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Monographie encyclopédique · Studio · Chœurs · Batterie · 1991–2017

Jeff Lynne et Ringo Starr : de Time Takes Time à Zoom et Back Off Boogaloo (1991–2017)

Deux masters produits en 1991, une reprise d’Elvis publiée en bonus, des bandes restées inédites, les voix de Noël de 1999, la batterie de Ringo sur Zoom et une nouvelle lecture de « Back Off Boogaloo » : une collaboration en plusieurs métiers.

Un collaborateur dont la relation avec Ringo traverse le studio solo et les réseaux Beatles

Jeff Lynne est associé à une identité sonore bien reconnaissable dans l’histoire du rock britannique, mais sa relation avec Ringo Starr ne se réduit pas au prestige de son travail avec Electric Light Orchestra, George Harrison ou les Traveling Wilburys. Dans le catalogue de Ringo, il intervient au début des années 1990 comme producteur et multi-instrumentiste, puis réapparaît dans une chanson de Noël de 1999, accueille le batteur sur son propre album Zoom en 2001 et joue encore de la guitare acoustique sur une réinterprétation de « Back Off Boogaloo » publiée en 2017. Entre ces étapes, la participation de Ringo aux projets de réunion des Beatles dans les années 1990 fournit un autre cadre historique, distinct de sa carrière solo.

Le fil conducteur est le changement de fonction. Lynne peut produire un master sur lequel Ringo chante, puis devenir lui-même l’artiste principal invitant Ringo derrière une batterie. Une même relation traverse plusieurs disques sans que tous appartiennent à la discographie personnelle de Starr. L’encyclopédie doit maintenir les différents producteurs, les auteurs des compositions et les instrumentistes réellement présents sur chaque version.

1991 : quatre chansons tentées avec Lynne, mais deux retenues sur le LP

La collaboration de studio qui conduit à Time Takes Time se concentre notamment sur la fin du mois de mai 1991. Dans un entretien à la revue EQ publié en octobre de la même année, Jeff Lynne évoque quatre titres travaillés avec Ringo, dont deux œuvres du chanteur, un morceau qu’il a écrit et une reprise associée au répertoire d’Elvis Presley. Les documents de sessions identifient « Don’t Go Where The Road Don’t Go », « After All These Years », « Don’t Be Cruel » et un projet intitulé « Call Me ». Les deux premiers seulement entrent au programme standard de dix titres de l’album de 1992.

Ce décompte est essentiel. Il serait faux de conclure que Lynne n’a produit que deux bandes en 1991 au motif que deux chansons paraissent sur le LP original. Inversement, l’existence d’une quatrième séance ne constitue pas la preuve qu’un quatrième master achevé fut publié. L’historien doit distinguer les prises de travail, les chansons retenues, les bonus territoriaux, les faces B et les projets encore inédits.

Don’t Go Where The Road Don’t Go : le musicien devient une équipe à lui seul

« Don’t Go Where The Road Don’t Go » est cosignée par Richard Starkey, Johnny Warman et Gary Grainger. Lynne en dirige la production et contribue aux guitares, à la basse, au piano, aux claviers et aux chœurs selon les crédits. Ringo demeure le chanteur et le batteur. Jim Horn intervient au saxophone et Suzie Katayama au violoncelle. Cette distribution montre une façon particulière de fabriquer un disque : le producteur construit lui-même une grande partie de l’accompagnement autour de la performance principale de Starr, puis fait appel à quelques autres musiciens pour enrichir certaines couleurs.

La polyvalence de Lynne ne doit pas effacer le travail des ingénieurs. Enregistrer plusieurs instruments successivement nécessite une organisation des prises, des décisions sur les sons et une préparation du mix qui ne sont pas intégralement décrites par le seul crédit de producteur. Richard Dodd et d’autres techniciens sont associés aux travaux de cette période. L’existence de ces rôles rappelle qu’un artiste pouvant jouer plusieurs instruments ne réalise pas nécessairement à lui seul toutes les opérations techniques.

La chanson possède aussi une dimension autobiographique dans ses paroles et dans les déclarations de Ringo. Il y revient sur sa carrière et sur des épreuves personnelles. L’analyse doit cependant distinguer le narrateur d’une chanson du journaliste : même lorsqu’un texte parle à la première personne, chaque formule n’est pas forcément un relevé factuel exact de la vie de son auteur.

After All These Years : une seconde production Lynne au programme de 1992

« After All These Years », cosignée par Ringo et Johnny Warman, constitue l’autre production Lynne du programme standard. Le producteur y apporte également plusieurs instruments et des voix d’accompagnement. La chanson permet de comparer deux réalisations d’un même atelier sur des œuvres différentes : les matériaux peuvent rester proches, mais les fonctions du chant, des guitares et de la section rythmique ne sont pas identiques. Il faut éviter de déduire de la présence de Lynne sur les deux enregistrements que leurs prises proviennent du même jour ou que les mêmes choix de mixage ont été appliqués sans modification.

Le texte possède une tonalité rétrospective qui s’accorde avec le retour de Ringo sur disque après de longues années sans nouvel album solo. Cela ne fait pas de Lynne le coauteur de toutes les allusions biographiques qu’il accompagne au studio. Les crédits distinguent l’œuvre Starkey–Warman et sa production par Lynne.

Don’t Be Cruel : le cas de la prise publiée hors du programme standard

La reprise de « Don’t Be Cruel » constitue un autre dossier capital pour cette collaboration. Enregistrée lors des travaux de 1991, elle appartient à une composition d’Otis Blackwell et d’Elvis Presley et n’est pas une chanson nouvelle écrite par Lynne. Elle paraît comme bonus de l’édition japonaise de Time Takes Time et figure aussi sur un single. Le personnel documenté réunit Ringo au chant et à la batterie, avec Lynne aux principaux instruments et à la voix.

Le fait qu’une chanson soit réservée à certains territoires ne permet pas de la considérer comme un inédit complet de studio pour les collectionneurs possédant déjà la version sur single. La date de première publication et les références des supports doivent être distinguées de la date d’enregistrement. Une édition tardive reprenant exactement le même master n’ajoute pas automatiquement une nouvelle collaboration musicale.

La reprise d’un succès associé à Elvis Presley possède un sens historique, puisque les Beatles et Ringo ont grandi dans une culture du rock des années 1950. Mais cet hommage stylistique n’autorise pas à changer les auteurs de l’œuvre ou à attribuer à Elvis une participation à une prise de 1991.

Call Me : un projet inédit à traiter comme une bande, non comme un album caché

« Call Me » est un cas à part. Les déclarations contemporaines de Lynne et les recherches discographiques ultérieures font état d’une chanson travaillée avec Ringo pendant ces sessions, composée par Lynne, mais non publiée dans le programme courant. Certains relevés évoquent également Tom Petty. Ces indications ne suffisent pas à dresser le personnel définitif de la bande ou à établir qu’un master commercial a été approuvé.

Une encyclopédie doit donc classer « Call Me » parmi les œuvres enregistrées ou travaillées mais non officiellement publiées, en précisant le niveau de la preuve disponible. Si une cassette, une feuille de piste ou un enregistrement de référence apparaissait, il faudrait en décrire l’état exact : maquette, prise de base, overdubs ou mix terminé. La simple présence d’un titre dans un entretien n’est pas une raison suffisante pour lui attribuer une durée, un catalogue ou une date de pressage.

Les quatre producteurs de Time Takes Time : la part de Lynne

L’album complet appartient à une organisation plurielle. Don Was produit cinq morceaux, Jeff Lynne deux, Phil Ramone deux et Peter Asher un. Il serait trompeur d’appeler Lynne le producteur du disque entier, même si sa façon de jouer plusieurs instruments peut donner aux deux titres qu’il dirige une personnalité nette. La coexistence de plusieurs méthodes constitue précisément l’un des sujets les plus intéressants du projet.

Chez Lynne, le producteur peut construire un accompagnement en multipliant ses propres instruments. Chez Don Was, plusieurs musiciens réguliers de la scène américaine forment un collectif différent. Peter Asher rassemble une formation pour « Golden Blunders », tandis que Phil Ramone dirige les chansons où apparaît Mark Hudson avant les Roundheads. Les génériques d’un album ne doivent pas effacer ces différences de fonctionnement.

La continuité avec les Beatles et George Harrison sans fausse réunion

Les relations de Lynne avec George Harrison et ses travaux autour des enregistrements de réunion des Beatles dans les années 1990 créent une proximité supplémentaire avec Ringo. Mais la participation du batteur à « Free As A Bird » ou « Real Love » appartient à l’histoire du groupe, et non à un album solo enregistré avec Lynne. La différence du statut éditorial demeure décisive : un enregistrement sous le nom des Beatles est un projet collectif spécifique, même si les professionnels connaissent déjà leurs pratiques grâce à d’autres disques.

Les réseaux de confiance peuvent cependant expliquer pourquoi les mêmes noms réapparaissent. Un producteur qui a travaillé avec George peut être appelé pour Ringo ; un batteur ayant participé à un projet collectif peut retrouver le producteur des années plus tard. Cette circulation doit être racontée avec des dates et des crédits, sans imaginer une séance commune de tous les anciens Beatles sur les chansons solo de Ringo.

1999 : Christmas Time (Is Here Again), la voix de Lynne dans un autre atelier

En 1999, Lynne contribue aux chœurs de l’album de Noël de Ringo, notamment sur « Come On Christmas, Christmas Come On », « I Wanna Be Santa Claus » et « Christmas Time (Is Here Again) ». Les productions de ce disque sont attribuées à Ringo et Mark Hudson ; la présence vocale de Lynne ne le transforme donc pas en producteur principal. La distinction est particulièrement importante pour la dernière chanson, qui reprend une œuvre écrite et enregistrée par les Beatles en 1967.

Le master de 1999 appartient à un nouvel ensemble de musiciens. Joe Perry y ajoute une guitare, plusieurs cornemuses interviennent et les chœurs réunissent différents interprètes. L’écriture de 1967 demeure celle des quatre Beatles, tandis que la réalisation de 1999 est un autre événement de studio. Lynne appartient au nouveau chœur, et non à la séance originelle de Noël du groupe.

Cette distribution révèle une forme de collaboration plus légère que celle de 1991. Lynne n’a plus à construire l’accompagnement instrumental entier de la chanson : il prête sa voix à un projet dirigé par d’autres. Sa place dans l’histoire du réseau est réelle, mais elle doit être qualifiée avec précision.

2001 : Ringo devient batteur invité de Jeff Lynne sur Zoom

L’album Zoom d’Electric Light Orchestra, publié en 2001 sous la direction de Jeff Lynne, inverse le sens du partenariat. Ringo joue de la batterie sur « Moment In Paradise » et « Easy Money ». Lynne occupe alors la place d’artiste principal, chanteur, auteur et producteur. Le disque rassemble également, sur d’autres chansons, Richard Tandy et George Harrison. Il serait inexact de dire que Ringo joue sur toutes les plages de Zoom parce que son nom figure au générique général.

Cette participation illustre la reconnaissance du jeu de Starr comme contribution à part entière. Sa batterie peut être recherchée pour son timbre, sa pulsation ou sa manière de soutenir une chanson, même lorsque Lynne dispose de ses propres compétences multi-instrumentales. Il ne faut pourtant pas attribuer à Ringo une décision précise de batterie sur ces titres sans document sur les prises. Le crédit identifie les deux masters où sa présence est attestée.

Le nom Electric Light Orchestra désigne ici un projet principalement dirigé par Lynne, et non une séance impliquant tous les membres des anciennes formations du groupe. La distribution des tournées ultérieures ne doit pas davantage être projetée sur l’enregistrement du CD de 2001.

2017 : Back Off Boogaloo, de la bande ancienne à une nouvelle version

En 2017, une nouvelle interprétation de « Back Off Boogaloo » paraît parmi les bonus de Give More Love. L’enregistrement s’appuie sur une ancienne bande retrouvée par Ringo, puis reçoit des instruments complémentaires. Lynne figure à la guitare acoustique, Joe Walsh à la guitare et Nathan East à la basse, avec d’autres collaborateurs documentés. La chanson est à l’origine une composition de Ringo, publiée au début des années 1970 ; la réalisation de 2017 ne crée pas une nouvelle œuvre écrite par Lynne ou Walsh.

La présence d’un matériau ancien et d’ajouts contemporains pose une question d’archive : quelle partie de la voix ou de la batterie provient exactement de la prise retrouvée, et quels instruments sont enregistrés plus tard ? Les crédits de la nouvelle version permettent d’identifier les participants, mais la répartition précise des bandes doit être examinée en consultant les documents de production. Il serait simpliste de raconter cette publication comme une unique séance collective de 2017.

Lynne intervient ici comme guitariste sur un projet produit par Ringo, et non comme auteur ni responsable de toutes les étapes de restauration. Cette nuance prolonge le thème central de la monographie : les fonctions changent à chaque retrouvailles.

Un réseau de musique qui ne se résume pas à une signature sonore

La relation entre Jeff Lynne et Ringo traverse une grande variété de contextes. Dans un premier temps, un producteur construit des titres du nouvel album de Ringo ; plus tard, il participe aux voix d’un disque de Noël ; en 2001, il invite Ringo à jouer sur son propre album ; en 2017, il prend la guitare sur une reprise de « Back Off Boogaloo ». La continuité est humaine et professionnelle, mais elle ne doit pas être utilisée pour imposer une esthétique unique à tous ces masters.

Il est possible qu’un auditeur reconnaisse un goût pour les harmonies vocales, les guitares superposées et des percussions très nettes dans les productions de Lynne. Toutefois, l’identification de ces caractéristiques ne prouve pas automatiquement quelle personne a créé chaque son. Les instruments, la prise et le mix constituent des étapes distinctes dont les responsables doivent être retrouvés dans les crédits ou les archives.

Conclusion : le même partenaire dans quatre fonctions

La collaboration Lynne–Starr s’étend de la production de 1991 aux éditions de 2017, avec des épisodes d’enregistrement et de publication clairement individualisables. L’intérêt historique réside dans les transformations du rôle de chacun : Lynne producteur et multi-instrumentiste, puis choriste et guitariste invité ; Ringo chanteur et batteur de ses propres disques, puis batteur invité sur Zoom. L’existence de chansons travaillées mais non publiées, comme « Call Me », rappelle aussi que les archives ne coïncident pas exactement avec les discographies commerciales.

Pour maintenir la qualité encyclopédique, les fiches de chansons conservent les dates, les personnels et les versions, tandis que la présente étude restitue l’évolution humaine du partenariat. Les projets des Beatles, les disques solo de Ringo et les albums d’ELO doivent demeurer reliés mais distincts.

À consulter : l’atlas de Time Takes Time, « Christmas Time (Is Here Again) », Zoom (2001) et « Back Off Boogaloo » (2017).

Richard Dodd : la place de l’ingénieur dans les deux masters de 1992

Les deux productions de Jeff Lynne publiées sur Time Takes Time sont également une collaboration technique avec Richard Dodd, crédité à l’enregistrement et au mixage de « Don’t Go Where the Road Don’t Go » et « After All These Years ». Ce rôle doit être distingué du travail de Lynne comme producteur et multi-instrumentiste. Les notes mentionnent en outre des opérations de remix impliquant Lynne et Mark Linett sur le premier titre. L’identification de ces étapes permet de comprendre la fabrication des masters sans conclure, à tort, qu’une nouvelle édition correspond nécessairement à une nouvelle prise. La monographie Dodd examine ce circuit technique ; la présente étude suit l’ensemble de la relation artistique entre Lynne et Ringo, de 1991 aux travaux ultérieurs.