Vingt épisodes datés, sourcés et cités, de 1960 à 2015 — et pas un seul de ceux que tout le monde répète. L’harmonica chapardé à Arnhem qu’on entend sur « Love Me Do », la plaque gravée offerte à tante Mimi, les lunettes rondes nées d’un costume de cinéma, la Phantom V repeinte pour 290 livres et revendue 2,3 millions de dollars, les glands refusés en terre consacrée, le sac de Vienne, l’accident de Golspie, le concert de Toronto répété dans l’avion, la lettre à la Reine, Nutopie et son hymne de silence, l’OVNI daté et signé sur la pochette de Walls and Bridges, cinq ans de procédure d’expulsion, un élevage de holsteins et une guitare disparue pendant un demi-siècle. Avec, en prime, cinq anecdotes célèbres qu’il faudrait cesser de répéter telles quelles.
Avant le communiqué du 10 avril 1970, trois Beatles avaient déjà quitté le groupe : Ringo Starr en août 1968, George Harrison en janvier 1969, John Lennon en septembre 1969. Enquête sur les trois démissions que l’histoire officielle a longtemps rangées au rayon des anecdotes.
John Lennon admirait profondément Eric Clapton, au point d’envisager de l’intégrer aux Beatles en 1969. Leur collaboration s’est concrétisée à travers des performances mémorables, comme le Toronto Rock and Roll Revival avec le Plastic Ono Band. Lennon voyait en Clapton bien plus qu’un virtuose : un véritable alter ego musical, avec qui il partageait une vision novatrice du rock et de la scène.
John Lennon a admis regretter d’avoir crédité Paul McCartney pour Give Peace a Chance, une chanson qu’il avait créée avec Yoko Ono. Ce choix, issu d’un accord moral adolescent Lennon–McCartney et non d’un contrat légal, reflète les tensions, les rituels du duo et la transition vers sa carrière solo avec Yoko. L’évolution des crédits montre que la paternité musicale peut être fluide et que la musique transcende toujours les noms imprimés.
Avril 1970 : le monde retient une phrase de Paul McCartney et croit tenir une fin nette, propre, scénarisée. Sauf que la séparation des Beatles n’a rien d’un coup de tonnerre : c’est une usure, un quotidien qui se remplit d’argent, de non-dits et de rôles devenus incompatibles. Get Back, remis en chair par Peter Jackson, montre moins un “grand drame” qu’une dérive : le groupe se transforme en entreprise, l’amitié en contrat, la création en agenda. Depuis la mort de Brian Epstein, le centre de gravité manque ; Apple attire les opportunistes ; McCartney s’acharne à tenir la barre quand les autres n’ont plus envie d’être dirigés. George Harrison, lui, ne veut plus attendre son tour. Et quand la guerre Klein contre Eastman s’invite, la musique n’est plus un refuge mais un terrain miné. Dans cette atmosphère, Cold Turkey surgit comme un aveu brutal : Lennon n’a plus le goût du masque. Du rooftop d’Apple à la discipline glacée d’Abbey Road, c’est la même histoire : l’art tient, l’humain lâche. Et c’est précisément pour ça qu’elle fascine.
On connaît Lennon en poseur d’incendies : capable de brûler ses propres classiques, de transformer une interview en champ de bataille, de parler plus fort que la musique. Mais il existe un territoire où son cynisme s’arrête net : Yoko Ono. À l’automne 1969, alors que les Beatles se disloquent et que la Plastic Ono Band invente une autre manière d’être rock, Lennon défend bec et ongles un morceau relégué sur l’autre face de “Cold Turkey”. Cette B-side, “Don’t Worry Kyoko”, n’est pas un caprice d’avant-garde : c’est une transe, un exorcisme, le cri d’une mère privée de sa fille, Kyoko, disparue dans une guerre de garde. Et Lennon, pour une fois, ne joue pas au provocateur : il met son nom au service de cette voix qui dérange, allant jusqu’à la comparer à l’étincelle originelle du rock’n’roll. Pourquoi ce disque a-t-il été rejeté, moqué, puis lentement réhabilité ? Que dit-il du couple Lennon/Ono, de la haine confortable, et de ce moment où la musique devient une question de survie ? On retourne le 45-tours, et tout s’éclaire.
Le 15 décembre 1969, John Lennon et George Harrison partagent la scène au Lyceum Ballroom de Londres pour un concert caritatif exceptionnel au profit de l’UNICEF. Entourés d’un Plastic Ono Band surdimensionné incluant Eric Clapton, Billy Preston et Yoko Ono, ils livrent une performance audacieuse entre rock, expérimentation sonore et message pacifiste. Ce concert historique marque la dernière apparition scénique de Lennon au Royaume-Uni et révèle l’esprit libre de la scène post-Beatles.
Avec « Cold Turkey », John Lennon signe un manifeste brut contre l’addiction et la répression. En rupture avec les Beatles, il expose l’abstinence sans détour, mêlant douleur physique et critique sociale. Ce titre, aussi viscéral qu’avant-gardiste, marque sa mue artistique et inaugure l’esthétique dépouillée du Plastic Ono Band.
Paru en octobre 1975, « Shaved Fish » assemble onze 45-tours (1969-1974) dans des edits fidèles aux singles, voulus par Lennon pour sauver des masters égarés. De « Give Peace a Chance » à « #9 Dream », le disque juxtapose slogans, confession et pop universelle, avec un final cousu entre « Happy Xmas » et un refrain live. Pochette-grille iconique (Roy Kohara/Michael Bryan), UK n°8, US n°12 : un instantané qui referme la période militante avant le retrait new-yorkais.
Le coffret « Power To The People (Super Deluxe Edition) », disponible le 10 octobre 2025, explore la période militante de John Lennon et Yoko Ono entre 1969 et 1972. Sur 12 disques et avec 90 inédits, il retrace leur engagement artistique et politique à New York, entre concerts, happenings, et enregistrements intimes. Supervision de Sean Ono Lennon, remixes soignés, documents rares et un livre de 204 pages renforcent l’immersion dans cette phase essentielle et controversée du duo.












