Ringo Starr au-delà des Beatles : cinéma promotionnel, 1970

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Timberland « Canvas that Cares » (2011) : 75 paires de bottes, le signe de paix et une œuvre de Ringo Starr en volume

75 paires de bottes signées, un motif de paix et une vente au profit de WaterAid.

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Le 10 novembre 2011, l’entreprise américaine Timberland annonce un partenariat insolite : Ringo Starr fournit un dessin de signe de paix pour une série de chaussures Earthkeepers, proposée aux enchères dans le cadre du programme « Canvas that Cares ». On connaît d’ordinaire l’image de Ringo par sa présence sur les pochettes, ses portraits, ses peintures et ses graphismes numériques. Ici, elle quitte la surface plane d’une affiche pour épouser un objet tridimensionnel voué à la marche. Ce changement de support modifie la manière de voir et de conserver l’œuvre ; il en fait un cas particulièrement révélateur dans une étude sur les arts appliqués.

Ringo Starr et la collection Timberland Canvas that Cares de 2011
Document de presse déjà conservé sur Yellow-Sub.net. Contrairement à certaines anciennes légendes, le communiqué de Timberland annonce 75 paires signées et non un exemplaire unique.
Sommaire de cette étude (9 sections)
  1. Une peinture originale à transférer sur une chaussure
  2. Les trois étoiles brodées : la marque personnelle se mêle au produit
  3. Soixante-quinze exemplaires : nombre annoncé et problème du tirage
  4. Une vente aux enchères, non une boutique permanente
  5. Une collection environnementale articulée à WaterAid
  6. La signature manuscrite : à distinguer du signe de paix reproduit
  7. Une paire n° 50 sur 75 retrouvée : l’archive Heritage Auctions de 2013
  8. Comparer Timberland et Hard Rock sans les confondre
  9. La notice d’objet que mérite la série

La campagne n’est pas une rumeur de collectionneur. Le communiqué officiel de Timberland, distribué par PR Newswire et daté avec précision, en donne les caractéristiques principales : 75 paires, toutes personnellement autographiées par Starr, une vente programmée sur eBay du 1er au 11 décembre 2011 et un soutien financier annoncé pour WaterAid. La marque détaille même des particularités matérielles de la chaussure et des accessoires. Il est donc possible d’aller beaucoup plus loin qu’un commentaire sur « les bottes de Ringo » : l’objet possède une quantité annoncée, une méthode de mise en vente et des signes graphiques précis.

Une peinture originale à transférer sur une chaussure

Le communiqué décrit un signe de paix coloré figurant sur un panneau de toile intégré à la botte. Le langage visuel est très éloigné d’un portrait photographique du batteur. Le motif appartient à une iconographie qu’il a développée au fil de ses créations : la paix, l’amour et leur expression par un symbole immédiatement compréhensible. La marque ne présente pas simplement son visage en publicité ; elle annonce employer son œuvre graphique originale. Le support possède une différence matérielle essentielle par rapport au tee-shirt Hard Rock : il comprend des surfaces courbes, des découpes, des coutures et des zones où la lisibilité du dessin dépend de la construction de l’objet.

Une œuvre appliquée à une chaussure doit être pensée à plusieurs échelles. Vue dans un communiqué, elle peut être photographiée de face et occuper presque tout le cadre. Portée à distance, elle n’est qu’une zone colorée sur un objet plus vaste. Examinée de près, elle cohabite avec des textures et des technologies de fabrication. Le catalogue visuel devrait présenter au moins un profil externe, un profil interne, un détail du panneau illustré et les marquages de fabricant, sans se contenter d’une photo publicitaire retouchée.

Les trois étoiles brodées : la marque personnelle se mêle au produit

Timberland précise que l’arrière des chaussures comporte trois étoiles brodées, allusion au nom de Ringo Starr. Ce détail montre à quel point l’objet met en concurrence deux systèmes de signes. L’un est le dessin de paix fourni par le musicien ; l’autre utilise un élément de son identité publique pour personnaliser un produit. Les étoiles n’ont pas nécessairement été dessinées par Ringo : elles relèvent de l’interprétation de la marque telle que le communiqué la présente. Il faut donc éviter de cataloguer l’ensemble du graphisme de la chaussure comme une œuvre autographe de sa main.

La distinction est comparable à celle que l’on ferait pour une pochette de disque : le portrait peut être dû à un photographe, le dessin à un artiste et la typographie à un graphiste. La présence de la signature d’une vedette ne change pas la paternité des éléments. Sur les Earthkeepers, les étoiles, les panneaux techniques et les matériaux proviennent d’une chaîne industrielle ; le motif de paix est le point où la contribution plastique de Starr est explicitement identifiée.

Soixante-quinze exemplaires : nombre annoncé et problème du tirage

Le communiqué parle de 75 paires. Cette quantité, suffisamment modeste pour donner à la collection une identité de série limitée, doit être reprise avec rigueur. Il ne s’agit pas de 75 bottes isolées, ni d’un nombre de paires vendues attesté par un bilan après enchères. C’est le volume proposé dans l’annonce de lancement. L’éditeur ne pourra établir la quantité effectivement adjugée et les numéros des lots qu’en consultant les archives de vente.

Les paires sont données comme taille 8, la pointure de Ringo. Ce choix ajoute un degré de personnalisation qui n’est pas uniquement visuel : le format du produit lui-même fait référence au corps du musicien. Il faut encore distinguer la pointure du modèle de la taille de la reproduction du dessin et de son éventuelle variation entre les articles. Si toutes les paires ont le même gabarit, la comparaison iconographique en est facilitée. Mais les accessoires de chaque lot ne sont pas parfaitement identiques.

Le communiqué explique en effet que les acheteurs reçoivent des lacets supplémentaires, que 35 lots sont complétés par un sac de voyage compressible et 10 lots par une seconde paire de bottes. De tels compléments changent la composition de l’ensemble patrimonial. Un lot vendu aujourd’hui sans son second article n’est pas nécessairement incomplet si l’on ignore la catégorie d’origine ; inversement, un lot identifié comme comprenant le sac doit être décrit en tant qu’ensemble. Cette précision permettra d’éviter des catalogues reconstitués de mémoire.

Une vente aux enchères, non une boutique permanente

L’opération débute le 1er décembre 2011 à 21 h, heure de l’Est, et doit s’achever le 11 décembre. Les enchères sont annoncées avec une mise à prix de 250 dollars par ensemble, et Timberland prévoit un objectif minimal de 18 750 dollars pour WaterAid. Ces chiffres correspondent au programme annoncé. Sans relevé certifié des adjudications, on ne peut pas les transformer en produit de vente final, ni déclarer que chaque exemplaire a été adjugé à la mise à prix.

La présence d’eBay appartient à l’histoire de l’objet. La chaussure n’est pas simplement distribuée dans les boutiques : sa circulation initiale est liée à une plateforme numérique où les enchères produisent des données de vente, des photographies d’annonce et des identifiants de lots. Ces documents risquent de disparaître quand les pages expirent. Un conservateur devrait rechercher les pages archivées, les courriels de confirmation des participants et les communiqués d’origine plutôt que s’en tenir aux prix affichés plus tard sur le marché de collection.

Une collection environnementale articulée à WaterAid

L’initiative rattache le dessin de paix à une cause environnementale et sanitaire. WaterAid travaille sur l’accès à l’eau potable, l’assainissement et l’hygiène. Le programme de chaussures s’inscrit lui-même dans la ligne Earthkeepers, que Timberland présente alors comme sa famille de produits orientée vers des matériaux plus responsables. Le communiqué évoque notamment une toile faite à partir de Bionic yarn, associant coton biologique et matière issue de PET recyclé, ainsi que des traitements destinés à résister à l’eau.

Ces caractéristiques sont des affirmations techniques de la marque en 2011. Elles ne dispensent pas d’une expertise indépendante si l’on veut juger leur efficacité environnementale ou leur durabilité réelle. Pour l’histoire de l’image, leur importance est plus immédiate : elles donnent un contexte aux symboles choisis. Le signe de paix est intégré à un produit présenté comme moins dommageable pour l’environnement, puis relié à une organisation travaillant pour l’accès à l’eau. Le sens publicitaire du motif dépend de cette articulation entre esthétique et discours d’entreprise.

La signature manuscrite : à distinguer du signe de paix reproduit

Timberland annonce que Ringo a signé chacune des paires. Une signature sur un objet industriel ne transforme pas la chaussure entière en sculpture de sa main. Elle fait toutefois de chaque exemplaire un document portant une intervention personnelle, à condition que la provenance et l’état de la signature puissent être vérifiés. Il faudra conserver le lieu précis de l’autographe, son support, l’éventuel vernis ou fixatif appliqué et l’usure de la matière.

Une photographie d’objet doit montrer la signature originale séparément du motif imprimé. Un catalogue qui réunirait les deux sous la formule « artwork autographié » laisserait croire que le dessin coloré a été peint à la main sur chacune des 75 paires. Le communiqué décrit plutôt un motif reproduit en série et des exemplaires signés. La nuance est fondamentale pour la comparaison avec les peintures, estampes et photographies numérotées de l’artiste.

Une paire n° 50 sur 75 retrouvée : l’archive Heritage Auctions de 2013

Une pièce matérielle permet désormais de dépasser le seul communiqué de lancement. Heritage Auctions a proposé le 10 août 2013 une paire identifiée n° 50 sur 75, portant les signatures et les signes de la collection. La description du lot 46245 précise la pointure 8M, l’art reproduit sur les deux faces des chaussures, une rangée de trois étoiles sur l’arrière, la signature « Ringo » au feutre argenté sur la chaussure droite, près de la fermeture, et l’indication « 50 of 75 » sur la semelle. Des lacets orange supplémentaires et la boîte Timberland d’origine accompagnaient l’ensemble. La maison de ventes mentionne un prix de 625 dollars : celui d’une adjudication de 2013 pour cet exemplaire précis, et non un prix initial des 75 paires de 2011.

Cette fiche éclaire une distinction essentielle : le tirage limité annoncé par Timberland n’est pas seulement un argument publicitaire ; il apparaît matérialisé sur un exemplaire décrit par une maison de ventes. La paire n° 50 fournit une cote utilisable pour une future comparaison des signatures et des reproductions. Elle ne prouve pas encore que chacun des 74 autres exemplaires est actuellement conservé, ni que tous ont été numérotés au même emplacement, ni que les attributs accessoires sont identiques. Les photographies et le bordereau d’adjudication seraient à archiver sans reproduire les images protégées sans autorisation.

Comparer Timberland et Hard Rock sans les confondre

Les projets Hard Rock Signature Series n° 28 et Timberland Canvas that Cares sont proches dans le temps et dans leur tonalité pacifiste ; ils doivent néanmoins recevoir deux notices différentes. Le tee-shirt Hard Rock implique une fabrication textile de série et un circuit de boutique lié à la culture musicale. Les bottes Timberland sont une édition annoncée de 75 paires, liée à une vente aux enchères et à une construction tridimensionnelle complexe. Les bénéficiaires, les modalités de vente et les objets ne sont pas interchangeables.

L’une des originalités de Timberland tient à l’invitation à marcher avec une image. Le motif de paix n’est pas seulement porté comme un message sur la poitrine ; il accompagne le mouvement du pied, exposé aux frottements et aux intempéries. Ce changement appelle des précautions de conservation inhabituelles. Une paire neuve et stockée en boîte peut préserver l’éclat du dessin, mais les matériaux composites vieillissent ; une paire portée montre le devenir réel du produit. Le choix entre conserver l’usage et préserver la matière devient une question patrimoniale.

La notice d’objet que mérite la série

Pour chaque paire, il faudrait relever la pointure, le numéro éventuel de lot, la présence de l’autographe, la photographie des étoiles brodées, le motif de paix, les matériaux, les étiquettes et le conditionnement. Les catalogues d’enchères doivent être conservés avec leurs dates et les montants définitifs lorsqu’ils sont disponibles. Il faudrait également identifier le support original du dessin de Starr — toile, papier ou fichier numérique — ainsi que la date de sa création. Le communiqué atteste son caractère original, mais ne fournit pas, à lui seul, de catalogue raisonné complet du motif.

Avec Canvas that Cares, Ringo ne joue ni un rôle de cinéma ni un rôle de mannequin. Il apparaît en tant qu’auteur d’un symbole transformé par une entreprise en objet de design, puis en instrument de mobilisation caritative. C’est une forme d’art appliqué où l’intervention du musicien est réelle, mais limitée et reconnaissable. On comprend mieux, grâce à ces 75 paires, combien son histoire visuelle des années 2000–2010 dépasse les cimaises : ses images circulent aussi par les objets que l’on porte, que l’on vend et que l’on conserve.

Sources et points à vérifier

Fiche provisoire. Timberland Canvas that Cares, collection Earthkeepers City 6" Leather and Fabric Side Zip, 2011 ; dessin original de signe de paix par Ringo Starr reproduit sur panneau de toile ; trois étoiles brodées ; 75 paires annoncées et signées, taille 8 ; enchères eBay au profit de WaterAid du 1er au 11 décembre 2011. Solidité : très élevée pour le lancement et la description ; adjudications, numérotation et œuvre source à documenter.