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Yellow-Sub.net · Les guitares des sessions 1973
Ringo Starr et Jimmy Calvert : cinq guitares sur l’album Ringo (1973)
Photograph, You’re Sixteen, Oh My My, Step Lightly et Devil Woman : les crédits de Jimmy Calvert, les autres guitaristes et les étapes de studio.
Sur la pochette de Ringo, le troisième album solo de Ringo Starr paru en novembre 1973, les grands noms attirent spontanément le regard : George Harrison, John Lennon, Paul McCartney, Billy Preston ou Harry Nilsson. La réussite du disque repose pourtant sur une équipe plus vaste, réunie par le producteur Richard Perry. Parmi les instrumentistes qui lui donnent sa cohérence figure Jimmy Calvert, guitariste professionnel crédité sur cinq chansons de l’édition originale. L’inventaire détaillé des masters permet de le distinguer des interventions beaucoup plus célèbres de Harrison, Marc Bolan, Steve Cropper ou Robbie Robertson. Il met aussi en évidence une réalité simple : le crédit « guitare » peut recouvrir différents instruments, et une même chanson peut faire appel simultanément à plusieurs guitaristes sans que leurs parties soient interchangeables.
Les cinq contributions étudiées sont « Photograph », « You’re Sixteen », « Oh My My », « Step Lightly » et « Devil Woman ». Elles sont attestées par les relevés de personnel par piste et les relations d’enregistrements. Cette notice ne prétend pas couvrir l’ensemble de la carrière de Calvert, ni lui attribuer toutes les guitares de Ringo. Elle vise à isoler les enregistrements effectivement documentés, à en décrire les collaborateurs et à séparer les dates des séances des dates de publication des multiples pressages et singles. Les résultats forment un parcours transversal par musicien, sans reproduire cinq fiches de chansons déjà présentes dans le dossier.
« Photograph » : les guitares acoustiques du 9 mars 1973
« Photograph » est composée par George Harrison et Ringo Starr. Le 9 mars 1973, une séance à Sunset Sound, Los Angeles, rassemble un ensemble où les guitaristes ont des fonctions distinctes. Harrison est crédité à la guitare acoustique douze cordes et au chant d’accompagnement ; Jimmy Calvert et Vini Poncia jouent chacun une guitare acoustique. Ringo et Jim Keltner assurent les batteries, Klaus Voormann la basse et Nicky Hopkins le piano. Les autres éléments documentés incluent le saxophone ténor soliste de Bobby Keys, les percussions de Lon Van Eaton ainsi que des arrangements orchestraux et vocaux confiés à Jack Nitzsche.
La présence de trois guitaristes ne signifie pas que Calvert double indistinctement la partie de Harrison. Les libellés connus séparent la douze cordes de l’ancien Beatle des guitares acoustiques de Calvert et Poncia. Les arrangements complètent cet ensemble, mais leur crédit ne permet pas de déduire la manière dont chaque guitare a été placée dans le mixage. L’intérêt du document est de désigner les personnes et leurs instruments ; il ne constitue pas une partition décrivant chaque accord ni un journal de présence heure par heure.
L’enregistrement connaît une étape importante le 29 juin 1973 aux studios de Burbank, consacrée aux éléments orchestraux et choraux. Rien, dans cette seconde date portée au master, n’autorise à déclarer que Calvert aurait nécessairement rejoué sa partie. Une sessionographie rigoureuse conserve l’intervention du guitariste sur le master commercial et distingue la prise de base des ajouts ultérieurs. « Photograph » paraît en single avant la sortie de l’album, puis sera reprise sur de multiples supports. Ces publications successives ne créent pas automatiquement plusieurs prestations de guitare.
« You’re Sixteen » : guitare de Calvert, piano de Hopkins et solo vocal de McCartney
La reprise de « You’re Sixteen (You’re Beautiful and You’re Mine) », composée par les frères Robert et Richard Sherman, est enregistrée à Los Angeles les 5 et 6 mars 1973, avant des interventions ultérieures à Londres. Jimmy Calvert et Vini Poncia y sont crédités aux guitares ; Klaus Voormann joue de la basse, Nicky Hopkins du piano, et les batteries sont confiées à Ringo Starr et Jim Keltner. Harry Nilsson apporte des chœurs. Une intervention de Paul McCartney est désignée par le livret et plusieurs relevés comme un « mouth sax », imitation vocale de saxophone, plutôt que comme une ligne instrumentale de guitare ou de clavier.
Pour l’histoire du disque, la pluralité des rôles est essentielle. Calvert participe à la base instrumentale tandis que la contribution de McCartney intervient pendant la fabrication ultérieure du master. Il serait trompeur d’affirmer que ces artistes étaient tous présents à Sunset Sound les 5 et 6 mars, ou d’attribuer à Calvert un arrangement vocal. En outre, la chanson possède une histoire antérieure à la version de Ringo : elle est popularisée par Johnny Burnette en 1960. L’auteur d’une œuvre, son interprète historique et les musiciens d’une reprise doivent être conservés dans des champs distincts.
Après sa présence sur l’album, « You’re Sixteen » paraît en single et connaît un succès important. Les éditions du 45-tours peuvent associer « Devil Woman » en face B selon les territoires. Ce voisinage constitue une question de pressage, non une nouvelle séance où Calvert aurait joué deux chansons le même jour. Pour dénombrer ses interventions, l’unité correcte est l’enregistrement identifié et non le nombre de disques commercialisés.
« Oh My My » : Calvert à la guitare au sein d’un ensemble soul-rock
Écrite par Ringo Starr et Vini Poncia, « Oh My My » est enregistrée à partir du 6 mars 1973 à Sunset Sound et reçoit des ajouts au printemps. Le personnel comprend Jimmy Calvert à la guitare, Klaus Voormann à la basse, les deux batteurs Ringo et Jim Keltner, Billy Preston à l’orgue et au piano, Tom Scott au saxophone, et les choristes Martha Reeves et Merry Clayton. Les arrangements de cuivres sont attribués à Jim Horn et Tom Scott. Cette distribution montre Calvert intégré à une formation dont l’orientation sonore emprunte au rhythm and blues et à la soul, sans que sa partie puisse être isolée avec précision à partir de la seule lecture des crédits.
Le rôle de Calvert ne doit pas être confondu avec celui de Preston. Les deux participent à la trame harmonique et rythmique du morceau, mais leurs instruments sont différents. Le nom de Jim Horn, pour sa part, appartient aux crédits d’arrangement des vents, non à une guitare supplémentaire. Le producteur Richard Perry coordonne l’ensemble, et Bill Schnee assure les fonctions techniques de l’enregistrement. Chacun de ces postes a une valeur discographique propre. Les mélanger sous une formule vague du type « accompagnement par les musiciens de studio » ferait perdre l’information qui permet justement de documenter le réseau de Ringo.
Le master passe du LP de novembre 1973 au single américain de février 1974, puis à différentes compilations. Aucun de ces changements de support ne démontre à lui seul un nouvel enregistrement de Calvert. L’existence d’éditions de 1974 ne doit pas conduire à déplacer son crédit hors de la campagne de studio de 1973.
« Step Lightly » : guitare acoustique et guitare électrique ne sont pas le même crédit
« Step Lightly » est une composition de Richard Starkey seul, préparée lors de sessions du 9 mars 1973 à Sunset Sound puis complétée le 10 juillet à Producers Workshop. Les crédits distinguent avec précision la guitare acoustique de Jimmy Calvert et la guitare électrique de Steve Cropper. Nicky Hopkins joue du piano électrique, Klaus Voormann la basse, Ringo Starr assure voix, batterie et claquettes rythmiques, et Tom Scott est associé à l’arrangement des clarinettes. Les deux guitaristes figurent donc sur une même chanson sans exercer une fonction identique.
Cette différence mérite d’être maintenue dans les notices consacrées au jeu instrumental de Ringo. Quand un catalogue résume les deux noms par la simple rubrique « guitar », il efface l’opposition entre accompagnement acoustique et guitare électrique. Une étude par musicien permet de rétablir les deux catégories sans prétendre répartir à l’oreille chaque partie du mixage. La même prudence s’applique au travail de Tom Scott : un crédit d’arrangement de clarinettes ne signifie pas nécessairement qu’il aurait interprété toutes les lignes de cette section.
Il existe une seconde version de « Step Lightly », enregistrée plusieurs décennies après l’original et publiée sur Ringo 2012. Cette réinterprétation mobilise d’autres musiciens ; elle n’hérite pas automatiquement du crédit de Calvert sur le master de 1973. Pour éviter toute cannibalisation, les détails des prises, éditions et versions restent dans la fiche de la chanson, tandis que l’enquête présente rassemble ses cinq contributions historiques.
« Devil Woman » : Calvert dans une formation à deux batteries et cuivres
« Devil Woman », cosignée par Ringo et Vini Poncia, est travaillée entre mars et juillet 1973. Jimmy Calvert y est crédité à la guitare ; Tom Hensley tient le piano, Klaus Voormann la basse, Milt Holland les percussions et Ringo Starr et Jim Keltner les batteries. La section de cuivres rassemble Tom Scott et Chuck Findley, tandis que Scott est chargé de l’arrangement de cette section. La distribution se distingue nettement de celle de « Step Lightly » : le piano acoustique remplace le piano électrique, et les cuivres deviennent un élément du dispositif.
Un parcours consacré à Calvert doit faire place à ces différences sans lui attribuer ce qui relève de Hensley, Scott ou Findley. Sur le plan du personnel, Calvert est le guitariste identifié. Les deux batteries forment le noyau rythmique ; les cuivres et les chœurs apportent un autre niveau de réalisation. Les dates du 8 mars, du 12 mai et du 11 juillet correspondent aux étapes d’élaboration du master, non à la présence avérée du guitariste lors de chaque reprise ou ajout instrumental.
La chanson est publiée sur l’album de 1973, puis reprise sur des éditions de single. Il n’existe pas, dans les documents mobilisés ici, d’élément permettant d’assigner une seconde prise de guitare à l’une de ces publications postérieures. La description encyclopédique retient donc un seul master, en indiquant ses changements de support sans multiplier artificiellement les collaborations.
Du crédit « guitare » à l’écoute comparée des cinq masters
Pour Jimmy Calvert, les cinq titres identifiés sur Ringo constituent un ensemble cohérent mais non homogène : « Photograph », « You’re Sixteen », « Oh My My », « Step Lightly » et « Devil Woman » ne présentent pas les mêmes besoins d’accompagnement. La lecture des génériques permet de suivre la présence d’un guitariste au fil du disque, mais pas de lui attribuer à l’oreille tous les traits d’une guitare quand plusieurs musiciens apparaissent sur une même prise. Sur « Step Lightly », notamment, l’opposition entre guitare acoustique et guitare électrique appelle une transcription instrumentale précise, sans transformer deux instruments décrits dans les crédits en deux sessions autonomes si aucune chronologie ne l’établit.
« You’re Sixteen » illustre une autre difficulté : les interventions vocales ou les effets sonores associés à d’autres collaborateurs, notamment Paul McCartney, appartiennent à des catégories qui ne doivent pas modifier le relevé des guitares. Les crédits de piano de Nicky Hopkins, les voix de Ringo et les parties instrumentales doivent rester des champs séparés. Le fait qu’un invité célèbre apparaisse sur le disque ne signifie pas qu’il ait joué l’instrument que tient Calvert. Cette séparation rend possible une enquête par timbre et par rôle sans confondre identification auditive et mention de pochette.
Il faut enfin distinguer la première publication Apple de 1973 des reprises de ces enregistrements sur des compilations ou des rééditions. Le même master est susceptible de circuler pendant des décennies avec une présentation matérielle différente ; il demeure une seule prestation instrumentale. Une nouvelle entrée discographique ne se justifierait qu’en présence d’une version alternative, d’un montage substantiellement distinct ou d’une nouvelle prise documentée.
Cinq masters attestés, plusieurs guitares et des éditions nombreuses
Le bilan des crédits de Jimmy Calvert sur l’édition originale de Ringo repose sur cinq titres : « Photograph » (guitare acoustique), « You’re Sixteen » (guitare), « Oh My My » (guitare), « Step Lightly » (guitare acoustique) et « Devil Woman » (guitare). Le choix de ces cinq chansons provient du dépouillement des génériques par master, et non de la présence de Calvert dans la liste globale des artistes ayant participé à l’album. Rien n’autorise à transférer le guitariste vers « I’m the Greatest », « Have You Seen My Baby », « Sunshine Life for Me », « Six O’Clock » ou « You and Me (Babe) » sans crédit individuel complémentaire.
Une précision matérielle concerne l’édition originale américaine : certaines versions en cartouche huit pistes réorganisent l’ordre des chansons et répartissent « Step Lightly » en deux séquences. Cette division technique ne transforme pas le morceau en deux œuvres ni la guitare acoustique de Calvert en deux participations. Les éditions CD ultérieures ont de leur côté ajouté des titres bonus enregistrés à d’autres périodes. Le nom du musicien doit suivre les cinq masters concernés, et non toute la tracklist augmentée de chaque support.
Enfin, les livrets et bases de données reproduisent parfois l’instrument générique « guitar » alors que d’autres identifient l’acoustique. La priorité doit aller au libellé le mieux étayé par l’édition d’origine et les relations de session, en conservant les variantes comme variantes de description. Sans bande isolée ou feuille originale de studio, il serait abusif de décrire des modèles de guitares, des prises alternatives invisibles et les détails des overdubs. La qualité encyclopédique ne consiste pas à dissimuler ces limites : elle consiste à présenter les faits établis assez clairement pour que de futures découvertes puissent les compléter.












