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Now and Then – The Last Beatles Song (2023) : Oliver Murray filme le retour de Ringo Starr
Douze minutes pour raconter cinq décennies d’une chanson, sans confondre documentaire et vidéoclip.
Le 1er novembre 2023, Apple Corps diffuse Now and Then – The Last Beatles Song, un court métrage documentaire de douze minutes écrit et réalisé par Oliver Murray. Il paraît la veille de la publication du dernier enregistrement Beatles achevé en studio et deux jours avant le vidéoclip de Peter Jackson. Ces trois objets — film explicatif, disque et clip — participent à une même actualité, mais leur nature diffère profondément. Dans le documentaire, Ringo Starr est un témoin contemporain qui explique son retour à une chanson commencée des décennies plus tôt ; sa parole aide à comprendre un travail où la mémoire musicale, les bandes analogiques et les nouveaux outils techniques se rencontrent.
Sommaire de cette étude (6 sections)
Trois sorties, trois œuvres distinctes
Le calendrier officiel est précis. Apple annonce le court film d’Oliver Murray pour le 1er novembre 2023, avec une première mondiale sur la chaîne YouTube des Beatles. Le single Now and Then, associé à Love Me Do en double face A, arrive le 2 novembre. Le clip réalisé par Peter Jackson suit le 3 novembre. Confondre ces dates conduit à attribuer à Murray des images qu’il n’a pas montées, ou à considérer le documentaire comme un supplément du clip.
Le film de Murray est conçu pour expliquer une fabrication. Il rassemble des commentaires de Paul McCartney, Ringo Starr, Sean Ono Lennon, Peter Jackson et des éléments liés à George Harrison. Il exploite un fonds couvrant plusieurs époques. Le clip de Jackson, lui, met la chanson en scène à partir d’un autre programme visuel. L’historien peut analyser l’un et l’autre, mais ne doit jamais leur prêter un générique commun.
Le point de départ : une démo de John Lennon
La chanson naît d’une maquette domestique de John Lennon, enregistrée dans la seconde moitié des années 1970. Après sa mort, la bande rejoint un ensemble de documents transmis aux autres Beatles par Yoko Ono Lennon. Au milieu des années 1990, Paul, George et Ringo tentent de l’intégrer au projet Anthology, qui conduira à Free as a Bird et Real Love. La troisième composition demeure inachevée, notamment parce que la voix et le piano de la maquette sont difficiles à séparer proprement.
Ce blocage ancien est l’un des moteurs narratifs du court métrage. La documentation rend visible un problème que les amateurs de disques connaissent bien : posséder un enregistrement ne signifie pas disposer de pistes instrumentales isolées. En 1995, les possibilités de traitement limitent la combinaison entre le piano domestique et les nouveaux instruments. Le documentaire permet de replacer la fin de la chanson dans une histoire de patience et de choix, non dans celle d’un simple bouton magique.
Un nouveau travail musical en 2022
Les outils employés par les équipes de Peter Jackson pour traiter des dialogues et des sons d’archives contribuent, des années plus tard, à isoler plus clairement la voix de Lennon. Ce procédé repose sur la séparation de sources à l’aide d’outils informatiques ; il ne consiste pas à faire inventer par une machine une nouvelle interprétation vocale de John. Apple Corps précise que la chanson achevée conserve la voix enregistrée par Lennon et des éléments de guitare de George Harrison captés en 1995.
Paul et Ringo enregistrent de nouvelles parties en 2022. La production est attribuée à Paul McCartney et Giles Martin, avec un nouvel arrangement de cordes. Le batteur ne se contente donc pas d’autoriser l’utilisation d’une photographie ancienne : il reprend effectivement part à la réalisation musicale du titre, bien après l’époque des Beatles. C’est cette participation concrète que le film d’Oliver Murray met en perspective dans sa succession d’images et de témoignages.
Le témoignage de Ringo et les strates de l’image
La parole de Ringo en 2023 est particulièrement importante parce qu’elle relie plusieurs âges de l’enregistrement. Il a connu John Lennon au sein du groupe, travaillé avec Paul et George au cours des sessions Anthology, puis complété un nouveau titre avec Paul. Sa présence actuelle donne à voir la continuité de personnes qui ont traversé ces moments, sans effacer l’absence de Lennon et Harrison lors de l’achèvement final.
Le film mêle forcément des images de nature différente : documents anciens, témoignages contemporains et séquences liées au processus de restauration sonore. Pour les décrire rigoureusement, il convient de demander à chaque plan de quelle période il provient. L’image d’un musicien au milieu des années 1990 ne documente pas directement une séance de 2022 ; inversement, une déclaration récente sur le passé ne peut être traitée comme une captation en temps réel de la décision ancienne.
Une mémoire familiale autant que musicale
La présence de Sean Ono Lennon inscrit la transmission dans le temps familial. Les survivants du groupe ne travaillent pas seulement sur un catalogue commercial ; ils manipulent une voix conservée après la disparition de son interprète. L’enjeu éthique et affectif est réel, même si un film de douze minutes ne peut exposer toutes les questions soulevées par cette rencontre du passé et des technologies contemporaines.
Le récit garde une portée collective. La voix de John, la guitare enregistrée par George, les interventions nouvelles de Paul et de Ringo, puis le travail des techniciens créent une composition de temporalités. Il importe de ne pas simplifier cette histoire en présentant quatre hommes réunis physiquement dans une même pièce en 2022. Ils sont présents sur un même disque, mais par des enregistrements réalisés à des moments différents.
Pourquoi étudier séparément le film de Murray
Le court métrage Now and Then – The Last Beatles Song est une source sur la fabrication d’une chanson. Il expose les étapes, les protagonistes et les conditions dans lesquelles le travail peut finalement être accompli. Le clip de Peter Jackson, étudié ailleurs dans le dossier, relève d’un autre objet : l’invention d’images pour accompagner le résultat musical. Les deux réalisateurs se répondent, sans exécuter la même tâche.
Pour la carrière de Ringo après les Beatles, ce document tient une place singulière. L’ancien batteur intervient à la fois comme musicien d’une séance récente et comme témoin d’une entreprise commencée avec ses camarades. L’histoire musicale et l’histoire de sa représentation s’y rejoignent. Rarement la notion de « Beatles au-delà des Beatles » aura été aussi littérale, à condition de conserver l’exacte chronologie des faits.
Now and Then et Real Love : deux constructions visuelles d’archives
Les images contemporaines associées à Now and Then réactivent l’histoire des « Threetles » et les documents de plusieurs périodes. La présence d’une archive ancienne dans un film de 2023 ne permet pas de dater toutes ses séquences de cette année-là ; chaque image possède son contexte d’origine.
Le parcours du clip Real Love, depuis sa première diffusion jusqu’aux éditions ultérieures, éclaire une étape précédente de ces retrouvailles. Comparer les deux films permet de distinguer le tournage des années 1990, la restauration et la nouvelle mise en récit.












