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Monographie · Bassiste · 1991–1992
James « Hutch » Hutchinson : la basse des cinq chansons produites par Don Was
L’autre moitié de la pulsation : cinq masters précis de Time Takes Time, avec Ringo à la batterie et une équipe de studio de Los Angeles.
Le rôle de la basse dans le retour de Ringo au studio
James « Hutch » Hutchinson appartient à l’équipe américaine réunie autour de Don Was pour une partie de Time Takes Time, album publié par Ringo Starr en 1992. Les crédits lui attribuent la basse sur cinq chansons : « Weight of the World », « Don’t Know a Thing About Love », « I Don’t Believe You », « In a Heartbeat » et « What Goes Around ». Cette participation constitue un ensemble cohérent sur le plan du personnel, bien qu’il ne faille pas en déduire qu’il existe une seule séance couvrant tous ces morceaux.
La relation entre un bassiste et un batteur est une donnée structurante du son d’un disque. La basse peut suivre les accents de grosse caisse, les compléter, se déplacer entre les temps ou produire une ligne mélodique autonome sous la voix. L’intérêt de Hutchinson réside précisément dans la capacité d’un instrumentiste de studio à accompagner un batteur dont la personnalité rythmique est déjà très identifiée. Il ne s’agit pas de faire de la basse l’origine de toutes les décisions artistiques, mais de reconnaître sa part d’interprétation dans les masters publiés.
Le collectif Don Was, distinct des autres producteurs
L’album associe quatre producteurs. Les cinq pistes où joue Hutchinson relèvent toutes de Don Was ; deux autres sont produites par Jeff Lynne, deux par Phil Ramone et une par Peter Asher. Sur les titres de Ramone, la basse est attribuée à Neil Stubenhaus ; « Golden Blunders », produit par Asher, emploie Bob Glaub. La différence entre ces trois bassistes illustre la manière dont les producteurs ont travaillé avec des ensembles de musiciens partiellement distincts.
Le fait qu’un album présente un crédit général « James Hutchinson : basse » ne signifie donc pas que son jeu figure sur les dix pistes. Une encyclopédie doit rattacher l’instrumentiste aux numéros de plage, non reproduire un personnel d’album non ventilé. Ce principe évite une erreur de sessionographie fréquente : allonger artificiellement la liste des collaborations de chaque musicien à partir d’une pochette commune.
« Weight of the World » : ouvrir l’album
« Weight of the World », composé par Brian O’Doherty et Fred Velez, ouvre Time Takes Time et sert de single. Ringo y tient la batterie et le chant, Hutchinson la basse, Mark Goldenberg la guitare et Benmont Tench les claviers. Andy Sturmer et Roger Manning participent aux voix. Cette formation relativement concentrée donne à la basse une fonction de soutien direct de la pulsation, dans une chanson construite pour installer rapidement un refrain mémorisable.
Le titre passe aussi par le travail de l’ingénieur Ed Cherney, crédité à l’enregistrement et au mixage, et par une intervention de Bob Clearmountain dans le mix. Ces opérations techniques sont documentées indépendamment de la partie de basse. Rien n’autorise à attribuer à Hutchinson la conduite du mix ou les décisions de commercialisation du single, tout comme sa participation instrumentale ne doit pas être effacée par la notoriété du producteur.
« Don’t Know a Thing About Love » : travailler avec les voix
La deuxième chanson est composée par Richard Feldman et Stan Lynch. On y retrouve la guitare de Mark Goldenberg, les claviers de Benmont Tench et la basse de Hutchinson. Les chœurs font intervenir Andy Sturmer, Roger Manning, Doug Fieger et Berton Averre. Le rôle du bassiste s’inscrit dans une texture où la pulsation doit rester stable tout en laissant de la place aux harmonies et au chant principal de Ringo.
L’association de Stan Lynch à l’écriture, de Tench aux claviers et de Hutchinson à la basse rappelle les réseaux de musiciens fréquentant la scène américaine autour de Tom Petty. Cette proximité est intéressante sur le plan historique mais ne doit pas être transformée en affirmation selon laquelle une formation dérivée des Heartbreakers aurait enregistré le morceau. Les crédits donnent des individus et des métiers, pas le nom d’un groupe constitué pour l’occasion.
« I Don’t Believe You » : l’articulation avec deux guitaristes
Sur « I Don’t Believe You », écrit par Andy Sturmer et Roger Manning, Michael Landau joue de la guitare électrique, David Grissom de la guitare acoustique, tandis que Benmont Tench intervient au piano et à l’orgue Hammond. Hutchinson assure la basse et Ringo la batterie. Les auteurs apparaissent aussi à la guitare acoustique et aux voix. Le mélange de strates acoustiques et électriques ne réduit pas le rôle de la section rythmique ; il lui donne au contraire la charge de maintenir une continuité sous les déplacements harmoniques.
La chanson permet d’observer comment une même paire batterie-basse se trouve au service d’une écriture différente de celle du premier single. Son attribution à deux membres de Jellyfish ne la transforme pas en titre de ce groupe : elle constitue une œuvre de Sturmer et Manning interprétée par Ringo et ses collaborateurs. Les pages de chanson et d’album doivent conserver cette distinction entre auteur et interprète.
« In a Heartbeat » : la basse dans un ensemble vocal étoffé
« In a Heartbeat », composé par Diane Warren, fait intervenir un ensemble plus vaste : guitares de Michael Landau et Mark Goldenberg, claviers de Jamie Muhoberac et Robbie Buchanan, orgue et harmonium de Benmont Tench, basse de Hutchinson, chant et batterie de Ringo. Les choristes comprennent notamment Brian Wilson, Andrew Gold, Andy Sturmer, Roger Manning et Doug Fieger. La place du bassiste y devient un élément de continuité au milieu de multiples timbres et couches vocales.
La documentation permet d’identifier les participants, mais pas de déterminer à quelle minute précise chacun a enregistré sa partie. Les chœurs peuvent avoir été ajoutés séparément, les claviers superposés et les guitares réparties sur différentes pistes. Décrire ce dispositif d’arrangement est légitime ; raconter une séance commune au cours de laquelle toutes les personnalités seraient apparues simultanément ne le serait pas sans preuve.
« What Goes Around » : la conclusion du programme standard
« What Goes Around », écrit par Rick Suchow, ferme la liste des dix chansons. Ringo est accompagné de Hutchinson à la basse, de Michael Landau à la guitare, de David Grissom à la guitare acoustique et de Benmont Tench au piano et à l’orgue. Andy Sturmer, Roger Manning et Andrew Gold contribuent aux voix. Cette distribution rejoint une grande partie de l’atelier Don Was et clôt une expérience collective qui, sur disque, occupe la moitié du programme.
La longueur de ce titre par rapport à plusieurs autres chansons de l’album peut conduire à étudier le rôle du soutien rythmique sur une forme plus développée. Toutefois, sans partitions de séance ni pistes isolées, une analyse de basse doit rester attachée à ce qu’il est possible d’entendre et d’établir. Les termes « groove », « assise » ou « propulsion » sont des outils descriptifs, non des crédits de composition ou d’arrangement.
Bilan et liens vers les autres artisans de Time Takes Time
La présence de James « Hutch » Hutchinson sur les cinq chansons de Don Was fournit un exemple précis de continuité instrumentale à l’intérieur d’un album à plusieurs équipes. Elle rappelle que les collaborateurs les plus réguliers d’une période ne sont pas toujours ceux mis en avant sur les pochettes. Le rôle de ce bassiste se définit ici par cinq masters identifiés, non par une participation généralisée à toute la discographie de Ringo.
Pour comprendre l’ensemble de cet atelier, consulter la monographie Don Was, Benmont Tench, Ed Cherney et la sessionographie générale. La présente étude est un parcours par instrumentiste et non un doublon des fiches de chansons.












