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Portrait de musicien · Sessionographie · 1991–1992
Jeff « Skunk » Baxter et Ringo Starr : deux guitares dans l’atelier Phil Ramone
Le guitariste de Steely Dan et des Doobie Brothers intervient sur deux masters de Ringo, aux côtés de Michael Thompson et Neil Stubenhaus.
Un nom connu, mais une collaboration précisément délimitée
Jeff « Skunk » Baxter est célèbre pour ses passages chez Steely Dan et les Doobie Brothers. Cet arrière-plan explique sa présence parmi les guitaristes réputés des studios américains, mais sa collaboration avec Ringo Starr sur Time Takes Time se définit avant tout par deux crédits précis : « All in the Name of Love » et « Runaways », respectivement cinquième et huitième titres de l’album de 1992. Tous deux sont produits par Phil Ramone. Son nom sur un livret général ne signifie pas qu’il a joué sur les dix chansons, réalisées par quatre équipes différentes.
Une bonne monographie doit donc repartir de ces deux masters et non dresser une liste indistincte de tout l’album. Cette limitation documentaire ne diminue pas la valeur de la participation : elle permet au contraire de situer l’instrumentiste parmi ses véritables partenaires de séance et de reconnaître ses interventions réelles.
La formation de studio de Phil Ramone
Le noyau instrumental des deux morceaux comprend Ringo au chant et à la batterie, Neil Stubenhaus à la basse, Michael Thompson et Jeff Baxter aux guitares, et Jeffrey « C. J. » Vanston aux claviers. Mark Hart intervient dans la texture de claviers et de guitare de synthèse ; Mark Hudson et plusieurs autres chanteurs complètent le dispositif vocal. Il s’agit d’une équipe adaptée aux besoins de deux productions, non d’un groupe permanent de Ringo.
Cette configuration illustre une pratique courante en studio : répartir le travail entre deux guitaristes capables de produire des couleurs différentes, puis construire leur coexistence dans l’arrangement. Le crédit « guitare » n’explique cependant pas à lui seul qui a joué chaque ligne. Sans feuille de piste ni relevé des overdubs, il serait imprudent d’attribuer à Baxter une phrase précise simplement parce que son timbre paraît plausible.
« All in the Name of Love » : servir une chanson extérieure
« All in the Name of Love » est une composition de Jerry Lynn Williams, interprétée par Ringo. Baxter apporte une partie de guitare, au sein d’un accompagnement qui comprend plusieurs couches harmoniques et des chœurs de Mark Hudson, Craig Copeland, Naomi Star et Darlene Koldenhoven. La contribution de Baxter relève ici de l’exécution instrumentale : sa célébrité antérieure ne le transforme pas en auteur ou en directeur artistique de la chanson.
Les guitares peuvent compléter les accents de batterie, répondre au chant ou contribuer à la dynamique du refrain. Il faut néanmoins faire la différence entre une fonction musicale que l’on observe à l’écoute et la décision attribuable à un intervenant. Les notes de production disponibles n’autorisent pas à dire quel musicien a conçu chaque doublage ou suggéré chaque changement d’accord.
« Runaways » : accompagner une coécriture de Ringo
Le huitième titre de l’album, « Runaways », est signé Richard Starkey et Johnny Warman. Son origine diffère de celle de « All in the Name of Love » : Ringo est ici également coauteur. Baxter retrouve Thompson et Stubenhaus au sein d’un personnel partiellement commun, ce qui permet de comparer le travail d’une même équipe sur deux écritures distinctes. L’enregistrement comporte un ensemble vocal plus fourni, et la contribution de Harry Nilsson est signalée parmi les participations invitées.
La présence d’un bassiste, de deux guitaristes et de plusieurs claviers permet d’analyser la répartition des fonctions musicales dans un arrangement riche. Mais une histoire documentée doit résister à la tentation de faire de Baxter le soliste principal d’une chanson sans crédit explicite, ou d’inférer que tous les musiciens ont enregistré simultanément. Le fait certain reste la participation du guitariste au master publié.
Baxter et Michael Thompson : un crédit partagé
Michael Thompson apparaît lui aussi aux guitares des pistes 5 et 8. Les deux guitaristes forment donc une paire de collaborateurs de l’équipe Ramone, sans qu’il soit possible d’attribuer toutes les parties d’accompagnement à l’un et tous les solos à l’autre par simple déduction. Cette complémentarité potentielle peut être commentée à l’écoute, mais seul un témoignage ou une documentation technique permettrait d’identifier chacune des prises.
Il est également indispensable de distinguer cette paire des guitaristes de Don Was, notamment Mark Goldenberg et Michael Landau. Les deux équipes travaillent pour le même album, mais aucun crédit ne permet d’intervertir leurs membres. La sessionographie exige une ventilation par chanson afin de ne pas créer de collaborations virtuelles entre des musiciens qui n’apparaissent pas sur le même master.
Une rencontre de générations et de traditions instrumentales
Ringo Starr appartient à la génération britannique du rock des années 1960, tandis que Baxter s’est illustré dans le rock américain au cours des années 1970. Leur rencontre discographique du début des années 1990 se déroule dans un contexte où les albums peuvent réunir des musiciens de parcours très différents sans se présenter comme des supergroupes. La musique est construite autour de la voix et de la batterie de Ringo, et chaque participant contribue à cette réalisation.
L’histoire des collaborations artistiques gagne à décrire ces réseaux de professionnels plutôt qu’à se contenter de juxtaposer des noms prestigieux. La carrière de Baxter hors de ce projet explique sa compétence et son expérience, mais ne doit pas conduire à attribuer au disque des éléments stylistiques ou techniques tirés d’autres enregistrements.
Production, ingénierie et finition
Phil Ramone porte le crédit de production. La réalisation de « All in the Name of Love » implique Bill Drescher à l’ingénierie, des assistants et un remix crédité à Ed Cherney. Le mastering de l’album est attribué à Doug Sax. Ces responsabilités sont différentes de la prestation de guitare de Baxter ; les citer permet de restituer la chaîne du disque sans attribuer à un musicien des opérations auxquelles il n’est pas crédité.
Les différentes éditions de Time Takes Time reprennent les mêmes masters sauf preuve explicite du contraire. Une réédition sur un nouveau support n’est pas une nouvelle rencontre entre Baxter et Ringo. Cette règle simple garantit que les inventaires de collaborations ne gonflent pas artificiellement leurs nombres à mesure que les disques sont repressés.
Bilan et documentation associée
La participation de Jeff Baxter à Ringo Starr sur Time Takes Time s’incarne dans deux chansons produites par Phil Ramone. Son intérêt ne tient pas seulement à son nom célèbre, mais au fait qu’il appartient à une équipe de studio cohérente, associant un bassiste, deux guitaristes, des claviéristes et plusieurs choristes, au service d’œuvres d’auteurs différents.
Pour approfondir cette équipe, consulter Phil Ramone, Neil Stubenhaus, Jeffrey Vanston et l’étude des métiers du studio. Les analyses détaillées des deux chansons restent dans leurs fiches propres.
Deux titres seulement : pourquoi le périmètre est décisif
Jeff « Skunk » Baxter apporte à l’album de Ringo le savoir-faire d’un guitariste familier des productions de studio américaines. Son nom est associé à « All in the Name of Love » et « Runaways », les deux chansons confiées au producteur Phil Ramone. Il serait inexact de faire de cette intervention une participation à l’ensemble des dix morceaux : les autres titres proviennent d’équipes dirigées par Don Was, Jeff Lynne ou Peter Asher. La précision du périmètre importe d’autant plus qu’une carrière aussi connue que celle de Baxter encourage parfois à étendre ses crédits au-delà des plages réellement documentées.
L’originalité de cette rencontre réside également dans la coexistence de Baxter et de Michael Thompson aux guitares. Sur une production construite à plusieurs couches, les génériques permettent d’identifier les deux noms, mais ne constituent pas une transcription de leurs phrases musicales individuelles. Le doute doit rester attaché à l’instrument précis ou à l’overdub discuté, jamais à la présence attestée des deux musiciens. Dans « Runaways », la composition Starkey–Warman est portée par cette équipe, avec les basses de Neil Stubenhaus et les claviers de C. J. Vanston.
Une grille de lecture pour les crédits croisés
Il faut donc se garder d’une erreur de comptage : Baxter et Thompson travaillant sur deux titres communs ne représentent pas quatre collaborations discographiques indépendantes. Ils correspondent à deux enregistrements analysés sous deux angles professionnels. Les notices de Michael Thompson et de Phil Ramone permettent de passer du détail instrumental à la direction de production.












