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Stop and Smell the Roses (1981) : Aaron Rapoport, John Kosh et la pochette
Une enquête sur les crédits de photographie, le design, les éditions et les pièces manquantes d’un dossier de provenance.
Étude de la pochette. Photographie d’Aaron Rapoport, direction graphique de John Kosh et comparaison des éditions de 1981.
Une pochette conçue par plusieurs auteurs
L’album Stop and Smell the Roses de 1981 associe des photographies créditées à Aaron Rapoport à une direction graphique attribuée à John Kosh. Il importe de séparer les fonctions : Ringo Starr est le musicien représenté, Rapoport le photographe crédité et Kosh le designer. Une photographie de musicien n’est pas nécessairement une photographie prise par ce musicien. Le catalogue des œuvres visuelles doit donc respecter les attributions positives et ne pas confondre photographe, modèle, concepteur graphique et imprimeur.
De Can’t Fight Lightning à Stop and Smell the Roses
L’album devait initialement porter le titre Can’t Fight Lightning. Son changement de nom est intervenu dans le contexte des difficultés entre Ringo et le circuit de distribution de Portrait et CBS, avant sa publication sous d’autres labels. Ce fait est important pour l’histoire de la pochette : il serait tentant d’imaginer une maquette conçue pour le premier titre puis simplement recyclée. Or une telle hypothèse ne peut être adoptée sans documentation de production. Une chronologie de noms ne constitue pas, à elle seule, un dossier d’avant-projets graphiques.
Aaron Rapoport : les limites d’un crédit photographique
Les éditions du disque et les discographies créditent Aaron Rapoport à la photographie. Ce renseignement permet de nommer le créateur de l’image publiée, mais non de reconstituer une séance imaginaire. Ni la date précise de prise de vue, ni l’appareil utilisé, ni la feuille de contact ni le nombre de négatifs ne sont établis par ce simple crédit. Une fiche encyclopédique doit préserver cette distinction. Elle ne doit pas ajouter un lieu supposé, des collaborateurs présumés ou un scénario de tournage uniquement parce que la photographie semble familière.
John Kosh : le travail de l’artwork
John Kosh est crédité à l’artwork. Ce terme désigne un travail de présentation visuelle qui ne s’identifie pas au geste du photographe : organisation du portrait, composition typographique, titrage, choix d’équilibre entre les faces et préparation d’une image pour l’impression. Dans un inventaire, il faut conserver la formule de crédit portée sur le support consulté. On ne peut déduire du nom d’un graphiste que toutes les variantes territoriales ou tous les retirages reprennent nécessairement les mêmes mentions et le même assemblage.
RCA et Boardwalk : des éditions à distinguer
Le vinyle britannique RCA porte la référence RCALP 6022 et la cassette RCAK 6022. Les éditions américaines sont associées à Boardwalk Records. Ces distinctions commerciales ont des conséquences sur les objets imprimés : logos de label, crédits, mentions légales, dos de pochette et références peuvent différer. Une comparaison du recto uniquement est insuffisante. Pour attribuer une variante, il faut examiner également les étiquettes centrales et l’emballage complet, en vérifiant que les photographies proviennent réellement des exemplaires décrits.
Deux dates de publication
Les notices discographiques donnent le 26 octobre 1981 pour la sortie américaine et le 20 novembre 1981 pour le Royaume-Uni. Cette différence est une borne importante dans la chronologie des objets. Elle n’autorise pas à dater la photographie elle-même de l’un de ces jours. Une séance peut avoir été organisée bien avant la distribution commerciale ; une maquette peut avoir subi plusieurs validations. Le dossier doit donc garder séparées date de photographie, date d’impression, annonce commerciale et mise en vente, selon les sources disponibles.
Le disque comme projet collaboratif
Paul McCartney, George Harrison, Harry Nilsson, Ronnie Wood et Stephen Stills participent à la production musicale du disque. L’album réunit plusieurs équipes et périodes de travail, ce qui rend d’autant plus nécessaire l’unité graphique de l’objet commercial. Il serait toutefois erroné de transférer la célébrité de ces contributeurs au graphisme de la pochette sans crédit explicite. La photographie de Rapoport et la conception attribuée à Kosh appartiennent à leur propre chaîne de fabrication.
Méthode de comparaison des premiers pressages
La comparaison doit identifier le pays, le format, la référence, les indications d’éditeur, la présence d’inserts et les éventuelles mentions d’imprimeur. Il convient ensuite de photographier l’objet recto-verso dans des conditions constantes. Les différences de saturation peuvent résulter du vieillissement du carton ou des réglages d’une numérisation ; elles ne prouvent pas nécessairement une édition différente. Une pochette reconstituée à partir d’un fichier marchand ne remplace jamais un exemplaire de référence observé physiquement.
De Liverpool à Nashville puis à 1981
Les pochettes précédentes de Sentimental Journey et Beaucoups of Blues avaient respectivement inscrit Ringo dans un cadre familial de Liverpool et dans l’univers country du Tennessee. Stop and Smell the Roses appartient à une troisième période, sans pour autant prouver une décision conceptuelle formulée par le chanteur. C’est une succession d’images réalisées avec des professionnels différents. Elle montre la nécessité d’une histoire collective des pochettes, dans laquelle l’image de la vedette ne fait pas disparaître les noms des créateurs.
Éléments établis et lacunes documentaires
Les éléments solidement attestés sont la publication de 1981, le titre antérieur Can’t Fight Lightning, les crédits Aaron Rapoport et John Kosh, et les premières références RCA et Boardwalk. Restent à documenter sur pièces la date journalière de la séance, le lieu, les négatifs, les maquettes préparatoires, les variations typographiques et les contrats de reproduction. En attendant, l’absence de réponse doit rester une absence de réponse : elle ne se transforme pas en certitude par répétition.
Poursuivre l’enquête
Le lecteur pourra replacer l’objet dans le panorama des pochettes de Ringo Starr de 1970 à 1981, comparer la documentation photographique de Sentimental Journey et Beaucoups of Blues, puis revenir au catalogue critique des œuvres graphiques. Ce maillage distingue l’étude d’une pochette particulière, la synthèse chronologique et la méthode de provenance.
À lire également : Pochettes 1970–1981, Beaucoups of Blues et Sentimental Journey.
Comparer les couvertures de la décennie précédente
L’évolution du portrait de Ringo Starr peut être suivie dans l’étude de Ringo the 4th (1977), Nancy Lee Andrews et John Kosh, puis dans celle de Bad Boy (1978). Ces trois dossiers identifient les fonctions distinctes des photographes et graphistes.
Des photographes aux graphistes : trois autres albums
À comparer avec les études de Old Wave (1983) : photomaton et Ron Slenzak, Vertical Man (1998) : Henry Diltz et dessins et Ringo Rama (2003) : Mark Hudson et Tyrone Drake, qui montrent trois organisations visuelles distinctes au-delà des pochettes de 1981.
Récolement : du tirage photographique à la pochette imprimée
Pour identifier la provenance de la couverture de Stop and Smell the Roses, il faut distinguer au moins quatre objets : le négatif ou support photographique de la séance attribuée à Aaron Rapoport, le tirage ayant servi à la fabrication graphique, la maquette élaborée sous la responsabilité de John Kosh et le produit imprimé commercialisé en 1981. Le crédit de la pochette certifie des fonctions éditoriales ; il ne démontre pas, à lui seul, la conservation ou la localisation des supports de travail. Une édition discographique qui mêle ces niveaux rend difficile toute comparaison des premiers tirages et des réimpressions.
Le titre abandonné et les risques de reconstruction
Le passage du projet Can’t Fight Lightning à Stop and Smell the Roses appartient à l’histoire commerciale du disque. Il n’autorise pas à prétendre qu’une maquette photographique identique existait pour l’ancien titre. Une telle affirmation réclamerait la reproduction datée d’un projet de couverture, un bon à tirer, une épreuve d’imprimeur ou une correspondance de production. Une cassette de travail ou une bande portant l’ancien titre ne constitue pas une preuve d’artwork. Les catalogues de collectionneurs devraient donc distinguer la dénomination du projet musical et l’état graphique effectivement attesté.
Une fiche d’exemplaire matériel en six champs
Chaque exemplaire étudié peut être décrit par sa date de commercialisation territoriale, son pays, son label, sa référence imprimée, son format et les mentions photographiques et graphiques lisibles. Un second niveau recense l’état de conservation et la présence des éléments originaux : pochette intérieure, éventuel insert, pochette de protection, autocollant d’origine et inscription de matrice. Ce protocole permet de confronter une édition américaine Boardwalk et une édition britannique RCA sans supposer une équivalence intégrale de leurs supports. Il protège également l’histoire de la pochette contre les images issues de rééditions numériques, parfois retaillées ou reconstituées.
Rapoport et Kosh : deux signatures à conserver séparément
Une base de données visuelle devrait enregistrer Aaron Rapoport comme créateur des photographies créditées et John Kosh comme concepteur graphique, sans convertir le premier en designer ni le second en photographe. Le statut de Ringo Starr sur l’image est celui du modèle photographié, non celui d’auteur du cliché, sauf crédit indépendant indiquant le contraire. Cette distinction est essentielle dans le présent dossier, puisque les albums voisins, dont Bad Boy, offrent justement des configurations différentes.
De Can’t Fight Lightning à Stop and Smell the Roses : deux états à ne pas confondre
Le projet finalement publié sous le titre Stop and Smell the Roses en 1981 avait traversé une période de préparation pendant laquelle l’intitulé Can’t Fight Lightning avait été envisagé. La connaissance de ce titre de travail est utile à l’histoire musicale de l’album, mais elle est plus délicate lorsqu’il s’agit de reconstituer ses images. Le changement de titre ne démontre pas automatiquement l’existence d’une pochette entièrement achevée pour l’état abandonné. Une photographie de séance, une maquette promotionnelle, un document interne de label et une couverture commercialisée constituent quatre types de pièces à distinguer. La bonne question n’est pas seulement de savoir quand un titre a été remplacé, mais à quel stade précis l’image imprimée a été arrêtée et pour quelle édition elle avait été préparée. En l’absence de maquette datée ou de tirage contractuel, le récit doit conserver cette incertitude, sans combler les lacunes par des illustrations contemporaines attribuées rétrospectivement au premier projet.
Aaron Rapoport et John Kosh : photographier n’est pas concevoir
L’édition de Stop and Smell the Roses attribue des photographies à Aaron Rapoport et l’artwork à John Kosh. Ces deux mentions ne sont pas des variantes d’un même crédit. Le portrait photographique relève d’un travail sur la lumière, le cadre, l’attitude du modèle et la sélection des images ; le graphisme d’un disque relève de l’organisation finale du recto, du verso, de la typographie et des informations qui accompagnent le programme musical. Le cas est d’autant plus intéressant que Kosh avait déjà marqué l’histoire des pochettes liées aux Beatles : il serait néanmoins abusif de déduire de cette réputation une intervention déterminée sur chacun des éléments matériels de l’édition de 1981. Une fiche encyclopédique doit reproduire le libellé effectivement imprimé des responsabilités et signaler les variations constatées entre exemplaires, non étendre un crédit général à des opérations qui n’y sont pas mentionnées. L’auteur d’un portrait n’est pas automatiquement celui des photographies promotionnelles et le concepteur de la pochette n’est pas nécessairement le photographe qui accompagne le disque dans la presse.
Le pressage comme archive visuelle autonome
Une étude de l’album de 1981 gagne à faire entrer le disque physique dans l’enquête : emplacement des crédits, nature de la pochette intérieure, organisation de la face arrière, graphisme des étiquettes centrales et éventuelles différences de mentions légales. Les éditions liées à Boardwalk et leurs distributions territoriales doivent être documentées à l’aide de copies identifiables, car une différence de catalogue ou de pays ne prouve pas à elle seule un nouveau dessin. La couverture reproduite sur un site de collection n’atteste pas toujours les couleurs de l’impression d’origine, et une réédition numérique peut gommer des éléments caractéristiques du premier conditionnement. Pour l’historien, la valeur de la pochette tient donc aussi à ses marges, à ses papiers et à son économie matérielle. Cet examen rejoint, sans reproduire leur objet, le catalogue des variantes de singles et la chronologie des arts visuels : trois instruments complémentaires, mais non trois articles concurrents.












