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Monographie encyclopédique · Producteur et bassiste · 1991–2017
Don Was et Ringo Starr : de Time Takes Time aux basses de Give More Love (1991–2017)
Cinq chansons produites en 1992, une contrebasse sur Y Not et deux participations sur Give More Love : la relation de Don Was avec Ringo illustre comment un producteur peut retrouver son métier d’instrumentiste au fil des années.
Une collaboration discontinue qui traverse plusieurs métiers
Don Was occupe une place particulière parmi les collaborateurs de Ringo Starr. La relation ne se présente pas comme une période continue au cours de laquelle le producteur aurait dirigé tous les disques du batteur. Elle apparaît plutôt par étapes, chacune correspondant à une fonction différente : producteur de cinq chansons de Time Takes Time en 1992, instrumentiste invité dans les années suivantes, notamment sur Y Not en 2010, puis bassiste de deux morceaux de Give More Love en 2017. Ces participations ne relèvent pas du même métier et ne possèdent pas le même statut discographique. Une monographie doit d’abord rendre visible cette évolution, plutôt que réunir les noms célèbres autour de Ringo dans une chronologie indifférenciée.
Was est lui-même un bassiste et producteur reconnu au-delà de cette collaboration. Son expérience des studios lui permet d’exercer des responsabilités de direction musicale sur les enregistrements de certains artistes, puis de revenir à son instrument sur les disques d’autres collaborateurs. Cette polyvalence constitue une caractéristique de sa relation avec Starr. Elle exige un relevé soigneux des crédits : diriger un master en 1991 ne donne pas automatiquement un crédit de basse sur ce master, et jouer une contrebasse en 2017 ne signifie pas que l’on a produit l’album entier.
1991–1992 : le choix de plusieurs producteurs pour Time Takes Time
Le retour de Ringo à un album de studio après une période difficile s’organise autour de plusieurs pôles de production. Le programme original de dix chansons de Time Takes Time attribue cinq titres à Don Was, deux à Jeff Lynne, deux à Phil Ramone et un à Peter Asher. Cette distribution offre au chanteur plusieurs types d’accompagnement sans confier la totalité du projet à une seule esthétique ou à un seul réseau de techniciens.
Les cinq chansons produites par Was sont « Weight Of The World », « Don’t Know A Thing About Love », « I Don’t Believe You », « In A Heartbeat » et « What Goes Around ». Les autres titres possèdent des réalisateurs différents, qu’il serait fautif d’inclure dans son catalogue de production. Le fait qu’une même maison de disques publie ces dix masters sur un album cohérent ne signifie pas qu’ils ont été enregistrés ensemble ou que leurs producteurs se soient remplacés tour à tour dans la même salle de contrôle.
La démarche de Was peut être étudiée à travers les équipes qu’il réunit. On retrouve des musiciens comme James « Hutch » Hutchinson à la basse, Benmont Tench aux claviers, Mark Goldenberg à la guitare et plusieurs chanteurs proches de la pop harmonisée américaine. Leur présence n’est pas forcément identique sur les cinq chansons. Un crédit global est utile pour présenter la couleur d’une période, mais seule la fiche de chaque master permet de connaître les interprètes réellement concernés.
Weight Of The World : une chanson d’ouverture portée par une équipe
Le premier titre de l’album, « Weight Of The World », est une composition de Brian O’Doherty et Fred Velez. Don Was en est le producteur, Ringo le chanteur et le batteur, tandis que Mark Goldenberg, James Hutchinson et Benmont Tench figurent dans le personnel instrumental. Andy Sturmer et Roger Manning apportent des voix d’accompagnement. Ce générique illustre l’enjeu du projet : présenter Ringo dans un environnement contemporain, avec de nouvelles chansons, sans lui faire perdre son identité vocale et rythmique.
La chanson d’ouverture possède une fonction éditoriale. Elle est la première rencontre du public avec le nouveau programme ; la production doit immédiatement rendre le chant intelligible et donner à la batterie la place attendue. On peut analyser l’équilibre entre les guitares, les claviers et la section rythmique, mais il serait imprudent de prétendre que Was a personnellement décidé la position exacte de chaque instrument sans documentation de mixage. Le producteur définit une direction, tandis que l’ingénieur et les musiciens contribuent au résultat matériel.
Le choix d’une œuvre écrite par d’autres auteurs est également significatif. Ringo peut interpréter un titre dont la mélodie a été préparée à son intention ou proposé au projet sans qu’il en soit coauteur. Sa contribution d’interprète et de batteur ne transforme pas cette composition en œuvre signée Starkey. Une encyclopédie doit préserver les auteurs, le master et son producteur dans des catégories distinctes.
Don’t Know A Thing About Love : un réseau de chanteurs pop
« Don’t Know A Thing About Love » est attribué à Richard Feldman et Stan Lynch. Il s’inscrit dans la série des productions Don Was, avec Mark Goldenberg, Hutch Hutchinson et Benmont Tench, mais possède sa propre distribution vocale. Andy Sturmer et Roger Manning figurent parmi les choristes, aux côtés de Doug Fieger et Berton Averre. Ces derniers sont associés à The Knack ; leur présence individuelle ne signifie pas que ce groupe aurait enregistré collectivement un nouveau titre sous son nom.
La place des chœurs est centrale dans le langage pop de plusieurs productions du disque. Ils peuvent élargir un refrain ou fournir un contrepoint mélodique à la voix principale. Il ne faut cependant pas désigner automatiquement chaque harmonie aiguë comme la voix d’un participant célèbre, ni reporter tout le personnel d’un autre titre sur celui-ci. Le mix réunit différentes parties dont la répartition exacte peut demander les bandes isolées.
La production de Was montre ici sa capacité à associer plusieurs générations de musiciens, mais l’histoire du personnel doit rester précise. Une citation d’un autre groupe des années 1970 ou 1980 dans un article biographique ne remplace pas le crédit de la chanson enregistrée en 1991.
I Don’t Believe You : Andy Sturmer et Roger Manning deviennent auteurs
Avec « I Don’t Believe You », l’intervention d’Andy Sturmer et Roger Manning change de nature. Les deux musiciens ne sont pas simplement des choristes invités : ils signent la composition. Cette distinction importe d’autant plus qu’ils appartiennent à l’univers du groupe Jellyfish, dont l’écriture puise dans une pop très mélodique. La production confiée à Was met donc en présence Ringo, interprète au long parcours, et une chanson composée par des musiciens d’une génération plus récente.
Les noms des auteurs ne doivent pas être confondus avec ceux des instrumentistes du master. Sturmer et Manning peuvent apporter une composition sans jouer automatiquement tous les instruments qui l’enregistrent ; Don Was peut en diriger la réalisation sans être reconnu comme coauteur. Le catalogue doit distinguer l’œuvre remise au chanteur, les musiciens choisis pour l’interpréter et les étapes du mixage.
Le recours à un répertoire de Jellyfish possède une dimension historique particulière : il témoigne du fait que l’influence des Beatles sur plusieurs groupes de pop des années 1990 peut revenir vers l’un des Beatles sous la forme d’une nouvelle chanson interprétée. Ce mouvement de références et de générations ne signifie pas une reformation du groupe disparu. Il décrit une circulation culturelle dont le master de Ringo est une nouvelle étape.
In A Heartbeat : Diane Warren, Brian Wilson et Jellyfish
« In A Heartbeat », composée par Diane Warren, est l’un des exemples les plus riches de la production Was sur cet album. Le disque réunit autour de la voix de Ringo des instruments de studio et des harmonies vocales où apparaissent notamment Brian Wilson, Andy Sturmer, Roger Manning, Andrew Gold et Brian O’Doherty. Plusieurs musiciens de claviers, guitare et basse contribuent à la texture instrumentale. L’importance du générique ne doit pas masquer le statut de chacun : Warren signe la chanson, Was la produit et Ringo l’interprète ; les autres artistes participent selon leurs rôles attestés.
La présence de Brian Wilson, figure majeure des Beach Boys, donne une portée symbolique à cette rencontre. Pourtant, il n’enregistre pas « In A Heartbeat » au nom des Beach Boys, et son crédit vocal ne le rend pas producteur du morceau. Andy Sturmer et Roger Manning ne constituent pas davantage une participation officielle de Jellyfish en tant que groupe. La collaboration est celle de personnes identifiées sur un master de Starr.
Cette chanson permet d’observer une autre force du travail de Was : l’assemblage d’un réseau de voix différentes autour d’un interprète central. Plusieurs timbres peuvent former un chœur homogène, mais l’analyse d’une note ou d’une réponse musicale ne permet pas nécessairement de nommer son exécutant. Les crédits attestent la présence ; les bandes et les témoignages pourraient éclairer la distribution précise des parties.
What Goes Around : une dernière production Was au sein du programme
« What Goes Around », écrite par Rick Suchow, ferme l’édition standard de Time Takes Time. Il s’agit de la cinquième production Don Was retenue sur les dix chansons. Ce placement final permet au disque de revenir vers une équipe différente de celle des morceaux immédiatement précédents, alors que le public écoute un album présentant une seule identité artistique. L’ordre des plages correspond à une décision éditoriale, non nécessairement à l’ordre chronologique des séances.
La chanson illustre le rôle des claviers et des guitares dans le paysage pop de l’album. Toutefois, l’existence de plusieurs producteurs impose de ne pas généraliser les conclusions tirées d’un seul morceau à la totalité du disque. Les différences de prise ou de mix peuvent provenir des équipes techniques, des studios, des instruments et du répertoire. Sans documentation sur les versions de travail, il serait artificiel de désigner une seule personne comme responsable de toutes les particularités sonores.
Une comparaison nécessaire : Don Was, Jeff Lynne, Peter Asher et Phil Ramone
La position de Don Was dans le projet prend tout son sens face aux trois autres producteurs. Jeff Lynne assure deux chansons, « Don’t Go Where The Road Don’t Go » et « After All These Years », où il cumule plusieurs instruments et la direction de l’enregistrement. Peter Asher produit « Golden Blunders », reprise d’une chanson des Posies. Phil Ramone conduit « All In The Name Of Love » et « Runaways », cette dernière renouant avec Harry Nilsson et faisant intervenir Mark Hudson avant sa longue collaboration ultérieure avec Starr.
Le travail de Was possède une unité de personnel différente. Les mêmes instrumentistes peuvent revenir sur plusieurs de ses cinq titres, et ses choix de chœurs rejoignent plusieurs univers de pop américaine. Ce constat ne permet pas de dresser une hiérarchie entre les producteurs. Un seul morceau confié à Asher peut demander autant de recherche de musiciens et d’arrangements qu’une suite de cinq titres. Il s’agit de méthodes distinctes réunies dans un seul album.
Le classement correct est donc un tableau de responsabilités. On ne doit pas créditer Don Was pour les dix chansons parce qu’il produit la moitié du programme, pas plus qu’il ne faut attribuer à Jeff Lynne le travail d’Asher sous prétexte que leur sensibilité pop peut parfois sembler proche.
2010 : Don Was revient à la basse, sans reprendre la production
Sur Y Not, Ringo Starr travaille avec Bruce Sugar et prend une responsabilité accrue à la production. Don Was réapparaît alors comme instrumentiste : les crédits le mentionnent à la contrebasse sur « Can’t Do It Wrong ». Sa présence constitue un nouvel épisode de collaboration, mais dans une fonction qui diffère de celle de 1992. Il ne faut pas étendre le titre de producteur de cinq chansons de Time Takes Time à un album de 2010 dont les responsabilités sont attribuées autrement.
La contrebasse possède des propriétés de timbre et d’attaque différentes de celles d’une basse électrique ordinaire, mais elle peut être enregistrée, amplifiée et mixée de multiples façons. Le crédit identifie l’instrumentiste et son instrument ; une analyse précise du jeu demanderait la version concernée et, idéalement, des informations sur la prise de son. L’identité de Was comme producteur renommé ne modifie pas le fait qu’il soit ici invité pour une partie spécifique.
Cette situation rappelle qu’un réseau professionnel ne comporte pas de hiérarchie fixe valable pendant plusieurs décennies. Un producteur peut accepter un rôle d’accompagnateur sur le disque d’un artiste dont il a autrefois dirigé les sessions. La relation continue, mais le sens du travail change.
2017 : deux basses, deux chansons et la cohérence de Give More Love
Don Was réapparaît sur Give More Love, album de 2017 produit par Ringo. Les crédits indiquent sa basse sur « Electricity » et sa contrebasse sur « Shake It Up ». Les deux titres sont distincts, avec des collaborateurs différents. « Electricity » réunit notamment Joe Walsh à la guitare, Benmont Tench aux claviers et Glen Ballard au piano électrique et aux chœurs. « Shake It Up » comprend Steve Dudas et Gary Nicholson aux guitares ainsi qu’Edgar Winter au piano. Cette variation de personnel montre que le retour de Was n’est pas la résurrection de l’équipe de 1992.
Il serait pourtant dommage de ne retenir que les noms célèbres. La fonction de la basse se situe au cœur du rapport entre la batterie de Ringo, les accords et l’énergie de la chanson. Sur « Shake It Up », la contrebasse peut renforcer un caractère plus proche des traditions américaines ; sur « Electricity », la basse électrique s’inscrit dans une autre combinaison de guitares et de claviers. Une attribution de geste précis exige cependant une écoute analytique des masters et ne doit pas être inventée à partir de la réputation du musicien.
La présence de Was sur deux chansons constitue deux contributions à des enregistrements, mais n’entraîne pas automatiquement deux nouvelles relations humaines indépendantes. Dans l’index du dossier, son rôle se qualifie comme musicien, l’année comme 2017, et les œuvres doivent conserver leur identité.
La relation entre production et jeu instrumental
La comparaison des périodes 1992, 2010 et 2017 révèle une caractéristique des collaborations de Ringo : leur durée ne suppose pas une fonction constante. Don Was peut revenir parce que Starr apprécie son travail, parce que les producteurs cherchent une basse particulière ou simplement parce que les réseaux professionnels continuent à se croiser. Les crédits seuls ne permettent pas de trancher les motivations de chaque invitation. Il faut donc éviter de raconter une amitié privée comme explication suffisante de tous les choix.
Du point de vue des métiers, la différence est fondamentale. Produire une chanson implique de participer à sa réalisation générale ; jouer de la basse correspond à une contribution instrumentale définie par le master. On peut cumuler ces fonctions ou n’en exercer qu’une. La grande valeur du parcours Was est de permettre cette comparaison à vingt-cinq ans de distance.
Conclusion et limites documentaires
La collaboration entre Don Was et Ringo Starr traverse trois périodes clairement identifiables : la production de cinq titres de Time Takes Time, la participation à la basse sur Y Not et les deux interventions instrumentales de Give More Love. Cette histoire n’est pas celle d’un groupe permanent, ni celle d’une discographie produite exclusivement par le même homme. Elle représente la continuité d’un réseau de professionnels dont les responsabilités changent avec les projets.
Pour progresser, le dossier devra confronter les crédits des premières éditions aux éventuelles feuilles de session, distinguer les masters et leurs rééditions, puis préciser les rôles techniques de chaque équipe. Les notes de production et les témoignages de Was ou des instrumentistes seraient particulièrement utiles pour comprendre certaines décisions, sans les fabriquer à partir d’hypothèses d’écoute.
À consulter : l’atlas de Time Takes Time, « In A Heartbeat », l’atlas de Y Not, « Electricity » et « Shake It Up ».
Les voix de Jellyfish et le mix du premier single
Les cinq chansons de Time Takes Time produites par Don Was font intervenir Andy Sturmer et Roger Manning, auteurs de « I Don’t Believe You » et interprètes des chœurs ou guitares acoustiques selon les pistes. Le duo apporte une continuité vocale au personnel de Was, sans être coauteur des autres chansons qu’il accompagne. Le premier single de l’album, « Weight of the World », présente par ailleurs un crédit de mixage attribué à Bob Clearmountain, distinct de la production de Was et du travail d’Ed Cherney à l’ingénierie. Ces deux monographies approfondissent les métiers autour des enregistrements de 1991–1992, tandis que cette page continue d’étudier les collaborations de Don Was avec Ringo au fil des années.












