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Yellow-Sub.net · Piano et piano électrique · 1973–1974
Ringo Starr et Tom Hensley : Devil Woman, Husbands and Wives et deux pianos de studio
Deux participations avérées sur deux albums Apple : piano sur Devil Woman en 1973 et piano électrique sur Husbands and Wives en 1974.
Dans la constellation des musiciens de studio ayant entouré Ringo Starr au début de sa carrière solo, Tom Hensley occupe une place plus discrète que Billy Preston, Nicky Hopkins ou Dr. John. Ses contributions n’en sont pas moins identifiables à partir des génériques détaillés : il joue le piano sur « Devil Woman », enregistré pour l’album Ringo en 1973, puis le piano électrique sur « Husbands and Wives », reprise de Roger Miller incluse dans Goodnight Vienna en 1974. Le rapprochement de ces deux crédits permet de comprendre la diversité du travail instrumental que sollicitait le producteur Richard Perry, mais aussi les limites de ce que les livrets autorisent à affirmer.
L’existence d’un crédit général sur un album n’établit pas la présence d’un musicien sur chaque chanson. À l’inverse, les deux mentions conservées au niveau des enregistrements permettent de suivre un collaborateur pendant deux campagnes successives sans présumer de sa participation à d’autres titres. Cette enquête privilégie donc un petit nombre d’attributions sûres, expliquées avec précision, plutôt qu’une liste longue mais non démontrée.
Tom Hensley : l’expérience des studios au service de deux albums de Ringo
Tom Hensley est un pianiste, claviériste et arrangeur américain dont l’activité de session s’étend à plusieurs genres de musique populaire. Sa discographie l’associe notamment à des enregistrements de Neil Diamond, d’Andy Williams, de Helen Reddy et de musiciens issus de la scène californienne. Les catalogues de personnel le créditent au piano, aux claviers et, sur certains albums, à l’orgue ou à d’autres instruments. Ces collaborations sont utiles pour comprendre qu’il appartient au monde professionnel des studios plutôt qu’à un groupe permanent accompagnant Ringo Starr.
La mention de Hensley dans les albums de Ringo s’inscrit dans une économie musicale où les producteurs font appel à plusieurs spécialistes du même instrument. Leurs contributions peuvent être séparées par morceau, par journée ou par overdub. Dans les premières années 1970, Richard Perry réunit de tels musiciens autour de Starr et alterne accompagnements rock, chansons de revue, arrangements orchestraux et reprises empruntées à la country ou à la soul. Hensley n’assure pas une fonction générique de « claviériste de Ringo » : il intervient sur deux masters précis pour lesquels le personnel est décrit.
Cette distinction ne vise pas à minimiser le rôle du musicien, mais à en respecter la nature. Une prise de piano peut être importante sans que son auteur figure sur la pochette parmi les invités les plus célèbres. De même, la crédibilité de l’enquête ne dépend pas d’une anecdote spectaculaire : le relevé exact de l’instrument et de la chanson constitue déjà une donnée de valeur encyclopédique.
« Devil Woman » (1973) : Tom Hensley au piano, Jim Keltner à la seconde batterie
« Devil Woman » est une composition de Ringo Starr et Vini Poncia, publiée sur l’album Ringo en novembre 1973. Le générique de la chanson distingue Tom Hensley au piano, Jimmy Calvert à la guitare, Klaus Voormann à la basse, Milt Holland aux percussions et Ringo Starr à la voix et à la batterie. Jim Keltner assure une seconde batterie. Tom Scott et Chuck Findley sont crédités aux cuivres, Scott intervenant également comme arrangeur de cette section. Cette répartition permet de situer le jeu de Hensley dans un ensemble plus dense qu’une formation rock réduite au piano, à la guitare, à la basse et à la batterie.
La mention de Tom Hensley ne doit pas être remplacée par celle de Nicky Hopkins ou de Billy Preston au motif que ces derniers figurent eux aussi sur le personnel général de Ringo. Hopkins accompagne « Photograph », « Step Lightly » et d’autres chansons documentées, tandis que Preston joue notamment sur « I’m the Greatest » et « Oh My My ». Chaque nom renvoie à des prestations instrumentales différentes. Une fiche de master qui écrirait simplement « piano : Nicky Hopkins / Billy Preston / Tom Hensley » sans répartition par titre risquerait de faire croire que les trois artistes participent simultanément à « Devil Woman ».
Le morceau se caractérise par l’intégration d’une section de cuivres à une base rythmique comportant deux batteurs. Mais l’existence de deux parties de batterie ne permet pas, en l’absence des multipistes, de répartir avec certitude chaque frappe entendue entre Ringo et Keltner. Le même principe vaut pour Hensley : la présence d’un crédit au piano établit son intervention, non le type de piano, les microphones utilisés ou la chronologie exacte des overdubs.
Mars–juillet 1973 : dates du master et limites de l’attribution
Les relations de musiciens publiées par MusicBrainz associent Tom Hensley à « Devil Woman » sur une période allant du 8 mars au 11 juillet 1973. Il s’agit d’un intervalle de travail sur l’enregistrement, non d’une preuve que le pianiste se trouvait en studio chaque jour. Les données de personnel, les lieux et les étapes de prise doivent être confrontés à des documents distincts, notamment aux archives de Sunset Sound et de Producers Workshop, avant de préciser le moment exact de son intervention.
Pour la recherche discographique, cet intervalle est néanmoins utile. Il rattache Hensley au master de la chanson, plutôt qu’à une édition rétrospective. Il permet aussi de distinguer les premières prises réalisées au printemps des opérations de finition achevées durant l’été. Une date de publication de single ou de compilation, en revanche, ne saurait être substituée à ces repères sans produire une erreur historique.
En 1973 et 1974, « Devil Woman » figure aussi sur la face B de certains exemplaires du single « You’re Sixteen ». Cette présence ne correspond pas à une nouvelle composition ni à un nouvel enregistrement du piano de Hensley. Les variantes de pressages relèvent de l’histoire éditoriale du même master, jusqu’à preuve d’une prise ou d’un mix différent. Le catalogue des collaborations doit donc conserver une seule contribution instrumentale identifiée et rattacher les supports qui la reproduisent.
« Husbands and Wives » (1974) : une reprise de Roger Miller au piano électrique
Sur Goodnight Vienna, quatrième album solo de Ringo Starr, Tom Hensley est crédité au piano électrique sur « Husbands and Wives ». La chanson n’est pas une composition du batteur : elle est écrite par Roger Miller, qui l’a enregistrée et publiée en 1966. Son texte aborde les tensions au sein du couple sur une pulsation de valse ; la reprise de Ringo transpose le morceau dans l’esthétique arrangée de Richard Perry. L’auteur originel, l’interprète de 1974 et le pianiste de studio doivent être décrits séparément.
Les crédits de MusicBrainz recensent Ringo au chant, Hensley au piano électrique, Richard Bennett pour un solo de guitare électrique, Lon Van Eaton et Vini Poncia aux guitares acoustiques et Carl Fortina à l’accordéon. Vini Poncia assure également des chœurs. L’instrumentation diffère de celle de « Devil Woman » : le second morceau associe piano électrique, accordéon et guitare soliste à la reprise d’un répertoire country, alors que le premier repose sur une section rythmique rock et des cuivres.
La présence de Carl Fortina apporte une couleur caractéristique à la chanson, mais son accordéon ne doit pas être confondu avec le piano électrique de Hensley. La fiche de « Husbands and Wives » constitue à cet égard un modèle pour la gestion des instruments de la famille des claviers : piano électrique et accordéon possèdent des timbres, des modes de jeu et des personnes créditées différents. Le mot général « keyboards » pourrait faciliter une recherche, mais il serait trop imprécis comme unique définition des rôles sur ce master.
Dans les documents de session disponibles, les travaux sur la chanson se situent entre le 29 juillet et le 1er octobre 1974, avec une prise documentée aux studios Sunset Sound à la fin juillet. Ces bornes ne fixent pas la journée d’enregistrement de chaque overdub de piano ou d’accordéon. La prudence s’impose d’autant plus que l’album a connu plusieurs étapes de production et de mixage à Los Angeles.
Du piano acoustique au piano électrique : une évolution qui ne doit pas être surestimée
Le passage du crédit « piano » sur « Devil Woman » à « electric piano » sur « Husbands and Wives » est une différence documentaire réelle. Il ne faut cependant pas en déduire que Tom Hensley aurait définitivement abandonné le piano acoustique à partir de 1974, ni que les deux instruments sont enregistrés avec le même équipement. Les données disponibles établissent l’instrument sur ces deux masters ; elles ne permettent pas de reconstituer l’intégralité des pratiques du claviériste pendant une décennie.
À travers ces deux enregistrements se dessine une autre continuité, moins spectaculaire mais historiquement forte : Richard Perry privilégie les qualités des musiciens de studio dont il connaît la capacité d’adaptation. Hensley passe d’une chanson originale de Ringo et Poncia à une reprise de Roger Miller. Ce n’est pas le même environnement instrumental ni le même matériau d’auteur, mais le producteur conserve un recours possible à un pianiste professionnel pour donner une cohérence au résultat.
On ne peut pas non plus conclure que Hensley a écrit les arrangements des chansons parce qu’il joue l’instrument harmonique. L’écriture, la réalisation, l’instrumentation et les parties orchestrales restent des fonctions à créditer indépendamment. Quand la pochette ne distingue pas leur répartition exacte, la fiche ne doit pas combler l’absence d’information par une hypothèse présentée comme certaine.
Deux masters, plusieurs supports : la question des rééditions Apple et Capitol
Ringo et Goodnight Vienna ont été publiés en vinyle, puis réédités sur plusieurs formats et dans différents territoires. Les CD des années 1990 peuvent contenir des chansons bonus enregistrées à d’autres dates, et les compilations reprennent volontiers certains succès des deux albums. La présence du nom de Tom Hensley dans un livret de réédition n’ajoute pas nécessairement une nouvelle séance à sa discographie : il faut déterminer à quelle chanson du programme se rapporte le crédit.
Cette distinction est particulièrement importante pour les lecteurs qui croisent les répertoires de Ringo et de Goodnight Vienna. Un bonus peut faire figurer sur une réédition de 1974 un enregistrement antérieur ; un intitulé de compilation peut présenter « Devil Woman » parmi les « meilleurs titres » du chanteur. Le catalogue des collaborateurs doit lier chaque édition au bon master et conserver la chronologie propre à celui-ci.
Le rapprochement Hensley–Starr ne doit donc pas être étendu automatiquement à l’ensemble des albums des années 1970. Une attribution supplémentaire serait bienvenue si un crédit original ou un document de studio l’établissait, mais la présente enquête retient pour l’instant les deux prestations précisément répertoriées, avec leurs instruments différents. C’est une limitation volontaire, conforme à l’objectif de fiabilité d’une encyclopédie des sessions.
Établir un crédit sans fabriquer une discographie
Les bases comme MusicBrainz permettent de relier un artiste, son instrument, un titre, des dates de travail sur le master et des supports publiés. Cette structuration est précieuse pour repérer les contradictions possibles. Elle doit néanmoins être confrontée aux génériques d’origine, à la documentation technique et, lorsque celle-ci existe, au témoignage de musiciens ou de producteurs. Un site discographique n’est pas en lui-même un registre de présence au studio établi par l’ingénieur du son.
Le bilan critique peut être formulé simplement : « Devil Woman » comporte un piano attribué à Tom Hensley ; « Husbands and Wives » comporte un piano électrique attribué au même musicien. Les auteurs, les autres instrumentistes et les dates du master sont identifiés sans transformer le nom de Hensley en crédit sur toutes les chansons de ces albums. Ce degré de précision donne aux lecteurs et chercheurs un point de départ vérifiable, susceptible de nouveaux enrichissements documentaires.












