Wings à Édimbourg en 1973 : bandeau des archives du groupe

WINGS · INSTRUMENTAUX ET CONCERTS 1979

Hot as Sun / Glasses : des Quarrymen au dernier British Tour des Wings

Composition adolescente de Paul McCartney, enregistrement pendant les années Beatles, album solo de 1970, reprise instrumentale en 1979 et édition live de Glasgow : l’histoire d’un morceau aux multiples vies.

Composition : environ 1958–1959. Studio : février 1970, album McCartney. Wings en concert : novembre-décembre 1979. Archive : Glasgow Apollo, 17 décembre 1979, réédité en 2011.

1. Une œuvre des années Quarrymen ranimée par les Wings

Hot as Sun représente un phénomène rare : l’une des idées musicales les plus anciennes de Paul McCartney rejoint, deux décennies après sa conception, les derniers spectacles des Wings. La mélodie instrumentale remonte approximativement à la fin des années 1950, lorsque Paul cherchait encore son langage au sein des Quarrymen et dans le voisinage du rock naissant de Liverpool.

Le retour du morceau en 1979 prouve que le répertoire McCartney n’est pas une succession linéaire d’albums. Des thèmes écartés ou maintenus au second plan peuvent rester disponibles jusqu’à ce qu’une formation et une situation scénique leur donnent un nouvel emploi.

2. La chronologie de la composition : 1958 ou 1959, selon Paul

Dans ses notes de 1970, Paul McCartney situait la composition de Hot as Sun vers 1958 ou 1959, en laissant lui-même subsister une incertitude. Il décrivait l’air comme un de ces thèmes que l’on se plaisait à rejouer occasionnellement sans en faire immédiatement une chanson destinée à la publication.

L’enjeu archivistique est clair : il serait inexact d’indiquer 1958 comme date documentée à un jour près. La chanson appartient à la première période d’apprentissage du futur Beatle, mais sa mise en forme enregistrée est beaucoup plus tardive.

3. Une ébauche pendant les séances Get Back en janvier 1969

Le 24 janvier 1969, pendant les séances des Beatles aux studios Apple de Savile Row, Paul rejoue Hot as Sun. L’instrumental accueille alors quelques interventions vocales improvisées et un imaginaire de plage ou de musique tropicale. Ce document n’est pas le master sorti en 1970 ; il montre que l’idée continue à circuler dans la mémoire du compositeur.

Ce passage dans le journal des séances Get Back relie une pièce très ancienne à l’univers des Beatles finissants. Il est indispensable de ne pas confondre le jeu de studio de janvier 1969, les essais domestiques ultérieurs et la véritable prise destinée au disque solo.

4. Morgan Studios, 19 février 1970 : enregistrement décisif

Après avoir envisagé une version à domicile fin 1969, Paul travaille à une nouvelle interprétation de Hot as Sun aux Morgan Studios, le 19 février 1970. La matière instrumentale se complète d’une section centrale improvisée et de nouvelles pistes. L’arrangement repose sur l’accumulation de parties jouées par McCartney lui-même.

Le détail des instruments témoigne de la méthode du premier album solo : guitare acoustique, guitares électriques, basse, batterie, orgue, maracas et bongos participent au tissu sonore. Cette construction multicouche n’a évidemment pas la même logique que l’exécution en direct d’un orchestre de neuf musiciens en 1979.

5. Hot as Sun et Glasses : deux miniatures, pas une seule composition

Sur McCartney, paru en avril 1970, Hot as Sun est associé à Glasses. Le deuxième élément relève d’une expérimentation de textures produites notamment avec des verres, et non d’une seconde chanson pop conventionnelle. Cette juxtaposition donne au disque un caractère de carnet de studio où motifs instrumentaux et jeux sonores coexistent.

Les discographies simplifiées traitent parfois Hot as Sun/Glasses comme un titre totalement indivisible. Pour une notice critique, il est plus utile d’expliquer le montage et de distinguer l’identité musicale de chacun des fragments. La présence d’un bref écho à Suicide sur la fin de l’enregistrement de 1970 ne doit pas être projetée d’office sur les concerts de 1979.

6. Le rôle singulier du calypso et du reggae

Hot as Sun emprunte une légèreté de rythme qui évoque des musiques des Caraïbes, revisitées par un compositeur britannique. Sur l’enregistrement de 1970, le caractère presque naïf du thème renforce le sentiment d’esquisse. Dans les concerts de 1979, l’orchestre introduit une pulsation plus appuyée, souvent rapprochée du reggae.

La guitare peut souligner les contretemps et la section rythmique accentuer la sensation de danse. Ce déplacement n’est pas anodin : il montre comment une mélodie de jeunesse change de personnalité lorsqu’elle traverse des styles successifs. Les désignations calypso et reggae décrivent des couleurs perceptibles ; elles ne constituent pas une preuve d’emprunt direct à une œuvre précise.

7. Pourquoi ce morceau se glisse au milieu du spectacle de 1979

Le British Tour 1979 mêle chansons des Beatles, compositions récentes de Back to the Egg, succès des Wings, reprises du rock américain et pièces solo. Insérer Hot as Sun dans la partie centrale du concert crée une parenthèse instrumentale et retrace discrètement l’histoire très ancienne de McCartney.

Placée dans le voisinage de The Fool on the Hill, Let It Be, Spin It On et Twenty Flight Rock, la chanson révèle l’amplitude temporelle du programme. L’orchestre est suffisamment souple pour passer d’une miniature exotique à un rock rapide sans rompre le spectacle.

8. L’interprétation scénique : Paul à la guitare, les Wings en soutien

Les comptes rendus de la prestation du 29 décembre 1979 au Hammersmith Odeon évoquent Paul à la guitare et Denny Laine présentant le morceau comme une séquence d’inspiration caribéenne. La guitare rythmique de Laurence Juber souligne le contretemps tandis que le reste de la formation met la mélodie en mouvement.

Ces éléments décrivent une version documentée, pas nécessairement chaque concert de novembre-décembre. Pour savoir si les cuivres prennent part à une phrase précise à Glasgow ou à Liverpool, l’écoute de la bande correspondante doit prévaloir sur les descriptions globales du spectacle.

9. Glasgow Apollo : le 17 décembre 1979

La dernière représentation régulière du British Tour, au Glasgow Apollo le 17 décembre 1979, comprend Hot as Sun dans le programme. Le concert fut enregistré professionnellement et des travaux de mixage suivirent au début de 1980. Cette captation permet de comparer la version électrique de Wings avec le master solo publié presque dix ans plus tôt.

Le titre doit être distingué des autres archives emblématiques de Glasgow, notamment Coming Up, dont la prise devint un disque à succès. Les deux pièces appartiennent au même soir, mais leur destin éditorial et leur importance commerciale sont très différents.

10. Le 29 décembre et les Concerts for the People of Kampuchea

Hot as Sun est encore interprété au Hammersmith Odeon le 29 décembre, lors de la soirée caritative en faveur du Cambodge. Cette prestation est la dernière apparition publique du groupe sous son nom. Les images filmées de ce concert montrent un arrangement plus affirmé que le petit instrumental domestique du premier album solo.

La soirée du 29 décembre constitue un événement distinct des dix-neuf dates régulières du British Tour. Une fiche de concert doit faire cette séparation pour ne pas inventer de vingt-et-unième représentation ni attribuer les images de Londres à Glasgow.

11. 2011 : la réédition Archive Collection et la résurgence du live

Lorsque McCartney est réédité dans la série Archive Collection en 2011, une version live de Hot as Sun issue de Glasgow, décembre 1979, devient disponible parmi les compléments. Le disque met ainsi côte à côte la prise solo de 1970 et un document collectif de Wings enregistré neuf ans plus tard.

Pour le collectionneur, le même intitulé n’implique donc pas la même version. La date de création, le lieu de la prise, les musiciens, le mixage et l’édition commerciale diffèrent. La comparaison du studio et du live est un exercice particulièrement fécond pour comprendre l’évolution des arrangements.

12. La chanson comme fil rouge de trente années de création

Hot as Sun traverse au moins quatre états : thème adolescent, improvisation de studio des Beatles en 1969, réalisation solo de 1970 et arrangement scénique de 1979. Cette histoire illustre la manière dont McCartney conserve un réservoir de motifs et les recompose au gré de circonstances très éloignées les unes des autres.

Elle invite aussi à une méthode rigoureuse : chaque version doit recevoir sa propre chronologie et ses propres crédits. Il serait tentant de réunir ces archives sous une légende romantique unique, mais leur richesse réelle réside dans les écarts qui séparent les enregistrements.

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