Ringo Starr : encyclopédie des collaborations artistiques et musicales sur Yellow-Sub.net

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Yellow-Sub.net · Étude transversale · 1973–1976

Ringo Starr et les arrangeurs : cuivres, cordes et studios de 1973 à 1976

Tom Scott, Jim Horn, Jack Nitzsche, Trevor Lawrence, Paul McCartney et Arif Mardin : qui écrit et qui joue les arrangements de trois grands albums ?

La célébrité des anciens Beatles conduit souvent à raconter les albums de Ringo Starr à travers les guitaristes et chanteurs invités. Pourtant, entre 1973 et 1976, les sections de cuivres, les cordes, les partitions écrites pour les vents et le travail des arrangeurs constituent une autre histoire, tout aussi révélatrice : celle d’une pop de studio qui assemble plusieurs traditions américaines et britanniques. Il faut distinguer ici l’instrumentiste qui joue une partie, l’arrangeur qui en organise l’écriture, le producteur qui choisit l’orientation sonore et l’ingénieur qui en fixe le résultat. Ces fonctions peuvent se recouper, mais les pochettes ne les attribuent pas indistinctement.

Cette étude ne reprend ni l’inventaire intégral des titres ni les listes générales de participants déjà disponibles dans les trois atlas d’albums. Son objet est plus resserré : examiner les responsabilités documentées de Tom Scott, Jim Horn, Jack Nitzsche, Trevor Lawrence, Paul McCartney et Arif Mardin et montrer comment elles modifient la couleur musicale des enregistrements de Ringo. Les dates d’albums correspondent ici aux années de publication, pas nécessairement au jour où chaque arrangement fut enregistré.

Chuck Findley et Lew McCreery : deux parcours instrumentaux sans confusion de crédit

La comparaison des deux albums produits par Richard Perry permet de suivre certains instrumentistes sans leur attribuer des responsabilités excessives. Sur « Devil Woman » (1973), Chuck Findley est cité aux cuivres avec Tom Scott, qui assure également l’arrangement de cette section. Sur « Snookeroo » (1974), Findley rejoint Bobby Keys, Trevor Lawrence et Steve Madaio. Le rôle d’arrangeur est cette fois attribué à Lawrence. La présence du même musicien sur ces deux morceaux ne signifie donc ni reprise de l’arrangement initial ni conservation d’un pupitre identique.

Lew McCreery, dont le prénom est parfois imprimé « Lou », se retrouve pour sa part sur « Occapella », « Oo-Wee » et « All by Myself » en 1974. Cette variante orthographique désigne une seule personne et ne doit pas produire deux pages concurrentes. Sur les deux premiers titres, Steve Madaio figure avec lui au sein du pupitre de cuivres ; sur « All by Myself », Madaio possède un crédit distinct de trompette soliste. Les trois chansons partagent certains collaborateurs, mais ne peuvent être ramenées à une liste uniforme qui serait recopiée d’une piste à l’autre.

Ces configurations éclairent le partage du travail en studio. Le compositeur écrit l’œuvre, le musicien exécute sa partie et l’arrangeur organise les interventions de l’ensemble. Un crédit général de « horns » ne suffit pas à identifier le détail du trombone, de la trompette ou du saxophone joué à chaque mesure. Findley est principalement trompettiste et McCreery tromboniste, mais la documentation des masters n’établit pas automatiquement l’instrument exact utilisé lors de chaque prise. La formulation d’origine doit donc être conservée tant qu’aucune feuille de séance ne l’affine.

La prudence chronologique est tout aussi importante. L’existence d’une plage d’enregistrement comprise entre mars et juillet 1973 pour « Devil Woman », ou entre l’été et septembre 1974 pour les chansons de Goodnight Vienna, ne constitue pas une feuille de présence individuelle. Ces dates documentent l’élaboration des masters et leurs retouches successives. Les parties de cuivres peuvent relever d’une intervention particulière au sein de cette période, sans que son jour précis soit établi. Les rééditions ultérieures, quant à elles, ne correspondent pas à de nouvelles sessions instrumentales.

Il faut enfin comparer les crédits instrumentaux avec ceux des autres familles d’instruments. « Devil Woman » associe Tom Hensley au piano, « All by Myself » Dr. John, et « Easy for Me » donne à Trevor Lawrence et Vini Poncia un arrangement de cordes commun. En séparant les fonctions, les œuvres et les versions, l’encyclopédie peut décrire les interactions artistiques réelles sans inventer une formation permanente de studio ni gonfler artificiellement les collaborations recensées.

Lire les crédits : trois niveaux de contribution

La première précaution est d’éviter le raccourci « tel musicien joue des cuivres sur l’album, donc il joue sur toutes les pistes ». Les fiches d’époque, les reproductions de pochettes et les bases discographiques piste par piste répartissent les interventions de manière inégale. Un saxophoniste peut assurer un solo, jouer au sein d’une section ou écrire l’arrangement d’un autre morceau : trois réalités documentaires distinctes. La seconde précaution consiste à ne pas transposer sur une première édition les crédits d’un bonus publié plusieurs décennies plus tard. Enfin, il faut distinguer l’arrangement de studio d’une intervention de compositeur : écrire une partie de cordes ne signifie pas forcément cosigner la chanson.

Les trois albums étudiés illustrent une évolution des environnements de production. Ringo (1973), réalisé par Richard Perry, multiplie les contributeurs et les couleurs instrumentales ; Goodnight Vienna (1974) consolide une équipe de musiciens et la place des vents dans les arrangements de Los Angeles ; Ringo’s Rotogravure (1976), produit par Arif Mardin, introduit d’autres équipes, notamment des instrumentistes de cuivres proches des studios new-yorkais et un ensemble de mariachi pour un titre particulier.

1973 : Ringo, le langage des arrangements à la carte

Tom Scott : interprète et arrangeur

Le saxophoniste et arrangeur Tom Scott occupe une place essentielle dans l’architecture de Ringo. Les crédits d’arrangements le désignent pour les cuivres de « Oh My My », « Devil Woman » et « You and Me (Babe) », ainsi que pour les clarinettes de « Step Lightly ». Cette variété appelle une lecture musicale plutôt qu’une simple liste de noms. Les vents de « Oh My My » participent à l’énergie rhythm and blues, tandis que l’écriture de clarinettes de « Step Lightly » évoque un univers plus ancien, presque celui du music-hall. On ne peut donc pas parler d’une section de cuivres uniforme appliquée mécaniquement aux dix titres.

Sur « Oh My My », Tom Scott joue également du saxophone solo. Cette distinction entre le solo audible, la participation à la section et l’arrangement est décisive pour établir une fiche de session. Sur « Devil Woman », la documentation cite notamment Chuck Findley parmi les vents et Tom Scott pour leur organisation. L’intérêt encyclopédique ne réside pas dans le nombre de musiciens célèbres présents, mais dans la redistribution précise de leur rôle suivant le master.

Jim Horn : une attribution complémentaire sur « Oh My My »

Le crédit d’arrangement des cuivres de « Oh My My » ne concerne pas Tom Scott seul : Jim Horn apparaît également dans les relevés détaillés. La présence de deux noms ne prouve pas, en elle-même, que leurs contributions aient été identiques, ni qu’ils aient dirigé ensemble toutes les étapes de la session. Il convient de conserver les deux attributions et de s’abstenir de proposer une répartition du travail qui ne serait pas attestée. Cette nuance évite l’une des erreurs classiques des biographies musicales : transformer une responsabilité collective ou successivement remaniée en crédit personnel exclusif.

Jack Nitzsche et Paul McCartney : les cordes comme écriture

Jack Nitzsche est associé aux arrangements orchestraux et vocaux de « Photograph », ainsi qu’aux cordes de « You and Me (Babe) ». Dans le premier cas, l’ampleur de l’orchestration contribue à la dimension émotionnelle d’un titre coécrit par Ringo Starr et George Harrison ; dans le second, l’écriture des cordes accompagne la clôture de l’album. Les deux fonctions méritent des notices séparées de celles des instrumentistes qui réalisent ensuite les parties.

La chanson « Six O’Clock » requiert une précision différente : Paul McCartney, qui l’a écrite avec Linda McCartney, est crédité de l’arrangement des flûtes et des cordes. Il ne s’agit pas seulement d’une rencontre vocale entre deux anciens Beatles. Cette intervention sur l’orchestration montre une contribution à la construction sonore du master au-delà de la composition, des claviers et des voix. Pour mesurer la portée exacte du crédit, il faut toujours revenir à la piste concernée et ne pas l’étendre au reste de Ringo.

1974 : Trevor Lawrence et l’identité sonore de Goodnight Vienna

Le dossier de Goodnight Vienna offre un cas plus concentré. Les crédits de l’album et les relevés piste par piste désignent Trevor Lawrence comme arrangeur des cuivres. Les sections font intervenir, selon les enregistrements, Bobby Keys, Steve Madaio, Lew McCreery et d’autres musiciens. Ils appartiennent à une tradition de studio où saxophones et trompettes participent tantôt à l’accentuation rythmique, tantôt à la réponse mélodique au chanteur. L’album a été produit par Richard Perry, avec l’assistance de Vini Poncia : ces responsabilités de production ne doivent pas effacer l’attribution spécifique des arrangements de vents à Lawrence.

« Goodnight Vienna », « Occapella » et « Oo-Wee » : trois contextes différents

La chanson-titre, écrite par John Lennon, associe batterie de Ringo Starr et Jim Keltner, piano de Lennon, claviers de Billy Preston et une section de vents dans un dispositif collectif particulièrement riche. « Occapella », composition d’Allen Toussaint, fait entendre un langage plus proche de la Nouvelle-Orléans, cohérent avec la présence de Dr. John ; « Oo-Wee » superpose encore d’autres contributions, dont celles de Vini Poncia et de musiciens de cuivres. Ce sont des environnements de travail distincts, même si la rubrique « arrangements de cuivres » permet d’en suivre la continuité.

La période de prises documentée pour plusieurs chansons de Goodnight Vienna s’étend sur l’année 1974, mais les intervalles indiqués dans des bases discographiques ne doivent pas être convertis automatiquement en dates exactes de chaque intervention. Une date de session, une période d’enregistrement d’une chanson et une date de finalisation du mixage n’ont pas le même statut. Ce dossier privilégie par conséquent l’attribution des fonctions et des œuvres, plutôt que de créer de faux rendez-vous quotidiens.

Le cas « Snookeroo » et la multiplication des contributeurs

Écrite par Elton John et Bernie Taupin, « Snookeroo » fait intervenir Elton John au piano, Robbie Robertson à la guitare, James Newton Howard au synthétiseur et une équipe de cuivres dans laquelle apparaissent notamment Chuck Findley, Bobby Keys, Trevor Lawrence et Steve Madaio. Le cas est exemplaire : plusieurs célébrités se rencontrent sur un même enregistrement, mais chacun n’y exerce qu’un rôle précisément identifiable. L’intérêt de Trevor Lawrence n’est pas d’être un invité de plus ; il est d’assurer une cohérence dans la conception des arrangements de vents de l’album.

1976 : Arif Mardin, les cuivres new-yorkais et Ringo’s Rotogravure

La transition de 1976 est importante dans l’histoire des collaborations de Ringo. Arif Mardin est crédité comme producteur de Ringo’s Rotogravure et pour des arrangements de cordes et de cuivres, en plus de ses apports instrumentaux. Parmi les musiciens documentés figurent Michael Brecker au saxophone ténor, Randy Brecker à la trompette, Lew Del Gatto au saxophone baryton, Lou Marini au saxophone et Alan Rubin à la trompette. Cette nomenclature révèle un autre milieu musical que celui des enregistrements réalisés sous la direction de Richard Perry. Elle ne permet toutefois pas de les créditer indistinctement sur chaque chanson : la précision par piste reste obligatoire.

Les cordes de cette période méritent autant d’attention que les cuivres. La documentation de l’album mentionne Gene Orloff comme premier violon, ce qui constitue un crédit professionnel distinct de celui de Mardin pour les arrangements. Le chef de pupitre, le compositeur, l’arrangeur et le producteur forment une chaîne de création qu’une discographie simplifiée peut trop facilement réduire à un seul nom. La séance de cordes est un travail collectif, avec une écriture et une réalisation distinctes.

« Las Brisas » : l’exception mariachi

« Las Brisas », créditée à Nancy Andrews et Richard Starkey, fait intervenir l’ensemble Los Galleros, décrit dans les crédits comme un groupe de mariachi. Cette participation ne saurait être fondue dans une rubrique indistincte de « cuivres » ni assimilée à une orchestration de Mardin sans preuve piste par piste. Il s’agit d’une couleur musicale particulière, rattachée à l’esthétique de la chanson elle-même. Le rôle du groupe doit être consigné comme tel dans les métadonnées musicales et la sessionographie.

Ce que change une analyse par fonction plutôt que par célébrité

La comparaison fait apparaître trois principes. D’abord, la permanence d’un producteur, d’un bassiste ou d’un batteur n’empêche pas les arrangements de varier considérablement d’un morceau à l’autre. Ensuite, les crédits d’instruments et d’orchestration ne se lisent pas comme des preuves de présence sur l’ensemble d’un album. Enfin, la présence d’un ancien Beatle — Paul McCartney sur « Six O’Clock », John Lennon comme compositeur et pianiste sur « Goodnight Vienna » — ne doit pas occulter le travail des musiciens moins célèbres qui rendent possible l’identité de ces disques.

Pour un catalogue encyclopédique, chaque entrée devrait donc comporter au minimum l’œuvre, le master ou la prise pertinente, le rôle de l’arrangeur, le rôle de l’interprète, le producteur, l’édition sur laquelle le crédit est lisible et, lorsque la preuve existe, la date de séance. Un relevé global peut orienter la recherche, mais seul le crédit vérifié au niveau de la chanson permet une attribution sûre.

Poursuivre les recherches dans le dossier

Les crédits de production et les changements de responsables sont analysés dans l’étude consacrée à Perry, Mardin et Poncia. Pour replacer ces fonctions au sein du travail de studio, voir l’enquête sur les sections rythmiques ainsi que celle sur les chanteuses et les voix invitées.

Les trois atlas de référence permettent de revenir au programme et aux variantes des disques : Ringo (1973), Goodnight Vienna (1974) et Ringo’s Rotogravure (1976). Enfin, la sessionographie générale replace les collaborations dans l’ordre chronologique, en distinguant autant que possible œuvres et enregistrements.

Sources discographiques et précautions de lecture

Références consultées : crédits de pochettes des albums Ringo (Apple, 1973), Goodnight Vienna (Apple, 1974) et Ringo’s Rotogravure (Atlantic/Polydor, 1976) ; relevés d’édition et attributions par plage dans MusicBrainz ; sessionographies et reproductions de crédits publiées par Sessiondays ; notices historiques de The Beatles Bible. Les noms, orthographes et fonctions varient parfois selon les transcriptions : toute correction ultérieure devra être rapportée à une édition explicitement identifiée. Les conclusions de cet article n’attribuent pas de prise précise lorsqu’une telle preuve fait défaut.