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Monographie · Claviériste · 1992–2023

Benmont Tench et Ringo Starr : le langage des claviers de Time Takes Time aux retrouvailles

L’histoire d’un musicien de l’entourage de Tom Petty dont les interventions à l’orgue, au piano et à l’harmonium éclairent plusieurs périodes de la discographie de Ringo.

Le rôle discret d’un claviériste de premier plan

Benmont Tench est surtout connu comme claviériste de Tom Petty and the Heartbreakers, formation avec laquelle il développe une manière de jouer qui associe économie rythmique, culture de l’orgue Hammond et sens des transitions harmoniques. Son nom dans la discographie de Ringo Starr ne relève pas d’une anecdote promotionnelle. Les crédits de Time Takes Time montrent qu’il intervient sur plusieurs des chansons produites par Don Was au début des années 1990. La relation réapparaît ensuite, notamment à travers des titres des années 2010 et 2020 documentés individuellement dans le dossier.

Une étude de ce musicien permet de rééquilibrer le récit. Les producteurs célèbres donnent des repères commodes à l’histoire des disques, mais les instrumentalistes façonnent la personnalité sonore des chansons. L’orgue, le piano et l’harmonium ne sont pas de simples couches décoratives : ils peuvent articuler un refrain, relier deux sections ou apporter une assise harmonique sans encombrer l’espace de la batterie et du chant.

Cinq chansons de Time Takes Time, sans extension artificielle

Le programme standard de Time Takes Time attribue à Benmont Tench les claviers sur « Weight of the World » et « Don’t Know a Thing About Love », le piano et l’orgue sur « I Don’t Believe You » et « What Goes Around », et l’orgue ainsi que l’harmonium sur « In a Heartbeat ». Ces cinq plages sont précisément celles que produit Don Was. Cette concordance donne à leur ensemble une unité de formation, sans que l’on puisse en déduire le contenu de chaque journée de session ni assurer que toutes les prises ont été réalisées au même endroit.

Les deux premiers titres ouvrent le disque. Le caractère direct de « Weight of the World », composé par Brian O’Doherty et Fred Velez, repose sur une disposition relativement claire des instruments. Sur « Don’t Know a Thing About Love », écrit par Richard Feldman et Stan Lynch, les claviers évoluent au sein d’un accompagnement où figurent aussi Mark Goldenberg et James Hutchinson. Le nom de Stan Lynch constitue un autre point de jonction avec l’univers de Tom Petty : il est l’auteur du titre, tandis que Tench est un ancien partenaire de groupe. Cette proximité de réseaux est documentée ; elle n’autorise pas à les présenter comme un groupe réuni spécialement pour la séance.

« I Don’t Believe You » : soutenir les guitares et les harmonies

Dans « I Don’t Believe You », signé Andy Sturmer et Roger Manning, les éléments d’orgue et de piano complètent un arrangement centré sur les guitares de Michael Landau et David Grissom, la basse de James « Hutch » Hutchinson, et les interventions vocales des deux auteurs. La contribution de Benmont Tench est celle d’un musicien qui sait occuper un registre harmonique sans concurrencer la ligne vocale principale. Cette lecture résulte d’une analyse des équilibres perceptibles ; les crédits, eux, attestent les instruments joués.

La proximité stylistique avec certaines références pop des années 1960 est un thème récurrent des commentaires sur le disque. Il convient cependant d’éviter une causalité simpliste : entendre des harmonies familières des Beatles n’est pas une preuve que le claviériste aurait reproduit un son de clavier, un orgue ou un réglage précis des séances d’Abbey Road. Une histoire musicale exige de distinguer les ressemblances stylistiques, vérifiables à l’écoute, et les emprunts matériels, qui réclameraient d’autres pièces.

« In a Heartbeat » : l’harmonium dans un arrangement de voix

« In a Heartbeat », chanson de Diane Warren, est l’une des séances de l’album où les claviers et les voix remplissent un rôle particulièrement visible. Tench y est associé à l’harmonium et à l’orgue, aux côtés de Jamie Muhoberac et Robbie Buchanan aux claviers. Les chœurs font notamment intervenir Brian Wilson, Andy Sturmer, Roger Manning et Andrew Gold. Cette abondance n’est pas seulement une addition de noms prestigieux : elle éclaire une esthétique d’arrangement dont la richesse mélodique repose sur l’interaction de plusieurs registres.

Un harmonium possède une attaque et une tenue différentes de celles d’un piano. Sans affirmer avoir isolé chaque piste du multibande, on peut expliquer comment une telle couleur instrumentale peut contribuer à soutenir des accords et à épaissir le tissu harmonique sous les voix. La fiche de Tench doit rester à ce niveau de précision, faute d’une documentation de studio indiquant ses voicings exacts ou ses réglages d’instrument.

« What Goes Around » : accompagner le dernier titre de l’album

Sur « What Goes Around », composé par Rick Suchow, Benmont Tench intervient également au piano et à l’orgue. La chanson occupe la dernière place sur le programme standard. Elle fait partie des réalisations de Don Was et retrouve plusieurs instrumentistes du même collectif : James Hutchinson, Michael Landau, David Grissom ainsi que les voix d’Andy Sturmer, Roger Manning et Andrew Gold. La continuité de personnel fournit un meilleur critère d’analyse que l’idée vague selon laquelle toute l’équipe aurait participé indifféremment à toutes les chansons.

Cette piste, sensiblement plus longue que certaines chansons pop de l’album, montre comment la section de claviers peut rester structurelle jusqu’à la conclusion d’un disque. Pour le travail encyclopédique, la meilleure manière de mesurer l’apport du musicien demeure une comparaison attentive des cinq titres crédités, accompagnée d’une vérification des informations par édition.

Du studio de 1992 aux collaborations ultérieures

Les pages consacrées aux chansons « Laughable » (2017), « It’s Not Love That You Want » et « Life Is Good » (2019), ainsi qu’à « Miss Jean » (2023), signalent de nouveaux points de contact entre Ringo Starr et Benmont Tench. Ces enregistrements doivent être étudiés chacun avec leur date, leurs collaborateurs et leurs crédits propres : le nom de Tench ne suffit pas à présumer que la même équipe de 1992 a été reconduite, ni que ses instruments furent identiques d’une session à l’autre. Le dossier dispose déjà de notices dédiées ; cette page n’a pas vocation à en fabriquer des doublons.

En reliant des réalisations séparées par plusieurs décennies, la carrière de Tench offre un fil conducteur plus intéressant que celui d’une simple apparition. Elle montre la capacité de Ringo à solliciter des musiciens issus de son réseau californien, tout en modifiant les producteurs, les auteurs et les contextes d’enregistrement. Les réseaux personnels ne sont pas, à eux seuls, des preuves de présence sur un master : seuls les crédits et les témoignages concordants permettent d’établir chaque participation.

La question du son : ce que l’on peut affirmer et ce que l’on ne peut pas

Les claviers de Tench peuvent être décrits par leur fonction musicale — fond harmonique, ponctuation, réponse à la voix, liaison entre couplets et refrains — mais les attributions techniques doivent rester mesurées. Un orgue Hammond identifié dans une liste de personnel ne donne pas automatiquement le modèle, la cabine, l’amplification, les haut-parleurs Leslie utilisés ou le réglage des tirettes. De même, une partie de piano créditée n’indique pas nécessairement s’il s’agit d’un piano à queue, droit, acoustique ou échantillonné lorsqu’aucun document complémentaire ne l’explicite.

Cette prudence n’appauvrit pas l’analyse ; elle permet au contraire de séparer la contribution certaine d’un musicien de la reconstitution hypothétique de ses gestes. Un véritable portrait artistique doit rendre intelligible la place du musicien dans les arrangements, tout en respectant les limites de ce qui est établi.

Bilan et navigation documentaire

Benmont Tench appartient à la famille des collaborateurs de Ringo Starr dont le travail est davantage perceptible que médiatisé. Les cinq plages de Time Takes Time représentent un ensemble solide et précisément identifié, auquel s’ajoutent des retrouvailles ultérieures à examiner sans les confondre. L’intérêt historique de son parcours se situe à l’intersection du rock américain, du métier de musicien de studio et de la manière dont Ringo s’entoure d’interprètes expérimentés pour faire exister son propre répertoire.

Pour poursuivre : l’atlas de Time Takes Time, la monographie Don Was, les studios de 1980 à 1999 et la sessionographie du dossier. Les notices par chanson servent à préciser l’instrument et la version concernés, cette synthèse servant à comprendre la trajectoire du collaborateur.

Comparer la section rythmique et les guitares : James « Hutch » Hutchinson, cinq titres à la basse ; Mark Goldenberg, trois titres à la guitare ; Michael Landau, trois autres titres à la guitare. La répartition montre la continuité du groupe Don Was et la rotation des guitaristes.

Benmont Tench : un clavier pour plusieurs générations de l’entourage de Ringo

La présence de Benmont Tench sur Time Takes Time permet de rapprocher le retour discographique de Ringo Starr en 1992 de la tradition américaine des groupes de rock construits autour d’une section rythmique stable. Connu pour son travail avec Tom Petty and the Heartbreakers, Tench apporte des claviers et, sur « In a Heartbeat », un harmonium dont la couleur contraste avec des instruments plus brillants. Les cinq chansons produites par Don Was doivent être distinguées du reste de l’album, partagé entre Phil Ramone, Jeff Lynne et Peter Asher. La présence de Tench dans l’équipe Was ne permet donc pas de l’inscrire sur les dix pistes.

« I Don’t Believe You » relie Ringo à l’écriture d’Andy Sturmer et Roger Manning, tandis que « What Goes Around » conclut l’album sur un autre vocabulaire harmonique. Dans ces deux morceaux, la valeur des claviers tient à leur dialogue avec le chant, la basse et les guitares. Un détail de son peut résulter de la manière de jouer, d’un choix d’instrument ou d’une décision de mixage ; sans document de séance, il serait imprudent de l’attribuer exclusivement à Tench. La carrière du claviériste se poursuit bien au-delà du disque de 1992, mais chaque collaboration ultérieure avec Ringo demande une datation et un crédit propres.

Un réseau, pas une formation unique

Pour comprendre les chansons de l’équipe Don Was, rapprocher les auteurs issus de Jellyfish, le travail technique d’Ed Cherney et la production de Don Was.

Benmont Tench : un claviériste américain dans le retour discographique de Ringo

Benmont Tench apporte à Time Takes Time la sensibilité d’un musicien expérimenté, connu notamment pour son travail dans Tom Petty and the Heartbreakers. Sa participation doit être comprise à travers les cinq morceaux dirigés par Don Was, et non étendue aux dix chansons de l’album. « I Don’t Believe You », composée par Andy Sturmer et Roger Manning, et « What Goes Around », placé à la fin du programme, lui offrent des contextes différents. Sur « In a Heartbeat », l’harmonium ajoute une couleur soutenue et organique à une production déjà riche en chœurs.

Une touche de clavier peut remplir plusieurs fonctions dans un arrangement : établir une harmonie, épaissir un refrain ou prolonger la résonance du chant. La partition exacte de Tench et les éventuels overdubs ne peuvent toutefois être reconstruits sans documents de travail. Le crédit d’un interprète et les décisions de mixage appartiennent à des niveaux distincts. La carrière ultérieure du musicien dans l’entourage de Ringo doit elle aussi être documentée en séparant chaque titre et chaque édition commerciale.

Un réseau d’instrumentistes à reconstituer

L’étude de l’ingénieur Ed Cherney précise le cadre technique ; celle de Sturmer et Manning décrit l’apport des auteurs et choristes. Ces monographies éclairent les mêmes masters, sans les compter plusieurs fois.