Ringo Starr : encyclopédie des collaborations artistiques et musicales sur Yellow-Sub.net

← Les collaborations artistiques de Ringo Starr

Monographie · Arrangements et studio · 1969–1970

Chico O’Farrill et Oliver Nelson : deux approches du jazz autour de Ringo Starr

Deux arrangeurs américains, deux standards et deux séances fondatrices du premier album solo de Ringo, entre octobre et décembre 1969.

Deux arrangeurs réunis par une même démarche

Le premier album solo de Ringo Starr, Sentimental Journey, est une expérience de répertoire avant d’être une démonstration de virtuosité instrumentale. Le chanteur y reprend douze standards, confiés chacun à un arrangeur différent. Deux de ces collaborateurs viennent du jazz et de l’écriture pour ensembles : Chico O’Farrill pour « Night and Day » et Oliver Nelson pour « Blue, Turning Grey Over You ». Leurs travaux sont réunis ici en une étude comparative parce qu’ils occupent deux moments distincts de l’automne 1969 et permettent d’observer les premiers choix de réalisation de l’album.

Il ne faut pas interpréter cette réunion éditoriale comme une séance commune. O’Farrill signe un arrangement, Nelson un autre, et George Martin reste producteur des deux enregistrements. Ringo assure le chant. La présente étude montre ce que les deux collaborations ont en commun — une œuvre ancienne réinterprétée par un ensemble de musiciens — tout en maintenant leurs dates, leurs orchestrations et leurs évolutions séparées.

27 octobre 1969 : « Night and Day » inaugure le projet

Le 27 octobre 1969, Ringo commence les enregistrements de ce qui deviendra Sentimental Journey au Studio Three d’EMI, Abbey Road. L’œuvre choisie est « Night and Day », chanson de Cole Porter. L’arrangement est signé Chico O’Farrill ; un ensemble de dix-sept musiciens joue l’accompagnement sous la direction de George Martin, avec une instrumentation comprenant saxophone, trompette, trombone, basse, piano et batterie. Les opérations se déroulent en deux phases, d’abord la musique, ensuite la voix.

La séance orchestrale se tient dans l’après-midi, puis Ringo ajoute son chant en soirée. Le mix stéréo est réalisé avant la fin de la journée. Cette chronologie fournit un exemple concret d’une chanson achevée rapidement dans le cadre d’un projet qui comportera aussi, sur d’autres pistes, de nombreuses reprises de voix et de nouveaux accompagnements. L’arrangement d’O’Farrill n’est pas une composition nouvelle de « Night and Day » : la chanson conserve son auteur et son histoire antérieure.

Le parcours de Chico O’Farrill et le rôle du producteur

Chico O’Farrill s’est fait connaître comme arrangeur, chef d’orchestre et compositeur lié à la rencontre du jazz et des traditions rythmiques afro-cubaines. Ce parcours permet d’expliquer la diversité des professionnels sollicités sur le disque de Ringo, mais il serait imprudent de considérer que « Night and Day » se transforme automatiquement en morceau de latin jazz parce que son arrangeur possède cette spécialité. Le master doit être écouté pour lui-même, sans lui imposer un style tiré de la biographie d’un intervenant.

George Martin conduit la séance et assure la production. Phil McDonald et Geoff Emerick figurent dans l’équipe d’ingénierie. Cette organisation illustre les limites du terme « enregistré par O’Farrill » : l’arrangeur prépare une partie musicale, tandis que l’exécution, la captation et la finition correspondent à d’autres fonctions. La précision des métiers est un élément central de cette encyclopédie.

28 novembre 1969 : l’étape préparatoire d’Oliver Nelson

Le travail autour de « Blue, Turning Grey Over You », standard de Fats Waller et Andy Razaf, suit un chemin différent. Un enregistrement de démonstration est préparé au Studio Two d’EMI le 28 novembre 1969 afin que l’arrangeur Oliver Nelson dispose d’un point de départ pour sa partition. Il ne faut pas confondre cette maquette avec le master commercial ni la présenter comme un single inédit. Elle fait partie des étapes nécessaires à l’écriture et à l’adaptation d’un arrangement.

Nelson appartient au monde des compositeurs, saxophonistes et arrangeurs de jazz. Le choix de son nom confirme que les responsables de Sentimental Journey ne recherchent pas une orchestration uniforme sur les douze chansons. Chaque artiste apporte une écriture adaptée à l’œuvre qui lui est confiée. Ce principe contribue à la variété du programme, tout en posant à George Martin un problème d’unité sonore entre des productions de couleurs très différentes.

4 décembre 1969 : neuf prises de l’accompagnement

Le 4 décembre 1969, un ensemble de dix-sept musiciens enregistre la piste instrumentale de « Blue, Turning Grey Over You » au Studio Two d’Abbey Road. L’effectif comprend notamment cuivres, saxophones, piano, basse et batterie. Neuf prises sont réalisées dans la matinée ; Ringo ajoute sa voix dans l’après-midi et un mix stéréo est préparé. Oliver Nelson est crédité pour l’arrangement, George Martin à la production, Phil McDonald et Geoff Emerick à l’ingénierie.

Les neuf prises ne signifient pas neuf versions commerciales. Elles représentent différentes tentatives de fixation du même accompagnement, dont le résultat pourra encore évoluer. La distinction entre une prise instrumentale, une voix ajoutée et un mix constitue l’un des fondements de la sessionographie. Elle empêche de gonfler artificiellement le nombre de collaborations en comptant chaque passage sur bande comme une nouvelle œuvre.

24 février 1970 : refaire la voix et reconstruire le master

Le 24 février 1970, Ringo reprend son chant sur « Blue, Turning Grey Over You ». Le mix stéréo est alors recommencé et plusieurs essais permettent d’obtenir la version finalement retenue, constituée par montage de différents mixes. Ce retour en studio, près de trois mois après l’accompagnement orchestral, rappelle que les titres de Sentimental Journey n’ont pas tous été terminés le jour où les musiciens ont enregistré la base.

Pour Oliver Nelson, la participation documentée demeure celle d’arrangeur du morceau. Le fait que Ringo et les ingénieurs aient retravaillé la voix et le mix ne lui confère ni une présence certaine lors de cette dernière séance ni la direction des montages. À l’inverse, la reprise de la voix ne supprime pas son crédit d’arrangement sur le master publié.

Jazz, standards et souvenir musical de Liverpool

« Night and Day » et « Blue, Turning Grey Over You » appartiennent à des traditions de chansons populaires antérieures à la carrière des Beatles. Ringo choisit de les interpréter sans reprendre les rôles qu’il tenait dans son groupe : il n’est pas ici principalement le batteur d’une formation de rock, mais une voix accompagnée par des ensembles composés et dirigés pour l’occasion. Cette différence est fondamentale pour comprendre le projet de 1970, parfois caricaturé en simple fantaisie de début de carrière solo.

Les choix des arrangeurs révèlent un dialogue entre les traditions orchestrales, la culture du jazz et les souvenirs personnels du chanteur. Mais la dimension mémorielle de l’album ne dispense pas de cataloguer les œuvres sous le nom de leurs compositeurs et paroliers d’origine. Le mérite d’O’Farrill et de Nelson porte sur la forme donnée aux reprises, non sur l’invention de leur mélodie historique.

Conclusion : deux sessions, un album à douze voix d’arrangement

La comparaison des deux collaborations montre comment un album peut associer des traitements de studio très différents sans perdre son concept. Chico O’Farrill fournit l’arrangement de la première chanson enregistrée en octobre 1969 ; Oliver Nelson celui d’un standard dont la réalisation s’étend de novembre à février suivant. L’un conduit à un mix obtenu dès la journée d’enregistrement, l’autre à un travail de voix et de montage beaucoup plus étalé.

Pour prolonger l’enquête, le lecteur peut consulter la fiche complète de Sentimental Journey, la monographie Maurice Gibb, les séances de Quincy Jones et la sessionographie des collaborations. Ces parcours se complètent sans dupliquer les notices des chansons.