Ringo Starr, artiste au-delà des Beatles : photographie, peinture, cinéma et design

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All Together Now (2008) : Ringo Starr et Adrian Wills dans les coulisses du Beatles LOVE

Un film sur la fabrication de LOVE, entre archives musicales, création scénique et voix des ayants droit.

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Le 20 octobre 2008 paraît All Together Now, documentaire d’Adrian Wills consacré à la naissance de The Beatles LOVE, le spectacle du Cirque du Soleil créé à Las Vegas en 2006. Ce long métrage ne montre pas seulement une adaptation spectaculaire des chansons des Beatles : il explore les négociations, les répétitions, les inventions visuelles et les hésitations inhérentes à une telle transformation. Ringo Starr y intervient comme témoin et partie prenante de l’héritage collectif. Sa présence révèle une étape nouvelle de son parcours après 1970 : il ne joue pas le rôle du Ringo de 1964, mais accompagne la mutation d’une œuvre musicale historique en langage scénique contemporain.

All Together Now : le documentaire montre une œuvre collective en train de se créer

Le film All Together Now d’Adrian Wills, paru en 2008, ne se confond pas avec le spectacle LOVE du Cirque du Soleil, créé à Las Vegas en 2006. Le documentaire suit les discussions, les répétitions et les arbitrages qui conduisent à la mise en scène d’un répertoire mondialement connu. Ringo Starr y apparaît dans une position particulière : témoin de la genèse des chansons, il participe aussi aux décisions entourant leur présentation à un nouveau public.

Pour étudier sa contribution, il faut distinguer les images d’archives des Beatles, les entretiens filmés pour le documentaire et les séquences du spectacle lui-même. Ces trois catégories n’ont ni la même date ni la même fonction. L’œuvre d’Adrian Wills contribue à raconter comment les survivants et les ayants droit des Beatles ont participé à une réinterprétation scénique sans former à nouveau un groupe.

Sommaire de cette étude (6 sections)
  1. De l’amitié de George Harrison à une scène de Las Vegas
  2. Adrian Wills : filmer le travail avant la première
  3. George et Giles Martin : réorganiser les bandes
  4. Ringo, Paul, Yoko et Olivia devant la caméra
  5. Le documentaire et le spectacle : deux formes autonomes
  6. Une récompense et la mémoire de la création

De l’amitié de George Harrison à une scène de Las Vegas

La genèse du projet remonte à l’amitié entre George Harrison et Guy Laliberté, fondateur du Cirque du Soleil. L’idée paraît simple seulement une fois le spectacle achevé : unir les enregistrements d’un groupe mythique à une création de cirque qui ne soit ni un concert de sosies ni une comédie musicale traditionnelle. Après la disparition de George en 2001, le travail associe Apple Corps, les représentants des successions et les créateurs du Cirque.

À Las Vegas, au Mirage, le spectacle LOVE ouvre en 2006. Son existence dépend autant des équipes acrobatiques, des costumes et de la scénographie que du traitement des bandes. Le film de Wills revient sur cette naissance en montrant le passage des réunions de production aux répétitions. Il ne documente donc pas la fabrication d’une chanson Beatles dans les années 1960, mais la création d’une nouvelle œuvre à partir de chansons enregistrées.

Adrian Wills : filmer le travail avant la première

Le réalisateur Adrian Wills suit le projet entre Londres, Montréal et Las Vegas. Cette géographie est celle d’une production internationale : les bandes et les décisions musicales d’un côté, la conception du spectacle et les répétitions de l’autre, puis la mise au point sur scène. Le documentaire tient sa valeur de cette attention aux gestes de fabrication. Les entretiens seuls ne suffiraient pas à montrer les conflits de rythme, de goût et de contraintes entre musique, mouvement et scénographie.

Les crédits présentés par l’IDFA attribuent la réalisation à Wills, la production à Martin Bolduc pour le Cirque du Soleil et à Jonathan Clyde pour Apple Corps, avec Neil Aspinall et Jacques Méthé à la production exécutive. La photographie est créditée à Alain Julfayan. Ces noms évitent une erreur de perspective : la participation de Ringo à l’aventure ne fait pas de lui le réalisateur du film ni le concepteur de chaque tableau.

George et Giles Martin : réorganiser les bandes

La partie musicale du spectacle naît du travail de George Martin et de son fils Giles Martin sur les enregistrements des Beatles. Leur tâche consiste à créer une expérience sonore capable d’accompagner une scène de cirque, en combinant des éléments du catalogue enregistré. Il faut donc distinguer les chansons originales, les montages et les mixages spécifiques à LOVE, et la captation du spectacle. Ce sont des objets différents, même s’ils partagent la même matière première.

Le film ne transforme pas les Beatles en musiciens présents physiquement au Mirage. Il montre comment leur œuvre a été réagencée pour un lieu qu’ils n’ont jamais connu comme groupe. La batterie de Ringo demeure audible à travers les bandes, mais la construction du nouvel espace sonore dépend des producteurs et ingénieurs qui travaillent sur elles. Cette distinction protège les contributions de chacun et rappelle que l’œuvre adaptée appartient à plusieurs temps de création.

Ringo, Paul, Yoko et Olivia devant la caméra

Les témoignages de Paul McCartney, Ringo Starr, Yoko Ono Lennon et Olivia Harrison sont au cœur du récit. Le documentaire les présente confrontés à une question nouvelle : jusqu’où peut-on transformer la musique et l’image des Beatles sans effacer son identité ? Les réactions et les discussions enregistrées constituent des sources précieuses sur la transmission de l’œuvre. Elles ne doivent cependant pas être prises comme des procès-verbaux exhaustifs de toutes les décisions du projet.

Ringo apparaît ici comme un témoin de la création originelle et un interlocuteur contemporain de sa réinvention. Le spectateur entend un membre du groupe parler d’un spectacle que le groupe n’aurait pas pu imaginer sous cette forme dans les années 1960. L’intérêt du film est précisément d’exposer la distance entre l’expérience vécue des musiciens et celle des artistes qui, plusieurs décennies plus tard, s’appuient sur leur œuvre.

Le documentaire et le spectacle : deux formes autonomes

La durée du film est donnée autour de 84 à 85 minutes selon les catalogues. Sa sortie vidéo en octobre 2008 permet de découvrir les coulisses d’un spectacle qui reste, lui, une expérience de scène. On peut conserver le DVD comme témoignage de production sans avoir vu LOVE en salle ; inversement, avoir assisté au spectacle ne dispense pas de consulter les interviews et les documents qui expliquent sa réalisation.

Cette autonomie fait de All Together Now une pièce pertinente pour la vidéographie de Ringo. La caméra ne vient pas capter une nouvelle performance de batterie : elle recueille le regard d’un artiste sur la circulation de son passé. En termes d’histoire des arts visuels, le film appartient au documentaire de création, genre dans lequel les producteurs, les techniciens, les chorégraphes et les ayants droit peuvent apparaître comme autant de voix du travail collectif.

Une récompense et la mémoire de la création

All Together Now remporte un Grammy lors de la 52e cérémonie, en 2010, dans la catégorie alors consacrée aux vidéos musicales de long format. L’Académie américaine attribue le prix à Adrian Wills, Martin Bolduc et Jonathan Clyde. Cette reconnaissance concerne le film documentaire sorti en 2008, non un nouveau spectacle créé en 2010. La précision des dates évite de confondre lancement, édition et récompense.

À travers cet objet, Ringo confirme une évolution caractéristique de sa vie après les Beatles. Il peut être absent de la scène du Mirage comme instrumentiste tout en demeurant présent dans le débat sur ce qu’elle fait des Beatles. Le film renseigne ainsi moins sur une performance nouvelle que sur un droit de regard, une mémoire et une collaboration entre arts très différents. C’est ce qui lui donne sa place dans un catalogue critique de l’image de Ringo Starr.

Regarder la naissance de LOVE plutôt que son seul résultat

All Together Now donne accès à ce que le public ne voit pas sur scène : la construction lente d’un spectacle fondé sur les Beatles. Les échanges entre producteurs, représentants des familles, équipes créatives et spécialistes des bandes dessinent une histoire parallèle à celle de LOVE. Ringo Starr y intervient comme l’un des détenteurs de cette mémoire collective, et non comme un personnage jouant son propre rôle dans la production finale.

Une captation du spectacle et un documentaire sur sa préparation répondent à deux attentes différentes. La première conserve une représentation ; le second raconte le chemin parcouru jusqu’à celle-ci, en montrant hésitations et arbitrages. Cette différence explique l’intérêt de conserver All Together Now dans le parcours visuel de Ringo, même lorsque les scènes de concert ou les chansons semblent déjà familières.