En bref — Entre mars 1970 et avril 2026, Ringo Starr — dont on peut aussi lire ici l’histoire familiale à travers ses enfants Zak, Jason et Lee Starkey — a publié vingt-deux albums studio, décroché deux numéros un américains, essuyé une décennie de naufrages commerciaux, cessé de boire, réinventé le concept de tournée nostalgique avec le All-Starr Band, et fini par obtenir à quatre-vingt-quatre ans le premier album numéro un de sa carrière solo. Voici quinze chansons — une par étape décisive — pour traverser cinquante-six ans d’une discographie qu’on croit connaître et qu’on connaît mal. Le paradoxe Ringo : le Beatle dont on n’attendait rien et qui a gagné la première manche Au printemps 1970, quand les Beatles se disloquent publiquement, les paris de l’industrie sont vite faits. John Lennon a l’aura idéologique et le Plastic Ono Band.
Séparé de Yoko, John Lennon vécut 18 mois d’exil avec May Pang : Los Angeles, sessions Spector, Troubadour, trois albums et la réconciliation. L’histoire complète.
Brainwashed, ultime album de George Harrison sorti en 2002, est un disque posthume pensé et presque finalisé par l’ex-Beatle avant sa disparition. Achevé par son fils Dhani et Jeff Lynne, il incarne un testament musical empreint de spiritualité, d’humilité et d’élégance. Sa production sobre, ses compositions cohérentes et sa slide reconnaissable font de cet album un adieu apaisé et profondément humain, salué par la critique et aimé du public.
Dans la discographie solo de John Lennon, il y a les chansons que tout le monde connaît, celles qu’on a placées très tôt au rang des monuments, et puis il y a les autres, plus secrètes, moins commentées, qui finissent pourtant par révéler des pans entiers de l’homme et de l’œuvre. Out the Blue, glissée en 1973 sur Mind Games, appartient à cette famille discrète. Lennon lui-même la traitait d’un revers de main, comme une simple chanson d’amour, « nothing special ». C’est peut-être justement là que commence son mystère. Car cette ballade adressée à Yoko Ono surgit au moment exact où le couple vacille, au seuil du fameux Lost Weekend, quand l’amour n’est déjà plus une évidence mais pas encore un souvenir. En moins de quatre minutes, Lennon y fait tenir une vie entière : la douleur ancienne, l’irruption miraculeuse de Yoko, la gratitude, la peur de perdre, et cette certitude presque déraisonnable d’être né pour la rencontrer. Derrière ses airs de morceau mineur, Out the Blue condense tout ce qui fait la grandeur du Lennon solo : la nudité du Plastic Ono Band, la sophistication pop héritée des Beatles, les élans orchestraux de Mind Games et cette façon unique de transformer une crise intime en prière profane. Longtemps sous-estimée, réhabilitée par les rééditions et les lectures critiques, la chanson mérite aujourd’hui qu’on la regarde pour ce qu’elle est : non pas une parenthèse, mais l’une des plus belles déclarations d’amour jamais écrites par John Lennon.
On parle souvent des Beatles comme d’une histoire à quatre voix, arrêtée net en 1970 avant de se prolonger en trajectoires séparées, parfois fraternelles, parfois cruelles, souvent magnifiques. Mais dans cette géographie intime de l’après-Beatles, il existe des silhouettes qui ne figurent jamais au premier rang et sans lesquelles une partie du paysage sonnerait autrement. Jim Keltner est de celles-là. Né à Tulsa le 27 avril 1942, ce batteur américain d’une discrétion presque aristocratique n’a jamais eu besoin d’occuper le centre pour devenir indispensable. Lennon l’appelle au moment d’Imagine, Harrison l’embarque dans l’aventure du Concert for Bangladesh puis dans sa longue quête spirituelle, Ringo l’adopte comme un frère de rythme, et George le retrouve encore, jusqu’aux Traveling Wilburys, Brainwashed et l’adieu bouleversant du Concert for George. Keltner n’a pas remplacé Ringo, ni rejoué l’histoire des Beatles à la place des Beatles. Il a fait quelque chose de plus subtil : il a donné un corps, un souffle et une humanité aux chansons de ceux qui tentaient de vivre après le plus grand groupe du monde. Pour son anniversaire, retour sur le parcours d’un batteur de l’ombre qui, sans jamais hausser la voix, a tenu le pouls d’une légende.
On la laisse souvent filer comme un simple générique de fin, coincée derrière les grandes enseignes de Living In The Material World. Pourtant, That Is All est peut-être le vrai cœur battant du disque : une poignée de main furtive, donnée au moment où la lumière s’éteint, et qui continue de brûler longtemps après. En 1973, George Harrison sort de l’explosion d’All Things Must Pass et du marathon du Concert for Bangladesh ; il a parlé fort, trop fort peut-être, et il cherche déjà comment survivre à sa propre victoire. Alors il referme l’album sur une ballade en clair-obscur, à la fois déclaration d’amour et prière déguisée, où la voix se retient comme si elle craignait de se fendre. Autour de lui, Jim Keltner et Klaus Voormann jouent le luxe de la sobriété, tandis que John Barham habille la mélodie de cordes nobles, plus liturgiques que sucrées. Rien de tonitruant ici : des accords qui glissent, des silences qui pèsent, et cette phrase-couvercle — “That Is All” — pour contenir l’émotion et faire taire le bruit du monde matériel. Une piste de fin, oui, mais surtout une porte dérobée vers un Harrison plus nu, plus humain, qu’on croyait connaître.
Chanson engagée de John Lennon, « Bring On The Lucie (Freda Peeple) » fusionne message politique et émotion personnelle. Enregistrée en 1973, elle incarne un tournant : entre révolte contre la répression et retour à une écriture plus musicale, plus intime. Lennon y dénonce les abus du pouvoir, appelle à la libération des peuples et propose une nouvelle façon d’inscrire l’activisme dans la pop.
En 1982, George Harrison livre avec Gone Troppo un album discret, lumineux et sincère. Enregistré dans son studio de Friar Park, entouré de proches musiciens, il signe un disque apaisé, sous-estimé à sa sortie mais redécouvert comme une pépite mélodique et artisanale.
Après la séparation des Beatles, George Harrison offre un geste amical et musical à Gary Wright en participant à son album Footprint (1971). Présent parmi un casting prestigieux — basse de Klaus Voormann, batterie de Alan White, cuivres de Bobby Keys et Jim Price… — Harrison apporte sa guitare slide pour enrichir les morceaux, dans un esprit d’amitié, d’écoute et de partage. Footprint incarne cette période d’ouverture musicale post‑Beatles, où les collaborations se font sur la base de respect et d’envie commune.
« Jealous Guy », ballade emblématique de John Lennon, retrace une longue transformation depuis son origine en Inde jusqu’à sa version finale sur l’album Imagine. D’abord intitulée « Child of Nature », elle devient sous l’impulsion d’Yoko Ono une confession intime sur la jalousie, la possession et la responsabilité affective. Portée par une orchestration sobre et la voix nue de Lennon, elle marque un tournant sincère dans sa carrière solo. La reprise par Roxy Music en 1981 l’élève au rang d’hymne collectif, sans trahir sa nature introspective.












