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Monographie · Ingénierie et mixage · 1991–1992

Ed Cherney et Ringo Starr : le son des cinq titres produits par Don Was

Une lecture des crédits techniques de Time Takes Time qui restitue à l’ingénieur du son son rôle, sans le confondre avec le producteur ni lui attribuer des opérations non documentées.

Pourquoi une fiche d’ingénieur est indispensable

Raconter les collaborations de Ringo Starr par les seuls artistes présents sur la pochette ou les vedettes invitées laisse une part décisive de l’histoire dans l’ombre. Time Takes Time, enregistré principalement en 1991 et préparé pour sa sortie de 1992, illustre ce problème. Quatre producteurs dirigent dix titres, plusieurs musiciens participent à des équipes distinctes, et les prises de son passent entre les mains de techniciens dont les noms disparaissent souvent des récits généraux. Ed Cherney est l’un de ces collaborateurs essentiels. Les crédits de l’album l’associent aux séances placées sous la responsabilité de Don Was.

Il convient toutefois de définir sa fonction avec précision. La production renvoie à la conduite artistique et à l’organisation d’une réalisation discographique ; l’ingénierie du son concerne l’enregistrement, le placement et l’équilibre technique des sources ; le mixage construit une version stéréo à partir des éléments retenus ; le mastering prépare cette version pour la diffusion. Ces métiers peuvent se recouper, mais une notice encyclopédique ne doit pas les fusionner. Pour Cherney, la participation attestée appartient principalement au travail d’enregistrement et de mixage de cinq plages de l’édition standard.

Les cinq titres de Don Was et leur répartition

Le groupe pertinent se compose de « Weight of the World » (plage 1), « Don’t Know a Thing About Love » (plage 2), « I Don’t Believe You » (plage 7), « In a Heartbeat » (plage 9) et « What Goes Around » (plage 10). Ces cinq titres portent le crédit de production de Don Was, et les discographies techniques associent Ed Cherney aux enregistrements de cette équipe. Leur succession dans l’album ne reflète donc pas une séance continue : les deux premières chansons ouvrent le disque, alors que les trois autres se trouvent dans sa seconde moitié.

Le titre « Weight of the World », choisi comme single, possède une fonction particulière dans le lancement commercial de l’album. Sa production combine la batterie et la voix de Ringo avec les guitares de Mark Goldenberg, la basse de James « Hutch » Hutchinson, les claviers de Benmont Tench et les harmonies de musiciens familiers de la pop américaine. Il faut éviter d’attribuer à Cherney la composition ou la sélection du morceau, œuvre de Brian O’Doherty et Fred Velez. En revanche, son nom peut être rattaché à l’organisation technique des sons entendus sur le disque.

« Don’t Know a Thing About Love » : rythmique et chœurs

Sur « Don’t Know a Thing About Love », écrit par Richard Feldman et Stan Lynch, la prestation de Ringo s’inscrit dans une formation où Benmont Tench assure les claviers, James Hutchinson la basse et Mark Goldenberg la guitare. Les chœurs font intervenir notamment Andy Sturmer, Roger Manning, Doug Fieger et Berton Averre. La présence d’anciens et futurs collaborateurs de Tom Petty, des Jellyfish et de la pop californienne donne à la chanson un environnement instrumental précis ; elle ne doit pas conduire à l’invention d’une formation permanente sous un nom de groupe.

Le travail d’enregistrement consiste ici à rendre intelligibles une batterie, une voix principale et plusieurs plans harmoniques. On peut décrire, en analyse sonore, une séparation efficace des registres et la clarté du chant ; en revanche, aucune documentation consultée ne permet d’affirmer le modèle des microphones, les pistes de console attribuées à chaque chanteur, ni l’ordre des prises définitives. Une fiche technique sérieuse met en valeur ce qui est effectivement crédité sans remplir les silences des archives par une description imaginaire de la régie.

« I Don’t Believe You » : Jellyfish et le clin d’œil pop

« I Don’t Believe You » est signé Andy Sturmer et Roger Manning. La composition provient ainsi d’auteurs qui, dans les années 1990, cultivent un langage harmonique et mélodique attentif à l’histoire de la pop. Michael Landau et David Grissom participent aux guitares, James Hutchinson à la basse, tandis que Benmont Tench assure le piano et l’orgue. Les auteurs interviennent également dans l’accompagnement et les voix. Don Was produit ce master et Ed Cherney figure dans l’équipe technique associée à sa réalisation.

La conclusion harmonique peut rappeler certaines références pop des années 1960, mais le constat musicologique ne suffit pas à désigner l’initiateur individuel d’un choix d’accord ou de son. Le producteur, l’ingénieur, les musiciens et le chanteur ont pu participer à des décisions successives. L’intérêt de la notice n’est pas de décider arbitrairement qui aurait « fabriqué » la couleur Beatles, mais de restituer la collaboration dans laquelle cette couleur a pris forme.

« In a Heartbeat » : une architecture vocale dense

Composée par Diane Warren, « In a Heartbeat » réunit une distribution plus ample : Michael Landau et Mark Goldenberg sont crédités aux guitares, James Hutchinson à la basse, Benmont Tench à l’orgue et à l’harmonium, et Jamie Muhoberac ainsi que Robbie Buchanan aux claviers. Les chœurs comprennent Brian Wilson et plusieurs musiciens issus des milieux de la power pop et de la production californienne, dont Andy Sturmer, Roger Manning, Andrew Gold et Doug Fieger. La mise en place d’un ensemble vocal aussi fourni rend particulièrement importante la distinction entre arrangement vocal, prise de son et réalisation finale du mix.

La participation de Brian Wilson attire légitimement l’attention, mais sa célébrité ne doit pas masquer la construction collective de la piste. Les crédits ne permettent pas toujours d’isoler sa contribution à l’oreille ni de dater un overdub individuel. Du point de vue du travail de Cherney, il faut donc présenter la chanson comme une réalisation techniquement composite, plutôt que comme la chronique imaginaire d’une rencontre de célébrités dans une même cabine.

« What Goes Around » et les longues formes de la fin d’album

« What Goes Around », composition de Rick Suchow placée en dixième et dernière position, est plus développée que la plupart des autres titres du disque. On y retrouve notamment Michael Landau et David Grissom aux guitares, James Hutchinson à la basse, Benmont Tench aux claviers, ainsi qu’Andy Sturmer, Roger Manning et Andrew Gold dans l’environnement vocal. Sa position conclusive donne au travail d’équilibre sonore une fonction dramatique particulière : il s’agit de terminer l’album sans que la densité instrumentale écrase la voix facilement identifiable de Starr.

On peut faire l’hypothèse critique que la cohérence entre les cinq morceaux produits par Don Was est due en partie à la continuité des équipes et du traitement sonore. Mais cette formulation doit rester une analyse de résultat, non une affirmation selon laquelle Cherney aurait imposé seul une esthétique ou un réglage commun. La comparaison des instruments, des fréquences et des rapports voix-batterie appartient à l’écoute analytique ; la causalité technique exige des fiches de session.

Mixages, remixes et crédit partagé avec d’autres techniciens

Les renseignements de l’album associent Ed Cherney aux opérations de mixage des titres de Don Was, tout en signalant pour certaines pistes l’intervention d’autres techniciens, notamment Bob Clearmountain pour « Weight of the World » et Rik Pekkonen dans une partie du travail sur « I Don’t Believe You » et « What Goes Around ». Cette coexistence de crédits ne prouve pas que chacun ait travaillé sur le même mix définitif ni qu’un second nom annule le premier. Elle impose au contraire d’identifier les opérations et les versions lorsqu’un livret les distingue.

L’album est attribué au mastering de Doug Sax, fonction séparée de celle de Cherney. Les pages consacrées à Time Takes Time doivent respecter cette chaîne des responsabilités : producteur, ingénieur d’enregistrement, mixeur et ingénieur de mastering. Une présentation qui attribuerait le « son entier » du disque à l’un de ces noms gommerait le caractère véritablement multi-équipe du projet.

Conclusion : un artisan du retour discographique de Ringo

Ed Cherney participe à une phase fondamentale du retour de Ringo Starr au studio. Son rôle attesté dans les cinq chansons produites par Don Was contribue à expliquer comment une batterie familière, des musiciens de Los Angeles et des harmonies pop sont réunis en enregistrements commercialement aboutis. Le mérite historique du technicien n’est pas de remplacer les producteurs dans le récit, mais de montrer que leur travail dépend d’une chaîne d’opérations et de collaborations.

Pour replacer cette monographie dans l’ensemble : voir l’atlas de Time Takes Time, Don Was et Ringo Starr, Doug Sax et le mastering et la méthode de vérification des crédits. Les rôles documentés y demeurent distincts des interprétations sonores.

Autre réseau d’ingénieurs sur le même album : Frank Wolf est associé à « Golden Blunders » ; Bill Drescher à « All in the Name of Love ». Ces monographies distinguent les pistes et évitent de généraliser un crédit d’ingénierie à toutes les chansons de Time Takes Time.

Ed Cherney : l’ingénierie comme lien entre les cinq productions Don Was

L’album Time Takes Time se distingue par la présence de plusieurs producteurs, chacun associé à un groupe de chansons. Ed Cherney appartient à l’équipe technique de Don Was, qui travaille notamment sur « Weight of the World », « Don’t Know a Thing About Love », « I Don’t Believe You », « In a Heartbeat » et « What Goes Around ». Le partage des tâches peut sembler moins spectaculaire que l’arrivée d’un ancien Beatle derrière une console, mais il est essentiel à l’identité du disque : enregistrer la batterie et la voix de Ringo, fixer les interventions des guitares et claviers, puis préparer des pistes aptes à être assemblées dans un album comprenant d’autres équipes.

Les arrangements diffèrent pourtant sensiblement d’un morceau à l’autre. « I Don’t Believe You » associe les auteurs de Jellyfish à un environnement de pop très construit ; « In a Heartbeat » réunit une écriture extérieure et une texture de chœurs dense ; « What Goes Around » donne au programme une conclusion plus ample. Les crédits d’enregistrement de Cherney doivent donc être compris comme la continuité d’une méthode technique appliquée à des œuvres distinctes, pas comme la preuve d’un arrangement identique. L’intervention de Bob Clearmountain sur le mixage de « Weight of the World » rappelle qu’un titre peut passer entre plusieurs spécialistes sans changer d’identité de master.

Le bon vocabulaire pour les métiers du son

Produire, enregistrer, mixer et masteriser ne sont pas des synonymes. La notice de Bob Clearmountain éclaire l’une des étapes de finition ; celle de Don Was décrit la responsabilité de producteur ; cette page conserve pour centre le métier de Cherney.

L’ingénierie d’Ed Cherney dans un album à quatre producteurs

Les cinq chansons de Time Takes Time produites par Don Was constituent le périmètre principal du travail d’Ed Cherney. « Weight of the World », « Don’t Know a Thing About Love », « I Don’t Believe You », « In a Heartbeat » et « What Goes Around » reposent sur des auteurs, des chanteurs d’accompagnement et des instrumentistes différents, mais bénéficient d’une continuité technique. Cherney contribue à l’enregistrement de ces prestations, au moment où Ringo retrouve un projet de studio régulier après plusieurs années d’incertitude discographique.

Il faut distinguer la prise de son des opérations ultérieures. Ainsi, le mixage du premier single « Weight of the World » est associé à Bob Clearmountain : deux professionnels participent à la fabrication d’une même chanson, sans qu’il faille imaginer deux compositions ni deux nouveaux albums. De même, l’équipe de Don Was ne doit pas être confondue avec celles de Jeff Lynne, Peter Asher et Phil Ramone. Cette méthode d’attribution par groupe de titres rend l’histoire du disque beaucoup plus intelligible qu’une liste globale d’ingénieurs.

Une division précise du travail

Pour suivre l’évolution du premier single, lire la notice de Bob Clearmountain. La monographie de Don Was éclaire la conduite artistique des séances, sans remplacer la description du métier de Cherney.