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Monographie · Producteur · Los Angeles · 1991–1992
Phil Ramone et Ringo Starr : les séances de Time Takes Time
Deux chansons publiées, une troisième enregistrée sans être retenue, et la rencontre avec Mark Hudson : derrière deux masters de 1992, l’histoire d’une équipe de studio.
Phil Ramone dans l’histoire des producteurs de Ringo Starr
Dans la discographie de Ringo Starr, les noms de producteurs très célèbres peuvent produire une illusion : celle d’une collaboration longue simplement parce que deux artistes ont fréquenté les mêmes réseaux musicaux. Pour Phil Ramone, le dossier se révèle plus précis. Sa contribution à Time Takes Time se concentre sur deux titres publiés, « All in the Name of Love » et « Runaways ». La carrière et la réputation internationale de Ramone expliquent la qualité des moyens de production mobilisés ; elles ne doivent pas conduire à lui attribuer tout l’album. Don Was dirige cinq plages de l’édition standard, Jeff Lynne deux autres et Peter Asher une. Ramone complète ce dispositif à plusieurs signatures, caractéristique de la relance discographique de Starr au début des années 1990.
Ce partage impose de distinguer quatre questions. Qui a choisi le répertoire ? Qui a dirigé la séance ? Qui a fixé sur bande la prise de voix et les instruments ? Qui a effectué les opérations de mixage ou de finition ? Les mentions du livret répondent à une partie de ces questions, mais pas toujours à l’ensemble. Ramone est crédité comme producteur de deux masters : c’est ce titre, et non une responsabilité générale sur le disque, qui doit constituer le noyau solide de sa fiche.
Capitol Studios, le 7 juin 1991 : ce que documente la séance
Une séance documentée au 7 juin 1991 situe Ringo Starr aux Capitol Studios de Los Angeles avec Phil Ramone à la production et Bill Drescher à l’ingénierie. Trois chansons sont associées à ce travail : « All in the Name of Love », « Runaways » et « Love Is Gonna Get Ya », parfois présentée sous une variante de titre proche dans les inventaires d’inédits. Les deux premières parviennent à l’album publié en mai 1992 ; la troisième reste extérieure à la sélection originale. Il serait cependant abusif de considérer cette seule date comme la preuve que tous les overdubs, voix secondaires, arrangements, éditions et mixes ont été achevés ce jour-là. Une date de séance ne se confond pas avec l’ensemble du cycle de production.
Le contexte mérite d’être rappelé : Old Wave, enregistré en 1982 et diffusé en 1983 sur certains marchés, n’avait pas constitué un véritable nouveau départ international. Les tournées du All-Starr Band, lancées en 1989, redonnent une présence scénique à Ringo ; Time Takes Time lui rend une actualité en studio. L’organisation de séances avec plusieurs producteurs ne doit donc pas être comprise comme l’existence de quatre albums concurrents, mais comme un mode de fabrication d’un seul disque destiné à relancer son activité phonographique.
« All in the Name of Love » : écriture, arrangement et formation
« All in the Name of Love », cinquième piste de Time Takes Time, est une composition de Jerry Lynn Williams. Le titre ne doit pas être confondu avec une composition de Ringo Starr, même si ce dernier en est l’interprète principal et le batteur crédité. Sous la direction de Phil Ramone, le morceau mobilise notamment les guitares de Michael Thompson et Jeff Baxter, la basse de Neil Stubenhaus, les claviers et arrangements de Jeffrey « C. J. » Vanston, ainsi qu’une contribution de Mark Hart. Les chœurs réunissent une équipe élargie, à laquelle participent notamment Mark Hudson, Craig Copeland, Naomi Star et Darlene Koldenhoven. La multiplication des voix ne signifie pas qu’une troupe stable ait accompagné Ringo pendant toute la réalisation de l’album.
À l’écoute, la chanson choisit une écriture pop-rock immédiate, soutenue par une section rythmique lisible et un refrain fortement harmonisé. L’analyse musicale peut identifier la densité croissante des textures et le rôle des chœurs sans inventer de consignes qu’aurait données Ramone. Une production se reconnaît à des choix audibles ; leur auteur exact n’est pas toujours déterminable sans notes de séance ou entretien direct. Sur ce point, la démarche encyclopédique consiste à conserver deux niveaux : les attributions documentées par les crédits et les observations musicales proposées à partir du résultat sonore.
« Runaways » : Warman, Ringo et les choristes de Phil Ramone
« Runaways », huitième titre de l’album, est signé Richard Starkey et Johnny Warman. Le contraste avec la composition précédente est instructif : Phil Ramone ne produit pas deux chansons d’une même provenance. Il dirige d’une part une œuvre apportée par un compositeur extérieur, d’autre part une chanson à laquelle Ringo a participé comme auteur. « Runaways » recourt notamment aux guitares de Michael Thompson et Jeff Baxter, à la basse de Neil Stubenhaus et aux arrangements de Jeffrey Vanston. Mark Hudson figure parmi les voix et responsables d’arrangements vocaux, aux côtés d’autres choristes. Cette construction collective permet à la voix principale de conserver une personnalité directe au milieu d’une production ambitieuse.
La présence de Harry Nilsson dans les indications de participation associées au titre demande une formulation rigoureuse. Elle confirme l’appartenance du morceau au réseau amical de Ringo, sans autoriser une description arbitraire d’une prise isolée, de sa durée ou de son emplacement précis dans le mix. Les témoignages rétrospectifs et les différents livrets doivent être confrontés avant de transformer un crédit général en récit technique détaillé.
Mark Hudson : une rencontre dont la suite dépasse 1992
Les séances dirigées par Phil Ramone sont aussi un jalon dans l’histoire des collaborateurs de Ringo Starr. Mark Hudson participe aux arrangements vocaux et aux chœurs ; il deviendra plus tard un partenaire central de Ringo, notamment dans l’aventure des Roundheads et les albums à partir de Vertical Man. Il serait rétrospectivement trompeur d’attribuer la production de Time Takes Time à Hudson ou d’imaginer déjà constitué en juin 1991 le groupe d’accompagnement qui se stabilisera ultérieurement. L’intérêt historique de la séance est précisément de saisir une première intersection entre des carrières appelées à se croiser de nouveau.
Une anecdote rapportée ultérieurement par Hudson évoque le soin que Ramone aurait consacré au choix d’un microphone adapté au timbre de Ringo. Cette remarque peut nourrir l’histoire des techniques vocales, à condition de rester identifiée comme un souvenir de participant plutôt que comme une fiche technique primaire. Le modèle précis du microphone, l’intégralité de la chaîne de prise de son, le préamplificateur et les réglages de compression ne doivent pas être présentés comme établis en l’absence de documents convergents.
L’inédit « Love Is Gonna Get Ya » et les limites des archives
Le troisième titre associé au travail de Ramone, « Love Is Gonna Get Ya », illustre les difficultés d’une sessionographie des années 1990. Une chanson enregistrée et non retenue sur l’album ne devient pas automatiquement un master finalisé ; sa dénomination, son degré de finition et le sort des bandes peuvent demeurer incertains. Une discographie encyclopédique doit donc distinguer le statut d’enregistrement signalé, celui de mix terminé et celui de publication commerciale. Ces catégories répondent à des preuves différentes. L’absence du titre dans les dix plages de Time Takes Time n’implique ni son inexistence ni sa disponibilité publique.
Dans l’attente de documents de première main, il est préférable de maintenir les variantes d’orthographe dans un registre critique, sans créer plusieurs notices artificielles pour un seul projet d’enregistrement. Cette précaution protège également le référencement du dossier : une fiche unique et nuancée a davantage de valeur qu’un ensemble de pages redondantes sur des prises dont l’identité n’est pas confirmée.
Discographie vérifiée et portée réelle de la collaboration
Le bilan commercial est circonscrit : « All in the Name of Love » figure au numéro 5 et « Runaways » au numéro 8 des dix titres de l’album Time Takes Time, sorti en 1992 chez Private Music. « Love Is Gonna Get Ya » reste un enregistrement signalé mais non inclus dans le programme standard. Les autres plages de l’album, notamment « Golden Blunders » ou « Don’t Go Where the Road Don’t Go », relèvent d’autres équipes de production. Cette présentation piste par piste empêche les généalogies abusives qui attribuent tout un disque au nom le plus célèbre de sa pochette.
Phil Ramone demeure ainsi un acteur essentiel mais ponctuel du renouveau de Ringo Starr. Son importance tient à la fabrication effective de deux morceaux, à la concentration des compétences de studio réunies autour de ceux-ci et à sa place dans la rencontre avec de futurs partenaires. Pour prolonger l’enquête, consulter l’atlas des dix titres de Time Takes Time, l’histoire des Roundheads et l’étude des métiers du studio. Aucune de ces pages ne remplace les crédits propres aux deux masters de Ramone.
Parcours technique complémentaire : Bill Drescher, ingénieur d’« All in the Name of Love », permet de comprendre les responsabilités de prise de son et la reprise du mix sans les confondre avec la direction artistique de Phil Ramone.
Basse, guitares et claviers : les artisans des deux productions
La direction artistique de Phil Ramone s’appuie sur une équipe dont les métiers doivent être distingués. Neil Stubenhaus assure la basse sur « All in the Name of Love » et « Runaways » ; Jeff « Skunk » Baxter et Michael Thompson y jouent de la guitare. Jeffrey « C. J. » Vanston contribue aux claviers et, sur « Runaways », aux arrangements. La présence de ces interprètes sur deux titres ne les rend pas responsables des dix chansons de l’album. Les monographies instrumentales ont été conçues pour préciser ces fonctions sans reproduire les études des œuvres ou les commentaires biographiques du producteur.












