Wings à Édimbourg en 1973 : bandeau des archives du groupe

WINGS · RÉPERTOIRE DE SCÈNE · 1979

Got to Get You into My Life avec les Wings en 1979 : l’ouverture du British Tour

De Revolver (1966) au Royal Court Theatre de Liverpool et au Glasgow Apollo de 1979 : histoire de la reprise, architecture de cuivres, formation des Wings et évolution de la setlist.

Chanson originale : les Beatles, août 1966. Auteur principal : Paul McCartney (crédit Lennon–McCartney). Version des Wings : introduction de concerts en novembre et décembre 1979.

1. Une ouverture délibérément choisie dans le catalogue des Beatles

En novembre 1979, ouvrir un concert des Wings par Got to Get You into My Life représente un geste spectaculaire. Depuis 1972, Paul McCartney s’était efforcé de bâtir le groupe comme une aventure autonome, sans faire de la reprise des Beatles son argument principal. Sept ans plus tard, devant un public plus vaste et avec quatre souffleurs sur scène, il choisit une chanson dont la section de cuivres est presque aussi importante que la mélodie vocale.

Ce choix ne signifie pas que les Wings se transforment en groupe de reprises des Beatles. Il sert de présentation immédiate des moyens scéniques désormais disponibles et rappelle le lien entre les expérimentations du milieu des années 1960 et l’évolution orchestrale du rock de la fin des années 1970.

2. La chanson de Revolver et sa construction initiale

Got to Get You into My Life est publiée sur Revolver en août 1966. Écrite principalement par Paul McCartney et signée Lennon–McCartney, elle intègre des cuivres dans une conception inspirée de la soul américaine. Le motif des vents répond aux phrases de chant ; l’accentuation donne à la chanson une tonicité inhabituelle parmi les arrangements contemporains des Beatles.

Les versions de scène peuvent traduire cette idée sans reproduire note pour note le phonogramme original. Un ensemble d’instrumentistes réels joue désormais dans une salle, avec une balance et des attaques propres à une prestation amplifiée. La comparaison du son de 1966 avec l’orchestre de 1979 doit donc être musicale, non seulement historique.

3. Les cuivres des Wings en 1979

Howie Casey, Tony Dorsey, Steve Howard et Thaddeus Richard assurent l’armature de cuivres de la dernière tournée des Wings. Cette équipe avait en partie une histoire commune avec les représentations précédentes du groupe et elle permettait d’insérer sans artifice les grands arrangements de cuivres dans un spectacle de rock.

La structure des appels instrumentaux et la précision des accents font de Got to Get You into My Life un idéal morceau d’ouverture. Pour établir les instruments exacts et le responsable de chaque phrase lors d’une date déterminée, il faut néanmoins utiliser les bandes et les crédits propres à la représentation : une liste générale de musiciens ne prouve pas à elle seule qui exécute tel trait.

4. Paul, Linda, Denny, Laurence et Steve : le plateau complet

La formation réunit Paul McCartney au chant, avec les changements d’instrument habituels, Linda McCartney aux claviers et aux harmonies, Denny Laine aux guitares et aux voix, Laurence Juber à la guitare principale et Steve Holley à la batterie. Les quatre cuivres complètent ce groupe de cinq membres.

L’intérêt de la version des Wings réside dans la rencontre entre le langage soul de 1966 et une section rythmique capable de passer, au cours de la même soirée, de Getting Closer à Arrow Through Me, puis à des titres de piano comme Maybe I’m Amazed. Got to Get You into My Life installe d’emblée cette polyvalence.

5. Liverpool, 23 novembre : la première soirée

Le British Tour débute au Royal Court Theatre de Liverpool le 23 novembre 1979. Le programme de la première soirée fait figurer Got to Get You into My Life en ouverture, immédiatement suivie de Getting Closer et Every Night. La séquence annonce clairement que McCartney revendique trois périodes successives de sa création : Beatles, Wings tardifs, premiers disques solo.

Il est intéressant que cette ouverture ne soit pas confiée à un succès récent des Wings. L’effet recherché est sans doute immédiat : la salle reconnaît une chanson ancienne et découvre l’énergie du nouveau groupe dès les premières mesures.

6. La logique des enchaînements

Après la soul arrangée de Got to Get You into My Life, Getting Closer adopte un langage de guitare plus sec. Every Night propose une respiration mélodique issue du premier album solo de Paul. Ce premier triptyque est une introduction à l’ensemble de sa carrière, sans soumettre l’organisation du concert aux frontières des maisons de disques.

L’écriture scénique de cette succession est essentielle : le premier titre présente l’orchestre, le deuxième le nouveau rock des Wings, le troisième une part plus personnelle de la voix de McCartney. Le même spectacle pourra ensuite se tourner vers Denny Laine, Linda McCartney et les reprises de rock américain.

7. Glasgow, 17 décembre : les archives de la dernière tournée

Le concert du 17 décembre 1979 au Glasgow Apollo est particulièrement important parce qu’il a été enregistré professionnellement. Le programme attribué à cette soirée comporte Got to Get You into My Life en ouverture. La performance bénéficie de la même formation à neuf musiciens et précède le grand témoignage live de Coming Up retenu pour un single de 1980.

Cette date du 17 décembre est le dernier concert régulier des Wings. Il ne faut pas la confondre avec la prestation caritative du 29 décembre à Londres, au cours de laquelle le groupe revient encore sur scène. Il est nécessaire de séparer les bandes des deux événements.

8. Le sens artistique d’une reprise de sa propre chanson

L’interprétation de Got to Get You into My Life est une reprise des Beatles, mais elle est aussi le retour de McCartney à sa propre œuvre. Le geste diffère de la reprise d’un standard extérieur : Paul rejoue un morceau dont il est le compositeur majeur avec des musiciens qui n’ont pas participé aux séances de 1966.

Cette réinterprétation porte un double enjeu. Elle satisfait un désir du public de retrouver le patrimoine des Beatles, sans renoncer à l’identité sonore des Wings. Elle montre aussi que les chansons des Beatles sont des œuvres ouvertes à l’arrangement, et non de simples enregistrements dont il faudrait imiter chaque détail.

9. Les documents qui peuvent confirmer une interprétation

Le programme imprimé, l’enregistrement continu d’une soirée ou un compte rendu daté constituent des traces de nature différente. Une liste de titres partagée par des collectionneurs peut être exacte mais elle peut également provenir d’un autre concert de la même tournée. Les images prouvent la présence des musiciens, mais pas nécessairement le morceau joué au moment de la prise de vue.

Pour une fiche individuelle, il faut vérifier la date, la salle et l’ordre des chansons, puis noter le degré de certitude. La mention « morceau d’ouverture de la tournée 1979 » est un constat global ; elle n’autorise pas l’affirmation automatique que chaque représentation a suivi un programme absolument identique.

10. Du concert au patrimoine de la période Wings

L’exemple de Got to Get You into My Life éclaire une évolution décisive entre les premiers concerts des Wings et leur tournée de 1979. Au départ, le groupe cherchait à se définir par ses propres chansons ; à la fin de la décennie, il peut réunir Beatles, compositions de Denny Laine, vieux rock américain, nouveautés de Wings et titres solo de Paul dans un même spectacle.

Cette ouverture devenue emblématique ne doit donc pas être un simple item de setlist. Elle résume la transformation d’un groupe expérimental de petite salle en un orchestre capable de représenter sur scène une œuvre beaucoup plus vaste.

Concerts associés

Les dates et le personnel du British Tour 1979 · Étude du programme · Glasgow, 17 décembre 1979.