Ringo Starr, artiste au-delà des Beatles : photographie, peinture, cinéma et design

YELLOW-SUB.NET / RINGO ARTISTE / LE BATTEUR TÉMOIN · NOTICE 200

Let There Be Drums! (2022) : Ringo Starr, Justin Kreutzmann et l’histoire filmée des batteurs

Un documentaire de 94 minutes donne la parole à Ringo, Stewart Copeland, Taylor Hawkins et leurs pairs.

← Sommaire des arts visuels

Sorti aux États-Unis le 28 octobre 2022, Let There Be Drums! est un documentaire de Justin Kreutzmann consacré à l’art des batteurs et à la manière dont leurs instruments structurent la musique et la vie de leurs groupes. Ringo Starr y participe par un entretien filmé, aux côtés de Stewart Copeland, Taylor Hawkins, Chad Smith, Mickey Hart, Bill Kreutzmann et plusieurs autres personnalités. Pour Ringo, le sujet possède une importance particulière : après des décennies d’images le présentant avant tout comme « un Beatle », il parle ici du métier de batteur au sein d’un documentaire qui compare des pratiques, des générations et des conceptions du jeu collectif.

Sommaire de cette étude (6 sections)
  1. Justin Kreutzmann : filmer une famille de batteurs
  2. Ringo au milieu de ses pairs
  3. Le témoignage contemporain et les images de carrière
  4. Taylor Hawkins et l’histoire d’un film traversé par le deuil
  5. Une sortie en salles et en vidéo à la demande
  6. La batterie redevenue sujet principal

Justin Kreutzmann : filmer une famille de batteurs

Le réalisateur Justin Kreutzmann grandit au contact direct de l’histoire du Grateful Dead : son père, Bill Kreutzmann, en est l’un des batteurs fondateurs. Le communiqué de production explique que le jeune Justin observait les musiciens depuis les coulisses et les répétitions, mais s’est orienté vers le cinéma. Ce choix détermine le point de vue du film : il regarde la batterie comme pratique musicale autant que comme tradition humaine transmise entre générations.

Le documentaire ne propose pas une méthode d’apprentissage avec exercices gradués. Il assemble des histoires de vie, des souvenirs de scène et des réflexions sur la place du rythme. La batterie y est montrée comme l’instrument qui peut soutenir un groupe sans monopoliser l’attention. Ce thème rapproche des figures pourtant très différentes par leur époque, leur genre musical et leur technique.

Ringo au milieu de ses pairs

La distribution officielle associe Ringo à Stewart Copeland des Police, Chad Smith des Red Hot Chili Peppers, Mickey Hart et Bill Kreutzmann du Grateful Dead, ainsi qu’à Taylor Hawkins des Foo Fighters. Le réalisateur cherche à recueillir des approches variées plutôt qu’à désigner un classement objectif des meilleurs batteurs. Les styles et les époques sont trop différents pour être ramenés à une même compétition de virtuosité.

Ringo apporte à cette réunion le regard d’un musicien formé par le rock’n’roll, le rhythm and blues et les groupes de Liverpool avant la célébrité mondiale. Son sens du temps et sa manière de servir la chanson ont influencé des générations de percussionnistes. Le film permet de replacer ce style parmi d’autres sans le réduire aux mythes de la Beatlemania ni aux blagues qui ont parfois obscurci l’appréciation de son travail instrumental.

Le témoignage contemporain et les images de carrière

Le distributeur Greenwich Entertainment présente explicitement le film comme constitué notamment d’interviews de Ringo Starr. Cette formulation importe : contrairement à certaines documentations musicales où son nom apparaît seulement parce que des images d’archives sont utilisées, il est ici un intervenant contemporain. Les éventuelles photographies et captations de ses concerts appartiennent, elles, à un autre niveau de matériau.

L’intérêt d’une interview ne réside pas seulement dans ce qu’elle révèle du passé. Elle montre comment le musicien formule aujourd’hui sa propre conception du rôle de batteur. Cette parole, prononcée à une époque où le rock constitue déjà un patrimoine étudié, doit être lue à la lumière de décennies d’expérience scénique et de studio. Elle complète les prises de sons et les films anciens, sans les remplacer.

Taylor Hawkins et l’histoire d’un film traversé par le deuil

Le documentaire comprend un entretien avec Taylor Hawkins, décédé en mars 2022. Le communiqué de sortie indique que cet entretien figure parmi ses dernières apparitions filmées. Il n’y a pas lieu de transformer cette circonstance en procédé dramatique gratuit : elle rappelle simplement que la production de documents musicaux se déroule dans le temps réel de la vie des artistes.

La présence de Hawkins renforce la dimension intergénérationnelle du film. Un batteur des Beatles et un batteur des Foo Fighters peuvent parler d’expériences très différentes, mais ils partagent l’obligation de construire un rythme qui soutient un groupe. La mémoire de l’un n’annule pas l’expérience de l’autre. L’approche de Kreutzmann les réunit dans une histoire de la pratique, pas dans une confrontation nostalgique entre deux âges du rock.

Une sortie en salles et en vidéo à la demande

Let There Be Drums! est annoncé en sortie limitée et sur les plateformes de vidéo à la demande le 28 octobre 2022. La durée varie légèrement selon les catalogues : 93 à 94 minutes sont indiquées par les distributeurs. Les supports domestiques, notamment le DVD proposé par Kino Lorber, prolongent la circulation du film. Aucun de ces formats ne doit être pris pour un tournage de concert.

La date de sortie n’est pas nécessairement celle de chaque entretien. Un documentaire de cette nature se constitue par étapes, à mesure que les cinéastes rencontrent leurs intervenants, obtiennent les droits des images et organisent le montage. L’année 2022 appartient à la sortie publique du film final. Pour identifier une éventuelle séance avec Ringo, il faudrait disposer d’un crédit ou d’un document de production plus spécifique.

La batterie redevenue sujet principal

Dans de nombreuses œuvres sur les Beatles, la caméra se concentre sur les compositeurs, les chanteurs et les événements spectaculaires. Let There Be Drums! inverse la hiérarchie : l’instrument et ceux qui le jouent deviennent le centre du récit. Ringo cesse d’être un intervenant secondaire dans la biographie d’un groupe pour apparaître comme un spécialiste écouté par d’autres musiciens et par un réalisateur qui connaît intimement la culture des batteurs.

Cette place fait du film un jalon utile dans l’évolution de son image après les Beatles. Le documentaire ne donne pas une analyse scientifique de chaque frappe ni une transcription de son jeu, mais il fournit un témoignage de premier ordre sur la conscience que les musiciens ont de leur métier. À travers Ringo, la batterie devient un langage de collaboration et de durée : peut-être la meilleure manière de conclure ce lot consacré à sa mémoire filmée.