Ringo Starr et le All-Starr Band, illustration des études historiques
Ringo Starr et le All-Starr Band, illustration des études historiques

L’ouverture d’une tournée : un événement à part entière

Une soirée inaugurale est bien davantage que le premier élément d’un calendrier. Elle présente un nouvel effectif au public, confronte le programme aux contraintes réelles de la scène et constitue parfois le point de départ de captations ou de comptes rendus musicaux. Le All-Starr Band est particulièrement intéressant à étudier sous cet angle, car il ne possède pas un orchestre permanent : chaque formation rassemble des artistes dont les répertoires individuels contribuent à redéfinir le spectacle. La première date permet donc de comprendre une intention, mais aussi la différence entre le programme annoncé et celui effectivement joué.

Dans une encyclopédie, l’expression « concert inaugural » doit toujours se rapporter à une formation précise. Le premier spectacle de la première formation a lieu en 1989 ; celui de la huitième en 2003. Il faut de même distinguer la première soirée d’une tournée annuelle et la première soirée d’une formation qui peut rester active plusieurs années. Enfin, lorsqu’un début est prévu puis reporté, c’est la première représentation jouée qui fait foi pour la concertographie, tandis que l’annonce initiale demeure un document de préparation.

23 juillet 1989 : Dallas et l’invention du concert collectif

Le premier All-Starr Band débute le dimanche 23 juillet 1989 au Park Central Amphitheatre de Dallas, au Texas. Huit invités accompagnent Ringo Starr : Joe Walsh, Nils Lofgren, Clarence Clemons, Dr. John, Billy Preston, Rick Danko, Levon Helm et Jim Keltner. La réunion donne une place exceptionnelle aux musiciens issus des Eagles, de l’E Street Band, de The Band, du rhythm and blues de La Nouvelle-Orléans et du gospel. Le spectacle inaugure le principe du passage de témoin entre solistes : Ringo chante plusieurs de ses succès, puis ses partenaires prennent chacun leur tour le premier plan.

La fiche historique de Dallas documente une ouverture avec It Don’t Come Easy, No No Song et Yellow Submarine, avant les interventions de Dr. John et des autres membres. L’enchaînement de plusieurs œuvres de Dr. John doit être traité avec précaution : certaines listes les présentent comme un segment continu plutôt que comme trois numéros nettement séparés. Il serait imprudent de transformer le programme de Dallas en set-list exacte de l’ensemble des représentations nord-américaines et japonaises de 1989.

2 juin 1992 : une deuxième formation renouvelée

La seconde formation entre en scène le 2 juin 1992 à Sunrise, en Floride. Joe Walsh et Nils Lofgren assurent une certaine continuité avec 1989, mais l’arrivée de Todd Rundgren, Dave Edmunds, Burton Cummings, Timothy B. Schmit, Tim Cappello et Zak Starkey élargit considérablement les références musicales. L’orchestre réunit les univers des Eagles, de Poco, des Guess Who, d’Utopia et du rock’n’roll britannique.

La documentation conservée pour cette première date signale notamment Pretty Maids All in a Row dans les interventions de Joe Walsh et Love of the Common Man du côté de Todd Rundgren. Ces variations permettent de comprendre qu’un programme de tournée ne constitue pas une partition figée. À Montreux, quelques semaines plus tard, la liste documentée reflète une autre configuration de numéros individuels. Le travail de l’historien consiste à préserver ces différences, pas à forcer une prétendue set-list unique pour 1992.

1995 : l’ouverture japonaise de la troisième formation

La troisième formation commence son parcours en juin 1995 au Japon. Ringo est entouré de Randy Bachman, Mark Farner, Billy Preston, Felix Cavaliere, John Entwistle, Zak Starkey et Mark Rivera. Le choix d’un début de tournée asiatique est significatif : le marché japonais connaît déjà Ringo comme ancien Beatle et conserve une mémoire des passages antérieurs du All-Starr Band. La composition musicale n’a pourtant plus rien à voir avec celle du premier orchestre de 1989.

La tournée juxtapose alors les Who, Grand Funk Railroad, Bachman–Turner Overdrive, les Rascals et les succès de Billy Preston. Les titres Boris the Spider, Takin’ Care of Business, Some Kind of Wonderful et Good Lovin’ renvoient à quatre histoires de composition distinctes. Le début japonais ne doit pas être documenté au moyen d’un programme américain postérieur simplement parce qu’une partie de ces chansons a été conservée. Chaque spectacle inaugural demande sa propre liste datée.

28 avril 1997 : Seattle et la quatrième formation

La quatrième formation inaugure sa tournée le 28 avril 1997 à Seattle. Autour de Ringo, Peter Frampton, Gary Brooker, Jack Bruce, Simon Kirke et Mark Rivera donnent une forte identité de rock britannique au projet. Cream, Procol Harum, Humble Pie, Free et Bad Company constituent les principales lignées qui nourrissent ce répertoire. L’équipe est plus resserrée que celle de 1995, mais chaque artiste dispose d’une personnalité instrumentale et vocale affirmée.

Cette ouverture permet d’observer une transformation de la forme musicale. Les chansons de Frampton apportent une place importante aux guitares ; celles de Brooker donnent du relief au piano et à l’orgue ; le répertoire de Cream valorise la basse et la voix de Bruce ; Kirke contribue à la batterie et à des œuvres associées à Free et Bad Company. Les numéros ne doivent pas être attribués aux anciens groupes comme s’ils avaient accompagné Ringo : ce sont les musiciens de la quatrième formation qui les jouent sur scène.

12 février 1999 : Atlantic City inaugure la cinquième équipe

Le 12 février 1999, le Taj Mahal Casino d’Atlantic City accueille la première date de la cinquième formation. Ringo partage désormais l’affiche avec Todd Rundgren, Jack Bruce, Gary Brooker, Tim Cappello et Simon Kirke. La comparaison avec 1997–1998 révèle des continuités fortes — Bruce, Brooker et Kirke restent présents — mais aussi l’arrivée de Rundgren et Cappello, qui modifie les solos, les arrangements et les chansons proposées au public.

La fiche de cette soirée conserve un programme qui débute par It Don’t Come Easy et Act Naturally, avant l’intervention de Gary Brooker sur Whisky Train. Ces trois titres illustrent immédiatement la formule : Ringo présente sa carrière, puis un membre du groupe reprend le micro. Le 13 février, le même complexe accueille une deuxième représentation, à conserver comme une fiche de concert distincte. Une résidence ou deux concerts dans un casino ne doivent pas être assimilés à une soirée unique.

12 mai 2000 : retour à Atlantic City, mais nouvelle formation

Le 12 mai 2000, le Trump Taj Mahal d’Atlantic City accueille la première soirée de la sixième formation. Jack Bruce et Simon Kirke demeurent, mais Eric Carmen, Dave Edmunds et Mark Rivera rejoignent Ringo. L’ensemble se distingue ainsi de la tournée de 1999, même si la ville et le complexe de spectacle sont similaires. Cette proximité des lieux représente un piège documentaire : la répétition d’une appellation de salle n’implique pas la continuité de tous les musiciens.

La fiche précise que la participation de Billy Preston fut envisagée sans aboutir à son inclusion dans les six musiciens qui réalisent la tournée. Ce détail montre pourquoi une affiche préparatoire ne doit pas être traitée comme une liste définitive de personnes présentes sur scène. Le programme ouvre avec It Don’t Come Easy et Act Naturally, puis donne notamment place à Hungry Eyes, associé à Eric Carmen. Le déroulement réel d’un concert doit donc primer sur les projets de distribution.

26 juillet 2001 : Casino Rama et la septième formation

Le 26 juillet 2001, Casino Rama, en Ontario, inaugure la septième formation : Ringo, Ian Hunter, Roger Hodgson, Greg Lake, Howard Jones, Mark Rivera et Sheila E. Il s’agit d’un changement stylistique considérable. Le rock progressif de King Crimson et d’Emerson, Lake & Palmer, la pop de Supertramp, la synth-pop de Howard Jones et le funk de Sheila E. sont désormais réunis dans un orchestre de tournée.

La set-list de la soirée commence par Photograph et Act Naturally, puis présente In the Court of the Crimson King au chant de Greg Lake. Cet enchaînement montre à quel point les concerts peuvent passer rapidement de la chanson de Ringo à une pièce issue du rock progressif. Il serait cependant erroné de classer In the Court of the Crimson King comme œuvre de Ringo ou d’assimiler la version du concert à l’enregistrement de King Crimson réalisé en 1969.

24 juillet 2003 : Casino Rama avec six musiciens

Le huitième All-Starr Band inaugure sa tournée le 24 juillet 2003 au Casino Rama, près d’Orillia, avec Colin Hay, Paul Carrack, John Waite, Mark Rivera et Sheila E. autour de Ringo. Le groupe est plus compact que celui de 2001 ; il mise sur la polyvalence des accompagnateurs. L’ouverture documentée donne It Don’t Come Easy, Honey Don’t, puis Memphis in Your Mind, morceau issu du nouvel album Ringo Rama.

L’intervention suivante de Paul Carrack sur How Long matérialise le passage de témoin entre le chanteur principal et ses invités. Cette date possède un intérêt discographique supplémentaire : elle est à l’origine de la publication Tour 2003, parue l’année suivante. La distinction entre concert-source de 2003 et objet édité en 2004 doit rester explicite, car elle garantit que les crédits correspondent au bon effectif.

14 juin 2006 : première soirée de la neuvième formation

Le 14 juin 2006, Casino Rama accueille encore un départ de tournée. Cette fois, Ringo est accompagné de Billy Squier, Richard Marx, Hamish Stuart, Rod Argent, Edgar Winter et Sheila E. Le groupe rassemble des répertoires associés aux Zombies, à Argent, à l’Average White Band et à plusieurs succès rock des années 1980. Le concert comporte deux claviéristes de premier plan et une section rythmique dans laquelle Sheila E. permet à Ringo d’alterner batterie et chant.

La fiche documente une ouverture particulière, enchaînant With a Little Help from My Friends et It Don’t Come Easy, avant What Goes On. Il s’agit d’une différence importante par rapport à l’habitude de réserver le grand hymne collectif à la conclusion. Le catalogue doit respecter cet enchaînement attesté pour la soirée plutôt que réordonner automatiquement les chansons afin de reproduire un schéma considéré comme plus fréquent.

19 juin 2008 : première de la dixième formation à Niagara Falls

La dixième formation inaugure ses concerts le 19 juin 2008 à l’Avalon Ballroom du Fallsview Casino Resort, à Niagara Falls, en Ontario. La distribution est composée de Ringo, Billy Squier, Colin Hay, Hamish Stuart, Gary Wright, Edgar Winter et Gregg Bissonette. Les changements par rapport à 2006 sont majeurs : Colin Hay, Gary Wright et Bissonette deviennent des membres réguliers, tandis que Richard Marx, Rod Argent et Sheila E. ne font plus partie de cette équipe.

La fiche conserve une prudence rare au sujet du final : les comptes rendus de Bill King et Jane Stevenson ne permettent pas de confirmer de manière égale une interprétation complète de Back Off Boogaloo. La localisation est également importante : malgré l’ancienne terminaison de l’URL contenant « casino-rama-orillia », le contenu corrigé désigne Fallsview à Niagara Falls. Changer l’adresse casserait un lien historique ; conserver le lieu correct dans le titre et le corps est la solution documentaire appropriée.

24 juin 2010 : Fallsview, pas Casino Rama

La onzième formation débute le 24 juin 2010 à l’Avalon Theatre du Fallsview Casino Resort de Niagara Falls. Ringo est entouré de Rick Derringer, Wally Palmar, Richard Page, Gary Wright, Edgar Winter et Gregg Bissonette. Le spectacle conserve certaines continuités avec 2008, notamment Wright, Winter et Bissonette, mais le répertoire change sous l’influence de Derringer, des Romantics et de Mr. Mister.

La page du 24 juin présente déjà une note éditoriale indiquant que la localisation historique « Casino Rama, Orillia » du manuscrit a été corrigée en faveur de Fallsview. L’URL ancienne reste conservée. Ce cas démontre que la cohérence d’un site encyclopédique ne peut pas être obtenue par une migration automatique des permaliens : il faut séparer l’identifiant technique hérité de l’événement historique. Le 25 juin, une deuxième soirée dans le même complexe dispose de sa propre fiche.

Comparaison : les lieux récurrents ne constituent pas des concerts identiques

En confrontant ces premières soirées, plusieurs permanences apparaissent. Atlantic City revient au calendrier en 1999 et 2000 ; Casino Rama accueille des départs en 2001, 2003 et 2006 ; Fallsview occupe cette fonction en 2008 et 2010. Mais les artistes ne sont jamais interchangeables. La récurrence d’une salle relève d’une stratégie de tournée ; elle ne crée pas un orchestre permanent ni une chanson automatiquement jouée lors de chaque ouverture.

Cette étude repose sur une séparation des champs : date de la prestation, nom de salle retenu pour l’année, ville réelle, formation, membres annoncés, absences constatées, répertoire documenté et publications issues de l’enregistrement. Les pages de concert font autorité pour chaque représentation, tandis que les notices de disques décrivent les objets publiés. C’est cette discipline qui permet de comparer des spectacles sur plus de vingt ans sans fabriquer des doublons.

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Retrouver les concerts datés et leurs programmes, les musiciens, les histoires des chansons et la discographie live. Une set-list indicative ne remplace jamais les données d’une représentation particulière.

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