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Yellow-Sub.net · Claviers, scène et studio · 1970–2010
Ringo Starr et Gary Wright : des singles de George Harrison au All-Starr Band et à Satisfied
Une collaboration en trois temps : sessions de 1970–1972, groupes de scène en 2008–2010 et retour de Ringo comme batteur invité sur le disque de Gary Wright.
Une collaboration musicale n’est pas toujours une succession continue de séances. Entre le claviériste Gary Wright et Ringo Starr, près de quarante ans séparent les premiers enregistrements du début des années 1970 et leurs retrouvailles scéniques puis discographiques. Gary Wright joue du piano sur « It Don’t Come Easy », publié en 1971, et des claviers sur « Back Off Boogaloo », enregistré en 1972. Beaucoup plus tard, il rejoint le All-Starr Band de Ringo lors des tournées de 2008 et de 2010, avant d’inviter le batteur sur « Satisfied », titre de son propre album Connected. Cette trajectoire montre un passage du studio à la scène, puis le chemin inverse : le soliste des débuts devient accompagnateur d’un ancien collaborateur.
La présente étude ne remplace pas les pages consacrées aux singles ni celles du All-Starr Band. Elle cherche à relier des documents de nature différente : génériques de studio, entretiens, programmes de concert, parutions commerciales et souvenirs de musiciens. La chronologie distingue les dates d’enregistrement des dates de publication, les participations attestées des simples proximités entre artistes et les chansons composées par Gary Wright de celles interprétées par Ringo.
Gary Wright, un claviériste du rock britannique dans le cercle de George Harrison
Gary Wright, né en 1943 aux États-Unis, devient une figure du rock britannique avec Spooky Tooth. Sa pratique des claviers et son travail de compositeur le font rejoindre l’entourage musical de George Harrison, en particulier à l’époque d’All Things Must Pass. Ce réseau comprend Klaus Voormann, Billy Preston et différents musiciens qui interviennent également sur les premiers enregistrements solo de Ringo. La proximité avec Harrison éclaire la rencontre, mais elle ne suffit pas à attribuer à Wright toutes les prises réalisées par les artistes qui appartiennent à ce cercle.
Dans la première moitié des années 1970, Wright mène simultanément des activités de groupe, de studio et de soliste. L’histoire du single « It Don’t Come Easy » est particulièrement utile pour mesurer le caractère collectif de ces sessions. La bande rythmique initiale et les overdubs ne rassemblent pas exactement le même personnel : la contribution de Wright appartient à une étape ultérieure de la production. Il faut donc commencer par identifier le master concerné avant d’attribuer à chaque musicien une date ou un lieu précis.
« It Don’t Come Easy » : un piano ajouté après la première séance
Le single « It Don’t Come Easy » paraît le 9 avril 1971. La chanson porte la signature de Richard Starkey et est produite par George Harrison. Les reconstitutions de The Beatles Bible distinguent la première séance du 18 février 1970 à Abbey Road, sous le titre de travail « You Gotta Pay Your Dues », des interventions ultérieures. Cette prise initiale réunit Ringo au chant et à la batterie, George Harrison à la guitare acoustique, Klaus Voormann à la basse et Stephen Stills au piano ; George Martin assure alors la production.
La présence de Stephen Stills sur les premières bandes est une précision fondamentale. Le crédit ultérieur de Gary Wright ne doit pas effacer celui de Stills, ni conduire à imaginer qu’ils se sont nécessairement trouvés ensemble en studio pour la même prise. Après des interventions réalisées en mars 1970, la chanson est reprise en octobre pour de nouveaux chants et des ajouts instrumentaux. The Beatles Bible situe à cette étape le nouveau piano de Gary Wright, en plus des voix de Pete Ham et Tom Evans et d’une section de cuivres. En février 1971, Jim Keltner complète le travail par une partie de maracas à Trident.
Un livret de compilation peut créditer Wright au piano sur le master commercial sans raconter tout ce processus. À l’inverse, la photographie d’une séance de février 1970 ne saurait servir de preuve que Wright y a participé. Cette distinction entre la première prise et les overdubs explique pourquoi les sources peuvent citer plusieurs pianistes associés à la même œuvre. La bonne réponse documentaire consiste à préciser le stade d’enregistrement, et non à déclarer l’un des noms erroné sans examiner les bandes.
Le succès commercial de la chanson amène Ringo à la jouer sur scène, notamment au Concert for Bangladesh du 1er août 1971. Le personnel du concert et celui du single ne sont pas identiques. L’existence d’une captation de « It Don’t Come Easy » lors de cet événement ne prouve pas que Gary Wright a joué sur place : il faut consulter les crédits du concert, distincts de ceux de la version de studio.
« Back Off Boogaloo » (1972) : Gary Wright aux claviers dans une production de Harrison
Le deuxième épisode se noue autour de « Back Off Boogaloo », publié en 1972. Les crédits de plusieurs éditions, repris par MusicBrainz, attribuent Ringo Starr à la batterie et au chant, Klaus Voormann à la basse, George Harrison au sitar et à la production, ainsi que Gary Wright à un instrument à clavier. Les chœurs comprennent Madeline Bell, Lesley Duncan et Jean Gilbert. La distribution ne correspond pas à celle de « It Don’t Come Easy », même si les deux titres sont associés à Harrison.
Le mot « keyboard », employé dans certains relevés, ne permet pas de déterminer à lui seul le modèle exact de l’instrument. Il serait tentant de parler de piano ou d’orgue par analogie avec la carrière de Wright ; une encyclopédie doit pourtant conserver la formulation du document et attendre une source supplémentaire avant de préciser l’instrument. Cette prudence évite de reconstruire les sessions à partir de la seule réputation professionnelle de l’artiste.
Les crédits de MusicBrainz situent la participation sur une période de février 1972. La date exacte de chaque intervention demande un contrôle des journaux de studio. Le single original, sa face B, les compilations ultérieures et les rééditions en CD ne sont pas pour autant des performances nouvelles de Gary Wright. L’histoire éditoriale de « Back Off Boogaloo » doit être liée au master et non servir à multiplier les collaborations recensées.
« Down and Out » (1972–1973) : la troisième chanson des années Apple
Le catalogue des collaborations de Gary Wright avec Ringo Starr au début des années 1970 ne s’arrête pas à « It Don’t Come Easy » et « Back Off Boogaloo ». Il comprend aussi « Down and Out », composition de Richard Starkey publiée en face B du 45-tours « Photograph » en septembre 1973 aux États-Unis, puis en octobre au Royaume-Uni. Les crédits répertorient Gary Wright au piano, George Harrison aux guitares acoustique et électrique, Klaus Voormann à la basse et Ringo au chant et à la batterie. Les cuivres de la version publiée ne sont pas tous attribués individuellement de façon certaine.
La chronologie de cette chanson mérite une attention particulière : son origine est généralement rapprochée de la période 1972, suivie de retouches en 1973 dans l’environnement de Richard Perry. Il serait imprudent de rattacher sans justification chaque partie instrumentale à la session de « Photograph » du 9 mars 1973. La face B demeure un master distinct du hit, avec ses crédits, sa date de départ et ses éditions. Pour la discussion des pays, références Apple et prises, consulter la fiche de « Down and Out » plutôt que de reproduire ici sa discographie de pressages.
Lire l’enquête sur « Down and Out » et le piano de Gary Wright.
Pourquoi les génériques de Goodnight Vienna ne suffisent pas à attribuer une troisième prise
On rencontre parfois Gary Wright dans des listes collectives de musiciens de Goodnight Vienna (1974), notamment dans des bases musicales présentant le personnel de l’album sans ventilation détaillée par chanson. Les relevés piste par piste identifient toutefois de nombreux autres claviéristes : John Lennon, Billy Preston, Dr. John, Elton John, Nicky Hopkins, David Foster, Tom Hensley, Lincoln Mayorga et James Newton Howard selon les titres. Le nom de Wright ne peut être transféré à une plage précise uniquement à partir de sa présence dans une liste générale.
La difficulté est amplifiée par les rééditions de Goodnight Vienna qui incluent « Back Off Boogaloo » parmi les titres supplémentaires. Un crédit de Wright hérité de ce bonus peut apparaître dans le personnel de l’album réédité, alors qu’il concerne un master original de 1972 et non forcément une session de 1974. Pour éviter cette confusion, le présent dossier conserve une participation documentée à « Back Off Boogaloo », mais ne crée pas de troisième attribution de clavier sur Goodnight Vienna sans preuve propre à une chanson de la première édition.
Cette restriction n’équivaut pas à nier la possibilité d’autres contributions historiques. Elle signifie simplement que la documentation utilisée ici ne suffit pas à affirmer de manière sûre un titre supplémentaire. Le rôle de l’encyclopédie est de conserver les incertitudes lorsqu’elles empêchent une attribution, plutôt que de multiplier des noms de chansons séduisants mais fragiles.
2008 : Gary Wright retrouve Ringo Starr dans le dixième All-Starr Band
La relation devient publique sur scène en 2008. Ringo recrute Gary Wright dans le dixième All-Starr Band, aux côtés de Billy Squier, Colin Hay, Edgar Winter, Hamish Stuart et Gregg Bissonette. Cette formule repose sur un principe de partage du répertoire : Ringo interprète les chansons associées aux Beatles et à sa carrière solo, tandis que chaque invité propose plusieurs de ses propres succès. Wright chante notamment « Dream Weaver » et « Love Is Alive », titres liés à sa carrière de soliste.
Le concert du 2 août 2008 au Greek Theatre de Los Angeles est enregistré et publié ultérieurement sous le titre Live at the Greek Theatre 2008. Les crédits nomment Wright au chant et aux claviers, parfois au keytar dans les documents de tournée. La publication du disque en 2010 ne correspond pas à une tournée de 2010 : l’année du spectacle reste 2008. Cette séparation des deux dates est importante pour toute sessionographie de scène ou discographie live.
La présence de Wright transforme également la lecture rétrospective de « It Don’t Come Easy ». Les deux artistes peuvent désormais interpréter ensemble sur scène un répertoire dont leurs premiers liens de studio remontent à presque quatre décennies. Mais il faut se garder d’assimiler toutes les versions live à celle du single : chaque concert possède son personnel, son arrangement et ses éventuelles variantes. L’encyclopédie doit donc utiliser les notices du All-Starr Band pour les listes de dates et réserver la présente page à la continuité de la relation musicale.
2010 : une nouvelle tournée et une collaboration devenue réciproque
Gary Wright rejoint de nouveau Ringo dans l’onzième All-Starr Band en 2010, avec notamment Edgar Winter, Rick Derringer, Wally Palmar, Richard Page et Gregg Bissonette. Wright lui-même évoque les tournées de 2008 et 2010 dans un entretien accordé à MWE3, confirmant qu’il s’agit de deux expériences distinctes et qu’il conserve un souvenir favorable de son travail avec Ringo. Le témoignage a une valeur particulière, car il ne dépend pas uniquement des synthèses de programmes de tournée publiées par des tiers.
Ces retrouvailles scéniques précèdent ou accompagnent un autre type de collaboration : Gary Wright prépare un nouvel album studio et sollicite Ringo, Joe Walsh et Jeff « Skunk » Baxter. La relation fonctionne désormais dans les deux sens. Ringo ne se contente plus de chanter devant Wright aux claviers ; il accepte de participer à une chanson dont Wright est l’artiste principal. Il convient toutefois de distinguer les enregistrements de studio de l’album et les prestations de l’All-Starr Band. Le nom d’un musicien dans les deux programmes ne suffit pas à déclarer qu’une chanson a été captée pendant une tournée.
« Satisfied » (2010) : Ringo batteur invité sur Connected
La participation réciproque la plus clairement documentée est « Satisfied », placée en ouverture de l’album Connected de Gary Wright. Un communiqué de 2010 reproduit la liste de personnel : Gary Wright est crédité au chant et aux claviers, Ringo Starr à la batterie sur « Satisfied », Joe Walsh à la guitare sur « Satisfied » et « You Make Me Feel Better », et Jeff « Skunk » Baxter à la guitare sur « Satisfied » et « Gimme Some Time ». Cette précision interdit d’attribuer à Ringo l’ensemble des batteries du disque ou les chansons qui ne le créditent pas.
Gary Wright explique, dans un entretien publié par Something Else!, avoir personnellement demandé à Ringo, Joe Walsh et Baxter de jouer sur son nouveau disque. Son récit confirme qu’il ne s’agit pas d’une simple proximité de noms sur une compilation de musiciens : il formule une invitation artistique spécifique et exprime son appréciation des contributions reçues. L’intervieweur présente « Satisfied » comme un morceau nourri d’une couleur gospel et souligne les interventions de ses invités.
Une autre interview, publiée par MWE3, permet de distinguer l’âge de la composition et celui du master enregistré. Wright y indique que la chanson avait été écrite environ dix à douze ans auparavant, mais enregistrée au cours de l’année récente. On ne doit donc pas dater la batterie de Ringo de la fin des années 1990 au seul motif que l’œuvre avait été composée à cette époque. Dans un catalogue, la composition ancienne, l’enregistrement contemporain et la publication de Connected doivent figurer séparément.
Le morceau « Satisfied » avait déjà fait l’objet d’une notice individualisée sur Yellow-Sub. La présente page ne cherche pas à la concurrencer. Cette fiche par œuvre reste le bon emplacement pour examiner les détails du master, les auteurs, les guitares et les supports ; le portrait transversal restitue le mouvement historique d’un ancien collègue de George Harrison devenu partenaire régulier de Ringo Starr.
Les limites du dossier et les vérifications à conserver
Quatre catégories documentaires permettent d’établir le fil historique : la session du single « It Don’t Come Easy », l’enregistrement de « Back Off Boogaloo », les tournées de 2008 et 2010, puis « Satisfied ». Ce sont des activités distinctes et des dates distinctes. Elles ne justifient pas une liste supplémentaire de chansons supposées enregistrées par les deux musiciens ensemble. En particulier, les crédits génériques des rééditions ne doivent pas masquer l’origine réelle d’un titre bonus plus ancien.
La même vigilance concerne les formations scéniques. La présence de Gary Wright dans le dixième puis l’onzième All-Starr Band est avérée, mais elle ne signifie pas qu’il a joué à chaque représentation organisée par Ringo depuis la naissance du groupe en 1989. Les listes de membres varient selon les années, les tournées et parfois les régions. Une notice de concert précise sa propre distribution ; une notice de carrière ne doit pas en faire un groupe permanent aux membres invariants.
En replaçant les événements les uns à côté des autres, on peut néanmoins décrire une continuité forte : du clavier ajouté dans une production dirigée par Harrison à la chanson de Wright enrichie par la batterie de Ringo, les artistes ont changé de rôle sans rompre les liens musicaux. L’intérêt de cette enquête tient justement à cette évolution, qui se perd dans une simple liste chronologique de crédits de pochette.












