Ringo Starr : encyclopédie des collaborations artistiques et musicales sur Yellow-Sub.net

← Les collaborations de Ringo entre 1980 et 1999

Yellow-Sub.net · Discographie de sessions 1980–1981 · Dix chansons et six bonus

Stop And Smell The Roses : les dix chansons, les cinq producteurs et les vraies sessions de Ringo Starr

De Paul McCartney et George Harrison à Harry Nilsson, Ronnie Wood et Stephen Stills : les musiciens de chaque piste, le projet rejeté Can’t Fight Lightning et les six archives du CD de 1994.

Un album de dix chansons, mais cinq pôles de production différents

Stop And Smell The Roses, le huitième album studio solo de Ringo Starr, paraît aux États-Unis le 27 octobre 1981, puis au Royaume-Uni le 20 novembre. Ce disque présente une particularité trop rarement examinée avec précision : ses dix plages proviennent de cinq ensembles de production, dirigés respectivement par Paul McCartney, George Harrison, Harry Nilsson, Ronnie Wood avec Ringo, et Stephen Stills. Leur juxtaposition donne à l’album un aspect parfois disparate, mais elle en fait l’un des documents les plus intéressants pour comprendre le réseau de collaborations du batteur après la fin des Beatles.

L’écoute d’un album peut suggérer l’unité d’un seul groupe. Ici, ce serait une erreur factuelle. Les guitares de Laurence Juber appartiennent aux séances de McCartney en France ; celles de Harrison au travail de Friar Park ; les cuivres de Jim Gordon et de Jerry Jumonville apparaissent dans les séances supervisées par Nilsson ; Ronnie Wood joue même du saxophone sur une prise qu’il coproduit avec Ringo ; Stephen Stills mobilise sa propre formation. Les noms ne peuvent donc pas être transférés d’une chanson à l’autre.

Le projet se construit pendant 1980 et les premières semaines de 1981, puis subit une transformation éditoriale. Initialement prévu sous le titre Can’t Fight Lightning, il est remanié après les difficultés contractuelles rencontrées avec la distribution américaine. Trois chansons de la configuration envisagée sont retirées et remplacées. Les CD des années 1990 permettent de retrouver certaines bandes écartées. Il s’agit d’une histoire discographique à plusieurs couches : chanson composée, session d’enregistrement, prise retenue, programme d’album et édition rétrospective.

11–21 juillet 1980 : Super Bear, Paul et Linda McCartney

La première grande fenêtre du projet se situe du 11 au 21 juillet 1980 à Super Bear Studios, près de Berre-les-Alpes, dans le sud de la France. Paul et Linda McCartney travaillent avec Ringo et le guitariste Laurence Juber, alors membre de Wings. Le saxophoniste Howie Casey intervient également, tandis que Linda et d’autres choristes — Lezlee Livrano Pariser et Sheila Casey — participent aux voix. Paul assure la production et Peter Henderson l’ingénierie.

Quatre enregistrements avec Ringo naissent dans cet environnement : les compositions originales de Paul « Private Property » et « Attention », la reprise de Carl Perkins « Sure To Fall (In Love With You) », ainsi qu’une pièce improvisée intitulée « You Can’t Fight Lightning ». Cette dernière sera retirée du programme définitif, mais elle jouera un rôle déterminant dans l’histoire de l’album, puisqu’elle lui donnait initialement son titre.

Les membres de la formation ont des rôles différents. Sur les titres principaux, Paul est à la basse, au piano et aux chœurs, tandis que Ringo chante et joue de la batterie. Laurence Juber fournit les guitares, Howie Casey les interventions de saxophone et les choristes complètent les arrangements. Ce travail n’est pas celui d’un groupe Wings dont Ringo serait soudain devenu le nouveau batteur : il s’agit de séances organisées pour son album solo, avec des musiciens issus de l’entourage de McCartney.

Piste 1 — Private Property : la chanson de McCartney qui ouvre le disque

« Private Property » est écrite par Paul McCartney et ouvre l’album. La distribution officielle donne Ringo Starr au chant et à la batterie, Paul au piano, à la basse et aux chœurs, Laurence Juber à la guitare, Howie Casey au saxophone et Linda McCartney parmi les choristes. Il s’agit donc d’une collaboration où Paul possède plusieurs responsabilités, mais où la voix principale appartient sans ambiguïté à Ringo.

La production de Paul apporte une couleur pop très différente de la suite avec Harrison ou Nilsson. Les guitares, les interventions de saxophone et l’accompagnement vocal composent un environnement relativement brillant, dans lequel Starr reste le centre du morceau. Cela ne signifie pas que McCartney joue de la batterie sur la prise : cette fonction est créditée à Ringo. Une sessionographie correcte distingue l’auteur-producteur multi-instrumentiste du chanteur-batteur principal.

La chanson devient le deuxième single de l’album, publié le 13 janvier 1982. Le catalogue de The Beatles Bible indique également l’existence d’un mix promotionnel prolongé diffusé lors de la campagne de réédition de 1994, avec une partie de pedal steel guitar de Lloyd Green. Ce type de document doit être traité comme une variante éditoriale et instrumentale précisément identifiée, non comme une preuve que Lloyd Green apparaît nécessairement sur tous les pressages du master commercial de 1981.

Piste 2 — Wrack My Brain : Harrison compositeur et producteur

Le deuxième titre transporte l’auditeur vers Friar Park, où George Harrison produit « Wrack My Brain » pendant la période du 19 au 25 novembre 1980. Cette fois, Harrison signe également la composition, tandis que Ringo en assure le chant principal et la batterie. Les guitares de George et d’Al Kooper, la basse et le tuba d’Herbie Flowers, les claviers et percussions de Ray Cooper donnent au morceau sa sonorité mordante.

La chanson connaît une vie commerciale propre : elle devient le premier 45-tours tiré de l’album et reste le dernier titre de Ringo à entrer dans le Top 40 américain pendant une longue période. Son statut de single ne doit pas conduire à attribuer George Harrison à la face B « Drumming Is My Madness », produite et enregistrée avec une autre formation sous la direction de Harry Nilsson.

Le fait que Harrison soit à la fois auteur, musicien et producteur sur « Wrack My Brain » le distingue de sa contribution à « You Belong to Me », standard qu’il produit sans l’avoir composé. L’encyclopédie doit établir deux fiches séparées. La session de « Wrack My Brain » avec George Harrison est détaillée dans une étude autonome.

Piste 3 — Drumming Is My Madness : deux batteurs, un saxophoniste nommé Jim Gordon

Le troisième morceau est composé et produit par Harry Nilsson. La prise initiale est liée à la séance du 4 novembre 1980 aux studios Evergreen de Los Angeles, avec des compléments au début de décembre. Elle présente une formation énergique, comprenant Ringo Starr et Jim Keltner à la batterie, Dennis Belfield à la basse, Dennis Budimir, Ritchie Zito et Fred Tackett aux guitares, Jane Getz au piano, ainsi qu’un groupe important de cuivres et de bois.

Un piège de crédit mérite d’être signalé : Jim Gordon apparaît ici au saxophone baryton dans les relevés de personnel, tandis que Jim Keltner est le second batteur. Gordon est certes également connu pour son activité de batteur sur d’autres disques, mais le crédit de cette piste particulière est celui d’un saxophoniste. On ne peut pas lui attribuer un troisième kit simplement en projetant sa biographie générale sur le morceau.

La distribution comprend également Jerry Jumonville au saxophone ténor, Bruce Paulson au trombone, Lee Thornburg à la trompette, Rick Riccio à la flûte et Joe Lala aux percussions. L’arrangement met ainsi Ringo dans un contexte proche de la revue rock’n’roll, avec plusieurs couches rythmiques et des cuivres. Nilsson produit une atmosphère très différente de l’élégance pop des titres de McCartney ou de la satire sèche de Harrison.

Piste 4 — Attention : la seconde chanson écrite par Paul McCartney

« Attention » est la deuxième composition originale apportée par Paul McCartney aux séances françaises. Sa distribution est proche de celle de « Private Property » : Ringo au chant et à la batterie, Paul au piano, à la basse, aux percussions et aux chœurs, Laurence Juber aux guitares, Howie Casey au saxophone, Linda McCartney et d’autres choristes aux voix. Le morceau appartient donc à la même famille de studio, tout en possédant une écriture et une progression musicale propres.

La préparation est documentée par une bande de démonstration de McCartney, qui contenait non seulement « Attention », mais aussi des versions de « Sure To Fall » et de « Route 66 ». Cette cassette fut remise à Howie Casey pour l’aider à préparer ses interventions. Sa circulation ultérieure dans le marché des objets de collection rappelle la différence entre un enregistrement de travail du compositeur et la prise finale avec Ringo.

La démo de Paul est un document de composition et d’arrangement ; le master avec Starr est une autre performance. Le simple fait qu’un même titre existe sur deux bandes ne suffit pas à considérer que Ringo joue sur la démo initiale. L’enquête sur les versions doit garder la même exigence que celle appliquée au disque de Harrison de 1970.

Piste 5 — Stop And Take The Time To Smell The Roses : Ringo et Nilsson écrivent ensemble

La chanson-titre est cosignée par Ringo Starr et Harry Nilsson et produite par ce dernier. Elle est abordée pendant les séances de novembre 1980, avec des interventions complémentaires aux Bahamas en décembre. Comme « Drumming Is My Madness », elle réunit une formation élargie avec Ringo et Jim Keltner à la batterie, des guitaristes américains, Jane Getz au piano et une section de cuivres.

Le crédit de composition est important : contrairement à « Drumming Is My Madness », œuvre écrite par Nilsson, la chanson-titre résulte d’un travail commun avec Ringo. Les deux musiciens entretiennent depuis les années 1970 une relation mêlant musique, projets cinématographiques et amitié. Ce disque constitue l’une de leurs collaborations les plus visibles au début de la décennie 1980, dans un registre relativement humoristique.

La réédition CD de 1994 comprend une « Original Vocal Version » de la chanson. Cette version doit posséder une entrée documentaire distincte, mais le terme « original » ne signifie pas à lui seul que tous les instruments auraient été réenregistrés lors d’une autre séance. La comparaison des voix, des durées et des pistes doit précéder toute assertion sur l’identité exacte des bandes.

Piste 6 — Dead Giveaway : Ringo et Ronnie Wood deviennent coauteurs

« Dead Giveaway » est écrite et produite conjointement par Ringo Starr et Ronnie Wood. La séance de référence se déroule les 23 et 24 septembre 1980 aux studios Cherokee de Los Angeles, avec Dee Robb à la technique. Le morceau est intéressant pour la polyvalence de Wood : il est crédité non seulement à la guitare, mais aussi à la basse acoustique, aux claviers, au saxophone et aux chœurs. Joe Sample et Greg Mathieson apportent des parties de piano, Wilton Felder joue de la basse et Ringo chante et tient la batterie.

Le fait qu’un futur Rolling Stone intervienne sur plusieurs instruments ne doit pas effacer l’identité du batteur. Ringo assure lui-même la batterie sur cette prise. Les sessions permettent également de documenter des morceaux ou essais abandonnés : « Brandy », « Don’t Blame It On Me » et une démo intitulée « I Don’t Believe You ». Ils n’apparaissent pas tous dans le programme original ; certains réapparaîtront sur le CD augmenté de 1994.

Le titre « Dead Giveaway » a connu des montages de durées différentes dans les projets de programme de l’album. La version définitive dure approximativement quatre minutes vingt-neuf, alors que des états de travail plus longs ont existé. Pour la sessionographie, il convient d’associer chaque durée à un état éditorial confirmé, sans transformer un simple montage raccourci en nouvelle prise de batterie.

Piste 7 — You Belong to Me : George produit un standard de 1952

La septième piste revient à George Harrison, mais sa composition n’est pas de lui : Chilton Price, Pee Wee King et Redd Stewart sont les auteurs officiels du standard de 1952. Starr enregistre cette reprise à Friar Park pendant la même fenêtre de novembre 1980 que « Wrack My Brain ». Il est à la voix et à la batterie ; George joue des guitares et chante les chœurs ; Herbie Flowers tient la basse et le tuba ; Ray Cooper apporte piano, percussions, vocoder et chœurs.

Cette distribution illustre la nécessité du crédit individualisé. Al Kooper, qui joue dans les séances voisines, ne figure pas dans les relevés instrumentaux de ce titre. George est producteur et guitariste mais non compositeur. Ringo est le chanteur principal ; il ne s’agit pas d’une chanson de George interprétée par son auteur. Cette finesse évite de créer des erreurs sur les droits de composition comme sur les instruments.

La dimension historique s’étend à la mémoire des standards, dont Jo Stafford avait donné une interprétation célèbre en 1952. Les arrangements de Ringo appartiennent à un contexte sonore différent, mais l’œuvre musicale traverse les décennies. Une étude consacrée à « You Belong to Me » détaille la composition, les instruments et ses différentes versions.

Piste 8 — Sure To Fall : Paul McCartney et le répertoire de Carl Perkins

« Sure To Fall (In Love With You) » renoue avec une chanson de Carl Perkins, cosignée avec Quinton Claunch et Bill Cantrell. Les Beatles la connaissaient depuis leur jeunesse et l’ont interprétée pour la BBC au début des années 1960, avec Paul McCartney au chant. En 1980, Paul produit la version de Ringo aux studios Super Bear, avec lui-même à la basse et au piano, Laurence Juber aux guitares, Howie Casey au saxophone et divers choristes.

Cette continuité est fascinante, mais elle doit être formulée avec précision. La version Beatles de 1963 et la version de Ringo de 1980 sont deux enregistrements différents. Paul ne remplace pas Starr à la batterie sur le master de 1981 ; Starr est crédité à cet instrument et au chant. Le fait qu’un morceau ait été chanté par Paul dans les années Beatles ne fixe pas le chanteur principal de toutes ses reprises ultérieures.

Les relevés indiquent en outre une partie de pedal steel guitar de Lloyd Green parmi les contributeurs de la piste, rappelant la proximité de cet arrangement avec la country. L’intervention du guitariste devra être décrite à partir des supports qui la créditent, en évitant de la généraliser aux deux compositions originales « Private Property » et « Attention » sans vérification par prise.

Piste 9 — You’ve Got A Nice Way : Stephen Stills crée sa propre équipe

Le neuvième morceau est écrit par Stephen Stills et Michael Stergis, avec une production de Stills. Il appartient aux séances américaines d’août 1980 et mobilise une formation différente des autres pôles du disque. Ringo Starr assure le chant et la batterie ; Stephen Stills et Michael Stergis jouent des guitares et chantent des chœurs ; Mike Finnigan est aux claviers et aux chœurs ; le bassiste figure dans les crédits sous le nom Harley Trey Thompson.

Ce morceau montre pourquoi un album de collaborations ne doit pas être interprété comme une simple réunion des anciens Beatles. Stephen Stills représente un autre cercle du rock américain, associé notamment à Buffalo Springfield et Crosby, Stills & Nash. Son travail avec Ringo possède des musiciens, une production et un langage distincts des séances de Harrison ou de Paul.

Le fait que le nom de Stills apparaisse parmi les producteurs généraux ne signifie pas sa participation aux dix chansons. Son rôle est précisément attaché à cette plage. Les crédits de Wood, Nilsson et Harrison doivent être traités de la même façon : un producteur possède un groupe de pistes attribuables, non une présence instrumentale implicite sur tout le LP.

Piste 10 — Back Off Boogaloo : un nouveau master, pas le single de 1972

L’album se termine par une réinterprétation de « Back Off Boogaloo », chanson connue depuis le single de 1972 produit par George Harrison. Cette nouvelle version est réalisée sous la direction de Harry Nilsson, avec une formation comprenant Ringo, Jim Keltner et plusieurs musiciens des séances américaines. Il ne s’agit pas d’un remix du master enregistré en février 1972 par George et Ringo.

La version de 1980 est abordée le 4 novembre aux studios Evergreen puis complétée en décembre aux Bahamas. Elle contient des citations musicales évoquant différentes chansons des Beatles et de Ringo, ce qui ajoute un jeu de références au caractère déjà humoristique du titre. Harry Nilsson intervient aussi aux voix, contrairement au master originel de 1972.

La chanson offre un cas exemplaire de classement : 1972, première version avec George Harrison à la production ; 1980–1981, nouvelle version avec Nilsson ; 2017, autre réenregistrement. Les trois doivent être reliées à la même œuvre, mais distinguées comme performances et productions différentes. Par ailleurs, les crédits d’écriture ont évolué ; l’apport de Harrison fut publiquement reconnu comme coauteur dans les crédits du projet de 2017.

Les cinq familles de production et leurs ingénieurs

Trois nouvelles enquêtes de 1980 : « You’ve Got A Nice Way », Stephen Stills et Michael Stergis, sessions d’août ; « Dead Giveaway », Ringo et Ronnie Wood à Cherokee, septembre, avec saxophone de Wood et montages alternatifs ; « Drumming Is My Madness », Harry Nilsson, Ringo et Jim Keltner aux batteries en novembre. Chaque étude distingue les crédits instrumentaux par titre, les dates d’enregistrement et les éditions de 1981.

Le dossier peut être structuré en cinq familles sans perdre la précision piste par piste. La première concerne Paul McCartney, producteur des pistes 1, 4 et 8, avec Peter Henderson à la technique. La deuxième est celle de George Harrison, producteur des pistes 2 et 7, avec Phil McDonald. La troisième relève de Harry Nilsson, producteur des pistes 3, 5 et 10, avec Rick Riccio.

La quatrième famille comprend « Dead Giveaway », piste 6, produite par Ringo Starr et Ronnie Wood avec Dee Robb. La cinquième est « You’ve Got A Nice Way », piste 9, produite par Stephen Stills, avec les ingénieurs Stanley Johnston et Steve Gursky dans les relevés. Cette attribution des responsabilités permet une analyse plus fine que la liste des noms connus figurant sur une pochette.

Il faut aussi noter que les dates des prises de base ne coïncident pas toujours avec les dernières interventions sur le morceau. Les voix enregistrées à Compass Point en décembre ou les retouches réalisées à Cherokee en janvier et février 1981 n’effacent pas la provenance de l’équipe instrumentale de départ. Pour une base de données, les différents studios doivent pouvoir apparaître sur plusieurs lignes rattachées à un même titre.

Le projet Can’t Fight Lightning : dix morceaux, puis trois remplacements

Trois nouveaux dossiers sur les bandes de 1980 : « Brandy », la reprise des O’Jays produite par Starr et Ronnie Wood, retirée de l’album puis publiée en 1994 ; « You Can’t Fight Lightning », Paul McCartney à la batterie, Ringo à la guitare et Barbara Bach aux maracas, puis Alberta Cross en 2017 ; « Stop And Take The Time To Smell The Roses », coécriture Nilsson–Starr et version vocale alternative de 1994.

Le programme initialement préparé sous le titre Can’t Fight Lightning comprend « Attention », « Private Property », « You’ve Got A Nice Way », « Wake Up », « You Can’t Fight Lightning », « Wrack My Brain », « Dead Giveaway », « Brandy », « You Belong to Me » et « Stop And Take The Time To Smell The Roses ». Cette liste est documentée par les chronologies des séances. Le disque devait paraître en 1981, mais des tensions commerciales et contractuelles avec le distributeur américain entraînent son abandon sous cette forme.

La version définitive conserve sept des titres de ce programme ; « Wake Up », « You Can’t Fight Lightning » et « Brandy » sont remplacés par « Drumming Is My Madness », « Sure To Fall » et « Back Off Boogaloo ». Ce changement modifie la représentation des producteurs sur le disque. Il serait donc erroné de traiter la liste du projet abandonné comme la première édition commerciale de l’album de 1981 : c’est un état de programmation, connu grâce à des archives.

Les archives de Can’t Fight Lightning doivent être rapprochées des bandes de studio, mais sans postuler que chaque chanson a été entièrement réenregistrée au moment du changement de titre. La substitution de pistes peut concerner le séquençage du LP davantage que les sessions instrumentales. Pour les amateurs de pressages rares, il faudra vérifier séparément les acétates, épreuves, bandes promotionnelles et références commerciales réellement produites.

Le CD du 22 août 1994 : six pistes qui changent la lecture de l’album

Une réédition américaine sur CD est publiée le 22 août 1994 par The Right Stuff. Elle ajoute six pistes : « Wake Up », « Red And Black Blues », « Brandy », « Stop And Take The Time To Smell The Roses (Original Vocal Version) », « You Can’t Fight Lightning » et « Hand Gun Promos ». Ces bonus fournissent une occasion de comparer le projet initial au programme commercial de 1981.

Les objets sont de nature différente. « Wake Up » et « Brandy » représentent des titres du programme abandonné ; « You Can’t Fight Lightning » est la chanson qui donnait son nom au projet initial ; la version vocale alternative de la chanson-titre demande une comparaison avec le master ; « Red And Black Blues » est un autre enregistrement d’archive ; « Hand Gun Promos » relève de la documentation promotionnelle. Les réunir sous la seule étiquette « six nouvelles chansons » serait donc inexact.

Une réédition peut enrichir la documentation d’une session sans recréer cette session. Les objets publiés en 1994 ont leur date de première publication sur CD, leur durée et leur contexte, mais les performances qui les composent proviennent des sessions antérieures, sauf indication contraire. Les fiches discographiques doivent préserver cette distinction, cruciale pour une encyclopédie exhaustive des interventions de Ringo.

Le retour de You Can’t Fight Lightning en 2017

Ringo Starr réenregistre la chanson « You Can’t Fight Lightning » dans le cadre de Give More Love, publié en 2017. Cette nouvelle version ne doit pas être confondue avec la bande issue de la période de McCartney en juillet 1980 et retrouvée sur le CD de 1994. La relation entre les deux versions est celle d’une même œuvre interprétée à deux périodes éloignées.

C’est un exemple très clair de ce que doit faire notre base : créer deux événements de performance, conservant chacun son personnel et sa production, puis les relier au même titre de composition. Le fait de retrouver une chanson ancienne sur un album plus récent n’implique pas la réutilisation des bandes d’origine ; inversement, une compilation qui reproduit un master historique n’est pas une nouvelle performance.

Les 45-tours : une face B ne partage pas forcément les musiciens de la face A

« Wrack My Brain » paraît en single américain le 27 octobre 1981, avec « Drumming Is My Madness » sur la face B. Cette particularité associe sur un même disque matériel la production George Harrison de Friar Park et la production Harry Nilsson de Los Angeles et des Bahamas. Les deux faces partagent le chanteur principal, Ringo, mais pas le producteur ni tous les instrumentistes. Copier les crédits de la face A vers la face B effacerait le rôle de Jim Keltner et de l’équipe de cuivres.

Au Royaume-Uni, le single est distribué en novembre. Les pochettes et numéros de catalogue varient selon les pays, tout comme les étiquettes Boardwalk ou RCA. « Private Property » devient un autre single en janvier 1982 ; sa provenance McCartney doit rester visible, même lorsque le format commercial ne reproduit pas les crédits de la pochette du LP.

Pour une discographie physique, il faut collecter les numéros de matrices, les pays, les pressages promotionnels et les éventuels edits. Ces données ne doivent pas être inventées à partir des titres. Le niveau de précision des sessions donne une base à laquelle rattacher ces futurs pressages lorsque chacun aura été vérifié sur un exemplaire ou une référence autorisée.

Lennon : les deux chansons proposées mais jamais enregistrées par Ringo

Une dernière branche reste essentielle à l’histoire de cet album : le 26 novembre 1980, Ringo rend visite à John Lennon à New York. Lennon lui remet des maquettes de « Nobody Told Me » et « Life Begins At 40 » et envisage une séance de production pour le 14 janvier 1981. L’assassinat de Lennon, le 8 décembre, empêche ce projet d’aboutir dans les conditions prévues.

Pour les lecteurs qui cherchent les collaborations musicales de Starr, il faut éviter une attribution imaginaire. Recevoir une maquette ne signifie pas avoir joué sur elle ; programmer une session ne signifie pas qu’elle a été enregistrée. Les deux titres doivent figurer dans l’histoire des projets de collaboration non réalisés, non dans le catalogue des prestations de batterie attestées de Ringo.

Cette absence donne malgré tout à l’album une dimension historique particulière : après avoir travaillé avec McCartney et Harrison, Ringo avait envisagé un nouveau rapprochement musical avec Lennon. L’encyclopédie peut raconter cet événement sans utiliser l’assassinat de l’artiste pour inventer des bandes qui n’existent pas.

La valeur historique de la mosaïque des producteurs

La richesse de Stop And Smell The Roses ne tient pas à un succès commercial comparable à celui de Ringo en 1973. Elle tient à la diversité des collaborateurs, aux échanges entre continents et à la manière dont Starr revient, d’un producteur à l’autre, à son rôle de chanteur-batteur. Paul l’accompagne dans une pop construite autour de compositions originales et de reprises anciennes ; Harrison lui propose une satire et un standard sentimental ; Nilsson privilégie un ensemble de cuivres et de deux batteries ; Wood développe une formation rock américaine ; Stills apporte un autre vocabulaire instrumental.

Ce disque prouve également les limites de la catégorie « artiste invité ». George Harrison et Paul McCartney ne sont pas seulement invités : ils écrivent des chansons, jouent plusieurs instruments et prennent en charge la production. Nilsson signe ou cosigne des compositions et supervise trois masters. Les responsabilités sont complémentaires, mais pas interchangeables.

Une approche encyclopédique doit distinguer les auteurs, les interprètes de chaque prise, les producteurs, les ingénieurs et les éditions commerciales. C’est à cette condition que l’on peut replacer Stop And Smell The Roses parmi les grands dossiers de collaborations artistiques de Ringo, au même titre que les albums de 1973, les sessions avec Lennon et George Harrison et le travail de ses All-Starr Bands.

Notice de référence pour la sessionographie

Album : Stop And Smell The Roses, Ringo Starr, dix titres, 1981. Dates majeures : juillet 1980 en France avec Paul McCartney ; août 1980 en Californie avec Stephen Stills ; septembre à Cherokee avec Ronnie Wood ; novembre 1980 à Evergreen avec Harry Nilsson ; 19–25 novembre à Friar Park avec George Harrison ; compléments décembre 1980 et janvier-février 1981, notamment aux Bahamas et en Californie. Premières éditions : États-Unis 27 octobre 1981 ; Royaume-Uni 20 novembre 1981.

Producteurs par piste : McCartney 1, 4, 8 ; Harrison 2, 7 ; Nilsson 3, 5, 10 ; Starr/Wood 6 ; Stills 9. Principaux batteurs : Ringo Starr sur l’ensemble des masters crédités à sa batterie ; Jim Keltner également sur les productions Nilsson, à ne pas confondre avec Jim Gordon crédité au saxophone baryton. Ne pas compter : maquettes de Lennon proposées sans enregistrement de Ringo.

Version rejetée : Can’t Fight Lightning, configuration différente préparée avant la sortie. Réédition de référence : CD The Right Stuff du 22 août 1994, avec six bonus. Réenregistrement à distinguer : « You Can’t Fight Lightning » sur Give More Love (2017). Travaux ultérieurs : identification des pays, numéros de matrice, montages radio et correspondances entre les bandes des éditions de 1981 et les bonus de 1994.

Les deux titres de Lennon : maquettes connues et séance non réalisée

La nouvelle enquête sur « Nobody Told Me » et « Life Begins At 40 » distingue les œuvres proposées à Ringo le 26 novembre 1980, la séance prévue avec Lennon pour le 14 janvier 1981 et les enregistrements de Lennon commercialisés après sa disparition. Aucun master commun Lennon–Ringo n’est attesté pour ces deux chansons. La version de « Nobody Told Me » publiée en 1984 présente Andy Newmark à la batterie, et non Ringo.

Les séances de Super Bear avec Paul et Linda McCartney, juillet 1980

Le chapitre « Cinq chansons, trois masters retenus et deux bandes à classer séparément » confronte les notices de « Private Property », « Attention » et « Sure To Fall », l’archive « You Can’t Fight Lightning » et « Love’s Full Glory », destinée à Linda. Il documente également la cassette préparatoire de Howie Casey et la version allongée promotionnelle de « Private Property » en 1994.

La documentation de ces séances distingue les prises instrumentales, les travaux vocaux, les remixes et les publications. Les différentes listes de personnel ne sont pas toutes ventilées titre par titre ; les attributions qui restent incertaines ne doivent pas être présentées comme des faits établis. Les éditions de 1981 et de 1994 constituent deux états de publication de plusieurs bandes enregistrées en 1980–1981, et non deux campagnes d’enregistrement identiques.

Les cinq équipes d’enregistrement de 1980–1981 : métiers et continuité des masters

Une lecture des dix chansons de Stop and Smell the Roses exige de distinguer l’artiste principal, les auteurs, les producteurs, les interprètes et les professionnels du son. Le disque rassemble des séances de studio menées entre l’été 1980 et les mois suivants, sous la responsabilité de cinq unités artistiques : Paul McCartney, George Harrison, Harry Nilsson, Ronnie Wood associé à Ringo, et Stephen Stills. Elles ne partagent ni le même studio, ni l’ensemble des musiciens, ni les mêmes ingénieurs. La répartition des fonctions constitue la clef documentaire de cet album, qui relève davantage de rencontres successives avec des proches de Ringo que du travail d’une formation unique.

Super Bear : la combinaison McCartney, Juber, Casey et trois choristes

Du 11 au 21 juillet 1980, Ringo enregistre près de Berre-les-Alpes avec Paul et Linda McCartney. Le réalisateur est Paul, également auteur de « Private Property » et « Attention ». Peter Henderson assure l’ingénierie des trois masters du programme standard, dont « Sure to Fall (In Love with You) », reprise du répertoire de Carl Perkins. Des bases de données mentionnent en complément Stephen Lipson, distinction qui doit être conservée sans évincer le crédit d’Henderson. Le portrait Peter Henderson et Stephen Lipson : les enregistrements de Super Bear explique cette répartition. La guitare est confiée à Laurence Juber : guitares des trois titres McCartney, alors membre du réseau des derniers Wings ; Howie Casey : saxophones et cassette de maquettes apporte les saxophones et reçoit une cassette de démonstration préparée par Paul pour le guider dans le travail des arrangements. Cette transmission de maquettes représente une étape préparatoire différente de la prise finale chantée par Ringo.

Linda McCartney, Sheila Casey et Lezlee Livrano Pariser : les chœurs jouent un rôle vocal identifiable sur ces mêmes masters. Leurs chœurs montrent que les séances de Super Bear associent des interprètes professionnels au chanteur-batteur sans constituer une reformation officielle des Wings ou des Beatles. La version originale du projet contient également la piste « You Can’t Fight Lightning », écartée de la liste commerciale de 1981 puis rendue accessible sur un CD de 1994. Ce changement de publication ne décale pas l’histoire des séances : la bande naît en juillet 1980, même si elle paraît beaucoup plus tard. Les crédits propres à cette improvisation ne doivent pas être transposés automatiquement aux trois chansons standard.

Friar Park : George Harrison, Phil McDonald et Ray Cooper

En novembre 1980, Ringo travaille à Friar Park avec George Harrison pour « Wrack My Brain » et « You Belong to Me ». George est l’auteur et le producteur du premier titre, producteur de la reprise du second. Phil McDonald et Ray Cooper : Friar Park réunit les fonctions qui façonnent ce groupe d’enregistrements : Phil McDonald à l’ingénierie, Ray Cooper aux percussions, au piano, au vocoder et aux chœurs selon les titres, Herbie Flowers à la basse ou au tuba, George aux guitares et Ringo au chant principal et à la batterie. La période de séances du 19 au 25 novembre fournit un repère chronologique, sans être assimilable au relevé exact de chaque overdub.

Les discussions sur « All Those Years Ago » appartiennent à la même relation Harrison–Ringo, mais la chanson suit ensuite un autre parcours. Ringo n’enregistre pas de master publié sur Stop and Smell the Roses sous ce titre ; après décembre 1980, George le retravaille pour en faire un hommage à John Lennon. Il serait incorrect de l’ajouter comme onzième chanson du programme commercial de 1981. Cette distinction renforce la nécessité de rattacher les métiers techniques aux enregistrements réellement retenus.

Evergreen et Compass Point : Nilsson, Rick Riccio et Van Dyke Parks

Harry Nilsson produit trois titres : « Drumming Is My Madness », « Stop and Take the Time to Smell the Roses » et une nouvelle prise de « Back Off Boogaloo ». Rick Riccio et Van Dyke Parks : les productions Nilsson examine l’ingénierie de Rick Riccio, les arrangements de Van Dyke Parks, le travail des autres techniciens mentionnés au niveau des masters et la formation comprenant Jim Keltner à la batterie avec Ringo, Dennis Belfield à la basse, Jane Getz au piano et plusieurs guitaristes et cuivres. Les bandes initiales liées aux studios Evergreen au début de novembre 1980 sont complétées à Compass Point, aux Bahamas, en décembre. La présence du nom de Riccio dans les crédits généraux ne permet pas de déduire sa présence physique à chaque session complémentaire.

Un détail souligne l’importance de la ventilation instrumentale : le Jim Gordon cité au saxophone baryton dans les relevés des prises de Nilsson ne doit pas être assimilé, par automatisme biographique, à un troisième batteur, alors que Jim Keltner est explicitement crédité à la batterie. « Back Off Boogaloo » est de son côté un nouveau master, distinct du single de 1972 produit par George Harrison. Les titres peuvent partager l’œuvre tout en divergeant quant aux musiciens, au producteur et aux dates d’enregistrement.

Cherokee : Ringo, Ronnie Wood et les ingénieurs Robb

« Dead Giveaway » est écrit et coproduit par Ringo et Ronnie Wood ; sa réalisation se situe à Cherokee Studios en septembre 1980, avec des travaux de finition ultérieurs. Dee Robb, Bruce Robb et Larry Rebhon : Cherokee s’attache aux fonctions techniques de Dee Robb, Bruce Robb et Larry Rebhon. Le personnel instrumental de « Dead Giveaway » réunit Wood à plusieurs instruments, Ringo à la batterie et au chant, Wilton Felder à la basse et des pianistes comme Joe Sample et Greg Mathieson. La même période voit naître « Brandy », reprise des O’Jays initialement prévue pour Can’t Fight Lightning puis sortie comme bonus en 1994.

Le parcours des bandes entre septembre 1980 et janvier–février 1981 ne constitue pas une suite de versions commerciales autonomes. Une prise abandonnée du LP mais publiée plus tard doit être datée par sa réalisation et son édition de sortie, sans ajouter une seconde collaboration fictive avec les ingénieurs de Cherokee. Cette méthode distingue « Dead Giveaway », retenu en 1981, de « Brandy », document d’archive publié après coup.

Devonshire : Stills, Stergis, Johnston et Gursky

La cinquième famille de production est représentée par « You’ve Got a Nice Way », composé par Stephen Stills et Michael Stergis et produit par Stills. Stanley Johnston et Steve Gursky : Stephen Stills suit les deux ingénieurs crédités au titre, Stanley Johnston et Steve Gursky. La formation associe Ringo au chant et à la batterie, Stills et Stergis aux guitares et aux chœurs, Mike Finnigan aux claviers et aux voix, ainsi qu’un bassiste nommé Harley Trey Thompson dans les nomenclatures consultées. Cette équipe appartient aux séances américaines d’août 1980, pas au groupe de studio de McCartney ou Harrison.

Les différents intervenants doivent être identifiés dans les limites de leurs responsabilités réelles. Stills ne produit pas les neuf autres chansons et l’apparition de Johnston ou Gursky dans le livret ne les transforme pas en ingénieurs des ateliers français, britanniques ou bahaméens. La monographie de métier éclaire la réalisation de la chanson tandis que sa fiche individuelle conserve la composition et les éditions.

Navigation par collaborateur : Peter Henderson et Stephen Lipson : les enregistrements de Super Bear ; Laurence Juber : guitares des trois titres McCartney ; Howie Casey : saxophones et cassette de maquettes ; Linda McCartney, Sheila Casey et Lezlee Livrano Pariser : les chœurs ; Phil McDonald et Ray Cooper : Friar Park ; Rick Riccio et Van Dyke Parks : les productions Nilsson ; Dee Robb, Bruce Robb et Larry Rebhon : Cherokee ; Stanley Johnston et Steve Gursky : Stephen Stills. Les huit études spécialisées complètent la fiche des dix masters, leur sessionographie et la chronologie des éditions, sans déplacer les crédits d’une chanson à une autre.

Autres enquêtes sur les sessions de 1980–1981

Fiches de prises à ouvrir : George et Ringo sur « Wrack My Brain » · les instruments de « You Belong to Me » · la métamorphose d’« All Those Years Ago ».

« Wrack My Brain », George Harrison auteur et producteur · « You Belong to Me », les crédits détaillés de l’équipe de Friar Park · « All Those Years Ago », la chanson destinée à Ringo puis réécrite par George pour Lennon · Les collaborations de 1980 à 1999 · Sessionographie générale.