Ringo Starr, artiste au-delà des Beatles : photographie, peinture, cinéma et design

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Get Back – The Rooftop Concert (2022) : Ringo Starr sur l’écran géant de l’IMAX

La prestation du 30 janvier 1969 devient une expérience de cinéma autonome, cinquante-trois ans plus tard.

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Le 30 janvier 2022, exactement cinquante-trois ans après la prestation des Beatles sur le toit de leur immeuble d’Apple Corps au 3 Savile Row, une version spéciale du concert est présentée dans des salles IMAX. Ce programme de 60 minutes, intitulé The Beatles: Get Back – The Rooftop Concert, prolonge le documentaire de Peter Jackson. Il ne s’agit ni d’un nouveau concert donné par Ringo Starr ni de l’œuvre originale de 1970 projetée telle quelle. La musique et les images sont celles de janvier 1969 ; la séance en salle, le montage de présentation et le traitement de l’image et du son appartiennent à 2022. Cette distinction ouvre une passionnante histoire de la « seconde vie » d’un événement unique.

Sommaire de cette étude (6 sections)
  1. Une date de mémoire devenue date de cinéma
  2. Soixante minutes d’expérience, quarante minutes de musique
  3. La technologie IMAX et l’échelle du geste
  4. Une scène réelle, un film monté, une projection contemporaine
  5. Ringo et Billy Preston : la force du collectif
  6. Un patrimoine qui change de lieu sans changer de date

Une date de mémoire devenue date de cinéma

Le choix du 30 janvier n’a rien d’arbitraire. C’est le jour où John Lennon, Paul McCartney, George Harrison et Ringo Starr, accompagnés de Billy Preston, se sont installés sur le toit d’Apple Corps pour jouer devant des caméras et les passants de Londres. La prestation, interrompue après l’intervention de la police, est demeurée l’un des événements visuels les plus célèbres de la fin du groupe. L’annonce d’Apple Corps, publiée le 5 janvier 2022, prévoit une projection anniversaire avec échange filmé autour de la réalisation.

Dans la communication officielle, cette séance constitue une première présentation cinématographique de la version IMAX. Un engagement international suit les 11, 12 et 13 février 2022. Ces dates se rapportent au programme spécial, pas au concert historique lui-même. Les distinguer évite de transformer l’année de restauration ou de distribution en date de performance.

Soixante minutes d’expérience, quarante minutes de musique

Le programme IMAX annoncé comme un film de 60 minutes propose l’intégralité de la prestation sur le toit après une brève introduction. La durée de l’objet cinéma n’est donc pas exactement celle de la musique jouée. En parallèle, Apple Corps et Capitol/UMe publient, fin janvier 2022, une édition audio intégrale d’environ 40 minutes, mixée en stéréo et Dolby Atmos par Giles Martin et Sam Okell. Les deux publications sont liées mais ne désignent pas la même chose.

La différence est instructive pour les collectionneurs. Le film montre également les regards des musiciens, la situation du toit, les réactions dans la rue et la mécanique de l’événement. L’édition audio, elle, isole une expérience d’écoute et ordonne les prises musicales. La photographie et le son possèdent des fonctions documentaires complémentaires. Étudier le jeu de batterie de Ringo demande parfois de passer de l’une à l’autre sans supposer leur stricte identité.

La technologie IMAX et l’échelle du geste

Selon la présentation officielle, l’image et le son de la séquence ont été adaptés à l’IMAX Experience, notamment à l’aide de la technologie de remastérisation numérique IMAX DMR. Il serait excessif d’affirmer que les rushes ont soudain acquis la définition d’un tournage IMAX natif : ils proviennent de caméras de 1969, de leurs pellicules et des étapes de restauration ultérieures. L’opération vise à les présenter dans des conditions de grande projection avec un traitement spécifique.

Pour le batteur, cet agrandissement joue un rôle particulier. Derrière ses partenaires, Ringo n’est pas toujours le centre du cadre dans les films ordinaires ; l’écran géant rend néanmoins son environnement, son matériel et certaines réactions plus lisibles. Il peut aussi amplifier des défauts de prise de vue et les choix d’angle des cameramen de l’époque. Le spectateur accède à une nouvelle échelle d’observation, non à une caméra supplémentaire miraculeusement placée au-dessus de sa batterie.

Une scène réelle, un film monté, une projection contemporaine

Il est utile de distinguer trois événements. En 1969, un groupe joue sur un toit londonien devant l’équipe de Michael Lindsay-Hogg. En 2021, Peter Jackson présente ce matériau au sein d’une série documentaire plus vaste. En 2022, une version spécifique de la prestation arrive dans des salles conçues pour un spectacle audiovisuel particulièrement immersif. Les trois temporalités ne se substituent pas les unes aux autres.

La cohérence des images est réelle : le même ensemble de séquences raconte le même concert. Mais leur emploi change les attentes. Dans la série, le toit apparaît comme la résolution d’une longue préparation ; en salle, il devient le cœur d’un programme autonome. Le public peut se concentrer sur la musique plutôt que sur l’avancée du récit des répétitions. La mise en contexte demeure nécessaire : cette heure de cinéma résulte d’une sélection et d’une présentation éditoriale de 2022.

Ringo et Billy Preston : la force du collectif

Le concert est un excellent observatoire de la manière dont la batterie peut soutenir une prestation collective sans la dominer. Starr assure la continuité des morceaux tandis que Billy Preston enrichit l’ensemble au clavier. La tension entre la spontanéité d’une installation inattendue et la précision des chansons est au centre de l’expérience. Le projet IMAX invite à regarder ce travail à l’échelle du groupe : les sourires, la coordination, les réponses instrumentales et la concentration.

Il est tentant de raconter cette performance comme un « dernier concert » parfaitement programmé. Le qualificatif renvoie à son rang dans la mémoire publique des Beatles, mais ne doit pas effacer les discussions, les incertitudes et les contraintes de la session. Le film permet de voir ce qui s’est produit ; il ne permet pas de connaître à lui seul les intentions exactes de chacun des musiciens avant de monter sur le toit.

Un patrimoine qui change de lieu sans changer de date

La circulation du concert entre télévision en flux, disque audio et écran géant révèle la diversification des façons de transmettre les archives des Beatles. L’enjeu n’est pas de prétendre que les spectateurs de 2022 assistent physiquement à la scène de 1969. Il est de leur donner accès, à partir de sources conservées, à des modalités d’expérience auparavant impossibles : son multicanal, détails visuels agrandis, séance collective en salle.

Ringo est ici un artiste de 1969 exposé dans un objet audiovisuel de 2022 et un participant à la transmission de l’œuvre Get Back, dont il est crédité comme producteur. La nuance mérite d’être maintenue jusqu’au bout : ce n’est pas le concert qui a été rejoué, mais son image qui a trouvé un nouvel écran.

Rooftop Concert en IMAX : la projection n’est pas un nouveau concert

La ressortie d’images du 30 janvier 1969 sur un grand écran transforme l’expérience du spectateur, mais ne modifie ni le jour de la performance ni les conditions historiques de son enregistrement. Les projections modernes appartiennent à la diffusion et à la restauration des archives.

La reprise de Don’t Pass Me By dans une captation du Greek Theatre témoigne, à l’inverse, d’une interprétation réellement nouvelle par Ringo. Mettre ces deux situations en regard aide à distinguer le retour d’une chanson et la nouvelle présentation d’un film ancien.

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