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Yellow-Sub.net · Analyse des crédits d’arrangement · 1974

Ringo Starr et Trevor Lawrence : les cuivres de Goodnight Vienna et les cordes d’Easy for Me

Six chansons avec cuivres et un arrangement de cordes : une lecture piste par piste du travail de Trevor Lawrence sur l’album de 1974.

Le quatrième album studio de Ringo Starr, Goodnight Vienna, rassemble un nombre inhabituellement élevé de musiciens, de chanteurs et de techniciens. Les interventions de John Lennon, Elton John et Harry Nilsson sont souvent mises en avant. L’apport des arrangeurs de studio, pourtant décisif pour la couleur des morceaux, se révèle moins visible. Trevor Lawrence, saxophoniste, arrangeur et producteur américain, offre un exemple particulièrement instructif : il est mentionné au sein des pupitres de cuivres sur six chansons du programme original et intervient à un autre titre, comme arrangeur de cordes, sur « Easy for Me ». Ces crédits ne constituent ni sept compositions nouvelles, ni sept solos de saxophone. Ils correspondent à plusieurs tâches distinctes, documentées au niveau des enregistrements.

Il faut d’abord souligner que l’album a été enregistré principalement à Los Angeles, sous la production de Richard Perry. Vini Poncia participe à l’assistance de production et Bill Schnee assure le travail d’ingénieur. La distribution instrumentale varie presque à chaque titre. Lawrence partage plusieurs pupitres avec Bobby Keys, Steve Madaio et, selon les plages, Lew McCreery ou Chuck Findley. Son nom est également associé à des arrangements. Une histoire rigoureuse ne saurait confondre les noms des exécutants, le travail de préparation de la section, celui du producteur et celui de l’ingénieur du son.

Cuivres, arrangements et prise de son : trois fonctions différentes

Le langage courant emploie indifféremment les expressions « jouer des cuivres » et « arranger les cuivres ». Dans les livrets, elles ne recouvrent pas les mêmes responsabilités. L’instrumentiste joue une partie musicale ; l’arrangeur organise les interventions d’un pupitre, définit des réponses au chant, des harmonies, des accents ou des transitions ; le réalisateur et l’ingénieur de la séance décident comment ces éléments sont captés et intégrés au master. Trevor Lawrence est tantôt désigné parmi les musiciens de cuivres, tantôt comme arrangeur. Les deux crédits peuvent coexister sur une même chanson.

Le mot anglais « horns » ne suffit pas à identifier le saxophone précis ou les éventuelles trompettes qu’il aurait jouées. Il renvoie à une section d’instruments à vent. La présence de Lawrence aux côtés de musiciens identifiés, notamment Bobby Keys et Steve Madaio, ne prouve pas qu’il ait joué toutes les voix instrumentales. Sans partition ou documentation de studio, on doit reprendre le libellé générique plutôt que transformer une mention de section en un solo de saxophone ténor attesté. Les attributions détaillées restent un champ à enrichir si de nouveaux documents apparaissent.

La chanson-titre « (It’s All Down to) Goodnight Vienna » : Lennon au piano, Lawrence dans les cuivres

La première plage de l’album, composée par John Lennon, réunit Ringo au chant et à la batterie, Jim Keltner à la seconde batterie, Klaus Voormann à la basse, Lennon au piano, Billy Preston au clavinet, Jesse Ed Davis et Lon Van Eaton aux guitares, et plusieurs choristes. Les relevés MusicBrainz recensent Trevor Lawrence, Bobby Keys, Lon Van Eaton et Steve Madaio dans les cuivres, et créditent à Lawrence leur arrangement. Cette distribution permet de situer exactement son rôle : il n’écrit pas la chanson de Lennon et ne joue pas le piano du compositeur ; il contribue à la réalisation orchestrale du morceau.

Le calendrier de l’enregistrement s’étend dans la documentation des premiers jours d’août à septembre 1974, selon les étapes et les overdubs. Une plage de dates attribuée au master n’est pas nécessairement un relevé de présence quotidienne pour chaque musicien. Il serait imprudent de dater précisément la séance de cuivres sans les feuilles originales. Une même prudence s’impose pour les nombreuses publications de la chanson, dont la reprise finale placée sur le LP et les singles dérivés. Les variantes éditoriales ne sont pas des sessions indépendantes de Lawrence.

« Occapella » et « Oo-Wee » : deux équipes de cuivres, un même arrangeur

« Occapella » est une composition d’Allen Toussaint, issue d’un univers de soul et de rhythm and blues auquel les arrangements de cuivres conviennent naturellement. Le relevé des crédits identifie Dr. John au piano électrique, des musiciens de guitare dont Jesse Ed Davis et Lon Van Eaton, et une section de cuivres réunissant Bobby Keys, Trevor Lawrence, Lou McCreery et Steve Madaio. Le même relevé crédite Lawrence comme arrangeur des cuivres. La différence entre une chanson écrite par Toussaint et une chanson arrangée par Lawrence est ici essentielle : la première information concerne le droit d’auteur ; la seconde, l’élaboration de l’enregistrement de Ringo.

Les archives de MusicBrainz situent des travaux sur « Occapella » à partir du 30 mai 1974 à Sunset Sound, avec des ajouts ultérieurs. Ce calendrier ne démontre pas que tous les vents ont été enregistrés le 30 mai : il regroupe plusieurs étapes de production. Les interventions vocales des choristes Ira Hawkins, Jimmy Gilstrap, Joe Greene et Clydie King sont séparées de celles des cuivres. Un inventaire qui fusionnerait chant collectif et section instrumentale perdrait une part importante du dispositif d’enregistrement.

« Oo-Wee », signé Ringo Starr et Vini Poncia, est une autre chanson au caractère rythmique affirmé. Ici, les guitares sont notamment attribuées à Dennis Coffey, Dr. John tient le piano, Klaus Voormann joue de la basse et Ringo partage la batterie avec Jim Keltner. La section de cuivres comprend Bobby Keys, Trevor Lawrence, Lew McCreery et Steve Madaio ; Lawrence est crédité pour l’arrangement. La continuité d’un arrangeur entre « Occapella » et « Oo-Wee » n’efface pas les différences de composition des autres pupitres.

Les dates figurant sur les notices de « Oo-Wee » débutent en août et peuvent s’étendre sur septembre, en fonction des finitions du master. Ces bornes rendent compte de la fabrication progressive du disque sans fournir, à elles seules, une chronologie des pupitres de cuivres. La sessionographie doit garder le champ « plage d’enregistrement du master » distinct du champ, éventuellement inconnu, « enregistrement des cuivres ».

« Snookeroo » : Elton John, Robbie Robertson, James Newton Howard et une section de cuivres

« Snookeroo », composée par Elton John et Bernie Taupin, est l’un des exemples les plus parlants de la variété des invités de Goodnight Vienna. Elton John y tient le piano, Robbie Robertson la guitare, James Newton Howard un synthétiseur, et Ringo Starr et Jim Keltner occupent les batteries. Aux vents, les crédits identifient Bobby Keys, Chuck Findley, Steve Madaio et Trevor Lawrence. La partie d’arrangement des cuivres est à nouveau attribuée à Lawrence. Le fait qu’Elton John ait écrit la chanson avec Taupin ne l’identifie ni comme arrangeur des vents ni comme producteur du master.

Pour la bibliographie des participations de Ringo, il faut aussi séparer la parution de l’album de la carrière de « Snookeroo » en single, notamment au Royaume-Uni en février 1975. Un même enregistrement peut exister sur le LP, sur différents singles ou sur des compilations. L’arrangement n’a pas été rejoué à chaque changement de support. Une discographie des pressages et une base de sessions fonctionnent selon deux logiques distinctes mais complémentaires.

« All by Myself » et « No No Song » : variations de personnel, même nom d’arrangeur

« All by Myself », coécrite par Ringo et Vini Poncia, comporte Dr. John au piano, John Lennon à la guitare, Alvin Robinson à la guitare et plusieurs choristes. Les crédits de cuivres recensent Bobby Keys, Trevor Lawrence et Lou McCreery ; Steve Madaio intervient comme trompettiste soliste, un crédit plus précis que sa présence dans les sections d’autres chansons. Lawrence est à nouveau nommé comme arrangeur des cuivres. Il convient de distinguer la responsabilité d’arrangement de Lawrence du solo de Madaio : ces deux prestations ne sont pas interchangeables.

« No No Song », composée par Hoyt Axton et David Jackson, fait intervenir Harry Nilsson aux chœurs, Jesse Ed Davis à la guitare, Klaus Voormann à la basse, Nicky Hopkins au piano électrique et Ringo Starr au chant, à la batterie et aux percussions. Le relevé détaillé retient Bobby Keys et Trevor Lawrence aux cuivres, ainsi que Lawrence comme arrangeur. Les autres musiciens du disque ne doivent pas être ajoutés par analogie avec « Snookeroo » ou « Oo-Wee ». Le générique global de l’album n’autorise pas une attribution de Chuck Findley, Steve Madaio ou Lou McCreery à une chanson sur laquelle ils ne sont pas documentés.

Cette comparaison des deux titres met en évidence une réalité d’organisation des studios : Richard Perry ne reprend pas un ensemble instrumental immuable d’une chanson à l’autre. La section change selon l’esthétique et les besoins du morceau, tandis que Lawrence assure sur plusieurs plages un travail identifiable de conception des cuivres. L’intérêt de la collaboration tient à cette continuité dans une production musicalement diverse.

« Easy for Me » : Lawrence quitte les cuivres pour les cordes

Le cas le plus original est « Easy for Me », chanson écrite par Harry Nilsson. La documentation de MusicBrainz attribue le piano à Lincoln Mayorga, le chant à Ringo Starr et la direction orchestrale à Richard Perry. Les arrangements de cordes sont crédités à Trevor Lawrence et Vini Poncia. Cette mention est distincte des six titres précédents : ici, Lawrence n’est pas documenté au titre d’un saxophone ou d’une section de cuivres, mais à celui d’un travail sur les cordes partagé avec Poncia.

Le crédit double invite à éviter une répartition arbitraire : rien ne permet, sur la seule base de cette attribution, de dire quelles mesures ont été écrites par l’un ou par l’autre, ni lequel a orchestré tel passage précis. La présence de Richard Perry comme chef d’orchestre ne retire pas aux arrangeurs leur activité de conception. De la même manière, la composition de Nilsson ne fait pas de celui-ci le violoniste ou l’orchestrateur de la version chantée par Ringo.

La plage d’enregistrement relevée s’étend de l’été à octobre 1974. Elle ne doit pas être simplifiée en un unique rendez-vous de studio du trio Lawrence-Poncia-Perry. Le titre a une histoire parallèle, puisque Nilsson en a lui-même enregistré une version. Comparer ces versions peut éclairer l’interprétation et les choix d’orchestration, mais leurs instrumentistes ne sont pas interchangeables. Dans l’index des collaborations de Ringo, seule la version interprétée par celui-ci doit porter les crédits de cette séance.

Six sections de cuivres, une intervention aux cordes : éviter les faux doublons

Au terme du dépouillement piste par piste, le bilan est précis : Trevor Lawrence figure dans les cuivres sur « Goodnight Vienna », « Occapella », « Oo-Wee », « Snookeroo », « All by Myself » et « No No Song ». Il est crédité pour les arrangements de cuivres sur ces titres dans les relevés détaillés. Sur « Easy for Me », il apparaît pour les arrangements de cordes, aux côtés de Vini Poncia. Les autres titres du programme original de 1974 ne doivent pas lui être attribués sans source complémentaire.

Les différentes rééditions de l’album peuvent regrouper les crédits sous la rubrique « personnel », sans conserver toute la ventilation par chanson. Le catalogue devra toujours privilégier la distinction entre œuvre, enregistrement et support. Un morceau réédité, remastérisé ou présent dans une compilation conserve généralement les mêmes interventions historiques ; sa nouvelle date de publication n’établit pas une nouvelle session. Un remix ou une prise alternative, en revanche, demande un examen documentaire particulier.

Cette rigueur protège aussi le lecteur d’une confusion plus subtile : l’absence de date exacte pour une partie de saxophone ne remet pas en question un crédit de musicien sur le master, mais elle interdit de lui attribuer une journée précise. Les données de MusicBrainz constituent ici un recensement argumenté et utile, non un fac-similé des feuilles originales de Sunset Sound et de Producers Workshop. La consultation éventuelle de celles-ci pourrait préciser les dates et les instruments et enrichir cette notice sans en modifier artificiellement le nombre de chansons.

Les sept masters concernés : fiches détaillées

Explorer les études et masters voisins

« Easy for Me » : une exception orchestrale à l’intérieur de Goodnight Vienna

La contribution de Trevor Lawrence sur « Easy for Me » mérite d’être distinguée de ses travaux sur les autres chansons de Goodnight Vienna. Le rôle attribué ici relève des cordes, alors que son nom est principalement associé aux arrangements de cuivres du disque. Employer une appellation unique de « saxophoniste » pour couvrir l’ensemble de ces interventions serait réducteur ; qualifier chacune d’elles d’exécution instrumentale le serait tout autant. L’orchestrateur peut intervenir dans l’organisation de voix instrumentales qu’il ne joue pas personnellement pendant la prise.

Le contraste entre « Easy for Me » et « Snookeroo » illustre deux manières de construire la couleur d’un album. Sur « Snookeroo », Elton John tient le piano, James Newton Howard le synthétiseur et une section de vents rassemble notamment Bobby Keys, Steve Madaio et Chuck Findley sous la responsabilité d’arrangement de Lawrence. « Easy for Me » met davantage l’accent sur l’écriture des cordes. Une seule fiche de collaborateur peut étudier ces deux rôles, mais ils doivent rester identifiables dans l’index des masters et dans les renvois entre chansons.

Pour les collectionneurs, il est utile de noter que des rééditions peuvent reprendre les crédits globaux de l’album sans détailler chaque pupitre. Une absence de crédit précis sur un support secondaire ne suffit pas à contredire un livret original ; inversement, la reproduction identique d’un crédit sur plusieurs pressages n’apporte pas de nouveaux témoignages indépendants. Une enquête rigoureuse exige de conserver la distinction entre source éditoriale, master et support matériel.

Trevor Lawrence, Bobby Keys et la formation variable des cuivres

La présence de Bobby Keys dans la section de Goodnight Vienna apporte un repère utile pour comprendre le rôle de Trevor Lawrence. Keys est crédité sur la chanson-titre, « Occapella », « Oo-Wee », « Snookeroo », « All by Myself » et « No No Song » ; ce relevé indique des participations aux cuivres, pas six solos. Lawrence intervient à la conception et à la conduite des arrangements de vents. La formation change d’une piste à l’autre avec, selon les titres, Steve Madaio, Lou McCreery, Chuck Findley ou Lon Van Eaton. L’étude des crédits doit donc préserver les différences d’effectif et le rôle de chaque arrangement, sans présenter la section comme un orchestre permanent ni multiplier les séances au gré des compilations.

Lire aussi : Bobby Keys, de « Photograph » à Goodnight Vienna.