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Le son du All-Starr Band de 1989 : trois batteurs, deux claviéristes et les solistes
De Jim Keltner à Dr. John, la première formation de Ringo Starr est surtout une histoire d’orchestration : comment faire cohabiter neuf fortes personnalités sans effacer leur son d’origine ?
Pourquoi l’effectif de 1989 n’est pas un groupe ordinaire
Sur l’affiche de 1989 figurent des musiciens capables, pour plusieurs d’entre eux, de remplir une salle à leur nom. C’est précisément le pari du All-Starr Band : transformer des individualités autonomes en accompagnateurs temporaires des chansons des autres. Cette discipline collective est aussi importante que le prestige des célébrités réunies autour de Ringo.
La sélection ne répond pas à une école musicale unique. Le funk de Billy Preston, le piano néo-orléanais de Dr. John, le rock à guitares de Joe Walsh et Nils Lofgren, le son americana de The Band et le saxophone de Clarence Clemons imposent des timbres différents. La programmation invite donc les musiciens à changer de rôle selon le morceau.
La triple batterie : Starr, Helm et Keltner
Ringo Starr, Levon Helm et Jim Keltner font partie de la première formation. Leur réunion représente l’un des traits les plus inhabituels du projet. Helm apporte l’expérience du chant depuis la batterie dans The Band ; Keltner est réputé pour une grande souplesse de jeu en studio ; Ringo place le battement régulier au cœur du spectacle tout en venant devant la scène pour chanter.
Il faut toutefois distinguer trois batteurs présents dans la formation et trois batteries nécessairement jouées à chaque instant. Les personnels de concerts n’indiquent ni qui tient les baguettes pendant un couplet donné ni si un passage repose sur des percussions auxiliaires. Cette distribution réclame l’examen d’une captation identifiable et la comparaison avec les pièces sonores publiées.
Preston et Dr. John : deux traditions du clavier
Billy Preston possède une trajectoire exceptionnelle entre gospel, soul, rock et collaborations avec les Beatles. Ses chansons dans la tournée, notamment Will It Go Round in Circles et That’s the Way God Planned It, reposent sur un vocabulaire de clavier et une conception rythmique qui lui sont propres. Dr. John arrive avec l’influence de La Nouvelle-Orléans, dont la syncope et l’accent blues changent l’allure de la soirée.
La coexistence de ces deux pianistes-claviéristes ne signifie pas qu’ils tiennent en permanence des parties équivalentes. La richesse du groupe permet, au contraire, de réserver certains couleurs à un passage et de laisser davantage de place au chanteur invité. Les crédits des disques originaux de leurs chansons ne sont pas interchangeables avec la répartition de l’orchestre de Ringo.
Les guitares comme langage commun
Joe Walsh apporte des œuvres liées à sa carrière avec les Eagles et en solo ; Nils Lofgren, du E Street Band, impose un autre mélange de guitare mélodique et de virtuosité. Rick Danko, principalement bassiste, peut également intervenir à la guitare. Cette polyvalence favorise les échanges de rôles qui constituent la grammaire du All-Starr Band.
Life in the Fast Lane, Shine Silently et Rocky Mountain Way ne mobilisent pas les mêmes harmonies, ni le même rapport à la distorsion. Pourtant, ils tiennent tous dans le même programme grâce à un noyau de musiciens capable de se plier à plusieurs styles. Le résultat n’est pas la reconstitution littérale d’un disque des Eagles ou d’un concert de Springsteen : c’est une adaptation propre à l’effectif de 1989.
Le saxophone de Clarence Clemons, une signature
Clemons arrive avec une présence scénique associée au son du E Street Band. Il ne sert pas seulement à épaissir les refrains : You’re a Friend of Mine, succès enregistré avec Jackson Browne, lui offre un espace de chanteur et d’instrumentiste. Quarter to Three renvoie, pour sa part, à la tradition du rhythm and blues dont le saxophone est une voix essentielle.
La question de l’auteur importe autant que celle du solo. Quarter to Three ne devient pas une œuvre de Clarence Clemons parce qu’il la joue avec Ringo ; comme les reprises des Beatles présentes au programme, elle garde son histoire et ses crédits antérieurs.
Ce que le son révèle du concept
Trois décennies avant les formations très stabilisées des années 2010, Ringo invente dès 1989 une manière de faire voyager la mémoire du rock. Chaque artiste conserve une partie de son répertoire et accepte de devenir musicien de soutien pour son voisin. C’est un spectacle d’échanges, pas une série de mini-récitals juxtaposés.
Pour étudier une chanson de cette époque, il faut consulter successivement son premier enregistrement, la setlist du concert daté, les témoignages visuels et les éditions live existantes. Sans cela, l’historien risque de confondre l’arrangement de 1989 avec une version de studio parfois publiée vingt ans auparavant.
La critique de Los Angeles : le prestige des musiciens ne garantit pas la complexité du jeu
Les concerts californiens de septembre 1989 permettent de soumettre la triple batterie à un examen critique. Dans sa chronique du Greek Theatre publiée le 4 septembre, Mike Boehm relève que la présence simultanée de Ringo Starr, Levon Helm et Jim Keltner ne produit pas automatiquement un accompagnement plus inventif. Ce jugement, parfois sévère, éclaire une question importante pour l’histoire du groupe : réunir trois instrumentistes exceptionnels n’équivaut pas à leur donner trois parties indépendantes, ni à imaginer un arrangement conçu pour mettre chacun en valeur.
Le même critique reconnaît à Billy Preston un apport d’énergie particulièrement évident et décrit le duo avec Clarence Clemons sur « You’re a Friend of Mine » comme un moment marquant. Il souligne également l’efficacité de la séquence de Dr. John sur « Iko Iko » et les harmonies issues de la complicité de Levon Helm et de Rick Danko. Il faut donc éviter deux raccourcis opposés : présenter la formation comme une réussite sonore automatique parce qu’elle réunit des vedettes, ou réduire sa musique à un simple accompagnement sans personnalité. Le reportage montre des différences de qualité, de couleur et d’impact entre les chansons.
Les batteurs supplémentaires et le cas de Zak Starkey
Les notes contemporaines indiquent aussi des interventions de Zak Starkey lorsque son père passe à l’avant-scène. Sa présence ponctuelle ne transforme pas pour autant Zak en membre régulier de la première formation au même titre que Keltner ou Helm. Elle illustre la fluidité du dispositif et les besoins de transition entre les rôles de Ringo. Pour identifier la distribution de chaque morceau du Greek Theatre, il faut distinguer l’effectif annoncé, les images d’une date déterminée et les crédits d’un montage commercial publié ultérieurement.
La section rythmique, une singularité de 1989
Ringo, Levon Helm et Jim Keltner appartiennent à trois traditions de jeu différentes. Helm est connu pour la façon dont il chante à la batterie au sein de The Band ; Keltner a une longue carrière de séances ; Ringo tient au premier plan le répertoire des Beatles. Leur réunion ouvre plusieurs possibilités rythmiques.
Crédits des chansons, performances et archives à confronter
Cette formation possède également deux claviéristes porteurs de leur propre répertoire : Billy Preston chante Will It Go Round in Circles et Dr. John présente Such a Night. L’identification des batteurs par chanson exige une vidéo datée : la présence de trois noms sur l’affiche ne prouve pas que les trois jouent simultanément chaque titre.
Fiches musicales associées : will it go round in circles · such a night · the weight. Le calendrier des représentations est également répertorié dans la rubrique interne consacrée à cette tournée.
Étude encyclopédique associée
Compléter cette notice par Les œuvres et l’identité des musiciens de 1989, publiée dans la rubrique historique du All-Starr Band.












