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Sun City (1985) : Ringo et Zak Starkey filmés par Jonathan Demme contre l’apartheid
Ringo et Zak Starkey dans le clip collectif de Jonathan Demme, filmé entre Londres et New York.
Sommaire de cette étude (9 sections)
- Une campagne anti-apartheid devient un film collectif
- Octobre 1985 : une fabrication éclatée entre plusieurs villes
- Jonathan Demme, Godley & Creme et les métiers de l’image
- La rupture entre spectacle et images d’actualité
- Ringo et Zak : une présence familiale, deux activités distinctes
- Le film dans la campagne culturelle de 1985
- Ne pas confondre musique, film et documentaire long
- Ce que « Sun City » apporte à l’histoire visuelle de Ringo
- Sources et vérifications
Une campagne anti-apartheid devient un film collectif
En 1985, le projet **Artists United Against Apartheid** réunit des dizaines d’artistes autour de « Sun City », chanson conçue par **Steven Van Zandt**, dit Little Steven. La chanson proteste contre la politique d’apartheid en Afrique du Sud et le recours au complexe de divertissement de Sun City, alors situé dans le bantoustan de Bophuthatswana. Le film promotionnel qui l’accompagne ne constitue pas une simple suite de portraits de vedettes : il cherche à faire comprendre, par le montage, pourquoi des musiciens d’horizons différents refusent de se produire dans ce lieu.
**Ringo Starr et son fils Zak Starkey** figurent parmi les participants. Leur contribution prend une dimension singulière dans l’histoire de Ringo acteur et image publique. Le célèbre batteur ne tient pas ici le premier rôle d’une chanson qui porte son nom. Il accepte d’entrer dans un ensemble de voix et de visages, avec des personnalités du rock, du rap, du jazz et des musiques africaines. L’intérêt de l’objet réside précisément dans cette décentralisation : l’image d’un Beatle s’inscrit dans une action collective.
Octobre 1985 : une fabrication éclatée entre plusieurs villes
Le **Washington Post**, dans un article du 16 octobre 1985, apporte une précision capitale sur le tournage. Une importante séquence de rue est organisée à **Washington Square, New York**, avec notamment Little Steven, Bruce Springsteen, Bono et Run-DMC. D’autres participants sont filmés ailleurs : Bob Dylan et Jackson Browne à Los Angeles, tandis que **Ringo et Zak Starkey sont filmés à Londres**. Ce renseignement est précieux parce qu’il empêche de présenter le clip comme la captation d’un grand concert où tous les artistes auraient été réunis.
L’unité est créée après les tournages, au montage. Des images captées dans plusieurs pays sont associées pour produire une prise de parole commune. Cette méthode annonce des pratiques que l’on retrouvera plus tard dans les films participatifs de Ringo : un message identique circule entre des lieux distincts, avant de recevoir une forme audiovisuelle centrale. La comparaison ne doit pas faire oublier les différences : « Sun City » est un projet collectif engagé avec des producteurs spécialisés, pas une campagne d’anniversaire organisée par les admirateurs.
Jonathan Demme, Godley & Creme et les métiers de l’image
La presse contemporaine attribue la **réalisation à Jonathan Demme** et signale le travail d’édition des images par **Kevin Godley et Lol Creme**. Les répertoires filmographiques créditent également ces derniers au titre de la réalisation, avec le collaborateur **Hart Perry** selon certaines fiches. Il faut éviter de transformer ces sources en un générique simplifié qui cacherait les responsabilités croisées. Le film est né de tournages multiples, de contributions de producteurs et de décisions de montage ; chaque attribution demande une formulation précise.
Demme a déjà une connaissance approfondie du cinéma musical, notamment à travers *Stop Making Sense*. Godley et Creme ont développé de leur côté un art du vidéoclip fondé sur les effets, les associations graphiques et l’invention de formes télévisuelles. Le fait que ces créateurs travaillent autour d’une campagne politique donne à l’œuvre une ambition particulière : il ne suffit pas de montrer qui chante, il faut construire des rapports entre l’image de la scène, l’actualité et l’engagement.
La rupture entre spectacle et images d’actualité
Le film juxtapose des musiciens à des documents évoquant l’apartheid, des manifestations et les luttes pour les droits civiques. La première perception peut être celle d’un clip de célébrités ; la présence d’images documentaires contredit cette lecture. Le montage oblige le spectateur à relier un lieu de spectacle à un système politique. La télévision musicale devient, au moins pour quelques minutes, une forme d’intervention documentaire.
Il serait cependant imprudent d’identifier sans vérification chaque plan d’archives, sa date ou son photographe. Les images de manifestation ne sont pas devenues des œuvres anonymes par leur insertion dans un vidéoclip. Une enquête patrimoniale devrait rechercher les fournisseurs, les autorisations et les versions du film diffusées sur MTV et BET. Le dossier visuel est aussi un dossier de droits, particulièrement sensible lorsque des images de violences d’État et de populations filmées circulent dans une production commerciale.
Ringo et Zak : une présence familiale, deux activités distinctes
Les sources musicales identifient **Ringo Starr et Zak Starkey à la batterie** parmi plusieurs percussionnistes intervenant sur l’enregistrement. Le générique musical comprend aussi Keith LeBlanc et Tony Williams. Cette attribution sonore est distincte de leur tournage londonien. Le fait que le père et le fils soient filmés ensemble ne garantit pas que tous les sons entendus pendant leur apparition viennent d’une prise simultanée devant la caméra.
C’est une nuance essentielle dans l’histoire des clips. La bande est enregistrée en studio, puis le film illustre, réinterprète ou met en scène cette musique. La relation familiale devient un motif visuel identifiable, sans rendre Ringo plus important que les nombreux artistes dont la présence contribue à l’œuvre. Son nom figure sur la campagne ; cela n’autorise pas à réduire celle-ci à « un clip de Ringo ».
Le film dans la campagne culturelle de 1985
Le projet comprend un single, un album collectif, des supports imprimés et un film de promotion. Des documents de l’époque mentionnent la diffusion du clip sur **MTV et BET**. La campagne s’inscrit dans le contexte du boycott culturel de l’Afrique du Sud de l’apartheid. Elle ne cherche pas seulement à recueillir des fonds ou à afficher une solidarité vague : elle expose une décision professionnelle, le refus de se produire à Sun City.
Ce contexte différencie le projet d’un simple montage caritatif. Le clip doit donner de la visibilité à une position collective, et non uniquement susciter une émotion devant des portraits célèbres. Son dispositif industriel — label, publicité, télévision musicale — sert à diffuser une prise de position. La question de l’efficacité politique ne peut pas être tranchée par l’analyse des images seules ; elle relève aussi de l’histoire de la campagne et de sa réception.
Ne pas confondre musique, film et documentaire long
Il existe plusieurs objets intitulés *Sun City* : chanson, single, album, clip et documentaire autour de la campagne. Les répertoires de vidéo mentionnent différentes durées, selon les éléments recensés. Il serait dangereux de fusionner leurs génériques et leurs images. Une copie montée pour la télévision peut différer d’un film consacré plus largement aux séances et à l’histoire de la mobilisation.
La notice conserve donc une attribution précise : la participation filmée de Ringo et Zak, enregistrée à Londres selon la presse d’octobre 1985 ; la création d’un clip collectif avec Jonathan Demme, Godley et Creme ; et la circulation du film dans la campagne. L’inventaire des durées et des montages doit encore être établi par confrontation de copies identifiées.
Ce que « Sun City » apporte à l’histoire visuelle de Ringo
Le film marque une étape où Ringo n’est ni l’objet nostalgique d’un portrait Beatles ni l’interprète principal de son propre disque. Il intervient parmi une mosaïque d’artistes, dans un projet qui donne à l’image une fonction de témoignage et de mobilisation. La caméra le place dans un ensemble qu’elle ne cherche pas à hiérarchiser selon la célébrité des noms.
Cette apparition mérite une monographie indépendante, sans pour autant lui attribuer le film comme œuvre personnelle. Elle élargit la filmographie de Ringo à une pratique collective : partager son visage, son geste de batteur et sa notoriété au service d’une forme audiovisuelle conçue par d’autres. C’est une dimension importante de son activité **au-delà des Beatles**.
Sources et vérifications
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