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Angel In Disguise : la chanson inédite de Paul McCartney et Ringo Starr, des sessions de 1991 à la vente de 2020

Une véritable coécriture, deux versions de travail attestées sur cassette, la production de Peter Asher et les archives MPL vendues par Omega Auctions.

Une coécriture McCartney–Starkey longtemps demeurée mystérieuse

Au début des années 1990, Paul McCartney propose à Ringo Starr une chanson inachevée baptisée « Angel In Disguise », destinée au futur album Time Takes Time. Ce titre occupe une place particulière dans l’histoire des collaborations entre anciens Beatles : il représente une véritable coécriture Paul McCartney–Richard Starkey, distincte des nombreuses chansons signées Lennon–McCartney que Ringo avait interprétées au sein des Beatles. L’œuvre ne figure finalement ni sur l’album de mai 1992 ni parmi les bonus commerciaux ordinaires.

Une présentation rapide parlerait volontiers d’un « duo perdu ». Elle serait trompeuse : les documents connus montrent d’une part une maquette chantée par McCartney, d’autre part une réalisation où Ringo assure le chant principal, mais ne démontrent pas que les deux chanteurs aient enregistré une interprétation vocale en duo. Le crédit de composition commun ne prouve pas une présence physique simultanée. Une fiche d’archives doit conserver ces distinctions au lieu d’employer des étiquettes marketing.

1991 : deux couplets apportés par Paul, un nouveau couplet demandé à Ringo

Dans une interview accordée au Toronto Sun en octobre 1991 et citée par The Beatles Bible, McCartney explique que Ringo souhaitait un couplet supplémentaire. Paul lui propose alors de l’écrire, afin que les deux artistes puissent signer ensemble. La chanson est présentée sous son titre « Angel In Disguise ». Ce témoignage contemporain confirme le projet de coécriture ; il ne fournit pas, en revanche, une transcription intégrale des échanges ni la date précise de la composition du premier couplet.

Les notices discographiques donnent Richard Starkey et Paul McCartney comme auteurs. Certaines descriptions de la cassette d’archives signalent que les feuillets de paroles et de notation mentionnaient McCartney seul, alors que le générique historique du projet s’est élargi avec l’apport de Ringo. Il faut donc considérer séparément les inscriptions originales du document et le crédit d’œuvre finalement retenu par les historiens. L’examen du dépôt d’édition permettrait de préciser la répartition contractuelle des droits.

Une maquette personnelle de McCartney, avant la version de Ringo

La cassette proposée aux enchères en mai 2020 contenait une version de travail décrite comme un enregistrement peu élaboré de McCartney chantant avec piano et boîte à rythmes. C’est un document d’auteur, qui permet de comprendre l’état initial de la chanson avant son arrangement de studio. Les descriptions de presse mentionnent une écriture dans un contexte de séjour jamaïcain, mais ne constituent pas une date de séance authentifiée.

La période de fabrication de cette première maquette reste donc à préciser. Certaines notes publiées avec la vente évoquent octobre 1990, d’autres notices situent la composition dans l’année 1991 ; elles peuvent désigner des étapes différentes, mais aucun registre de bande n’est produit pour résoudre cette chronologie. L’encyclopédie retiendra un document de travail antérieur à la session de 1991 et consignera les datations divergentes.

9 septembre 1991 : l’enregistrement sous Peter Asher

Le catalogue de The Paul McCartney Project et la chronologie de The Beatles Bible placent une séance de « Angel In Disguise » au 9 septembre 1991 à Conway Studios, Los Angeles, sous la direction de Peter Asher. Ringo travaille au même moment à « Golden Blunders » des Posies. Cette association ne transforme pas « Angel In Disguise » en composition d’Auer et Stringfellow ; elle confirme seulement la proximité des séances.

Les sources citent un accompagnement instrumental complet pour l’état avancé, avec guitares, harmonica, chœurs et voix de Starr. Mais le détail nominatif des parties de chaque instrument sur « Angel In Disguise » n’est pas publié avec le même niveau de précision que celui de « Golden Blunders ». Il serait donc imprudent de copier intégralement la liste des musiciens de l’album vers cet inédit. L’identité des intervenants et le nombre d’overdubs doivent rester des questions ouvertes.

La cassette Tony Prince : deux versions de la chanson et un autre titre

L’objet passé aux enchères en 2020 appartenait auparavant à Tony Prince, animateur associé à Radio Luxembourg. La description de la maison Omega Auctions indique que la cassette contient la maquette de McCartney puis une version plus aboutie chantée par Ringo avec instruments et choristes. Un troisième enregistrement, « Everyone Wins » ou « Everybody Wins » suivant les graphies de catalogue, y figure également. Il faut distinguer ce contenu exact du programme de l’album de 1992.

Les documents accompagnant l’objet comprenaient une enveloppe estampillée MPL, une note dactylographiée et des feuillets de paroles et de musique. Ce sont des éléments de provenance particulièrement intéressants pour un historien. La description de vente mentionne aussi la possibilité de demander une adaptation pop/rap et de proposer des artistes susceptibles de reprendre le titre. Ces informations concernent l’exploitation envisagée de la chanson, pas une publication finalement accomplie.

18 mai 2020 : le résultat de la vente aux enchères

The Paul McCartney Project reproduit la notice de la vente Omega Auctions : la cassette des maquettes d’« Angel In Disguise » est vendue pour 8 000 livres sterling, sous la fourchette d’estimation annoncée de 10 000 à 20 000 livres. Il s’agit d’un prix obtenu pour cet exemplaire précisément documenté avec ses papiers, et non d’une valeur moyenne des cassettes McCartney–Starr.

La date de l’article historique est le 18 mai 2020. Il faut éviter de confondre publication de l’annonce, séance musicale originale et date de la vente lorsque les pièces officielles n’emploient pas la même convention de calendrier. Le chiffre de vente ne démontre pas non plus que la chanson ait été mise à disposition légalement en streaming : un objet physique privé peut changer de propriétaire tout en demeurant inédit dans le commerce.

Le statut juridique : une bande vendue n’est pas un master publié

La commercialisation d’une cassette d’archives ne transfère pas automatiquement aux acquéreurs les droits d’auteur et les droits de reproduction de la chanson. Les deux enregistrements peuvent être étudiés au titre de leur existence matérielle, mais ne doivent pas être intégrés comme fichiers sonores téléchargeables au site sans autorisation. Ce point est particulièrement important pour une encyclopédie musicale dont la mission est d’inventorier, et non de diffuser des enregistrements non publiés.

Un extrait joué au cours de la promotion d’une vente ou présenté dans une vidéo de presse ne constitue pas non plus une sortie discographique ordinaire. Dans une base, « document audio attesté, non édité commercialement » est la qualification la plus robuste. La mention « jamais entendu » doit être réservée à ce que les sources permettent vraiment de soutenir.

Pourquoi la chanson n’a-t-elle pas été retenue ?

Ringo explique en 1992, dans un entretien rapporté par The Paul McCartney Project, que la présence du nom McCartney au générique ne devait pas forcer la sélection de la chanson sur l’album : elle ne correspondait pas à la place artistique qu’il souhaitait lui donner. Cette déclaration contemporaine est beaucoup plus utile que les théories affirmant l’existence d’un conflit entre les deux amis.

L’épisode éclaire l’autonomie de Starr au début des années 1990. Ringo accepte des propositions de quatre producteurs, travaille avec un ancien Beatle et choisit pourtant dix chansons en privilégiant la cohérence du programme. La présence de McCartney ne devient pas un argument suffisant pour publier une piste qu’il juge moins adaptée. Cela ne dit rien, en soi, de la qualité de l’œuvre restée inédite.

Une seconde vie envisagée chez d’autres artistes

Les documents de la cassette évoquent la possibilité de chercher d’autres interprètes. Une notice citée dans The Paul McCartney Project mentionne une version tentée par Pato Banton en 1994, non publiée. D’autres listes non officielles rapprochent « Angel In Disguise » de bandes de travail préparées par McCartney avant Flaming Pie. Ces indications doivent être classées comme pistes d’archives à vérifier séparément, et non comme preuve d’une participation effective de Ringo à chaque tentative.

Le seul fait qu’une chanson apparaisse sur une liste de titres évoquée dans un studio ne démontre pas une séance complète ni une autorisation d’édition. Une sessionographie peut consigner la mention, avec son niveau de confiance, mais doit éviter d’inventer des durées et des musiciens lorsque les documents ne les donnent pas.

Angel In Disguise et les autres titres écartés de Time Takes Time

La chanson rejoint un ensemble de bandes non retenues en 1992 : « Call Me », produit par Jeff Lynne et associé à Tom Petty ; « Love Is Going To Get You » sous Phil Ramone ; « Thank You For Being A Friend » d’Andrew Gold sous Peter Asher. Deux morceaux ont ensuite reçu une publication officielle : « Don’t Be Cruel », inclus en bonus japonais et sur un single, et « Everybody Wins », présent sur le CD single allemand de « Don’t Go Where The Road Don’t Go ».

Une telle ventilation évite d’employer le mot « inédit » de façon intemporelle. « Angel In Disguise » n’a pas bénéficié d’une publication discographique ordinaire confirmée ; « Everybody Wins », en revanche, n’est plus inédit au sens commercial depuis 1992. La situation doit être mise à jour au fur et à mesure des rééditions et des archives rendues publiques.

Fiche du document et sources

Œuvre : « Angel In Disguise ». Auteurs historiquement attribués : Paul McCartney et Richard Starkey. Projet : Time Takes Time, album de Ringo enregistré en 1991–1992. Producteur des séances étudiées : Peter Asher. Enregistrement de travail : 9 septembre 1991 à Conway Studios, Los Angeles, selon les chronologies. Deux états présents sur cassette : maquette McCartney avec piano et boîte à rythmes ; version de production avec Ringo au chant, instruments supplémentaires et chœurs. Support privé : cassette ayant appartenu à Tony Prince, avec enveloppe MPL et documents accompagnateurs. Vente Omega Auctions documentée en mai 2020, résultat annoncé de 8 000 livres. Statut : aucune sortie discographique officielle courante de la chanson établie par les sources utilisées.

Sources : The Beatles Bible, notice Time Takes Time, entretien McCartney au Toronto Sun du 25 octobre 1991 et informations de session ; The Paul McCartney Project, « Angel In Disguise », documentation de la vente et reproductions du descriptif Omega Auctions ; Rolling Stone, entretien de 1992 avec Ringo cité dans les notices ; JPGR, liste des titres écartés de l’album. URLs : https://www.beatlesbible.com/people/ringo-starr/albums/time-takes-time/ ; https://www.the-paulmccartney-project.com/song/angel-in-disguise/ ; https://www.the-paulmccartney-project.com/2020/05/angel-in-disguise-demos-auctioned/ ; https://www.jpgr.co.uk/pm262902.html . Les dates de la première maquette, l’intégralité des instrumentistes sur l’état avancé et les titres de bandes annexes doivent rester à vérifier.