulement une ballade posthume : découvrez l’histoire d’un aveu d’amour né avec Double Fantasy, entre Yoko Ono, Girl et l’autre moitié du ciel.

Il y a des chansons que l’on croit connaître parce qu’elles ont trop souvent servi de bande-son au deuil collectif. Woman fait partie de celles-là. Sortie après l’assassinat de John Lennon, accrochée pour toujours à l’hiver 1980 et aux images du Dakota, elle a fini par ressembler à une lettre posthume, un dernier message adressé à Yoko Ono, aux femmes, au monde entier. C’est oublier qu’avant de devenir une relique, Woman était d’abord une chanson de retour. Sur Double Fantasy, ce “Heart Play” imaginé avec Yoko et produit par Jack Douglas, Lennon ne revient pas en prophète ni en ancien Beatle venu réclamer sa couronne. Il revient en homme de quarante ans, après cinq années de retrait, avec le désir presque fragile de reprendre la musique là où la vie l’avait déplacée : dans le couple, la paternité, la reconnaissance, les excuses et l’idée qu’il n’est jamais trop tard pour essayer d’être meilleur. Née dans le sillage de son séjour aux Bermudes, pensée par Lennon comme une version adulte de Girl et dédiée à “l’autre moitié du ciel”, Woman est bien plus qu’une ballade parfaite. C’est l’aveu apaisé d’un homme qui avait longtemps confondu l’amour avec la peur de perdre, et qui trouvait enfin la force de dire merci.

Il y a 48 ans mourait Harold Harrison, le père qui a tenu George debout

Harold Harrison : le père de George Harrison dans l’ombre des Beatles

Dans la mythologie des Beatles, il y a les noms gravés dans le marbre, les studios sanctifiés, les guitares devenues reliques, les pochettes décortiquées jusqu’à l’obsession, et puis il y a les présences plus discrètes, celles qui ne prennent jamais la lumière mais sans lesquelles rien ne tient vraiment. Harold Hargreaves Harrison appartient à cette seconde histoire. Né à Liverpool, passé par la marine marchande, le chômage puis les bus, il fut le père de George Harrison, mais surtout l’un des points fixes de son existence : un homme pudique, solide, inquiet parfois, aimant toujours, qui n’a pas fabriqué une star mais a permis à un enfant de ne pas se perdre en devenant George Harrison. Quarante-huit ans après sa mort, le 3 mai 1978, son ombre demeure dans le parcours du “Quiet Beatle” : Arnold Grove, Speke, la première guitare Egmond, l’école où Harold alla défendre son fils, Friar Park, la Maison-Blanche, puis ce moment bouleversant où George perd son père quelques mois avant de devenir père à son tour. Revenir à Harold, ce n’est pas ouvrir une note de bas de page familiale. C’est retrouver la basse continue d’une vie, cette présence humble et tenace qui aide à comprendre la gravité, la pudeur et la fidélité profonde de George Harrison.

Sgt. Pepper : les Beatles au sommet, déjà en train de se fissurer

Sgt. Pepper Beatles : redécouvrez l’album culte de 1967, entre révolution pop, concept fragile, génie de McCartney et fissures lennoniennes.

Il y a des albums que l’on réécoute pour leurs chansons, d’autres pour ce qu’ils racontent d’une époque. Et puis il y a Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, disque-monde, disque-masque, disque-limite, publié au printemps 1967 par des Beatles qui dominaient encore la planète pop mais ne voulaient déjà plus être les Beatles. Derrière les uniformes satinés, la fanfare imaginaire et les couleurs psychédéliques, l’album raconte moins une utopie collective qu’un moment d’équilibre instable : Paul McCartney organise le rêve, John Lennon le fissure de l’intérieur, George Harrison ouvre une porte spirituelle et Ringo Starr maintient l’affaire à hauteur d’homme. On a beaucoup célébré Sgt. Pepper comme l’acte de naissance de l’album concept moderne, la preuve éclatante que la pop pouvait devenir une forme d’art total. Mais sa force tient aussi à ce qu’il laisse entendre sous le vernis : l’ennui domestique de Lennon dans Good Morning Good Morning, les tensions du groupe, l’artifice assumé, la nostalgie anglaise passée à l’acide et cette intuition fulgurante qu’il fallait se déguiser pour retrouver un peu de liberté. Plus qu’un monument intouchable, Sgt. Pepper reste un laboratoire magnifique, imparfait, traversé de génie et de contradictions.

Bluebird : Paul McCartney, l’oiseau libre de Band on the Run

Bluebird Paul McCartney : redécouvrez la chanson la plus aérienne de Band on the Run, entre Wings, Linda, Lagos et la liberté retrouvée.

Il y a, dans la discographie de Paul McCartney, des chansons qui arrivent avec leurs gros sabots d’évidence, taillées pour les stades, les radios et les récits officiels. Et puis il y a celles qui semblent simplement se poser sur l’épaule, sans faire de bruit, avec cette grâce un peu insolente des mélodies qui donnent l’impression d’avoir toujours existé. “Bluebird”, nichée au cœur de Band on the Run, appartient à cette famille-là. Rien d’ostentatoire ici : une guitare qui balance doucement, la voix de Paul qui refuse l’emphase, Linda en présence tendre, Denny Laine dans le cercle, les percussions de Remi Kabaka comme une chaleur en mouvement, et ce saxophone de Howie Casey qui ouvre soudain la fenêtre sur un ciel plus vaste. Mais derrière cette apparente légèreté, il y a beaucoup plus qu’une jolie chanson d’amour. Il y a l’après-Beatles, le besoin de fuir les procès permanents, la reconstruction de Wings, Lagos, la Jamaïque, Linda comme point fixe, et cette idée très mccartneyienne que la douceur peut être une forme de résistance. “Bluebird” ne cherche pas à prouver que Paul McCartney est encore un génie. Elle fait mieux : elle le laisse respirer.

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