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Ringo Starr · Photographie de commande · Foo Fighters · 2013–2014

Ringo Starr photographe des Foo Fighters : Dave Grohl, Sonic Highways et les portraits de 2014

Bien après les Beatles, Ringo passe de l’autre côté de l’objectif pour photographier les Foo Fighters. Une enquête sur une collaboration visuelle attestée, les crédits de Sonic Highways et les limites d’attribution des photographies.

Un ancien Beatle derrière l’appareil photographique

On connaît Ringo Starr comme batteur, chanteur et collectionneur d’images des Beatles. Son rôle de photographe pour les Foo Fighters appartient pourtant à une histoire différente : il ne s’agit pas de montrer des souvenirs pris entre amis dans les années 1960, ni d’être photographié par un professionnel pour une couverture de magazine. Ringo est ici sollicité pour réaliser des images d’un groupe contemporain, appelées à entrer dans sa communication publique. Le fait est suffisamment rare pour justifier une notice autonome dans une encyclopédie des collaborations artistiques. Il élargit le périmètre du dossier à des créations non musicales sans transformer la moindre photographie où apparaît Ringo en œuvre dont il serait l’auteur.

La biographie officielle de Starr indique explicitement qu’il a travaillé comme photographe pour des photographies promotionnelles des Foo Fighters. Des éditions de l’album Sonic Highways, publié en 2014, donnent également le nom de Ringo Starr à la photographie, aux côtés d’Andrew Stuart. Ces attestations appartiennent à deux catégories complémentaires : la communication de l’artiste confirme la commande photographique ; les crédits du disque documentent une utilisation éditoriale de photographies. Aucun de ces éléments ne permet, à lui seul, de désigner l’auteur de chaque image isolée figurant dans une brochure, un livret ou une galerie diffusée en ligne.

2013 : la photographie de Ringo devient un sujet public

La rencontre entre Ringo et Dave Grohl prend un relief particulier à l’automne 2013. Genesis Publications fait paraître Photograph, livre de souvenirs photographiques constitué de scènes privées, de clichés des Beatles et d’éléments issus des archives personnelles de Starr. Lors de la présentation du 23 octobre 2013 à l’ArcLight d’Hollywood, Dave Grohl figure parmi les invités appelés à parler de Ringo comme batteur et comme photographe. Steve Gorman et Henry Diltz participent eux aussi à cet environnement de lancement. La documentation éditoriale de Genesis permet d’établir que les deux hommes ne découvrent pas le sujet de la photographie en 2014 : ils ont déjà partagé une manifestation qui place le regard de Ringo au premier plan.

Ce cadre explique mieux la suite qu’un récit fondé sur le seul prestige des personnes. Grohl connaît évidemment la place de Starr dans l’histoire de la batterie rock, mais il assiste aussi à la reconnaissance publique d’un travail photographique. L’invitation de Ringo à produire des images des Foo Fighters peut ainsi se lire comme le prolongement d’une relation où chacun reconnaît une activité artistique de l’autre. Il faut cependant éviter d’inventer une conversation de commande en coulisses de l’ArcLight : ni les communiqués de lancement ni les crédits ultérieurs ne fournissent le texte d’un tel échange.

2014 : les Foo Fighters confient une série d’images à Ringo

En 2014, les Foo Fighters publient Sonic Highways, leur huitième album studio, conçu dans un projet où la géographie de la musique américaine occupe une place importante. Les huit morceaux sont liés à une exploration de plusieurs villes et studios, accompagnée d’une série documentaire conduite par Dave Grohl. Cette architecture éditoriale et audiovisuelle donne une importance particulière aux images : portrait du groupe, représentation des lieux, illustration de couverture, photographie et identité graphique participent à une même communication, mais relèvent de tâches distinctes.

Le livret et les crédits de plusieurs éditions de Sonic Highways font apparaître les noms de Ringo Starr et d’Andrew Stuart pour la photographie. La conception graphique est attribuée à Morning Breath Inc., tandis que l’illustration de couverture est associée à Stephan Martiniere. Ces quatre fonctions ne doivent pas être confondues. Le crédit de Ringo ne signifie pas qu’il a dessiné la couverture, dirigé l’ensemble du design ou réalisé les images de chaque ville. Il désigne une participation photographique à l’objet éditorial. L’attribution définitive des clichés individuels nécessiterait la confrontation des images reproduites, des pages de crédits correspondantes et, si possible, des fichiers ou indications du groupe et des photographes.

L’expression « photographe de l’album » reste acceptable lorsqu’elle renvoie au crédit de l’édition, mais elle devient trompeuse si elle suggère que Ringo a produit à lui seul toute l’identité visuelle de Sonic Highways. Le crédit partagé doit être maintenu. De même, il ne faut pas faire de cette collaboration une participation musicale au disque : la batterie du groupe appartient à Taylor Hawkins sur l’album, tandis que Ringo intervient dans un rôle photographique explicitement différent. C’est précisément cette inversion des fonctions qui rend l’épisode intéressant.

Dave Grohl et Ringo Starr : deux batteurs qui changent de métier

Une rencontre publiée en 2019 dans la série d’entretiens entre musiciens de Rolling Stone apporte un éclairage humain. Grohl et Starr y reviennent sur leurs trajectoires, leurs groupes respectifs et certaines pertes qui les ont marqués. Dans ce cadre, l’épisode des photographies revient sous la forme d’une plaisanterie : Ringo taquine Dave Grohl sur le peu d’enthousiasme qu’il aurait manifesté devant les images. Grohl réplique en soulignant qu’elles ont bien été utilisées pour le disque. Starr répond sur le ton de l’humour qu’il aurait souhaité davantage de reconnaissance.

Cette scène est précieuse parce qu’elle confirme la réalité de la relation photographique du point de vue des deux participants. Elle ne doit pas être présentée comme la preuve d’une querelle sérieuse : le dialogue est explicitement rapporté sur un registre plaisant. Elle montre surtout que Ringo ne considère pas nécessairement ses photos comme un simple service sans importance. Même lorsqu’il travaille pour un groupe d’amis, il attend que son rôle de photographe soit identifié et apprécié. L’anecdote rappelle aussi que la reconnaissance artistique dépend du contexte : la même personne qui n’a plus rien à prouver comme batteur peut trouver beaucoup de plaisir à être considérée sérieusement dans une autre discipline.

Le parallèle des carrières mérite d’être développé sans excès. Grohl est d’abord reconnu comme batteur de Nirvana puis comme chanteur, guitariste et réalisateur ; Starr fut le batteur des Beatles avant d’enregistrer des albums solo, de participer à des films et de publier ses photographies. Ce croisement des pratiques explique leur curiosité réciproque. Il ne transforme pas pour autant Dave Grohl en coauteur des clichés réalisés par Ringo, ni ce dernier en réalisateur de la série documentaire Sonic Highways. L’existence de plusieurs compétences chez les deux artistes ne supprime pas la nécessité d’identifier leurs responsabilités sur chaque œuvre.

Que représentent exactement les images publiées ?

Les informations actuellement établies permettent de parler de photographies promotionnelles et d’un crédit photographique associé à l’album. Elles ne permettent pas de dresser un catalogue raisonné complet des prises de vue. Pour réaliser cet inventaire, il faudrait réunir les reproductions publiées à l’époque, les éléments de dossier de presse, les versions physiques de Sonic Highways et leurs légendes éventuelles. Chaque photographie pourrait alors recevoir un identifiant, une description du sujet, un cadrage, son support de publication et un niveau d’attribution. Des visuels du groupe pris par d’autres photographes ont circulé en parallèle ; la simple présence d’une photographie des Foo Fighters dans un article consacré à 2014 ne suffit donc pas à lui attribuer le nom de Ringo.

Les portraits peuvent être analysés à plusieurs niveaux : la disposition des membres du groupe, les regards dirigés vers l’appareil, le rapport entre pose et spontanéité, la manière dont un ancien musicien de groupe représente un autre collectif. Mais sans image identifiée avec certitude, il serait imprudent de décrire un éclairage, un décor ou une posture particulière comme étant « la photographie de Ringo ». L’analyse formelle doit suivre l’attribution, non la précéder. Cette hiérarchie est essentielle pour éviter d’inventer de la musicologie visuelle à partir d’un crédit général.

Une collaboration à situer entre photographie personnelle et photographie de commande

Les photographies réalisées par Ringo avec les Beatles relèvent largement d’un regard interne au groupe. Le photographe est un participant à la vie qu’il documente ; il peut se trouver à un moment où les professionnels de la presse n’ont pas accès. Avec les Foo Fighters, l’opération se transforme : l’ancien Beatle est sollicité pour produire une image destinée à la communication d’un autre groupe. L’accès privilégié existe probablement encore, mais la finalité éditoriale est plus clairement formulée. C’est cette différence de destination qui permet de comprendre le changement de métier.

Le passage d’un regard privé à une photographie de commande ne suppose pas un renoncement à la personnalité artistique. Un musicien qui photographie d’autres musiciens peut connaître leurs habitudes de scène et la façon dont ils se présentent comme groupe. Cependant, on ne saurait déduire de ce savoir professionnel que Ringo a personnellement choisi tous les cadrages, l’ensemble des images retenues et leur disposition finale dans le livret. Le choix de publication peut relever du groupe, du label, des graphistes et de l’équipe promotionnelle. Il faut distinguer la prise de vue, l’édition des photographies et leur intégration graphique.

Catalogue critique provisoire : les informations attestées et les questions ouvertes

Objet : photographies des Foo Fighters réalisées par Ringo Starr pour leur communication et créditées sur des éditions de Sonic Highways. Période : 2014 pour la publication du disque ; date exacte de la prise de vue restant à établir par documentation primaire. Nature de l’intervention : photographie, et non batterie, composition, production phonographique ou réalisation télévisuelle. Autre photographe crédité : Andrew Stuart. Conception graphique : Morning Breath Inc. Illustration de couverture : Stephan Martiniere. Éditions : album Foo Fighters, Sonic Highways, Roswell/RCA, 2014, notamment les versions américaines CD et vinyle documentées.

Points non établis : date et lieu exacts de la séance photographique ; nombre de clichés pris par Ringo ; appareils utilisés ; liste image par image ; identité des personnes ayant retenu les clichés ; existence éventuelle de tirages originaux ou d’un contrat de publication ; conditions de conservation des négatifs ou fichiers sources. Ces absences ne doivent pas être transformées en récits. Une attribution peut être certaine au niveau de l’album et demeurer incertaine pour une photographie particulière.

Ce que cette rencontre apporte à l’histoire de Ringo Starr

La collaboration avec les Foo Fighters ouvre une perspective différente de celle des disques avec John Lennon, George Harrison ou Paul McCartney. Ringo ne fournit pas sa batterie et n’apparaît pas comme chanteur invité ; il intervient dans un autre métier artistique. Dave Grohl l’accueille non seulement comme une figure historique du rock, mais comme un photographe capable de contribuer à l’image publique d’un groupe. Le résultat témoigne d’une forme de transmission entre générations qui ne consiste pas à refaire ensemble une chanson des Beatles. L’un des artisans du son des années 1960 devient l’un des producteurs d’images d’un groupe du XXIe siècle.

Cette fiche doit rester reliée, sans le copier, au dossier des arts visuels, à l’étude des créateurs d’images, à la grande histoire des collaborations et à l’enquête consacrée aux photographies de Sonic Highways si des originaux sont un jour localisés. Son identité propre réside dans la commande et le crédit photographique : un fait artistique bien établi, qui ne doit pas être dilué dans un inventaire de contributions musicales.