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Who Is Harry Nilsson? (2006–2010) : Ringo Starr, l’ami absent de l’écran mais présent dans les archives
John Scheinfeld n’obtient pas l’entretien de Ringo, mais l’ancien Beatle aide pourtant le film à montrer Harry Nilsson.
La filmographie de Ringo Starr réserve parfois des surprises : une œuvre peut lui devoir des images sans contenir son témoignage contemporain. C’est le cas de Who Is Harry Nilsson (And Why Is Everybody Talkin’ About Him?), documentaire de John Scheinfeld présenté en festival dès 2006, puis distribué en salles dans une nouvelle version en 2010. Harry Nilsson fut un ami intime de Ringo, son partenaire sur plusieurs projets et le protagoniste du film Son of Dracula. Pourtant, Ringo n’a pas accepté d’entretien filmé pour ce portrait. Le réalisateur a expliqué cette absence, tout en confirmant que Starr lui avait apporté son concours par des archives photographiques et l’accès à des extraits rares. C’est une distinction capitale entre présence biographique, présence d’images et présence devant la caméra.
Sommaire de cette étude (6 sections)
Un document sur un proche des Beatles
Le film de John Scheinfeld retrace la trajectoire de Harry Nilsson, compositeur et interprète américain qui évita longtemps les conventions de la carrière de vedette de scène. Il associe chansons, films de famille, documents photographiques et récits de proches. L’existence d’un lien avec les Beatles apparaît très tôt dans la vie publique de Nilsson, soutenu par l’admiration de John Lennon et par ses collaborations dans les années 1970.
Pour Ringo, l’histoire est personnelle. Les deux hommes se retrouvent sur des enregistrements, dans le cinéma musical et dans une vie sociale souvent évoquée sous l’étiquette du « Lost Weekend » de Lennon. Réduire cette amitié aux anecdotes nocturnes serait pourtant pauvre : elle comprend des enregistrements, des projets de films et des liens maintenus au fil des décennies. Le documentaire explore ce réseau, même en l’absence d’une interview nouvelle de Starr.
Un film de 2006 qui trouve son public en 2010
Une première version de Who Is Harry Nilsson? est montrée en festival en 2006. Scheinfeld explique ensuite que la complexité des autorisations sur les enregistrements musicaux a retardé la diffusion plus large. Le film est retravaillé avant sa sortie en salles aux États-Unis en septembre 2010. L’édition DVD propose des suppléments et séquences écartées, faisant de cette publication un autre objet documentaire.
Il est donc insuffisant d’attribuer un seul millésime à toutes les formes du projet. Les prises de vues et entretiens sont antérieurs à 2010 pour une part importante ; la version distribuée en 2010 ne doit pas être rétroactivement assimilée aux premières projections de 2006. Ce type de parcours compliqué est fréquent dans les films musicaux, soumis à des droits particuliers pour les chansons, les images et les archives privées.
Ringo n’est pas un intervenant filmé : le réalisateur l’explique
Dans un entretien donné à Daytrippin’, Scheinfeld précise qu’il a souhaité recueillir un témoignage de Ringo mais n’a pu l’obtenir. Il rapporte que parler de John Lennon, de George Harrison et de Harry Nilsson devant une caméra était émotionnellement difficile pour lui. Ce sont les propos du réalisateur sur les échanges autour du projet : ils ne doivent pas être transformés en citation directement prononcée par Ringo.
La nuance est essentielle. Plusieurs listes de distribution ou notices de film peuvent faire apparaître le nom de Starr en raison d’images d’archives. Cela ne signifie pas qu’il a été assis devant un objectif en 2006 ou 2010 pour donner une interview. Un spectateur et, plus encore, un rédacteur d’encyclopédie doivent vérifier la nature de chaque apparition : témoignage récent, image ancienne, photographie fournie, ou simple mention dans les propos d’autrui.
Une aide active derrière l’absence
L’absence de témoignage ne signifie pas opposition au film. Scheinfeld souligne, dans le même entretien, que Ringo a soutenu le projet en apportant des photographies et en facilitant l’emploi de matériaux issus de Son of Dracula, le long métrage musical réalisé en 1974 autour de Nilsson, auquel Starr était étroitement associé. L’accès à ces documents élargit l’éventail des images qu’un documentaire peut montrer.
Cette contribution est particulièrement intéressante pour l’histoire des arts visuels de Ringo. L’ancien Beatle ne produit pas un nouveau autoportrait filmé ; il joue un rôle de passeur d’archives. En autorisant ou en aidant à retrouver certains documents, il influence la représentation publique d’un ami disparu sans passer lui-même devant la caméra. C’est une forme discrète mais réelle d’intervention dans une œuvre audiovisuelle.
Son of Dracula : une archive à manier avec précision
Le film Son of Dracula appartient à l’année 1974 et aux collaborations de Ringo avec Harry Nilsson. Ses images ont une valeur propre, indépendamment de l’opinion que l’on peut avoir de la réussite artistique du long métrage. Dans le documentaire de Scheinfeld, de tels extraits servent de sources sur un épisode de la carrière de Nilsson et sur la relation de travail entre les deux hommes.
Il faut distinguer l’extrait ancien du nouveau montage qui l’emploie. Le fait qu’une scène de 1974 soit reprise en 2010 ne crée pas une nouvelle scène tournée avec Ringo. Les dates d’exploitation d’une archive, le film d’origine et ses conditions de production doivent rester visibles dans la notice du chercheur. C’est à cette condition que le spectateur saura ce qu’il regarde au lieu d’attribuer à tort une image à la fabrication du documentaire.
Ce que révèle le silence de Ringo
Le cas Nilsson aide à penser un phénomène plus large : toute amitié célèbre n’est pas nécessairement disponible sous forme d’entretien. Un artiste peut préserver certaines émotions, refuser de les exposer ou soutenir un projet de façon indirecte. Les propos du réalisateur indiquent ici une limite posée aux caméras ; ils ne donnent pas accès à l’intériorité de Starr et n’autorisent aucune spéculation médicale ou psychologique.
Cette notice constitue donc un correctif utile à une filmographie parfois trop généreuse. Ringo est lié au sujet, représenté par des archives et associé à leur mise à disposition, mais il n’est pas interviewé pour le film. En séparant ces rôles, on découvre une forme de participation documentaire différente et, peut-être, plus révélatrice de la frontière que certains musiciens tracent entre vie privée et mémoire publique.
Les amis de Ringo dans les documentaires : présence et absence à l’écran
Le documentaire consacré à Harry Nilsson explore une amitié qui ne se résume pas aux témoignages de Ringo Starr. Une personne peut occuper une place importante dans les archives, les photographies et les récits sans apparaître directement dans toutes les séquences filmées. L’identification de chaque document est donc plus utile qu’une liste globale de célébrités.
Le portrait de George Harrison réalisé par Martin Scorsese aborde une autre relation personnelle et musicale. Les deux films montrent comment les souvenirs de Ringo peuvent éclairer un sujet sans le transformer en personnage principal ni en réalisateur de l’œuvre.












