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« Sun City » (1985) : Ringo Starr et Zak Starkey à la batterie
Le personnel du disque, les quatre batteurs crédités, le tournage londonien et les différentes versions d’une chanson collective contre l’apartheid.
« Sun City » : Ringo Starr et Zak Starkey derrière le même projet contre l’apartheid
Parmi les disques auxquels Ringo Starr participe après les Beatles, « Sun City » occupe une place singulière. Le single d’Artists United Against Apartheid, publié en 1985, rassemble un très grand nombre de chanteurs et d’instrumentistes de plusieurs continents pour dénoncer l’apartheid en Afrique du Sud. Dans cette formation figurent Ringo Starr et son fils Zak Starkey, crédités tous deux à la batterie. Le détail est exceptionnel, mais il demande à être interprété correctement : un même crédit de chanson peut réunir des parties enregistrées à des moments différents, intégrées ensuite à une production collective.
Cette fiche rassemble les informations qui peuvent être établies sur l’enregistrement, les personnels, les éditions et les sources. Elle ne cherche pas à reproduire l’ensemble de l’histoire politique de l’Afrique du Sud, mais à expliquer pourquoi ce disque a été conçu et ce qu’il révèle des collaborations musicales de Ringo. Les parties de batterie ne seront pas attribuées à des musiciens individuels à l’oreille lorsque les documents ne le permettent pas.
Le projet de Steven Van Zandt et Artists United Against Apartheid
Le nom « Sun City » désigne alors une destination de divertissement située dans le bantoustan du Bophuthatswana, présenté par le régime sud-africain comme indépendant mais non reconnu par la communauté internationale. En acceptant d’y jouer, des artistes risquent de contourner le boycott culturel dirigé contre l’apartheid. Steven Van Zandt, connu sous le nom de Little Steven et pour son association avec Bruce Springsteen, fait de ce sujet le moteur d’une chanson de protestation dont les paroles refusent cette normalisation culturelle.
Le projet ne reprend pas exactement le principe des singles de bienfaisance qui dominent l’actualité musicale du milieu des années 1980. « Sun City » est aussi une prise de position publique, explicite et conflictuelle. Son texte et sa production cherchent à faire entendre une pluralité d’artistes, dont les styles et les engagements sont très différents. Le Washington Post décrit dès octobre 1985 la variété des participants, de la musique rock au rap, du jazz au reggae et au rhythm and blues.
Cette ambition politique donne un intérêt particulier à la structure sonore. La chanson accueille plusieurs voix successives, des instruments joués, des éléments programmés et des passages pensés pour être assemblés dans un master commun. Elle ne repose pas sur une formation de concert stable. C’est une œuvre de studio construite à partir d’apports multiples.
Les crédits de batterie : Ringo, Zak, Keith LeBlanc et Tony Williams
Les éditions documentées de « Sun City » mentionnent quatre batteurs : Ringo Starr, Zak Starkey, Keith LeBlanc et Tony Williams. Les listes de personnel de MusicBrainz, AllMusic et des notices reprenant le livret de l’album confirment cette distribution. Le fait que Zak et Ringo apparaissent dans les mêmes crédits permet donc d’établir une participation commune au projet. En revanche, aucune des sources examinées ne permet de découper avec certitude la bande définitive en sections attribuées individuellement à chacun des quatre hommes.
Cette réserve est fondamentale. Une chanson collective peut recevoir plusieurs prises de batterie, en conserver des fragments, ajouter des percussions électroniques ou réorganiser les éléments selon le mixage. Affirmer que le père et le fils jouent « ensemble pendant tout le refrain » demanderait une feuille de session, une piste isolée ou un témoignage suffisamment détaillé. Les crédits d’album ne constituent pas une preuve de simultanéité.
Zak Starkey : une présence indépendante de celle de son père
En 1985, Zak Starkey est déjà un batteur engagé dans sa propre carrière. Le fait de jouer sur le même disque que Ringo ne signifie pas qu’il serait venu comme simple accompagnateur familial, ni que sa partie doive être traitée comme une extension de celle de son père. Les deux musiciens doivent être identifiés séparément, avec leurs noms d’artiste et les crédits qui leur reviennent. C’est d’autant plus important que Zak développe ensuite une histoire professionnelle liée à plusieurs groupes majeurs du rock.
Les sources photographiques et audiovisuelles permettent de reconnaître les deux hommes, mais la présence du fils dans la sessionographie ne doit pas dépendre d’une photographie commune. Son nom apparaît dans les crédits instrumentaux du disque. Il s’agit donc d’une contribution musicale attestée, et non d’une apparition promotionnelle ajoutée au récit pour son intérêt familial.
Keith LeBlanc et Tony Williams : une rencontre de plusieurs écoles de batterie
La même distribution rassemble Keith LeBlanc, lié aux innovations du funk et du hip-hop, et Tony Williams, figure majeure du jazz américain. Le projet associe donc deux batteurs venus de l’univers du rock britannique à des musiciens dont les traditions rythmiques sont sensiblement différentes. Il serait pourtant imprudent de hiérarchiser leur importance à partir de leur notoriété ou de leur histoire personnelle. Le master est le résultat d’un travail collectif, sans que le détail des contributions soit entièrement lisible dans le relevé des crédits.
Pour l’encyclopédie Yellow-Sub, cette distribution mérite un traitement attentif parce qu’elle situe Ringo dans un environnement bien différent des séances de « Cold Turkey » ou de John Lennon/Plastic Ono Band. En 1970, on pouvait étudier un petit ensemble de musiciens dans un studio ; sur « Sun City », la section rythmique fait partie d’une production beaucoup plus construite et distribuée.
Les instruments et la programmation rythmique
Les crédits ne s’arrêtent pas aux quatre batteurs. Keith LeBlanc, Little Steven et Benjamin Newberry sont associés à la programmation des rythmes, tandis que Ray Barretto joue des congas et Sonny Okosun des tambours parlants. Ron Carter apparaît à la contrebasse, Doug Wimbish à la basse électrique, et les guitares réunissent notamment Stanley Jordan, Little Steven et Pete Townshend. D’autres personnalités, dont Herbie Hancock, Miles Davis et Clarence Clemons, interviennent sur les claviers, la trompette et le saxophone.
Cette instrumentation extrêmement large est essentielle pour comprendre l’enregistrement. Une partie de la structure peut reposer sur un rythme programmé ; des accents peuvent provenir des congas, de la contrebasse ou des percussions, et non d’une batterie acoustique. Un crédit de batterie ne garantit donc pas que toutes les frappes identifiables dans le mixage proviennent d’un batteur donné. L’étude fine de l’instrument réclamera des documents supplémentaires.
La production témoigne également des pratiques des années 1980, lorsque le mixage permet de combiner des familles d’instruments, des fragments de chant et des textures électroniques. Le disque n’est pas un document brut de répétition. Sa structure et son propos résultent d’opérations de réalisation qu’il faut attribuer aux producteurs et aux ingénieurs, plutôt qu’à une liste indifférenciée de participants.
Un enregistrement collectif réparti entre plusieurs lieux
Le projet rassemble des artistes qui ne pouvaient pas nécessairement se retrouver au même moment. Le reportage du Washington Post décrit différentes séquences de tournage, notamment à New York, Los Angeles et Londres. Cette organisation est caractéristique des grands projets musicaux internationaux de la période, où l’enregistrement, la promotion et la fabrication d’un clip obéissent à des calendriers distincts.
Nous ne pouvons pas déduire de ces informations le jour exact où Ringo a enregistré sa partie de batterie. Un tournage de clip et une séance audio peuvent être séparés, même lorsque les mêmes personnes sont présentes. La future base conservera donc l’année 1985 pour la collaboration, une date de prise encore à préciser et les sources qui permettront éventuellement de compléter l’enquête.
Ringo et Zak filmés à Londres
Le Washington Post rapporte que Ringo et Zak Starkey ont été filmés à Londres pour la vidéo de « Sun City ». Cette information confirme leur participation à l’univers visuel du projet, mais elle ne suffirait pas à établir leur présence sur le master musical. Or, dans le cas présent, la distribution d’instruments est également documentée par les crédits discographiques. Les deux niveaux se rejoignent, tout en restant distincts.
Cette différence est importante si l’on rapproche le projet d’autres vidéos des années 1980. Ringo est visible derrière une batterie dans le clip de « I Won’t Back Down » de Tom Petty en 1989, alors qu’il ne figure pas dans le crédit instrumental de la chanson. La présence dans une image peut donc coexister avec une participation réelle ou avec une prestation mimée. Pour « Sun City », ce sont les crédits du disque qui font foi.
Le single original et ses versions alternatives
« Sun City » paraît en plusieurs formats, notamment en single et en maxi 45-tours. Les éditions comprennent une version principale et des variations désignées, entre autres, comme « Version II » et « Last Remix ». Les références de MusicBrainz recensent ces manifestations éditoriales et rattachent plusieurs versions à un personnel de base similaire. Elles ne démontrent pas automatiquement que chaque remix provient d’une nouvelle séance instrumentale.
Une fiche de publication devra relever le pays, le label, la référence inscrite sur la pochette et la durée propre à chaque édition. Les catalogues fournissent des numéros différents selon les marchés. Nous ne publierons pas un seul numéro de série comme s’il désignait l’ensemble des pressages. Le travail de collectionneur exige de distinguer l’édition originale des rééditions et des variantes de disque.
« Sun City (Version II) » : nouvelle organisation des matériaux
Cette variation du morceau possède sa propre durée et sa propre place au sein du programme de l’album. Il est tentant d’y rechercher une nouvelle prestation des batteurs, mais l’appellation ne suffit pas à l’affirmer. Une deuxième version peut résulter d’un choix de mixage, d’un changement de montage ou d’une modification des éléments instrumentaux employés. La reconstitution de son personnel doit commencer par comparer les crédits et les informations de production, non par supposer une nouvelle séance.
Pour les futurs articles, nous utiliserons une hiérarchie simple : l’œuvre « Sun City » ; les bandes enregistrées qui ont servi au projet ; puis les versions commerciales identifiées. Cette méthode évitera de compter trois collaborations père-fils simplement parce qu’un disque propose trois mixages.
« Last Remix » : une édition ne remplace pas l’enregistrement d’origine
Les variantes de remix prolongent la vie du single dans les clubs et les circuits de diffusion. Elles participent de la stratégie musicale autant que du marketing du projet. Mais il serait trompeur de présenter le « Last Remix » comme une composition nouvelle ou comme une deuxième performance du groupe. Tant que la documentation n’établit pas de prise additionnelle, il sera classé comme une version d’une œuvre préexistante, avec ses crédits propres si ceux-ci diffèrent.
Les autres pistes du disque ne sont pas toutes des collaborations avec Ringo
L’album Sun City contient plusieurs œuvres dont les distributions sont différentes : « No More Apartheid », « Revolutionary Situation », « Let Me See Your I.D. », « The Struggle Continues » et « Silver and Gold ». L’inventaire des musiciens de l’album ne doit pas être appliqué à chacune. Des personnalités comme Peter Gabriel, L. Shankar ou les artistes associés aux sessions rap et jazz peuvent se retrouver sur des titres auxquels Ringo n’a pas participé.
Cette règle protège à la fois la qualité du dossier et la reconnaissance des autres artistes. Être un musicien majeur ne signifie pas être présent partout dans une compilation, surtout lorsqu’elle résulte d’une multitude de sessions. Notre catalogue consignera les pistes contenant un crédit de Ringo et renverra au programme général pour les autres titres, sans les transformer en participations supplémentaires.
La portée politique et les difficultés de diffusion
Les témoignages de l’époque décrivent des résistances à la diffusion de « Sun City », dont le propos critique directement l’apartheid et des choix politiques contemporains. Les stations de radio ne réagissent pas toutes de la même manière à un disque qui mélange rap et rock, et dont le texte prend clairement parti. Cette réception fait partie de l’histoire de l’enregistrement : le morceau n’a pas été conçu seulement pour démontrer la capacité de réunir des vedettes, mais pour porter une revendication que ses auteurs souhaitent rendre publique.
Ringo fait partie de cette entreprise musicale, sans qu’il soit nécessaire de lui attribuer les opinions individuelles de tous les autres participants ou les décisions politiques prises par les organisateurs. Son crédit établit une présence instrumentale dans une œuvre militante. Les autres dimensions de son engagement personnel doivent être examinées à partir de ses propres déclarations, pas inférées de la pochette.
Ce que cette collaboration apporte à l’histoire de Ringo
Le premier intérêt est familial et musical : le même disque crédite Ringo et son fils Zak à la batterie. Le deuxième est esthétique : les musiciens de rock et de jazz travaillent dans une production qui intègre programmation rythmique, rap et voix multiples. Le troisième est historique : une chanson de protestation fait circuler la contribution d’un ancien Beatle au sein d’une action internationale contre l’apartheid. Ces trois niveaux sont étroitement liés, sans se confondre.
La fiche est également un excellent exemple de la méthode générale de Yellow-Sub : privilégier un crédit de disque, expliquer la portée de celui-ci et refuser les conclusions qu’il ne permet pas d’établir. Un lecteur pourra ainsi dire que Ringo et Zak figurent tous deux dans les crédits de batterie de « Sun City » ; il ne pourra pas déduire de notre texte qu’ils jouent ensemble pendant chaque seconde du morceau.
Les points à compléter dans la sessionographie
Il reste à retrouver la date exacte de la séance audio de Ringo, son lieu, la nature des prises conservées et, si possible, l’attribution des parties qui apparaissent sur les mixages successifs. Les notes détaillées des bandes, des entretiens de production ou des éditions d’archives pourraient permettre de progresser. Sans ces documents, l’année 1985 et les crédits collectifs restent les éléments vérifiés à conserver.
Le catalogue de Yellow-Sub développera aussi une fiche de publication pour chaque édition significative du single et du maxi, avec la durée du mixage, son numéro de catalogue, son territoire et ses variantes. Ces informations complèteront la présente étude sans modifier le statut de la session d’origine. La coopération entre Ringo, Zak et les autres batteurs pourra ainsi être décrite avec toute la précision que les archives autorisent.
Photographie d’ambiance issue de la photothèque Yellow-Sub.net ; l’image ne constitue pas une photographie de la séance « Sun City ».
Sources discographiques et documentaires
Le personnel est attesté à l’échelle de la chanson. Il ne constitue pas une répartition de chaque frappe entre les quatre batteurs ni une date de prise individualisée.
- MusicBrainz, Sun City : les personnels détaillés et les versions du single.
- MusicBrainz, Sun City, édition du 12 pouces.
- AllMusic, Artists United Against Apartheid, Sun City : crédits de l’album.
- National Repository Library (Finlande), notice discographique Sun City.
- Washington Post, Musical Protest to Apartheid, 16 octobre 1985.












