Ringo Starr et le All-Starr Band, illustration des études historiques

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2020–2022 : le calendrier annulé puis reporté du All-Starr Band, chronologie critique

Entre 2020 et 2022, une même tournée du All-Starr Band connaît plusieurs calendriers successifs. Cette enquête établit les étapes de la reprogrammation, les changements de musiciens et la frontière indispensable entre concert annoncé et concert réellement joué.

Les archives de tournée n’ont rien d’immuable. Elles se modifient au gré des décisions sanitaires, des déplacements de salles et de la disponibilité des musiciens. Le cas de 2020–2022 est l’un des plus révélateurs de la carrière scénique de Ringo Starr après les Beatles, parce que plusieurs documents officiels décrivent successivement un projet, son premier report, son second report, la reprise effective puis un nouvel arrêt et une nouvelle reprogrammation. Les confondre donnerait un récit chronologique impossible.

2020 : une tournée annoncée, mais non jouée

En 2020, le All-Starr Band devait retrouver la route au printemps. Le groupe annoncé autour de Ringo Starr réunissait notamment Steve Lukather, Colin Hay, Gregg Rolie, Warren Ham, Gregg Bissonette et Hamish Stuart. Le 27 mars 2020, un communiqué officiel annonce le report des dates de printemps pour des raisons sanitaires liées au Covid-19. Il ne s’agit pas d’un simple changement de salle ni d’un report de quelques jours : toute la logique de la saison scénique doit être reconstruite. Pour établir une concertographie, la conséquence est décisive. Les spectacles indiqués sur une affiche, sur une billetterie ouverte ou dans la première version d’un calendrier n’ont pas été joués pour autant. Les conserver comme des concerts effectifs fausserait le décompte des représentations, le parcours géographique de la formation et les possibilités de retrouver une bande sonore enregistrée à cette occasion.

Le communiqué de mars 2020 met en regard certaines dates anciennes et les nouvelles dates envisagées en 2021. C’est un document contemporain particulièrement précieux : il atteste non pas que le spectacle de remplacement eut lieu, mais qu’une salle, une ville et une date avaient été retenues à un moment donné. Ainsi, la date du 10 juin 2020 à Boston y correspond à une annonce pour le 3 juin 2021, tandis que le concert de Gilford prévu le 11 juin 2020 devait être déplacé au 5 juin 2021. Cette information ne suffit pas à décrire une activité scénique de 2021 : elle documente exclusivement la réorganisation alors annoncée.

2021 : un deuxième calendrier, lui aussi abandonné

Le second état du programme est moins un programme de concerts qu’un témoignage sur l’incertitude qui entoure le spectacle vivant. Dans une communication accompagnant la parution de l’EP Zoom In, en mars 2021, Ringo Starr explique que les conditions ne permettent toujours pas de reprendre sereinement les grands rassemblements. La tournée est donc déplacée une nouvelle fois, cette fois vers 2022. La série de dates américaines préparées pour juin 2021 ne doit par conséquent pas figurer comme une tournée réalisée, et aucune set-list ne saurait lui être attribuée par simple extrapolation à partir du répertoire de la formation.

Ces déplacements successifs peuvent générer plusieurs numéros de billets, plusieurs affiches et des pages de billetterie dont les textes se contredisent. Le bon réflexe consiste à conserver trois champs séparés : date initialement annoncée, date de remplacement annoncée et confirmation de la représentation réellement jouée. Lorsqu’une date n’a jamais été exécutée, la colonne relative au programme musical doit rester vide, et non recevoir les titres d’une soirée voisine. Il faut également conserver la composition annoncée de 2020 comme une information sur le projet de tournée, sans la confondre avec l’effectif effectivement réuni au printemps 2022.

27 mai 2022 : le retour est enfin un événement scénique

Le 7 février 2022, un nouvel état du calendrier est rendu public. Il annonce un début de tournée le 27 mai au Casino Rama, à Rama dans l’Ontario, et précise les musiciens alors attendus autour de Ringo : Steve Lukather, Colin Hay, Warren Ham, Hamish Stuart, Gregg Bissonette et Edgar Winter. Le remplacement de Gregg Rolie, cité parmi les membres de la tournée projetée en 2020, par Edgar Winter dans le groupe annoncé pour 2022 montre pourquoi un calendrier ne suffit jamais à établir une formation. Le 27 mai 2022 marque finalement la reprise effective des concerts, après la longue suspension des grandes tournées internationales.

La première partie du programme s’étend depuis le Canada vers les États-Unis, avec notamment Canandaigua, Boston, Worcester, Gilford, New York et Red Bank. Les annonces de février puis d’avril 2022 ne sont pas strictement identiques aux tableaux diffusés en 2020 et 2021 : des concerts s’y ajoutent et l’ordre des étapes peut évoluer. Le nombre de dates figurant dans une annonce ne doit donc jamais être repris rétrospectivement comme le nombre de concerts joués. Un concert confirmé s’établit de préférence par une trace contemporaine de son déroulement, et sa set-list par un témoignage documenté propre à cette soirée.

7–11 juin 2022 : un groupe encore capable de jouer, puis contraint d’interrompre sa tournée

Le 7 juin 2022, pendant les concerts new-yorkais du Beacon Theatre, Ringo annonce qu’Edgar Winter a été testé positif au Covid-19. Le groupe se produit néanmoins ce soir-là sans lui. L’absence ponctuelle d’un musicien ne transforme pas automatiquement tous les autres concerts de la tournée en spectacles annulés ; elle impose d’abord de vérifier la distribution propre à la date concernée. Quelques jours plus tard, Steve Lukather est également déclaré positif. Le 11 juin, un communiqué officiel confirme l’arrêt provisoire de la tournée et le report des douze concerts qui restaient à jouer au cours de cette séquence de printemps.

Cette succession forme un excellent cas pratique d’histoire du spectacle : une annonce de programmation, une représentation effective avec effectif modifié, puis une série de concerts annoncés mais non réalisés aux jours initialement publiés. C’est aussi un avertissement pour les fiches individuelles : associer Edgar Winter à chaque titre joué pendant tous les concerts de juin 2022 sans contrôle de la date conduit à des erreurs d’attribution. Pour le chercheur, les communiqués des 7 et 11 juin jouent ici le rôle de jalons documentaires, mais une annonce d’absence ne reconstitue à elle seule ni la disposition instrumentale ni la set-list précise d’un concert.

Une enquête complémentaire distincte répertorie, événement par événement, les décisions de l’été 2022 : Les douze reports de juin 2022, de Tanglewood à Mexico. Elle prolonge ici la méthode générale, sans confondre report d’une programmation et concert effectivement joué.

16 juin 2022 : douze reports reçoivent un nouveau cadre

Le 16 juin, le site officiel de Ringo Starr publie un nouveau calendrier d’automne. La réorganisation prévoit de reprendre la route le 5 septembre à Tanglewood, à Lenox, et d’aller jusqu’au 20 octobre à Mexico. L’annonce précise que les douze dates suspendues du printemps ont été reprogrammées au sein de la séquence automnale. Il s’agit du troisième niveau de lecture : un même projet de concert peut avoir traversé plusieurs saisons et même plusieurs années entre sa première publicité et son exécution éventuelle.

Quelques correspondances permettent de comprendre le dossier. Le spectacle initialement prévu le 17 juin 2022 à Lenox passe au 5 septembre ; les étapes de Baltimore du 14 et du 15 juin deviennent les 6 et 7 septembre ; Easton, annoncé le 11 juin, est repris pour le 9 septembre ; Pittsburgh, prévu le 18 juin, passe au 10 septembre ; Philadelphie du 19 juin est annoncée pour le 11 septembre. De tels couples ne sont pas de nouvelles représentations additionnelles : ils retracent le déplacement d’événements programmés. Une notice de tournée doit pouvoir accueillir ces deux états sans les additionner comme deux concerts.

Le cas de Providence : pourquoi une liste doit être vérifiée ligne par ligne

Les calendriers publiés les 11 et 16 juin montrent également une limite fréquente de la documentation : un événement figurant dans le premier communiqué ne possède pas nécessairement une nouvelle date explicitement fixée dans la liste suivante. Le spectacle de Providence, annoncé pour le 12 juin, figure parmi les reports annoncés le 11 juin, tandis que le communiqué du 16 juin présente surtout une nouvelle série de dates attribuées à d’autres villes. L’absence d’une correspondance lisible dans cette seconde annonce ne permet ni d’affirmer que Providence a été joué ni de lui attribuer une date de remplacement par conjecture. Les fiches de concert doivent conserver la mention du report et signaler le point à vérifier, plutôt que produire une certitude artificielle.

Le même principe vaut pour les noms des lieux. Une salle peut changer de nom commercial entre deux annonces, une ville peut héberger plusieurs établissements, et les calendriers abrègent parfois les noms. On ne doit pas transformer automatiquement deux intitulés différents en deux concerts séparés ; il faut rechercher leur localisation, la date de l’annonce et le libellé de l’événement. Cette précaution est fondamentale pour une base encyclopédique où chaque concert doit rester une entrée unique.

Un changement de calendrier peut modifier l’histoire des musiciens

La parenthèse de 2020–2022 illustre une autre distinction : la distribution annoncée et la distribution réellement observée ne sont pas toujours identiques. Le groupe projeté pour la reprise de 2020 mentionne Gregg Rolie, musicien alors familier de l’ensemble. Le calendrier de 2022 s’organise en revanche autour d’Edgar Winter, qui reprend une place au sein du All-Starr Band. Même lorsque le nom du groupe ne change pas, les affiches de deux années différentes ne renvoient donc pas nécessairement à la même formation. Les biographies individuelles doivent s’appuyer sur les périodes réellement constatées et présenter les engagements annoncés qui n’ont pas abouti comme tels.

Le fonctionnement du All-Starr Band renforce cette exigence : chaque artiste apporte une partie de son propre répertoire, et la modification d’un seul soliste peut changer plusieurs numéros du programme. Une liste associée à un groupe annoncé en 2020 ne peut pas être automatiquement transposée en 2022. Il est préférable d’établir les chansons par date, puis de déduire les continuités de répertoire à partir des représentations attestées, et non l’inverse.

Billets, affiches, annonces : trois preuves qui ne disent pas la même chose

Un billet daté prouve qu’une vente a été proposée pour une représentation déterminée. Une affiche confirme généralement la campagne de promotion, non la réalisation du concert. Un communiqué de report éclaire le changement de programme, mais il ne garantit pas que la date de remplacement ait été tenue. Enfin, une photographie dont la datation demeure incertaine peut montrer un musicien sur scène sans identifier le jour exact de la performance. L’historien doit confronter ces traces avant de figer une chronologie.

La preuve la plus probante pour constater l’existence d’une représentation est une documentation contemporaine propre au spectacle : compte rendu identifié, archive du lieu, témoignages convergents ou captation localisée. Pour l’ordre des chansons, il faut une seconde vérification. Un concert effectivement tenu n’implique pas qu’on en connaisse le programme intégral. Une liste officielle annoncée en amont peut contenir des changements, et un album live peut être raccourci ou monté. Les deux questions — le spectacle a-t-il eu lieu, et qu’a-t-on précisément joué ? — doivent rester distinctes.

Une règle éditoriale pour éviter les « concerts fantômes »

Le catalogue du All-Starr Band distingue quatre états : « annoncé », lorsqu’un événement apparaît dans une programmation ; « reporté », lorsqu’une nouvelle date est proposée ou recherchée ; « annulé », lorsqu’il n’existe plus de représentation prévue à cette échéance ; « joué », lorsque des éléments concordants attestent sa tenue. Un spectacle peut parcourir plusieurs de ces états successivement. La date initiale n’est pas effacée de l’histoire : elle reste dans la notice comme un événement de programmation, mais ne doit pas nourrir la statistique des concerts réalisés.

Cette méthode évite aussi la cannibalisation documentaire. La présente étude traite de l’histoire des calendriers, des décisions de report et de la critique des sources ; les pages de tournées depuis 2022 conservent les itinéraires et les liens vers les fiches des concerts joués, tandis que l’étude musicale de 2022 à 2026 suit les formations, les répertoires et les évolutions instrumentales. Les trois niveaux apportent donc des informations complémentaires et non trois récits concurrents.

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