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Yellow-Sub.net · Ringo Starr · Eddie Vedder · 2022

Ringo Starr et Eddie Vedder : Mrs. Mills, la chanson sur un piano des Beatles (2022)

Ringo joue batterie et percussions sur Mrs. Mills, une pièce de Earthling inspirée du célèbre Steinway d’Abbey Road, mais enregistrée dans un tout autre contexte.

Eddie Vedder et Ringo Starr : la rencontre d’une génération à l’autre

Avec l’album Earthling, paru en février 2022, Eddie Vedder fait appel à plusieurs personnalités majeures du rock et de la pop, tout en préservant l’identité de son écriture. Au milieu de ces participations, celle de Ringo Starr présente une valeur historique singulière : le batteur des Beatles joue sur « Mrs. Mills », une chanson dont le personnage central est précisément un instrument lié à l’histoire de leur musique. Le résultat associe une création récente, enregistrée sous la direction du producteur Andrew Watt, à la mémoire matérielle des studios Abbey Road.

Contrairement à de nombreux articles qui se contentent de juxtaposer les noms des invités, les crédits de Universal Music permettent de qualifier exactement l’intervention : Ringo participe à la batterie et aux percussions sur la douzième piste du programme. Il ne s’agit pas d’un duo vocal avec Eddie Vedder, d’un morceau de Pearl Jam ni d’une séance des Beatles. La continuité historique passe par la chanson et par l’instrument qu’elle évoque, non par une réunion de groupe.

Les crédits officiels de Mrs. Mills

Le catalogue de Universal Music Italia indique Eddie Vedder au chant et au piano, Andrew Watt à la basse et à la guitare, Josh Klinghoffer aux claviers, et Ringo Starr à la batterie et aux percussions. Watt est cité à la production, Serban Ghenea au mixage et Randy Merrill au mastering. Un ensemble d’instrumentistes à cordes et à vents complète le personnel, avec David Campbell aux arrangements orchestraux et à la direction.

Cette distribution montre que la chanson n’est pas une petite improvisation à quatre musiciens. Elle est construite comme une production aux couches instrumentales nombreuses, et la présence de Ringo s’inscrit dans cette architecture. Elle invite aussi à distinguer le crédit que reçoit le batteur de la manière dont une chanson peut sonner : une esthétique proche de certaines productions des Beatles ne signifie pas que Paul McCartney ait enregistré ce titre avec lui.

La source officielle de Universal indexe les fonctions sonores, tandis que certains relevés de pochette détaillent davantage les coauteurs. Les crédits d’œuvre et les métadonnées numériques n’étant pas toujours présentés de façon strictement identique, le dossier privilégie pour Ringo l’information non ambiguë : batterie et percussions, sans crédit de composition attribué au musicien. Les coauteurs de l’édition imprimée devront être recensés à part, sans confondre leurs noms avec ceux de l’équipe de production.

Pourquoi un titre appelé Mrs. Mills ?

Le titre renvoie à une pianiste populaire britannique, Gladys Mills, connue sous le nom de scène Mrs. Mills, et surtout à un piano droit devenu célèbre aux studios EMI d’Abbey Road. Il s’agit d’un Steinway Vertegrand de 1905, un instrument particulier dont les marteaux durcis au vernis et le léger désaccordage donnent une couleur sonore claire et métallique, proche du piano de bastringue. Abbey Road documente son arrivée dans le bâtiment vers 1953 et les modifications effectuées par ses techniciens au cours des années 1950.

L’intérêt de cette origine dépasse le clin d’œil nostalgique. Une certaine histoire du rock s’écrit à travers les instruments qui survivent aux groupes. Le piano dit « Mrs. Mills » est resté accessible à de nouveaux musiciens bien après les enregistrements des années 1960, et son identité tient autant à son numéro de fabrication qu’aux manipulations des ingénieurs et à la mémoire des artistes qui l’ont joué.

Les archives d’Abbey Road citent parmi les séances des Beatles auxquelles son timbre est associé « Penny Lane » et « Ob-La-Di, Ob-La-Da ». Le studio mentionne également « With a Little Help From My Friends » dans une présentation de son échantillonnage numérique. La question de certains autres titres, comme « Lady Madonna », demande de distinguer les souvenirs, les utilisations documentées et les performances plus récentes de Paul McCartney sur l’instrument.

Le véritable piano d’Abbey Road n’est pas nécessairement celui de la chanson

Un détail rend cette histoire plus intéressante qu’une simple reconstitution nostalgique. Josh Klinghoffer a expliqué à la presse américaine que le producteur Andrew Watt avait trouvé un piano du même type que le Steinway d’Abbey Road et l’avait installé dans son propre environnement de travail. Ce témoignage ne permet donc pas d’affirmer que l’enregistrement d’Eddie Vedder utilise l’instrument historique conservé à Londres.

La différence entre « la chanson porte sur le piano d’Abbey Road » et « la chanson est enregistrée sur ce piano » est essentielle. Le premier énoncé est solidement établi par les entretiens et les commentaires des musiciens. Le second exigerait une feuille de session de l’instrument original à Londres, et n’est pas autorisé par les documents examinés. Pour une enquête d’archéologie musicale, l’imitation d’un instrument ancien, son histoire et sa présence physique sont trois objets distincts.

Cette précision éloigne le récit des reconstructions trop faciles : le même nom, « Mrs. Mills », sert à désigner l’objet de 1905 et, par extension, un piano comparable employé dans une production contemporaine. Il faut pouvoir parler des deux sans les fusionner.

Une chanson sur la permanence des objets musicaux

Selon le témoignage de Klinghoffer repris en février 2022, Eddie Vedder a imaginé un texte qui personnifie l’instrument comme une figure féminine indépendante, traversant les années et les musiciens sans appartenir à aucun d’eux. La chanson tire ainsi son sujet de l’histoire des studios, mais lui donne une portée narrative. Ce n’est ni une notice technique chantée ni une simple citation des Beatles : la mémoire musicale devient matière à fiction.

La proximité sonore revendiquée avec certaines couleurs mélodiques de Paul McCartney a été relevée par la presse, et Vedder a lui-même évoqué l’apport de Ringo à cet univers. Ces appréciations sont pertinentes pour l’analyse esthétique, à condition de rester clairement attribuées. Elles ne démontrent pas, par exemple, que Ringo aurait proposé une orchestration ou réécrit une partie du texte.

Le lien avec Gladys Mills ajoute encore une dimension : derrière les chansons célèbres et les machines de studio se trouvent des musiciens populaires parfois oubliés. Le piano ne doit pas seulement sa renommée à ceux qui sont entrés plus tard dans les classements internationaux ; son surnom rappelle une interprète de music-hall qui l’avait longuement utilisé.

La présence de Ringo n’est pas la présence de tous les invités de Earthling

Earthling est riche en apparitions : d’autres pistes invitent Stevie Wonder ou Elton John. La chanson « Picture », notamment, associe Elton John à Vedder. Ce rassemblement ne doit pas faire croire que Ringo, Elton John et Stevie Wonder auraient participé à une même prise de « Mrs. Mills ». Les crédits du label isolent clairement Ringo sur la piste qui nous intéresse ; les autres artistes disposent de leurs propres notices instrumentales ailleurs sur le disque.

Le catalogage par chanson empêche de transformer un générique général d’album en un supergroupe imaginaire. Cette règle devient particulièrement nécessaire dans les projets récents : les plateformes affichent volontiers les invités les plus connus sans rendre immédiatement visible le détail des plages. La consultation du livret ou des métadonnées piste par piste corrige ce défaut.

Orchestration, production et statut de la batterie

La présence des arrangements de David Campbell et des interventions de plusieurs instruments classiques donne à « Mrs. Mills » une dimension qui la distingue d’un simple trio piano-basse-batterie. Eddie Vedder chante et joue du piano, Andrew Watt assure plusieurs instruments ainsi que la réalisation, Josh Klinghoffer contribue aux claviers et Ringo enrichit l’ensemble de sa batterie et de ses percussions.

Il est tentant d’imaginer ici un certain type de baguettes, un kit Ludwig d’époque ou une prise réalisée avec les microphones qui servaient aux Beatles. Aucune des sources exploitées ne permet de l’affirmer. L’encyclopédie s’en tient aux crédits positifs, sans transformer une association avec Abbey Road en inventaire fantaisiste de matériel.

Le producteur Andrew Watt occupe une position décisive dans cette rencontre. Dans plusieurs entretiens autour de l’album, il évoque son admiration de longue date pour les musiciens qu’il a réunis. Cette admiration fournit un contexte biographique plausible, mais les circonstances exactes de la date et du lieu où Ringo a enregistré la batterie ne sont pas suffisamment fixées pour être données comme certaines.

Publication de Earthling et position de Mrs. Mills

L’album paraît en février 2022 sous le nom d’Eddie Vedder, avec la participation du label Republic Records. « Mrs. Mills » figure en douzième position dans le programme courant. Le catalogue de Universal affiche une durée proche de quatre minutes et dix secondes, tandis que certaines plateformes proposent un minutage légèrement différent ; ces divergences peuvent relever de métadonnées, d’arrondis ou de versions. Elles ne prouvent pas à elles seules l’existence d’une nouvelle séance ou d’une version alternative distincte.

La première publication de l’album ne coïncide pas nécessairement avec la date d’enregistrement du batteur. Pour la sessionographie de Ringo, nous conserverons donc une datation « avant février 2022 » tant qu’un document de session plus précis n’aura pas été identifié. Cette formulation est plus rigoureuse qu’une date exacte déduite du calendrier commercial.

Fiche de session à retenir

Artiste principal : Eddie Vedder. Album : Earthling, Republic Records / Universal, février 2022. Titre : « Mrs. Mills », piste 12. Ringo Starr : batterie et percussions. Personnel central : Eddie Vedder (chant, piano), Andrew Watt (guitare, basse et production), Josh Klinghoffer (claviers), David Campbell (orchestration et direction d’ensemble). Référence historique du titre : piano Steinway Vertegrand de 1905 d’Abbey Road, surnommé d’après Gladys Mills. Précision instrumentale : le piano comparable trouvé par Watt ne doit pas être confondu avec le piano historique. Date exacte de la batterie : non établie dans les documents consultés.

Le crédit à retenir est une collaboration instrumentale confirmée. Ringo ne doit pas être décrit comme coauteur de cette chanson sans une source explicite, ni associé sur une même prise aux autres stars qui apparaissent dans le reste de l’album.

Une page d’histoire des Beatles, mais un disque d’Eddie Vedder

Ce cas offre un exemple particulièrement éclairant de l’évolution des collaborations de Ringo. Le lien avec les Beatles est réel, puisqu’un instrument célèbre de leurs séances devient le sujet du morceau. Pourtant, la chanson appartient bien à une œuvre nouvelle d’Eddie Vedder et à l’univers de production d’Andrew Watt. Ringo ne rejoue pas « Penny Lane » ; il accompagne une chanson qui réfléchit à la manière dont un objet de studio peut traverser les générations.

La meilleure manière de raconter cette rencontre consiste à suivre séparément les quatre histoires qui se croisent : celle d’un instrument construit en 1905, celle de la pianiste Gladys Mills, celle des enregistrements des Beatles et celle d’un album créé en 2022. Une batterie nouvellement enregistrée par Ringo devient alors un lien concret entre ces époques, sans qu’il soit nécessaire de fabriquer une nouvelle réunion des Beatles.

Photographie d’ambiance Yellow-Sub.net ; elle ne documente pas directement l’enregistrement décrit.

Ringo Starr : image d'ambiance pour le chapitre coauteur et Ring O' Records

Sources primaires et vérifications

  1. Universal Music Italia, Earthling, crédits détaillés de Mrs. Mills (piste 12).
  2. Qobuz, Earthling, attribution de la batterie à Ringo Starr.
  3. Abbey Road Studios, histoire du Steinway Vertegrand dit Mrs Mills (2022).
  4. Abbey Road Studios, documentation historique et technique du piano (2021).
  5. Billboard, entretien de Josh Klinghoffer et Andrew Watt, repris par Radio 88.8 (2022).
  6. Relevé des crédits de la version vinyle de Earthling, composition et personnel.