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Yellow-Sub.net · Bobby Keys · 1973–1974

Bobby Keys et Ringo Starr : Photograph et les cuivres de Goodnight Vienna (1973–1974)

De « Photograph » à « No No Song », l’histoire de sept crédits distincts entre saxophone soliste et cuivres collectifs.

Trois dossiers à distinguer : 1972, 1973 et 1974

Bobby Keys et Ringo Starr se croisent à plusieurs reprises dans la discographie du début des années 1970. Une enquête précise ne doit pas fondre ces rencontres en un seul ensemble. Le premier dossier concerne le 33-tours Bobby Keys de 1972, où la batterie attribuée à Ringo demande un examen titre par titre. Le second est le solo de saxophone ténor de Keys sur « Photograph », enregistré pour Ringo en 1973. Le troisième, très différent sur le plan musical, est sa présence dans les sections de cuivres de plusieurs morceaux de Goodnight Vienna en 1974. Les deux derniers sont l’objet de cette étude ; le disque de 1972 conserve sa propre notice.

Cette segmentation évite deux raccourcis : attribuer à Keys tous les saxophones des deux albums parce qu’il est le musicien le plus célèbre de la section, ou dater de 1972 des sessions tenues en 1973 et 1974. Les crédits doivent être reliés à une version et à un enregistrement précis, non au seul nom de l’artiste invité.

« Photograph » : le saxophone ténor soliste de 1973

« Photograph », chanson cosignée par Richard Starkey et George Harrison, est l’un des grands titres de Ringo. L’enregistrement réalisé en 1973 sous la direction de Richard Perry assemble deux batteries, celles de Ringo et de Jim Keltner, la basse de Klaus Voormann, les guitares de Jimmy Calvert, Vini Poncia et George Harrison, ainsi que le piano de Nicky Hopkins. Les crédits identifient distinctement le saxophone ténor solo de Bobby Keys et les interventions orchestrales de Jack Nitzsche. Il ne faut pas confondre l’auteur d’un solo instrumental avec le responsable des arrangements vocaux ou des cordes ajoutées à la même chanson.

La prise de base est documentée en mars 1973 à Sunset Sound, et la fabrication du master publié implique également des interventions ultérieures à Burbank. Il serait donc imprudent d’attribuer une date exacte au solo sans feuille de piste ou document de séance permettant de le localiser. Le crédit de Keys sur le master est solide ; la reconstitution heure par heure de sa présence demande davantage de pièces.

Un rôle différent sur Goodnight Vienna

Sur le disque Goodnight Vienna de 1974, toujours produit par Perry, Bobby Keys n’apparaît pas comme soliste désigné de manière générale : son nom figure parmi les instrumentistes de cuivres. Les relevés des crédits le mentionnent sur « (It’s All Down to) Goodnight Vienna », « Occapella », « Oo-Wee », « Snookeroo », « All by Myself » et « No No Song ». Ce sont six titres distincts, mais pas six solos personnellement identifiés. Le mot anglais horns utilisé sur certaines éditions désigne une famille instrumentale et ne précise ni les notes individuelles ni l’instrument joué sur chaque prise.

Pour la chanson-titre écrite par John Lennon, Keys intervient dans un effectif comprenant notamment Trevor Lawrence, Steve Madaio et Lon Van Eaton. Les arrangements de vents relèvent de Trevor Lawrence. Lennon est crédité au piano tandis que Ringo Starr et Jim Keltner participent à la batterie. La présence simultanée de ces musiciens illustre une production par couches, où la section de cuivres s’articule avec les guitares, les claviers et les voix d’accompagnement.

« Occapella » et « Oo-Wee » : l’ancrage rhythm and blues

« Occapella », écrite par Allen Toussaint, introduit au sein de l’album un langage plus directement redevable à la soul et au rhythm and blues. La section des vents associe Bobby Keys à Trevor Lawrence, Lou McCreery et Steve Madaio. Dr. John apparaît au piano électrique, pendant que le noyau rythmique repose notamment sur Klaus Voormann, Ringo Starr et Jim Keltner. L’écriture collective participe au caractère dansant du morceau : elle est un élément structurant de l’arrangement, et pas seulement une décoration du chant principal.

« Oo-Wee », signé Starkey et Vini Poncia, emploie également un ensemble de cuivres faisant apparaître Keys, Lawrence, McCreery et Madaio. Cette proximité des noms ne permet pas de supposer que les mêmes riffs ou les mêmes répartitions instrumentales aient été conservés entre les deux chansons. Chaque partition et chaque prise doit être étudiée pour elle-même.

« Snookeroo » : l’orchestre au service d’une chanson d’Elton John

La chanson « Snookeroo », composée par Elton John et Bernie Taupin, possède une orchestration particulièrement démonstrative. Elton John y tient le piano, Robbie Robertson est crédité à la guitare et James Newton Howard au synthétiseur. La section de cuivres réunit notamment Chuck Findley, Bobby Keys, Trevor Lawrence et Steve Madaio. Cette nomenclature appelle une distinction fondamentale : la fonction collective des vents est documentée, mais aucune phrase isolée ne doit être automatiquement attribuée à Keys au motif qu’il est connu pour ses solos sur les disques des Rolling Stones.

Le titre permet aussi de replacer Ringo dans son réseau de rencontres : les collaborations avec Elton John ne se réduisent pas à une photo de groupe ou à une apparition publique. Elles se traduisent par une chanson écrite pour lui, des séances d’enregistrement et la mobilisation de musiciens dont l’expérience dépasse les frontières du rock britannique.

« All by Myself » et « No No Song » : les limites du crédit collectif

Le premier morceau fait apparaître Keys aux côtés d’autres instrumentistes de vents, tandis que « No No Song », chanson de Hoyt Axton et David Jackson, le crédite avec Trevor Lawrence. Dans ce dernier cas, Harry Nilsson figure parmi les voix d’accompagnement et Nicky Hopkins au piano électrique. Pour une sessionographie fiable, le relevé doit être classé par master : mentionner six participations sur Goodnight Vienna n’implique ni six séances datées individuellement ni six performances solistes. Une réédition du même enregistrement ne constitue pas un septième titre.

La différence entre la carrière de Keys et le catalogue de Ringo

Les deux carrières se croisent dans les studios californiens, mais leurs discographies ne sont pas interchangeables. Lorsque Ringo contribue à un disque paru sous le nom de Bobby Keys, le crédit doit figurer dans la rubrique « Ringo chez les autres ». Lorsque Keys joue sur un album signé Ringo, l’entrée pertinente est celle des musiciens invités de la discographie solo. Cette distinction de sens, simple en apparence, est essentielle pour éviter les décomptes erronés, les liens circulaires et la duplication des notices.

Reconnaître les rôles sans confondre les sessions

La contribution de Bobby Keys ne doit pas être déduite de son appartenance au cercle musical de Ringo Starr, de George Harrison ou des Rolling Stones. Pour chaque titre, il faut distinguer présence dans les crédits, instrument explicitement mentionné, séance associée et prise publiée. Une section de cuivres peut réunir plusieurs saxophonistes, trompettistes et trombonistes, parfois enregistrés lors d’une séance d’ajouts différente de celle de la base rythmique. Le nombre d’instruments entendu sur le disque ne renseigne donc pas directement sur le nombre de musiciens présents ni sur le nombre de prises nécessaires.

Le cas de « Photograph » appelle une attention spécifique : une contribution instrumentale sur le master de 1973 ne doit pas être transférée sans preuve aux versions scéniques ultérieures, aux montages audiovisuels ou aux différentes compilations. Dans une sessionographie critique, ces publications sont liées au même enregistrement lorsque la bande d’origine est identique, sans être comptabilisées comme de nouvelles collaborations.

Sources matérielles et questions encore ouvertes

Une étude ultérieure des feuilles de séance, des partitions de Trevor Lawrence et des bandes séparées pourrait identifier plus précisément les rôles instrumentaux au sein des sections de 1974. En l’état, les crédits permettent de conclure avec certitude à un solo de saxophone ténor expressément attribué à Bobby Keys sur « Photograph » et à des participations collectives aux cuivres de six chansons de Goodnight Vienna. Pour le reste, l’attribution détaillée des phrases et des dates d’overdubs doit rester ouverte. Le refus d’une précision inventée fait partie du travail de catalogage.