YELLOW-SUB / RINGO STARR AU-DELÀ DES BEATLES / NOTICE 430
Beneath the Waves : de Yellow Submarine aux photographies aquatiques de Ringo Starr
Another Day in the Life · notice IV · encre iridescente et photographie
← Sommaire général de Ringo Starr, artiste visuel
Beneath the Waves, quatrième estampe de la série Another Day in the Life, associe des photographies de mer, des ombres dans une piscine, des photogrammes d’animation et des images de Ringo interprétant Yellow Submarine au Japon. Le travail fait passer une chanson écrite dans les années Beatles au langage visuel d’un artiste photographe.
Beneath the Waves : trois régimes d’images réunis sur une feuille
Cette composition de la suite Another Day in the Life entrelace des vues aquatiques, la mémoire visuelle de Yellow Submarine et des éléments tirés de la vie scénique de Ringo Starr, notamment au Japon. Il ne s’agit pas d’une photographie prise en un lieu unique. L’estampe juxtapose des images provenant de contextes différents, dont l’association constitue précisément le travail créatif : le motif musical des années 1960 devient une construction graphique éditée bien plus tard.
Le film d’animation Yellow Submarine, les clichés photographiques et l’estampe ne possèdent pas les mêmes auteurs, dates ni supports. Les identifier séparément évite d’attribuer au batteur la réalisation de toutes les images anciennes utilisées comme références. La série imprimée est limitée à quarante exemplaires selon Genesis, avec des effets d’encre iridescente : ce sont des propriétés de l’édition matérielle, et non du film de 1968 ou de la chanson qui lui donne son horizon culturel.
Une composition aquatique qui traverse plusieurs médias
Le catalogue Genesis distingue quatre familles d’images : la mer, les ombres projetées dans une piscine, des vues empruntées à l’animation et Ringo sur scène au Japon. Ces composantes renvoient à des médiums différents, photographie de voyage, étude de lumière, dessin animé et documentation de concert. Le titre Beneath the Waves ne doit donc pas être réduit à une illustration littérale d’un sous-marin jaune : l’œuvre explore la perception de l’eau autant que le souvenir d’une chanson. Le montage relie plusieurs images sans prouver leur contemporanéité ni leur origine géographique commune.
La lumière comme matière de l’image
Les ombres au fond d’une piscine et les vues maritimes permettent d’étudier la manière dont Ringo s’intéresse aux phénomènes optiques sans nécessairement y placer une figure humaine. Les reflets, la variation de la transparence et les contrastes de surface peuvent rendre ambiguë la frontière entre photographie et dessin. L’éditeur ne décrit pas les appareils, les réglages ni la méthode de numérisation des vues ; une histoire technique ne peut donc affirmer que Ringo a utilisé un filtre particulier ou un appareil donné. Les effets visuels se lisent dans l’œuvre, mais leur fabrication reste à documenter.
Le dessin animé de Yellow Submarine, un autre auteur collectif
La mention d’images d’animation renvoie à une histoire visuelle produite par des équipes de créateurs et d’animateurs, distincte des prises de vue personnelles de Ringo. Leur incorporation dans un collage signé par le batteur n’en fait pas rétroactivement des dessins réalisés par lui pendant la production du film. Cette question de crédit est d’autant plus importante que l’iconographie de Yellow Submarine circule dans des ouvrages, objets promotionnels et estampes depuis 1968. Les photogrammes réemployés et la composition originale du montage relèvent de deux niveaux d’attribution distincts.
Japon : scène, mémoire familiale et réception d’une chanson
Genesis cite une photographie de Ringo interprétant Yellow Submarine sur une scène japonaise. L’éditeur rapporte également le souvenir de ses petits-enfants découvrant le morceau et l’associant à leur grand-père. Ces deux éléments structurent une temporalité intergénérationnelle : chanson des années 1960, interprétations ultérieures, mémoire familiale. En revanche, la fiche de l’estampe ne donne pas la date exacte du concert photographié ni le photographe de cette image. Il serait abusif d’annoncer une ville, une tournée ou un programme musical complet sans source supplémentaire.
Quarante exemplaires et passage d’encre iridescente
Beneath the Waves est une giclée archivale enrichie d’une sérigraphie à l’encre iridescente, imprimée sur papier Hahnemühle Photo Rag de 308 g/m², bords déchirés à la main, au format 40 × 50 cm. Le tirage est annoncé à quarante feuilles numérotées, toutes signées par Ringo ; un certificat numéroté signé par l’éditeur accompagne chaque exemplaire. L’effet de surface métallique ou changeant dépend de l’angle d’observation. Une reproduction sur écran ne peut en restituer ni la couche réelle ni la perception sous différentes lumières.
L’édition de 2019, distincte des souvenirs de 1968
La série de tirages est associée au livre Another Day in the Life et à un lancement entre novembre 2018 et janvier 2019. La présence de références à Yellow Submarine n’autorise pas à dater l’œuvre composite de 1968. Le catalogage doit garder d’un côté la date de création des images sources, lorsqu’elle est connue, de l’autre la mise en composition et enfin l’impression des exemplaires numérotés. Ce découpage chronologique garantit une notice qui parle à la fois de la musique et de la création visuelle sans les confondre.
Une œuvre qui juxtapose plusieurs mémoires visuelles
Beneath the Waves ne peut être ramenée à une simple illustration de Yellow Submarine. Elle rassemble des images appartenant à plusieurs contextes : la photographie personnelle, l’évocation du monde aquatique, les traces d’un univers d’animation créé collectivement et une prestation musicale plus tardive au Japon. Le titre peut unifier ces éléments sur le plan poétique, mais il ne permet pas de les attribuer à un seul auteur ni à une seule date. Cette pluralité est précisément l’un des traits remarquables de la pratique visuelle de Ringo Starr après les Beatles.
La dimension matérielle de l’édition importe autant que les motifs. Un passage d’encre iridescente ne produit pas nécessairement le même effet selon l’éclairage et l’angle d’observation, tandis qu’une reproduction numérique fige cet effet dans une seule apparence. La date de fabrication de l’estampe, son tirage et son procédé d’impression doivent donc être distingués des années auxquelles renvoient les photographies et les souvenirs utilisés dans sa composition.
Source primaire
Genesis Publications, Another Day in the Life, n° 4 « Beneath the Waves ».
Pour approfondir : catalogue des estampes · bibliographie critique.












