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Monographie collective · Écriture et voix · 1991–1992

Andy Sturmer et Roger Manning : de Jellyfish aux chansons de Ringo Starr

Cinq titres de Time Takes Time, une composition commune et des harmonies vocales dans les séances de Don Was.

Deux musiciens de Jellyfish dans le retour discographique de Ringo

Andy Sturmer et Roger Manning appartiennent au groupe américain Jellyfish, dont l’écriture mélodique et les arrangements vocaux se situent à la rencontre de la pop orchestrée, du rock et d’une tradition harmonique héritée des années 1960. Leur contribution à Time Takes Time ne se limite pas à une simple apparition sur une pochette : ils composent ensemble « I Don’t Believe You » et participent aux chœurs ou aux guitares acoustiques de plusieurs chansons produites par Don Was. Cette activité constitue un exemple précis d’un passage du répertoire d’un groupe contemporain vers l’album solo d’un ancien Beatle.

Le duo mérite une monographie commune dans ce dossier, car ses deux membres partagent le crédit de composition de la même chanson et apparaissent comme choristes sur un groupe cohérent de titres. Créer deux pages presque identiques aurait surtout répété les mêmes informations et introduit une concurrence inutile. La présente étude distingue l’écriture, les prestations instrumentales, les harmonies vocales et la circulation de ces professionnels dans les studios de Los Angeles.

« I Don’t Believe You » : une composition commune

« I Don’t Believe You », septième chanson du programme standard, porte les noms d’Andy Sturmer et Roger Manning au crédit d’écriture. Ringo Starr en est le chanteur principal et le batteur ; Don Was assure la production. Les deux auteurs participent également à l’enregistrement par des parties de guitare acoustique et des chœurs. Michael Landau joue de la guitare électrique, David Grissom de la guitare acoustique, James « Hutch » Hutchinson de la basse, et Benmont Tench intervient au piano et à l’orgue.

L’intérêt documentaire est de distinguer l’œuvre, les auteurs qui l’ont conçue et son interprétation publiée. Une composition signée par deux membres de Jellyfish, même lorsqu’ils y jouent et y chantent, ne devient pas automatiquement un titre commercial de leur propre groupe. Il s’agit d’un enregistrement de Ringo Starr, réalisé dans un environnement instrumental différent. Le savoir-faire des auteurs demeure néanmoins important pour comprendre l’origine et les caractères mélodiques de la chanson.

Cinq chansons, des fonctions qui changent

Les crédits de Time Takes Time associent Sturmer et Manning aux cinq productions de Don Was : « Weight of the World » (1), « Don’t Know a Thing About Love » (2), « I Don’t Believe You » (7), « In a Heartbeat » (9) et « What Goes Around » (10). Leur rôle sur la septième piste comprend la coécriture et les guitares acoustiques ; sur les autres enregistrements, il est principalement vocal. Cette distinction évite d’attribuer au duo toutes les parties de guitare de l’équipe Don Was.

Les titres concernés sont composés par des auteurs différents : Brian O’Doherty et Fred Velez pour « Weight of the World », Richard Feldman et Stan Lynch pour « Don’t Know a Thing About Love », Diane Warren pour « In a Heartbeat » et Rick Suchow pour « What Goes Around ». La continuité des deux choristes ne modifie pas ces attributions. Elle révèle un travail régulier de voix d’accompagnement sur plusieurs œuvres d’origines différentes.

Les harmonies de « Weight of the World » et « Don’t Know a Thing About Love »

Le premier single de l’album, « Weight of the World », s’appuie sur la batterie et le chant de Ringo, la basse de James Hutchinson, la guitare de Mark Goldenberg et les claviers de Benmont Tench. Les interventions vocales de Sturmer et Manning contribuent aux harmonies qui soutiennent son refrain. La production relève de Don Was, tandis que le mixage du single est explicitement associé à Bob Clearmountain dans la promotion de 1992. Ces fonctions musicales et techniques doivent être documentées séparément.

Sur « Don’t Know a Thing About Love », deuxième plage, Sturmer et Manning retrouvent l’accompagnement de Goldenberg, Hutchinson et Tench, avec les voix de Doug Fieger et Berton Averre. Cette composition de Feldman et Lynch montre la continuité de l’atelier Don Was, mais les chœurs supplémentaires apportent une autre couleur à l’ensemble. Il ne s’agit pas d’un morceau écrit par Jellyfish au seul motif que ses deux membres y sont présents ; le crédit d’auteur est distinct du crédit de choriste.

« In a Heartbeat » et Brian Wilson

« In a Heartbeat » représente un cas remarquable d’assemblage de chanteurs venus de différents univers. La chanson, écrite par Diane Warren, associe aux chœurs Brian Wilson, Andrew Gold, Doug Fieger, Andy Sturmer et Roger Manning, avec un arrangement vocal également crédité à Brian O’Doherty. Les guitares de Michael Landau et Mark Goldenberg, la basse de Hutchinson, les claviers de Robbie Buchanan et Jamie Muhoberac et l’orgue ou harmonium de Tench composent un environnement musical dense.

Cette présence conjointe de Wilson et des musiciens de Jellyfish peut être interprétée comme une rencontre symbolique de générations de la pop américaine. Cependant, la liste de participants ne prouve pas qu’ils aient tous enregistré au même moment. L’historien peut décrire le résultat collectif et la distribution des voix sans inventer un récit de session où les artistes auraient chanté simultanément dans une cabine. Les dates précises d’overdubs demandent des documents supplémentaires.

« What Goes Around » : les voix d’une conclusion d’album

« What Goes Around », dixième et dernière piste, est signée Rick Suchow et produite par Don Was. Sturmer et Manning y chantent en compagnie d’Andrew Gold. Le socle instrumental reste assuré par Ringo à la batterie, Hutchinson à la basse, Tench au piano et à l’orgue, Michael Landau à la guitare électrique et David Grissom à la guitare acoustique. Le duo ne compose pas ce morceau, mais participe à sa mise en forme vocale. Cette nuance illustre la variété des collaborations réunies sur le même disque.

Le titre occupe une place particulière puisqu’il ferme un programme partagé entre quatre producteurs. Que les voix de Sturmer et Manning réapparaissent à la conclusion renforce la cohérence interne de l’équipe Don Was, sans prouver l’existence d’une formation permanente sous leur direction. L’album est construit à partir de plusieurs ateliers qui conservent chacun leurs musiciens récurrents.

Une parenté esthétique avec les Beatles à discuter sans simplifier

La musique de Jellyfish emprunte certains procédés harmoniques et arrangements vocaux familiers des années 1960. Travailler avec Ringo offre une rencontre naturelle entre des musiciens d’une génération nourrie de pop britannique et un acteur historique de celle-ci. Mais la formule « Beatlesque » doit être employée avec discernement. Elle peut désigner un choix de timbre, de progression harmonique ou de superposition de voix, sans démontrer une citation délibérée ou une consigne particulière donnée par Ringo.

Les commentaires contemporains autour de Time Takes Time évoquent la tension entre une personnalité de chanteur-batteur historiquement liée aux Beatles et une production de 1992 qui assume certaines références musicales. Il faut éviter de prêter au duo toutes les décisions d’arrangement de l’équipe Was. Les deux hommes apportent leurs compétences d’auteurs et de choristes, mais les choix de production restent crédités à Don Was et les opérations de son aux ingénieurs concernés.

Les chansons non retenues et la prudence des archives

Des témoignages rétrospectifs évoquent d’autres compositions envisagées par Sturmer et Manning pour Ringo, dont une seule devient une plage standard publiée avec leur crédit d’écriture, « I Don’t Believe You ». Ces projets éventuels doivent être catalogués avec un statut documentaire clair : proposition d’écriture, maquette, séance enregistrée ou master commercial ne constituent pas la même chose. Une chanson signalée comme écrite ne devient pas automatiquement une prise achevée dans la discographie.

Cette prudence évite de multiplier les entrées fictives ou les pages dédiées à des titres insuffisamment identifiés. Elle protège également les notices de chansons existantes : le dossier peut conserver la mémoire de projets non retenus, tout en réservant une fiche discographique autonome à ceux pour lesquels une publication ou un enregistrement suffisamment documenté peut être établi.

Bilan : deux auteurs-choristes, cinq chansons et plusieurs rôles

Les collaborations de Sturmer et Manning sur Time Takes Time témoignent de la manière dont Ringo a travaillé avec des musiciens d’une nouvelle génération sans abandonner son identité d’interprète. Un titre signé par le duo, quatre autres participations vocales et une présence sur plusieurs chansons de l’équipe Don Was constituent un ensemble documentaire cohérent. Leur portrait collectif permet de comprendre les passages entre composition, guitare d’accompagnement et harmonies enregistrées.

À lire en complément : Don Was et Ringo Starr, James Hutchinson, Benmont Tench, Bob Clearmountain et l’atlas de Time Takes Time. Les fiches des chansons demeurent les lieux de l’analyse détaillée du texte et de la composition.

De l’écriture à l’harmonie : cinq titres, des fonctions non interchangeables

Le rapprochement d’Andy Sturmer et de Roger Manning avec Ringo Starr est historiquement éclairant parce qu’il met en relation deux générations de culture pop. Mais leur participation à Time Takes Time ne doit pas être résumée à une vague influence des Beatles sur Jellyfish. Le travail vérifiable porte sur la composition de « I Don’t Believe You », enregistrée pour le disque de 1992, et sur des interventions vocales ou instrumentales mentionnées dans les crédits d’autres chansons. Le fait de signer une œuvre ne signifie pas que l’on produit la piste, et le fait de chanter les chœurs n’implique pas que l’on soit coauteur du morceau.

La répartition de l’album permet de préciser ce point. « I Don’t Believe You » appartient au groupe de productions de Don Was, comme « Weight of the World », « Don’t Know a Thing About Love », « In a Heartbeat » et « What Goes Around ». Les deux musiciens ne doivent donc pas être inscrits comme producteurs indépendants sous prétexte que leur esthétique a nourri le projet. À l’inverse, l’association entre leurs harmonies, le jeu de batterie de Ringo et les claviers de Benmont Tench constitue une rencontre concrète de pratiques musicales. Les crédits sont à relever chanson par chanson, surtout lorsque plusieurs auteurs et choristes se croisent sur le même master.

Une filiation esthétique ne remplace pas une feuille de séance

Les rapprochements entre la pop de Jellyfish et celle des Beatles sont utiles pour comprendre l’intérêt de cette collaboration, mais demeurent une interprétation critique. Ils ne prouvent ni l’existence d’un conseil direct de Paul McCartney ni une méthode d’enregistrement reprise à l’identique de 1967. Pour replacer cette participation dans ses conditions techniques, consulter l’enquête sur l’ingénieur Ed Cherney et celle sur Don Was.