Ringo Starr : encyclopédie des collaborations artistiques et musicales sur Yellow-Sub.net

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Yellow-Sub.net · Double batterie à Apple Studios · 11 octobre 1972

« Don’t Let Me Wait Too Long » : Ringo Starr et Jim Keltner, deux batteries sur la prise 49

Une enquête de session détaillée sur la prise de son simultanée des deux grosses caisses, les trois guitaristes de Badfinger, les 49 prises de 1972 et le disque d’archives de 2024.

La double batterie de Ringo Starr et Jim Keltner, piste par piste

Le 11 octobre 1972, George Harrison enregistre aux studios Apple de Londres « Don’t Let Me Wait Too Long », morceau destiné à son album Living in the Material World. La documentation des séances révèle une décision de prise de son qui mérite une place de choix dans la discographie de Ringo Starr : les grosses caisses du batteur des Beatles et de Jim Keltner sont placées ensemble sur la piste 2 du multipiste, tandis que les autres éléments de leurs kits sont distribués sur les pistes 3 et 4. Ce n’est pas une hypothèse née d’un effet stéréo entendu sur le disque ; c’est un renseignement de bande confirmé par la chronique de séance.

La précision est importante parce qu’elle renverse la manière habituelle de présenter les collaborations. Il ne suffit pas d’écrire que Starr « accompagne George Harrison ». Il faut dire qu’il joue en même temps qu’un autre batteur, que les deux batteries font partie de l’arrangement de base, et qu’une partie de leurs signaux est enregistrée sur une piste commune. La séparation des instruments sera donc moins simple à reconstituer que dans une session ordinaire avec un seul batteur.

Ringo et Keltner ont déjà partagé l’expérience du Concert for Bangladesh en 1971. Leur association dans les sessions de 1972 représente une continuité humaine et musicale. Mais la séance d’« Don’t Let Me Wait Too Long » est un nouvel enregistrement de studio, non un document du concert new-yorkais. Pour l’encyclopédie, il faut créer une entrée distincte, avec sa date du 11 octobre, son numéro de prise, son personnel instrumental et son éventail de rééditions.

Une chanson enregistrée à Apple Studios, non un simple appendice de 1973

L’album Living in the Material World paraît en 1973, mais ses principales bases instrumentales sont enregistrées au cours de la première quinzaine d’octobre 1972. La journée du 11 octobre est donc celle que l’on doit associer à la performance de Ringo, même si le public n’entendra le résultat que plusieurs mois plus tard. Les chronologies contemporaines des sessions placent le travail au bâtiment Apple de 3 Savile Row, Londres, sous la responsabilité artistique de Harrison et avec Phil McDonald parmi les ingénieurs.

Le disque représente la seconde grande œuvre de chansons de George après la séparation des Beatles. Après la luxuriance de All Things Must Pass, Harrison cherche souvent une expression un peu moins chargée, malgré l’emploi d’arrangements et de musiciens nombreux. « Don’t Let Me Wait Too Long » est un bon exemple du compromis : une chanson immédiatement mélodique et accessible, mais interprétée par un groupe dont les nombreuses couches instrumentales sont organisées avec soin.

Le personnel ne se limite pas au duo des batteurs. Klaus Voormann joue de la basse, Pete Ham, Tom Evans et Joey Molland de Badfinger apportent des guitares acoustiques, Gary Wright intervient au piano et Nicky Hopkins au clavecin. Harrison joue de la guitare acoustique et chante. Le choix d’un effectif aussi riche donne sa profondeur au morceau. La sessionographie doit cependant distinguer les contributions individuelles des différents membres de Badfinger plutôt que de réduire leur intervention à une étiquette collective.

Le seize-pistes : inventorier tous les instruments sans inventer de microphones

La fiche publiée par The Beatles Bible donne une répartition particulièrement précise du magnétophone : piste 1, basse de Voormann ; piste 2, grosses caisses de Starr et Keltner ; pistes 3 et 4, reste de leurs batteries ; pistes 5 et 6, guitares acoustiques des membres de Badfinger ; piste 7, piano de Gary Wright ; piste 8, guitare acoustique de Harrison ; piste 9, clavecin de Nicky Hopkins ; piste 10, chant de Harrison. Ce renseignement dépasse largement le crédit générique de pochette.

La coexistence des deux grosses caisses sur une seule piste ne permet pas de déduire que les batteurs exécutent les mêmes frappes à chaque temps. Elle indique que les signaux ont été regroupés lors de la prise de son. De même, la distribution des autres éléments sur les pistes 3 et 4 ne donne pas automatiquement une séparation gauche/droite ni une identité de kit. Pour éviter l’erreur, nous retenons ce que les documents disent réellement et signalons qu’une analyse précise des pistes isolées serait nécessaire pour identifier chaque geste.

En revanche, les données permettent d’établir sans équivoque une participation de Starr à la batterie sur le master. La présence de Ringo dans les studios autour du 11 octobre n’est pas une simple supposition : son instrument apparaît dans la distribution des signaux, côte à côte avec celui de Keltner. Cette preuve est plus forte que les récits biographiques de seconde main décrivant une vague « réunion de vieux amis ».

Quarante-neuf prises : le master se trouve dans le dernier essai

La séance comprend 49 prises, dont la plupart ne sont pas complètes. La prise 49, dernière de la série, est jugée la meilleure et retenue comme master. Ce nombre peut surprendre pour une chanson si concise et mélodique. Il rappelle que les structures les plus accessibles demandent souvent de nombreuses tentatives pour trouver un tempo et une articulation qui conviennent à l’auteur.

George doit coordonner une formation où les deux batteries, la basse, plusieurs guitares et les claviers entretiennent des relations très étroites. Une hésitation sur une reprise ou un changement peut suffire à rendre un essai inutilisable. Nous ne disposons toutefois pas d’un procès-verbal détaillant la raison d’échec de chacune des prises ; il serait donc trompeur d’attribuer les reprises répétées à des erreurs de Ringo, de Keltner ou de Badfinger sans preuve documentaire.

La sélection de la prise 49 démontre aussi que les archives peuvent utiliser un numéro élevé sans qu’il soit question de 49 performances achevées. Dans une base, nous devons associer le master à cette prise précise, tout en classant les essais précédents comme des matériaux de travail dont le degré de complétude varie.

Le détour par les Four Tops : les racines soul du groupe

Pendant la séance, les musiciens improvisent autour de « I Can’t Help Myself (Sugar Pie Honey Bunch) », célèbre titre des Four Tops. La chronique de studio signale cette incursion dans le répertoire Motown, à laquelle il faut donner son statut exact : il s’agit d’un moment enregistré au cours du travail sur la chanson de Harrison, non d’une reprise officiellement publiée en 1972 comme single ou face B.

La présence d’une référence soul est toutefois révélatrice. Les musiciens d’Apple ont des goûts très larges et peuvent passer du rock psychédélique, de la country ou de la pop britannique aux sons de Detroit. Starr a accompagné avec les Beatles de nombreuses reprises américaines, tandis que Keltner possède une expérience des rythmes plus souples du rock et du rhythm and blues. Une telle improvisation montre un terrain commun, mais les sources générales ne donnent pas nécessairement la liste de ceux qui jouent à chaque seconde de ce fragment.

Pour le catalogue exhaustif des participations de Ringo, le bon statut de cette jam est donc « document de séance à rapprocher du 11 octobre 1972, personnel propre à confirmer », tant que le livret et les boîtes de bandes ne permettent pas d’affirmer sa présence sur l’extrait spécifique. Il serait tentant d’ajouter immédiatement « Four Tops avec Ringo » au nombre de collaborations ; cela n’aurait pas de sens puisque les Four Tops ne sont pas au studio et que la chanson est simplement évoquée par le groupe de Harrison.

Ringo, Keltner et le groove d’une chanson tournée vers l’espérance

Le texte de « Don’t Let Me Wait Too Long » est dominé par le désir, l’attente et une forme de confiance. Cette tonalité contribue à distinguer la chanson des compositions plus sévères ou explicitement spirituelles de l’album. La formation instrumentale est particulièrement adaptée à cet équilibre : les guitares acoustiques de Badfinger donnent de la clarté, les claviers ajoutent une texture discrète, et les deux batteries créent une poussée rythmique qui ne cherche pas à écraser le chant.

Il est possible de commenter l’effet sonore d’une double batterie sans prétendre savoir qui a frappé chaque note. Le résultat perçu peut donner une impression de largeur et de densité, notamment lorsque les grosses caisses renforcent ensemble le fondement des mesures. Mais l’enregistrement stéréo commercial ne saurait servir à séparer de manière infaillible les contributions des deux hommes. L’analyse doit donc rester collective tant que les pistes isolées n’ont pas fait l’objet d’un examen spécialisé.

Cette retenue documentaire n’empêche pas d’apprécier la souplesse de Starr. Son rôle change selon les morceaux de George : sur la chanson-titre de Living in the Material World, il contribue à un rock plus lourd ; sur « The Day the World Gets ‘Round », les entrées de batterie sont un enjeu majeur de l’arrangement ; sur « Don’t Let Me Wait Too Long », la légèreté pop réclame une pulsation capable de rester fluide malgré l’effectif important.

Les autres morceaux du disque : pourquoi Jim Keltner reste le batteur principal

Il faut rappeler que Jim Keltner apparaît sur la plupart des chansons de Living in the Material World, alors que Starr est documenté plus ponctuellement. Les chronologies des 2, 3 et 9 octobre attribuent explicitement à Keltner les batteries de « The Lord Loves the One », « Sue Me, Sue You Blues » et « Give Me Love ». De même, les prises de « Be Here Now », de « Who Can See It », de « That Is All » et de « Miss O’Dell » ne justifient pas un crédit de Starr sur leurs masters.

Le 6 octobre, Starr joue bien des maracas pendant une brève série d’essais de « The Light That Has Lighted the World », mais se retire avant que le groupe enregistre le master avec Keltner. C’est une autre participation, instrumentale et documentaire, qui n’est pas une quatrième chanson du LP avec Ringo à la batterie.

Cette distinction entre les trois masters à double batterie et l’intervention aux maracas demeure le cœur de notre inventaire. Elle évite une inflation statistique de la discographie, mais elle empêche aussi de perdre une contribution réelle parce qu’elle n’apparaît pas dans le crédit simplifié d’un album.

1973 : sortie de l’album et circulation commerciale

Le public découvre Living in the Material World en mai 1973 aux États-Unis, puis en juin au Royaume-Uni. Le disque succède au succès de All Things Must Pass et paraît chez Apple Records. « Don’t Let Me Wait Too Long » occupe la quatrième place du programme. L’album parvient au sommet du classement américain ; « Give Me Love (Give Me Peace On Earth) », pourtant enregistré avec Jim Keltner seul, devient également numéro un aux États-Unis.

Cette proximité commerciale rend les confusions faciles. Une discographie simplifiée peut voir Ringo crédité sur le LP et lui attribuer automatiquement le single à succès, alors que les sources de session indiquent clairement le contraire. Pour les spécialistes de Ringo, « Don’t Let Me Wait Too Long » est un enregistrement à documenter de manière individuelle, quel que soit le classement des autres chansons de l’album.

Les rééditions de 2006, 2014 et 2024 modifient progressivement les supports et les programmes disponibles. Elles ne doivent pas être traitées comme des sessions nouvelles. Les rééditions ont une valeur discographique réelle — références, territoires, bonus et remixes — mais leur datation est commerciale, non instrumentale.

2024 : la prise 49 reparaît sous la mention « Acoustic Version »

La réédition anniversaire de Living in the Material World, annoncée le 19 septembre 2024 et mise en vente à partir du 15 novembre, comporte de nouveaux mixages de Paul Hicks supervisés par Olivia et Dhani Harrison. Le programme du deuxième disque propose « Don’t Let Me Wait Too Long (Take 49; Acoustic Version) ». Cette désignation est remarquable : la prise 49 est précisément celle qui avait été sélectionnée en 1972.

L’expression « Acoustic Version » signale une autre présentation de l’enregistrement, mais elle ne prouve pas l’existence d’une deuxième séance distincte. Un même multipiste peut donner lieu à un mixage riche et à un autre mettant en avant les instruments acoustiques. Pour savoir quels signaux ont été conservés ou écartés, il faut consulter le livret de cette édition ou analyser les pistes isolées. La documentation officielle ne donne pas une attribution de batterie entièrement renouvelée pour cette version commerciale.

La version 2024 de l’album comporte également un nouveau mixage du master « Don’t Let Me Wait Too Long ». La confusion à éviter est triple : prise de 1972, sortie de l’album en 1973, nouveau mixage et édition alternative de 2024. Ces années décrivent des événements différents rattachés à une même œuvre musicale.

Le coffret super deluxe : CD, vinyles et Blu-ray

Les éditions de 2024 offrent plusieurs niveaux d’accès. Le 2 CD Deluxe présente les onze titres remixés de l’album et un deuxième disque de prises alternatives. Le 2 LP Deluxe suit une logique proche avec ses propres contraintes de séquençage. Le coffret super deluxe ajoute notamment un Blu-ray audio contenant les nouveaux mixages, ainsi qu’un livret de 60 pages, un complément de notes de séances et un 45-tours exclusif lié à « Sunshine Life For Me ».

Dans un inventaire CD des collaborations de Ringo, il faudrait donc réserver plusieurs champs : titre exact, durée mesurée, numéro de prise, type de mixage, identifiant de disque, pays de publication, label et référence commerciale. Le même instrument enregistré en 1972 peut apparaître sur le vinyle de 1973, un CD remasterisé de 2006 et un mixage Dolby Atmos de 2024, sans qu’il faille lui attribuer trois nouvelles performances.

Le travail archivistique s’enrichit des nouvelles notes publiées par l’équipe Harrison. Le site livinginthematerial.world précise que la reconstitution des sessions repose sur les cartons de bande, les photographies et le journal de Jim Keltner. Ce travail de sources primaires donne une profondeur inégalée aux renseignements tirés des anciennes pochettes.

Fiche de session à intégrer à l’encyclopédie

Artiste : George Harrison. Œuvre : « Don’t Let Me Wait Too Long ». Date : mercredi 11 octobre 1972. Lieu : Apple Studios, Londres. Numérotation : 49 prises, la dernière choisie comme master. Production : George Harrison. Ingénierie : Phil McDonald.

Musiciens : George Harrison, guitare acoustique et chant ; Klaus Voormann, basse ; Ringo Starr et Jim Keltner, batteries ; Pete Ham, Tom Evans et Joey Molland de Badfinger, guitares acoustiques ; Gary Wright, piano ; Nicky Hopkins, clavecin.

Disposition multipiste : basse piste 1 ; grosses caisses de Starr et Keltner regroupées sur piste 2 ; autres éléments de batterie pistes 3 et 4 ; guitares Badfinger pistes 5 et 6 ; piano piste 7 ; guitare Harrison piste 8 ; clavecin piste 9 ; voix principale piste 10.

Éditions de référence : LP de 1973, CD remasterisés, Living in the Material World 50th Anniversary (2024) avec nouveau mixage du master et prise 49 intitulée « Acoustic Version » sur le disque d’archives. Statut : présence de Ringo à la batterie sur le master solidement confirmée, répartition détaillée des frappes avec Keltner non établie par les seules descriptions publiques.

Sources primaires et secondaires

Chronologie de session : The Beatles Bible, « Recording: Don’t Let Me Wait Too Long by George Harrison », 11 octobre 1972 : description nominative du personnel, organisation des pistes du magnétophone, quarante-neuf prises et mention de l’improvisation sur les Four Tops.

Archives de George Harrison : Living in the Material World Timeline, Don Fleming et Richard Radford, archive officielle de George Harrison, basée sur les boîtes de bandes, les notes de production et le journal de Jim Keltner. Catalogue officiel : Living in the Material World 50th Anniversary (2024), communiqué du 19 septembre 2024, programmes détaillés 2 CD/2 LP/Blu-ray.

Références : https://www.beatlesbible.com/1972/10/11/recording-dont-let-me-wait-too-long-george-harrison/ ; https://livinginthematerial.world/timeline/ ; https://www.georgeharrison.com/releases/living-in-the-material-world-50th-anniversary/ ; https://www.georgeharrison.com/living-in-the-material-world-50th/ ; https://www.georgeharrison.com/releases/living-in-the-material-world/ .

Études complémentaires

Le chant-guide de George Harrison sur « Sunshine Life For Me » retrouvé en 2024.

Les trois titres de Living in the Material World avec Ringo et les maracas du 6 octobre · Les collaborations George Harrison–Ringo Starr · La sessionographie générale des collaborations.