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Yellow-Sub.net · Guitares de studio · 1973–1974
Ringo Starr et les guitaristes invités de 1973 et 1974 : de Harrison à Cropper
George Harrison, Marc Bolan, Steve Cropper, Robbie Robertson, Jesse Ed Davis, Dennis Coffey et d’autres : les guitares de Ringo et Goodnight Vienna, chanson par chanson.
Qui joue de la guitare sur les albums solo de Ringo Starr publiés par Apple en 1973 et 1974 ? La réponse ne se limite ni à George Harrison, ni à la formule vague de « musiciens invités ». Les crédits des premières éditions font apparaître plusieurs écoles de jeu, plusieurs continents et des rôles distincts : George Harrison, Marc Bolan, Steve Cropper, Robbie Robertson, Jesse Ed Davis, Dennis Coffey, Richard Bennett, Jimmy Calvert, Vini Poncia et les frères Van Eaton. Leur distribution change d’une chanson à l’autre, parfois à l’intérieur d’une même session.
Cette enquête s’attache à une question transversale : comment la sélection des guitaristes et des instruments contribue-t-elle à distinguer les morceaux de Ringo (1973) et de Goodnight Vienna (1974) ? Les albums bénéficient déjà de deux atlas consacrés à leurs titres, pressages et sessions. Il serait inutile d’en publier une troisième reproduction. En revanche, comparer les guitaristes permet de faire apparaître le langage de production de Richard Perry, les alliances entre le rock britannique et les studios américains, ainsi que les pièges d’attribution que créent les listes générales de pochettes.
1973 : les guitares de Ringo entre Beatles, T. Rex, soul et The Band
George Harrison : « I’m the Greatest », « Photograph » et « You and Me (Babe) »
La participation de George Harrison ne peut être comprise comme un crédit indifférencié sur l’ensemble du disque. Sur « I’m the Greatest », chanson de John Lennon, il joue de la guitare dans une formation réunissant Ringo Starr à la batterie, Klaus Voormann à la basse et Lennon au piano. Sur « Photograph », œuvre coécrite avec Ringo, les relevés mentionnent plus précisément une guitare acoustique douze cordes ; Jimmy Calvert et Vini Poncia assurent d’autres parties acoustiques. Enfin, « You and Me (Babe) », composé par Harrison et Mal Evans, retrouve la guitare de Harrison, mais dans une formation où Poncia joue de la guitare acoustique et Nicky Hopkins du piano électrique.
Cette triple présence révèle que le rôle de Harrison ne se réduit pas au prestige de l’invité. Il varie selon la chanson : instrumentiste dans un morceau signé Lennon, coauteur et guitariste dans « Photograph », puis instrumentiste d’une chanson qu’il a écrite avec Mal Evans. L’existence d’un crédit de composition n’établit pas, à elle seule, la participation instrumentale, et l’inverse est tout aussi vrai. Les deux fonctions doivent être documentées séparément.
Marc Bolan sur « Have You Seen My Baby » : une chanson de Randy Newman
Le nom de Marc Bolan apparaît à la guitare sur « Have You Seen My Baby (Hold On) ». Pourtant, la chanson est écrite par Randy Newman, ce qui oblige à dissocier immédiatement l’auteur du guitariste invité. La piste réunit également Ringo et Jim Keltner aux batteries, Klaus Voormann à la basse, James Booker au piano et Tom Scott aux cuivres. L’invitation de Bolan, alors associé à T. Rex, témoigne de la porosité des cercles musicaux du début des années 1970 sans transformer l’enregistrement en une session de T. Rex.
Ce cas est particulièrement utile pour la sessionographie : une discographie par artiste doit distinguer la chanson de Randy Newman, son interprétation par Ringo, la présence de Bolan et les éventuelles variantes de ce master. Les performances filmées avec T. Rex relèvent d’un autre ensemble documentaire, à consulter dans les études consacrées à Born to Boogie.
« Sunshine Life for Me » : Harrison, Robbie Robertson et les musiciens de The Band
La chanson « Sunshine Life for Me (Sail Away Raymond) », écrite par Harrison, associe le compositeur et Robbie Robertson aux guitares, aux côtés de David Bromberg au banjo et au violon, Levon Helm à la mandoline, Garth Hudson à l’accordéon et Rick Danko au violon. Cette distribution rappelle que les frontières instrumentales de la chanson dépassent la seule guitare électrique. L’ensemble évoque une tradition acoustique et country différente des titres dominés par la soul, les cuivres ou la pop orchestrale.
Pour le catalogage, l’exemple est précieux : Robertson ne doit pas être transféré par défaut sur d’autres chansons de Ringo. De même, la présence de plusieurs membres de The Band sur une prise ne prouve pas la participation de l’ensemble du groupe à toutes les étapes du disque. On documente les intervenants effectifs, non une association de célébrités.
Steve Cropper, Jimmy Calvert et Vini Poncia : les guitares d’accompagnement
« Step Lightly » crédite Steve Cropper à la guitare, Jimmy Calvert à la guitare acoustique et Nicky Hopkins au piano électrique. La présence de Cropper, important représentant du jeu de guitare rhythm and blues américain, donne un autre visage aux sessions. Jimmy Calvert intervient sur plusieurs chansons de Ringo, notamment « You’re Sixteen », « Oh My My » et « Devil Woman » ; Vini Poncia apparaît notamment aux guitares de « You’re Sixteen », « Photograph », « Six O’Clock » et « You and Me (Babe) ». Ces attributions doivent être interprétées au niveau du morceau, et non comme un ensemble permanent sans différences.
Vini Poncia est aussi coécrivain de « Oh My My » et « Devil Woman ». Mais le fait d’écrire ces titres ne signifie pas que les crédits lui attribuent forcément une guitare sur chacun d’eux : « Oh My My », par exemple, distingue la partie de Jimmy Calvert. Le bon réflexe est de conserver une ligne pour la composition et une autre pour les instruments effectivement crédités.
1974 : Goodnight Vienna et les guitaristes de la côte Ouest
Jesse Ed Davis et Lon Van Eaton sur la chanson-titre et « Occapella »
« (It’s All Down to) Goodnight Vienna », composition de John Lennon, crédite Jesse Ed Davis et Lon Van Eaton aux guitares, au sein d’une équipe où Lennon joue du piano et Billy Preston du clavinet. Les deux guitaristes figurent également sur « Occapella », chanson d’Allen Toussaint avec Dr. John au piano électrique. Cette double présence représente une continuité de personnel, mais pas une identité complète des arrangements : les deux œuvres ont des auteurs et des couleurs musicales différents.
Sur « No No Song », Jesse Ed Davis est à nouveau présent à la guitare, tandis que Nicky Hopkins joue du piano électrique et que Harry Nilsson apporte une voix d’accompagnement. Les documents montrent donc plusieurs interventions du même guitariste au cours de l’album. Une page par chanson permet d’identifier ces événements ; cette étude transversale permet, elle, de comprendre ce que révèle leur rapprochement.
Dennis Coffey : « Oo-Wee » et un récit de séance
La chanson « Oo-Wee », coécrite par Ringo et Poncia, attribue la guitare à Dennis Coffey. Le guitariste a raconté avoir été appelé pour une séance alors qu’il revenait d’un séjour à cheval dans les montagnes californiennes. Son témoignage décrit la rencontre avec Ringo avant l’arrivée du producteur Richard Perry, puis le travail sur l’enregistrement. Ce souvenir constitue une source intéressante sur l’atmosphère de studio, mais il ne remplace pas une feuille de prise : l’épisode narratif et le crédit instrumental doivent rester identifiables comme deux catégories de preuve.
Le personnel de « Oo-Wee » inclut aussi Dr. John au piano, Ringo et Jim Keltner à la batterie et plusieurs instrumentistes de cuivres. Dans ce cadre, la guitare n’est pas l’unique élément directeur de l’arrangement. Elle s’insère dans une formation volontairement collective dont le producteur coordonne l’équilibre.
Robbie Robertson sur « Snookeroo », Elton John au piano
« Snookeroo », écrit par Elton John et Bernie Taupin, rassemble Robbie Robertson à la guitare, Elton John au piano et James Newton Howard au synthétiseur, avec une section de cuivres. La présence de Robertson, déjà rencontré dans « Sunshine Life for Me », ne transforme pas « Snookeroo » en une composition de The Band : les auteurs sont clairement John et Taupin. Ce retour est surtout un bon exemple de la circulation des instrumentistes entre les projets de Ringo et les albums des autres artistes.
Richard Bennett, Vini Poncia, Steve Cropper et Alvin Robinson
Sur « Husbands and Wives », Richard Bennett est crédité de la guitare solo, Lon Van Eaton et Vini Poncia de guitares acoustiques, tandis que Tom Hensley joue du piano électrique et Carl Fortina de l’accordéon. Il est important de distinguer la partie soliste des accompagnements acoustiques : les trois contributions ne sont ni interchangeables ni équivalentes au crédit de Roger Miller comme auteur de la chanson.
« Call Me » retrouve Steve Cropper à la guitare et David Foster au piano. Sur « All By Myself », Alvin Robinson et John Lennon interviennent aux guitares. Enfin, « Only You (And You Alone) » associe Jesse Ed Davis et Steve Cropper aux guitares, Lennon à la guitare acoustique, Billy Preston au piano électrique et Harry Nilsson aux chœurs. Chaque morceau révèle ainsi un assemblage spécifique, même lorsque certains instrumentistes reviennent d’une chanson à l’autre.
Guitare acoustique, douze cordes, guitare solo : pourquoi la précision importe
La guitare occupe plusieurs rôles dans ces disques : soutien harmonique, figure rythmique, partie soliste ou coloration timbrale. Une guitare douze cordes ne produit pas exactement le même effet qu’une guitare acoustique six cordes ; une partie soliste de Richard Bennett n’est pas un accompagnement de Vini Poncia. En revanche, la seule liste des instruments ne permet pas de démontrer sans analyse des bandes la nature précise de chaque overdub ou de la chaîne d’effets utilisée en studio.
Une discographie sérieuse doit donc préférer « guitare solo » ou « douze cordes acoustique » lorsque la source l’imprime, et employer plus largement « guitare » lorsque la documentation ne permet pas d’aller plus loin. La tentation de détailler les modèles d’instruments, amplificateurs ou pédales sans preuves créerait une fausse précision, contraire à l’objectif encyclopédique.
Établir les responsabilités sans fabriquer de séances supplémentaires
Trois erreurs reviennent fréquemment dans les listes de collaborations : attribuer à tous les morceaux d’un disque le personnel réuni en fin de pochette ; confondre le compositeur avec l’interprète d’une partie ; considérer qu’un même artiste présent sur deux chansons a participé à deux albums ou à deux sessions complètement distinctes. La vérification doit partir du master, de l’instrument exact, des crédits de l’édition et, si possible, d’une date de prise identifiable. Les versions de film, de concert ou de réédition doivent ensuite être traitées séparément lorsque leurs participants sont différents.
Les crédits étudiés pour les albums de 1973 et 1974 permettent d’établir des participations musicales concrètes, mais ils n’impliquent pas que chaque intervenant ait été présent lors du mixage final ou des retouches d’une autre ville. La contribution de Bill Schnee à l’ingénierie des deux disques et le travail du producteur Richard Perry appartiennent à un niveau complémentaire d’analyse, qui doit rester distinct des guitares jouées et enregistrées.
Retrouver les sessions et les études connexes
Les deux inventaires de référence sont l’atlas de Ringo (1973) et l’atlas de Goodnight Vienna (1974). Les collaborations extérieures des guitaristes se lisent dans le chapitre consacré au rock des années 1970 ; le rôle des arrangeurs dans l’étude des cuivres et cordes, celui des pianistes dans l’étude des claviéristes, et le contexte des sessions dans l’enquête sur Bill Schnee.
Sources et contrôle des éditions
Crédits imprimés des éditions Apple originales de Ringo et Goodnight Vienna ; relevés piste par piste de Sessiondays, dossiers 1973 et 1974 ; notices d’enregistrements et des intervenants dans MusicBrainz ; The Beatles Bible, chronologies des séances ; entretien et témoignage de Dennis Coffey repris dans les notices historiques consacrées à « Oo-Wee ». Les transcriptions secondaires servent au recoupement des instruments, sans extrapolation des lieux et dates de chaque overdub.












